Quelques observations sur Idle No More

Par Mis en ligne le 23 juillet 2013

« Alors que se construisait le rythme du mouvement, Idle No More transmettait cette fougue de changement social à travers les mains et les pieds des gens dansant une ronde. »

Peter Kulchyski

Quelques obser­va­tions sur Idle No More-Format PDF

L’intransigeance et la com­plète stu­pi­dité du gou­ver­ne­ment Harper rela­ti­ve­ment à la ques­tion autoch­tone ont sus­cité la créa­tion d’une nou­velle orga­ni­sa­tion mili­tante au cours des der­nières années : Defenders of the Land. Bien qu’imaginé à l’origine par Arthur Manuel et Russel Diabo, deux mili­tants autoch­tones de longue date, c’est tou­te­fois la lutte des Kitchenuhmaykoosib Inninuwug contre l’installation d’une mine de pla­tine a entrainé la for­ma­tion de ce groupe. Il ras­semble une bonne partie des diri­geants dis­si­dents des com­mu­nau­tés autoch­tones, hommes et femmes, et il cherche à unir dans une même infra­struc­ture de résis­tance les com­mu­nau­tés ins­tal­lées pro­fon­dé­ment au nord et celles un peu plus au sud qui sont si sou­vent iso­lées dans leurs luttes. Même si cette orga­ni­sa­tion était res­pon­sable de l’une des jour­nées d’actions lors du sommet du G8 de Toronto, et bien qu’elle ait déve­loppé un dis­cours et des pra­tiques solides, au sein d’une cer­taine struc­ture orga­ni­sa­tion­nelle, on ne peut dire qu’il s’agisse d’un mou­ve­ment de masse. Néanmoins, le sou­tien qu’elle a fourni, notam­ment parmi les non-autoch­tones qui par­tagent le mili­tan­tisme anti­co­lo­nial, a sans doute eu une impor­tance mar­quante pour Idle No More. Plusieurs non-autoch­tones qui ont joint les mani­fes­ta­tions de Idle No More sont deve­nus impli­qués où ont été mobi­li­sés par les orga­ni­sa­tions Mouvement de soli­da­rité des peuples autoch­tones de Toronto, Ottawa, Montréal, Winnipeg, Edmonton et Vancouver.

La grève de la faim de la chef Theresa Spence fut un déclen­cheur impor­tant de Idle No More. La fer­meté de Theresa Spence, dans sa volonté de lutter à l’extérieur des limites habi­tuelles de la poli­tique conven­tion­nelle, a sus­cité un sou­tien massif, et repré­sen­tait le genre de lea­deur­ship que bien des militantEs espé­raient. Tout comme le mou­ve­ment Occupy ou la grève étu­diante de 2012 qui l’ont pré­cédé, Idle No More s’est appuyé sur les nou­veaux médias sociaux pour rejoindre un public plus large. Il est sans doute par­venu à tou­cher bien des gens, et est devenu l’un des pre­miers mou­ve­ments de masse à défendre prin­ci­pa­le­ment des reven­di­ca­tions sur les droits des Autochtones. La direc­tion du mou­ve­ment Idle No More orga­ni­sait la mobi­li­sa­tion spé­ci­fi­que­ment contre l’adoption du projet de loi C-45, qui mena­çait d’affaiblir les pro­tec­tions envi­ron­ne­men­tales et le contrôle qu’exercent les Premières Nations sur leurs terres. Mais le mou­ve­ment est devenu une façon pour les peuples autoch­tones et ceux et celles qui leur sont soli­daires d’exprimer leur rejet d’une foule de poli­tiques adop­tées par le gou­ver­ne­ment cana­dien actuel.

Les rondes de danse sur les places publiques sont deve­nues l’une des prin­ci­pales formes d’expression uti­li­sées par le mou­ve­ment Idle No More. C’était une façon créa­tive de com­bi­ner les anciennes et les nou­velles tac­tiques de lutte. Leur courte durée fai­sait en sorte qu’il était facile d’y prendre part. La taille des évè­ne­ments par­ve­nait à atti­rer l’attention publique. Au lieu des dis­cours habi­tuels, les ras­sem­ble­ments se réa­li­saient géné­ra­le­ment sans dis­cours, mais ils ont sus­cité l’attention média­tique vers les sujets qui étaient sus­cep­tibles d’intéresser un large public, et les porte-paroles ont fini par appa­raître sur les petits écrans. Ainsi, Idle No More est par­venu à entrer par la porte arrière pour com­bler l’indifférence ou l’ignorance, et ensuite tenir des évè­ne­ments d’information pre­nant diverses formes, mais orien­tés à sen­si­bi­li­ser les militantEs plus dévouéEs.

À bien des égards, ce mou­ve­ment, rela­ti­ve­ment spon­tané, a de quoi réjouir. Au Canada, on trouve dif­fi­ci­le­ment un autre exemple d’une mobi­li­sa­tion si large ayant eu lieu au milieu de l’hiver. Et le mou­ve­ment a eu une portée inter­na­tio­nale, avec des évè­ne­ments réa­li­sés aux États-Unis et en Europe. Alors que se construi­sait le rythme du mou­ve­ment, Idle No More trans­met­tait cette fougue de chan­ge­ment social à tra­vers les mains et les pieds des gens dan­sant une ronde.

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