Quelques observations sur Idle No More

«Alors que se construisait le rythme du mouvement, Idle No More transmettait cette fougue de changement social à travers les mains et les pieds des gens dansant une ronde.»

Peter Kulchyski

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            L’intransigeance et la complète stupidité du gouvernement Harper relativement à la question autochtone ont suscité la création d’une nouvelle organisation militante au cours des dernières années : Defenders of the Land. Bien qu’imaginé à l’origine par Arthur Manuel et Russel Diabo, deux militants autochtones de longue date, c’est toutefois la lutte des Kitchenuhmaykoosib Inninuwug contre l’installation d’une mine de platine a entrainé la formation de ce groupe. Il rassemble une bonne partie des dirigeants dissidents des communautés autochtones, hommes et femmes, et il cherche à unir dans une même infrastructure de résistance les communautés installées profondément au nord et celles un peu plus au sud qui sont si souvent isolées dans leurs luttes. Même si cette organisation était responsable de l’une des journées d’actions lors du sommet du G8 de Toronto, et bien qu’elle ait développé un discours et des pratiques solides, au sein d’une certaine structure organisationnelle, on ne peut dire qu’il s’agisse d’un mouvement de masse. Néanmoins, le soutien qu’elle a fourni, notamment parmi les non-autochtones qui partagent le militantisme anticolonial, a sans doute eu une importance marquante pour Idle No More. Plusieurs non-autochtones qui ont joint les manifestations de Idle No More sont devenus impliqués où ont été mobilisés par les organisations Mouvement de solidarité des peuples autochtones de Toronto, Ottawa, Montréal, Winnipeg, Edmonton et Vancouver.

La grève de la faim de la chef Theresa Spence fut un déclencheur important de Idle No More. La fermeté de Theresa Spence, dans sa volonté de lutter à l’extérieur des limites habituelles de la politique conventionnelle, a suscité un soutien massif, et représentait le genre de leadeurship que bien des militantEs espéraient. Tout comme le mouvement Occupy ou la grève étudiante de 2012 qui l’ont précédé, Idle No More s’est appuyé sur les nouveaux médias sociaux pour rejoindre un public plus large. Il est sans doute parvenu à toucher bien des gens, et est devenu l’un des premiers mouvements de masse à défendre principalement des revendications sur les droits des Autochtones. La direction du mouvement Idle No More organisait la mobilisation spécifiquement contre l’adoption du projet de loi C-45, qui menaçait d’affaiblir les protections environnementales et le contrôle qu’exercent les Premières Nations sur leurs terres. Mais le mouvement est devenu une façon pour les peuples autochtones et ceux et celles qui leur sont solidaires d’exprimer leur rejet d’une foule de politiques adoptées par le gouvernement canadien actuel.

Les rondes de danse sur les places publiques sont devenues l’une des principales formes d’expression utilisées par le mouvement Idle No More. C’était une façon créative de combiner les anciennes et les nouvelles tactiques de lutte. Leur courte durée faisait en sorte qu’il était facile d’y prendre part. La taille des évènements parvenait à attirer l’attention publique. Au lieu des discours habituels, les rassemblements se réalisaient généralement sans discours, mais ils ont suscité l’attention médiatique vers les sujets qui étaient susceptibles d’intéresser un large public, et les porte-paroles ont fini par apparaître sur les petits écrans. Ainsi, Idle No More est parvenu à entrer par la porte arrière pour combler l’indifférence ou l’ignorance, et ensuite tenir des évènements d’information prenant diverses formes, mais orientés à sensibiliser les militantEs plus dévouéEs.

À bien des égards, ce mouvement, relativement spontané, a de quoi réjouir. Au Canada, on trouve difficilement un autre exemple d’une mobilisation si large ayant eu lieu au milieu de l’hiver. Et le mouvement a eu une portée internationale, avec des évènements réalisés aux États-Unis et en Europe. Alors que se construisait le rythme du mouvement, Idle No More transmettait cette fougue de changement social à travers les mains et les pieds des gens dansant une ronde.