La méthode d’Henri Lefebvre

Par Mis en ligne le 22 juillet 2013

« Les catégories (concepts) qui expriment les rapports sociaux dans la société la plus développée, la société bourgeoise, permettent en même temps de saisir la structure et les rapports de production de toutes les sociétés passées, non seulement parce qu’il en subsiste des vestiges mais parce que certaines virtualités (possibilités) en se développant ont pris tout leur sens.»

Henri Lefebvre

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Henri Lefebvre a dégagé de sa lec­ture de Marx une manière d’aborder toute réa­lité sociale. Lefebvre n’a pas fait d’ouvrage de métho­do­lo­gie. Il n’a pas fait d’enseignement spé­ci­fi­que­ment métho­do­lo­gique. S’il a imposé sa méthode régres­sive-pro­gres­sive, c’est sur­tout « par l’exemple », en la pra­ti­quant. C’est peut-être ce qui explique que, dans les ouvrages de métho­do­lo­gie des sciences anthropo-sociales, on oublie de signa­ler cette méthode. Pourtant, on peut penser, avec Sartre, que cette méthode est un outil extrê­me­ment pré­cieux et qu’elle est uti­li­sable dans beau­coupd’autres champs que ceux tra­vaillés par Lefebvre (le rural et l’urbain, prin­ci­pa­le­ment). Il me semble donc néces­saire ici de rap­pe­ler cet apport essen­tiel de la recherche de Lefebvre en mon­trant la res­source que consti­tue encore aujourd’hui cet apport.

La confrontation au social

Lorsqu’il se confiait [1], Lefebvre lais­sait entendre qu’il ne se trou­vait pas très « métho­dique » dans sa manière de tra­vailler. Il avait l’impression d’avoir tra­vaillé dans l’improvisation per­pé­tuelle. C’est une auto-éva­lua­tion sub­jec­tive tout à fait exa­gé­rée. Certes, Lefebvre a oeuvré de manière très dis­con­ti­nue, alter­nant des phases de tra­vail intense (nom­breuses lec­tures, périodes de transes d’écriture), et des phases de décou­verte (son vécu du sur­gis­se­ment de l’urbain dans la lande du sud-ouest de la France dans les années 1950… ).

La période de décou­verte, c’est l’intuition brusque. La prise de conscience à tra­vers la confron­ta­tion de deux situa­tions concrètes. Par exemple, le Béarn et la ville de Bologne. Bologne, pour Lefebvre, c’était une oeuvre humaine qui ne por­tait plus trace de la nature. De la pierre. De l’eau. Mais plus de terre. Plus de végé­ta­tion. Une nature seconde, pro­duite. Et le Béarn, en 1955, en était à ce moment fon­da­teur d’une nou­velle « nature ». La des­truc­tion de la nature pro­dui­sant l’urbain. A l’instar de Le Play, qui fut lui aussi un grand voya­geur [2], Lefebvre vécut le voyage comme un moment d’instruction, de concep­tion et de pro­duc­tion d’intuitions. Le voyage, ce n’est pas d’abord les « grands voyages » ; avant de cir­cu­ler dans le monde entier, Lefebvre s’est entraîné à voya­ger autour de ses « points fixes » (Navarrenx). Il a voyagé dans les Pyrénées, dans la mon­tagne. L’essentiel, c’est la curio­sité intense qui finit par pro­vo­quer l’intuition. Cette curio­sité permet une variété dans la manière d’aborder les objets. Apprendre, cela passe sui­vant les moments par les livres, par la parole, ou par le regard. Cela dépend de la conjonc­ture, comme dirait Lefebvre.

C’est pour­quoi Lefebvre n’a pas aimé la mode « struc­tu­ra­liste ». A la struc­ture, il oppose le conjonc­tu­rel qui, dans sa vie, a tou­jours été plus impor­tant, plus cen­tral. Lefebvre ne s’est jamais vécu comme struc­turé, struc­tu­ral, struc­tu­rant ou struc­tu­ra­liste. Car la conjonc­ture – moment où les élé­ments d’abord épars et les forces supé­rieures se réunissent – est le moment fon­da­men­tal de la recherche. C’est le conjonc­tu­rel qui brise les struc­tures. Nous tou­chons là à ce que R. Lourau nomme le « para­digme d’Henri Lefebvre », c’est-à-dire l’articulation de la forme et du fond de la pensée. Ce para­digme du conjonc­tu­rel, Lefebvre l’a par­tagé avec les situa­tion­nistes, notam­ment. Il s’agit de cette pas­sion pour le moment où les struc­tures n’arrivent plus à domi­ner leurs propres élé­ments, où ces élé­ments se ras­semblent et forment une conjonc­ture nova­trice. Ce moment est dra­ma­tique. D’où l’intérêt que Lefebvre porte au théâtre. Le moment conjonc­tu­rel est un moment théâ­tral. Mai 68 a été un moment théâ­tral, conjonc­ture de forces et d’idées qui débouchent sur une autre réa­lité.

Lefebvre a donc une méthode de tra­vail assez irré­gu­lière, assez impro­vi­sée. Cette méthode de tra­vail se dif­fé­ren­cie de celles de phi­lo­sophes sys­té­ma­tiques ayant une ligne fixe comme Kant ou Spinoza. Lefebvre est per­suadé qu’il n’est plus pos­sible de penser de cette manière clas­sique. C’est ce qu’il indique dans l’opposition qu’il construit entre phi­lo­so­phie et méta-phi­lo­so­phie. Pour Lefebvre, la tâche du phi­lo­sophe n’est plus d’intégrer ce qui se pré­sente à un sys­tème, mais au contraire de sou­mettre ce qu’a pu penser le phi­lo­sophe à ce qui appa­raît, à ce qui se forme, à ce qui se trans­forme. Tenter de pro­té­ger sa pensée contre le nou­veau n’a pas de sens. Au contraire, il faut la trans­for­mer au contact de ce qui appa­raît. Est-ce une méthode ? Peut-être Lefebvre pré­fère parler de pro­cé­dure. L’important ici est de mon­trer que cette pro­cé­dure lefeb­vrienne est en rup­ture pro­fonde avec la pos­ture du phi­lo­sophe qui veut poser le noyau d’un sys­tème en l’élargissant, en y fai­sant entrer tout ce qu’il ren­contre. Ce rap­port, cette dis­po­ni­bi­lité par rap­port à l’actuel, par rap­port à ce qui surgit explique pour­quoi Lefebvre a été si dis­po­nible pour passer de la phi­lo­so­phie à la poésie, du rural à l’urbain.

Dans cette optique Lefebvre a publié en fonc­tion d’une logique d’intervention. Il n’a pas eu de stra­té­gie pré­éta­blie d’une oeuvre. C’est le rap­port de confron­ta­tion au social et à ses déve­lop­pe­ments qui amena Lefebvre à écrire et à publier : connaître la réa­lité, la penser, pour aider à la trans­for­mer.

La méthode régressive-progressive


A partir de sa lec­ture du Capital, mais aussi des Fondements de la cri­tique de l’économie poli­tique (Grundrisse) de Marx, Lefebvre a mis au point une méthode de lec­ture des faits sociaux, la méthode régres­sive-pro­gres­sive, qui consiste à partir de l’actuel, puis à remon­ter dans le passé. Ce n’est pas la méthode his­to­rique dans la mesure où celle-ci consiste à s’installer dans le passé et à essayer de voir ce qui a eu lieu, ce qui s’est passé à telle ou telle époque. Dans cette pers­pec­tive, l’historien tire ensuite des ana­lo­gies, des com­pa­rai­sons, des consé­quences…

La méthode que Lefebvre dégage de l’œuvre de Marx consiste plutôt à partir de ce qui existe. Pour Marx, c’était le capi­ta­lisme, le capi­ta­lisme indus­triel avec ses impli­ca­tions, dont le marché mon­dial (que Marx n’a pas tel­le­ment vu, puisqu’au XIXe siècle il avait sur­tout affaire au marché pré-capi­ta­liste). A partir de l’actuel que l’on ana­lyse, on remonte de proche en proche aux condi­tions de cette réa­lité actuelle. On tente de déga­ger, à tra­vers cette démarche régres­sive, ce qui a pré­cédé le pré­sent. Ensuite, on reprend le pro­ces­sus en sens contraire pour éclai­rer, élu­ci­der, déployer, déve­lop­per… On essaye de voir tous les pos­sibles (les « vir­tua­li­tés ») conte­nus dans la situa­tion pré­sente. On essaye ainsi d’éclairer le futur en ten­tant de mettre au jour le pos­sible et l’impossible. L’originalité de Lefebvre, même s’il a trouvé le prin­cipe de cette méthode chez Marx, c’est de l’appliquer à des formes sociales concrètes : la nation, la com­mu­nauté pay­sanne, l’urbain, l’État, etc.

Lefebvre a fait surgir le concept d’urbain de son étude de la cam­pagne et de la ville. Il est passé de l’étude du monde rural à celle de la réa­lité urbaine à la fin des années 1950. L’urbain, Lefebvre le conçoit, alors, à partir de l’analyse de la crise de la ville. La ville tra­di­tion­nelle éclate lorsque se déve­loppent de nou­velles réa­li­tés comme Mourenx, et qu’il n’est plus guère pos­sible de dis­tin­guer la ville de la cam­pagne. L’industrie réor­ga­nise l’espace, le redé­ploie. Lefebvre étudie le double mou­ve­ment d’explosion, nais­sance des péri­phé­ries, et d’implosion, cen­tra­lité accrue des centres de déci­sion, des centres d’autorité, des centres de répres­sion. L’urbain, c’est le concept qui rend compte de cette double évo­lu­tion carac­té­ri­sée par le mou­ve­ment d’explosion/implosion des centres et des péri­phé­ries, et de tout le déran­ge­ment social, de toute la réor­ga­ni­sa­tion socié­tale qui l’accompagne. L’émergence du concept d’urbain est donc un pro­duit de cette méthode régres­sive-pro­gres­sive.

Sartre, disciple de Lefebvre ?


Lefebvre a pour la pre­mière fois clai­re­ment for­mulé cette méthode dans un article de 1953 [3] où, pour expli­ci­ter sa méthode, il s’appuie sur le métayage. Cet article a été rendu célèbre par Jean-Paul Sartre, puisque l’auteur de laCritique de la raison dia­lec­tique en a tiré sa propre méthode. Sartre explique l’origine de Question de méthode dans l’introduction de la Critique de la raison dia­lec­tique. Au départ, une revue polo­naise décide de consa­crer un numéro à la culture fran­çaise. Elle passe com­mande à Sartre d’un article sur la situa­tion de l’existentialisme en 1957. Sartre explique qu’il n’aime pas parler de l’existentialisme. Nommer, défi­nir, c’est fermer la boucle. Mais il veut pro­fi­ter de l’occasion qui lui est offerte de dire, dans une revue de l’Est, ce qu’il pense de l’état de la phi­lo­so­phie mar­xiste. Alors, il accepte l’offre. En même temps, la revue en ques­tion a demandé à Henri Lefebvre d’écrire un texte sur les contra­dic­tions et les déve­lop­pe­ments du mar­xisme en France au cours des der­nières années. La pre­mière ver­sion deQuestions de méthode s’intitule donc, en polo­nais « Situation de l’existentialisme en 1957. » Ce texte est repris et modi­fié sous le titre « Existentialisme et mar­xisme ». Il paraît dans Les Temps modernes. On se trouve face à un texte impor­tant, puisqu’il a pour but de défi­nir la « méthode » que Sartre va suivre dans son livre phi­lo­so­phique le plus impor­tant, Critique de la raison dia­lec­tique, puis dans le Flaubert.

Jean-Paul Sartre va emprun­ter à Lefebvre sa métho­do­lo­gie. Nous nous per­met­tons de reprendre ici inté­gra­le­ment le pas­sage où Jean-Paul Sartre dit sa dette vis-à-vis du phi­lo­sophe mar­xiste et rend hom­mage à Lefebvre ; « C’est un mar­xiste, Henri Lefebvre, qui a donné une méthode à mon avis simple et irré­pro­chable pour inté­grer la socio­lo­gie et l’histoire dans la pers­pec­tive de la dia­lec­tique maté­ria­liste. » II pour­suit : « Le pas­sage vaut d’être cité en entier ; Lefebvre com­mence par remar­quer que la réa­lité pay­sanne se pré­sente d’abord avec une com­plexité hori­zon­tale : il s’agit d’un groupe humain en pos­ses­sion de tech­niques et d’une pro­duc­ti­vité agri­cole défi­nie, en rap­port avec ces tech­niques elles-mêmes, avec la struc­ture sociale qu’elles déter­minent et qui revient sur elles pour les condi­tion­ner. Ce groupe humain, dont les carac­tères dépendent lar­ge­ment des grands ensembles natio­naux et mon­diaux (qui condi­tionnent par exemple les spé­cia­li­sa­tions à l’échelle natio­nale), pré­sente une mul­ti­pli­cité d’aspects qui doivent être décrits et fixés (aspects démo­gra­phiques, struc­ture fami­liale, habi­tat, reli­gion, etc.). Mais Lefebvre se hâte d’ajouter que cette com­plexité hori­zon­tale se double d’une « com­plexité ver­ti­cale » ou « his­to­rique » ; dans le monde rural, en effet, on relève « la coexis­tence de for­ma­tions d’âge et de date dif­fé­rents ». Les deux com­plexi­tés « réagissent l’une sur l’autre ». Il relève, par exemple, le fait très frap­pant que l’histoire seule (et non la socio­lo­gie empi­rique et sta­tis­tique) peut expli­quer le fait rural amé­ri­cain : le peu­ple­ment s’est opéré sur une terre libre et l’occupation du sol s’est effec­tuée à partir des villes (alors que la ville en Europe s’est déve­lop­pée en milieu paysan). On expli­quera ainsi que la culture pay­sanne soit pro­pre­ment inexis­tante aux USA ou soit une dégra­da­tion de la culture urbaine.

Pour étu­dier, sans s’y perdre, une pareille com­plexité (au carré) et une telle réci­pro­cité d’inter-relations, Lefebvre pro­pose « une méthode très simple uti­li­sant des tech­niques auxi­liaires et com­por­tant plu­sieurs moments :

  • a) Descriptif : obser­va­tion mais avec un regard informé par l’expérience et par une théo­rie géné­rale.
  • b) Analytico-régres­sif : ana­lyse de la réa­lité. Effort pour la dater exac­te­ment.
  • c) Historico-géné­tique : effort pour retrou­ver le pré­sent mais élu­cidé, com­pris, expli­qué » [4].

Et Sartre de pour­suivre : « A ce texte si clair et si riche, nous n’avons rien à ajou­ter si ce n’est que cette méthode, avec sa phase de des­crip­tion phé­no­mé­no­lo­gique et son double mou­ve­ment de régres­sion puis de pro­grès, nous la croyons valable – avec les modi­fi­ca­tions que peuvent lui impo­ser ses objets – dans tous les domaines de l’anthropologie. C’est elle, d’ailleurs, que nous appli­que­rons, comme on verra plus loin, aux signi­fi­ca­tions, aux indi­vi­dus eux-mêmes et aux rela­tions concrètes entre les indi­vi­dus. Elle seule peut être heu­ris­tique ; elle seule dégage l’originalité du fait tout en per­met­tant des com­pa­rai­sons. » Et il conclut : « Il reste à regret­ter que Lefebvre n’ait pas trouvé d’imitateurs parmi les autres intel­lec­tuels mar­xistes. » Sartre déve­loppe ensuite l’exposé de cette méthode sur cin­quante pages, avant de l’appliquer à sa théo­rie des groupes et des ins­ti­tu­tions.

Cette méthode, rare­ment pré­sen­tée telle quelle dans l’œuvre de Lefebvre [5], est en fait pra­ti­quée tout le temps. Toute la lutte contre la lec­ture de Marx que pro­pose Lefebvre – il y a tou­jours eu dans le Parti des intel­lec­tuels pour dire que Lefebvre n’était pas un « vrai mar­xiste » – a en fait été une lutte contre sa méthode [6]. Dans les années 1930, où l’économisme était la forme phi­lo­so­phique du sta­li­nisme, Lefebvre pas­sait pour héré­tique parce qu’il ten­tait d’insister sur la double com­plexité (hori­zon­tale et ver­ti­cale) du mar­xisme. Un peu plus tard, Althusser, n’essayant de voir que la struc­ture hori­zon­tale du Capital, pré­tend dire la vérité d’un Marx dont il nie­rait la pensée (ver­ti­ca­lité et his­to­ri­cité des pro­blé­ma­tiques) [7].

Aujourd’hui, avec Antoine Savoye, on peut voir dans cette méthode une res­source pos­sible pour l’analyse ins­ti­tu­tion­nelle. Même s’il y a tou­jours un risque à pro­po­ser une méthode (on peut en effet tomber dans le tra­vers du méca­nique et du répé­ti­tif), cela a l’avantage aussi d’être un appui pour l’étude, l’analyse des forces sociales (8). Cette méthode, sou­vent oubliée par les manuels fran­çais de métho­do­lo­gie des sciences sociales [8], a pour­tant des vir­tua­li­tés épis­té­mo­lo­giques impor­tantes. Son oubli entraîne sou­vent des erreurs au niveau de l’appréciation des faits sociaux. Lefebvre consta­tait sou­vent que la plu­part des ana­lyses de l’actuel et de l’actualité res­tent struc­tu­rales. Or le struc­tu­ra­lisme a tou­jours ten­dance à reje­ter l’histoire, ou alors à faire de l’histoire his­to­ri­cienne.

La méthode régres­sive-pro­gres­sive consiste, comme on l’a vu, à recons­ti­tuer l’histoire en remon­tant le long de son cours pour la par­cou­rir géné­ti­que­ment. Les ana­lyses struc­tu­rales ne sont pas inin­té­res­santes. Elles cherchent dans l’actuel les oppo­si­tions. Cela donne des résul­tats. Car, effec­ti­ve­ment, les oppo­si­tions struc­tu­rales, per­ti­nentes, binaires existent (on peut les cal­cu­ler), mais la méthode struc­tu­rale appelle des com­plé­ments. Si la notion de struc­ture est en elle-même valide, on est obligé de reje­ter son emploi dog­ma­tique que l’on a pu voir se déve­lop­per lors de la période « struc­tu­ra­liste ». La notion de « struc­ture » doit en effet entrer en confron­ta­tion avec celles de « fonc­tion » et de « forme ». Or struc­tu­ra­lisme, fonc­tion­na­lisme et for­misme sont d’une cer­taine manière des abus. On extra­pole. Et cette extra­po­la­tion est illé­gi­time d’un point de vue théo­rique. D’autre part, si la notion de struc­ture en elle-même est légi­time, elle doit être com­plé­tée, dia­lec­ti­que­ment, par celle de conjonc­ture.

L’important, ici, dans la pré­sen­ta­tion de la méthode de Lefebvre, c’est de faire appel à la notion de praxis. Lefebvre écrit : « La praxis ne peut se fermer et ne peut se consi­dé­rer comme fermée. Réalité et concepts res­tent ouverts et l’ouverture a plu­sieurs dimen­sions : la nature, le passé, le pos­sible humain. Il ne suffit pas de dire que la notion de praxis s’efforce de saisir ou saisit la com­plexité des phé­no­mènes humains. Il faut ajou­ter qu’elle saisit leur com­plexitécrois­sante et elle seule. Ouverte de toutes parts, la praxis (réa­lité et concepts) ne s’égare pas pour autant dans l’indéterminé. Seule une pensée d’un cer­tain type, à savoir l’intellect ana­ly­tique tra­di­tion­nel, confond fer­me­ture et déter­mi­na­tion, ouver­ture et indé­ter­mi­na­tion [9]. »

Pour rendre sen­sibles ces idées, Lefebvre pour­suit sa réflexion dans le même ouvrage en pre­nant l’exemple de la ville de Paris : « C’est une oeuvre au sens où nous avons pris ce terme, oeuvre dont Marx à plu­sieurs reprises ébauche l’étude en la rat­ta­chant, comme les autres formes et types d’œuvres humains, à la théo­rie géné­rale de la divi­sion du tra­vail. Synchroniquement, la Ville est un ensemble, un tout subis­sant des muta­tions lentes et brusques. Diachroniquement, la Ville est l’œuvre d’un groupe, en rap­port avec une société glo­bale dans laquelle elle s’insère, ainsi qu’avec un État qu’elle domine ou subit. Une ville croît ou décline ; elle réus­sit, végète ou échoue. Pourquoi et com­ment ? L’étude du site et de la situa­tion relève de la géo­gra­phie, de l’économie poli­tique, voire de la bio­lo­gie végé­tale ou ani­male. L’étude des ins­ti­tu­tions relève de l’histoire stricto sensu, et celle du groupe urbain de la socio­lo­gie. La com­pré­hen­sion du rap­port de la Ville avec la société glo­bale ne pourra pas ne pas faire appel à ces sciences spé­cia­li­sées. Est-ce à dire que la Ville et la praxis à l’œuvre dans cette réa­lité n’ont rien de concrè­te­ment sai­sis­sable ? L’affirmer, c’est résoudre en le sup­pri­mant par décret le pro­blème métho­do­lo­gique des sciences humaines : rela­tion de ces sciences entre elles, unité pré­sup­po­sée ou recons­truite de leur objet [10]. »

Ce texte donne un nouvel éclai­rage sur la méthode régres­sive-pro­gres­sive, et son inté­rêt est de sou­li­gner com­bien la ques­tion est d’articuler l’apport des dif­fé­rentes dis­ci­plines pour saisir un objet « com­plexe ». On voit com­ment l’exemple de la ville pour­rait être rem­placé par n’importe quel objet « social » ou n’importe quelle ins­ti­tu­tion (l’éducation, l’immigration, la santé… ).

Lefebvre, Foucault et Goldmann

Comment situer cette méthode régres­sive-pro­gres­sive par rap­port à d’autres méthodes ? Notamment par rap­port à la méthode généa­lo­gique uti­li­sée par Foucault ? D’abord, il faut remar­quer que la méthode de Lefebvre est tirée de Marx. Foucault, lui, s’inspire de Nietzsche. Le projet de Nietzsche, dans la Généalogie de la morale, était de suivre des cou­rants à tra­vers des pen­sées indi­vi­duelles. Pour Lefebvre, on ne peut pas oppo­ser démarche généa­lo­gique et démarche géné­tique. L’important, pour Lefebvre, c’est d’éviter la ques­tion des ori­gines. C’est une ques­tion obs­cure. Se poser la ques­tion de l’origine de la langue, par exemple, n’a pas grand sens. Lefebvre s’était posé cette ques­tion la pre­mière fois en lisant Heidegger dans les années 1920. Lefebvre pense qu’Engels a eu tort de parler des ori­gines de la famille, de la pro­priété et de l’État, par exemple. On ne peut pas dater l’origine. Cela, Nietzsche, et donc à sa suite Foucault, l’a vu aussi. Nietzsche a voulu loca­li­ser, défi­nir des pro­blèmes. La pre­mière tra­duc­tion fran­çaise du livre de Nietzsche sur la tra­gé­die s’intitulait Origines de la tra­gé­die. En fait, le nou­veau titre, Naissance de la tra­gé­die, est meilleur. Parce qu’une nais­sance peut se dater. Chercher l’origine, c’est se perdre dans la nuit des temps. La nais­sance, par contre, permet de déter­mi­ner le lieu, le moment, la conjonc­ture. Il y a donc une parenté entre la méthode lefeb­vrienne et la méthode fou­cal­dienne, encore quelles aient des racines dif­fé­rentes.

On pour­rait éga­le­ment confron­ter cette méthode à ce que Goldmann appe­lait le struc­tu­ra­lisme géné­tique. Cependant, dans sa façon d’approcher les phé­no­mènes, Lefebvre explique que Goldmann ne s’occupait pas suf­fi­sam­ment du pre­mier moment, du moment régres­sif, le moment qui part de l’actuel. Goldmann s’inspirait de Piaget qui – en par­tant de l’enfance – construi­sait les stades de révo­lu­tion. Ce qui peut être inté­res­sant en psy­cho­lo­gie est cepen­dant dif­fi­ci­le­ment trans­po­sable au ter­rain his­to­rique [11].

Pour Lefebvre, ce déve­lop­pe­ment n’est que le deuxième moment du tra­vail. Le moment pre­mier, celui de la régres­sion, doit être pru­dent. Il faut étu­dier le pré­sent, l’actuel, y trou­ver des points de repère, des réfé­rences. Ce n’est pas tou­jours facile. Alors, seule­ment, on peut com­men­cer à remon­ter. Pour ce qui est du capi­ta­lisme, qu’étudient Marx et Lefebvre, il y a plu­sieurs périodes, plu­sieurs époques. Ce serait faux de croire que la bour­geoi­sie est une classe qui a été homo­gène dès le début et qu’elle s’est repro­duite de famille en famille ; il y a eu des chan­ge­ments pro­di­gieux, qu’on ne peut com­prendre que si l’on réflé­chit aux luttes qui ont opposé les dif­fé­rentes frac­tions des classes domi­nantes. Si l’on n’observe pas cette dyna­mique, il y a des chaî­nons qui vont man­quer. Ce n’est pas facile à recons­ti­tuer. Il faut recons­ti­tuer une genèse sans dog­ma­tisme. Dans la logique de Lefebvre, l’écueil à éviter abso­lu­ment c’est de s’accrocher à une démarche métho­do­lo­gique valable, mais de s’y can­ton­ner et d’oser des extra­po­la­tions erro­nées. Il faut garder en per­ma­nence une luci­dité cri­tique par rap­port aux outils métho­do­lo­giques [12].

Faire surgir des concepts


Dans La pro­duc­tion de l’espace (1974), Lefebvre applique la méthode à l’espace. Il explique : « La démarche pour­sui­vie ici peut se dire « régres­sive-pro­gres­sive ». Elle prend pour départ ce qui advient aujourd’hui : le bond en avant des forces pro­duc­tives, la capa­cité tech­nique et scien­ti­fique de trans­for­mer si radi­ca­le­ment l’espace natu­rel qu’elle menace la nature elle-même. Les effets de cette puis­sance des­truc­trice et construc­trice se constatent de toutes parts. Ils se conjuguent d’une manière sou­vent inquié­tante avec les pres­sions du marché mon­dial. La pro­duc­tion d’espace, élevée au concept et au lan­gage, réagit sur le passé, y décèle des aspects et moments mécon­nus. Le passé s’éclaire d’une manière dif­fé­rente ; et, par consé­quent, le pro­ces­sus qui va de ce passé à l’actuel s’expose aussi dif­fé­rem­ment [13]. »

Et Lefebvre de pour­suivre : « Cette démarche, c’est celle que Marx pro­pose dans son prin­ci­pal texte « métho­do­lo­gique ». Lefebvre cite alors le frag­ment des Grundrisse mis en exergue de ce cha­pitre, puis com­mente : « Paradoxale à pre­mière vue, cette démarche bien­tôt se rap­proche du bon sens : com­ment com­prendre une genèse, celle du pré­sent, et ses condi­tions, et son pro­ces­sus, sans partir de ce pré­sent, sans aller de l’actuel au passé et inver­se­ment ? Ne serait-ce pas la démarche inévi­table de l’historien, de l’économiste, du socio­logue, pour autant que ces spé­cia­listes aient une métho­do­lo­gie ? (…) Claire et pré­cise dans sa for­mu­la­tion et son appli­ca­tion, la méthode de Marx ne va pas sans dif­fi­cul­tés. Celles-ci se per­çoivent dès l’application que fait Marx de sa méthode au concept et à la réa­lité du tra­vail. La prin­ci­pale dif­fi­culté vient de ce que s’entrelacent dans l’exposé comme dans la recherche les deux mou­ve­ments. Dès lors, la partie ’régres­sive’ risque tou­jours de téles­co­per la partie ’pro­gres­sive’, de l’interrompre ou de l’obscurcir. Le com­men­ce­ment se retrouve à la fin ; et la fin se pré­sente dès le début. Ce qui ajoute une com­plexité sup­plé­men­taire à la mise au jour des contra­dic­tions qui poussent en avant et, par consé­quent, selon Marx, vers sa fin tout pro­ces­sus his­to­rique. »

Conscient de la dif­fi­culté de la méthode, Lefebvre ne ces­sera cepen­dant de s’en ins­pi­rer pour abor­der les concepts neufs qu’il tra­vaille. A propos de l’espace, il écrit : « Un concept neuf, la pro­duc­tion de l’espace, se découvre au début ; il doit ’opérer’ ou comme on dit par­fois ’tra­vailler’, en éclai­rant des pro­ces­sus dont il ne peut se sépa­rer parce qu’il en sort. Il faut donc s’en servir en le lais­sant se déployer sans pour autant admettre, à la manière des hégé­liens, la vie et la force propres du concept, la réa­lité auto­nome du savoir. A la fin, après avoir éclairé en se véri­fiant sa propre for­ma­tion, la pro­duc­tion de l’espace (concept théo­rique et réa­lité pra­tique indis­so­lu­ble­ment liés) s’explicitera et ce sera la démons­tra­tion : une vérité ’en soi et pour soi’, accom­plie et pour­tant rela­tive [14]. »

Donc, « la dia­lec­ti­sa­tion de la méthode elle-même se pour­suit ainsi sans que la logique et la cohé­rence aient à souf­frir, il y a pour­tant des risques d’obscurité et sur­tout de répé­ti­tions. Marx ne les a pas tou­jours évités. Il les connais­sait. A tel point que l’exposé du Capital ne suit pas exac­te­ment la méthode pro­mul­guée dans les Grundrisse. Le grand exposé doc­tri­nal part d’une forme, celle de la valeur échange, et non des concepts mis au pre­mier plan dans l’ouvrage anté­rieur : la pro­duc­tion et le tra­vail. La démarche annon­cée dans les Grundrisse se retrouve à propos de l’accumulation du capi­tal : Marx main­te­nait ses pro­po­si­tions métho­do­lo­giques lorsqu’il étu­diait en Angleterre le capi­ta­lisme le plus avancé, pour com­prendre les autres pays et le pro­ces­sus lui-même de for­ma­tion du capi­ta­lisme [15]. »

En prise sur la pratique


La méthode régres­sive-pro­gres­sive est donc « dif­fi­cile » à pra­ti­quer. Elle sup­pose une culture trans­ver­sale et ver­ti­cale. Elle sup­pose une prise en compte de trois dimen­sions : la com­plexité, la tem­po­ra­lité et la poly­sé­mie dis­ci­pli­naire. La fidé­lité de Lefebvre à cette méthode, sa soli­tude aussi, Sartre mis à part, par rap­port à cette méthode dans le mou­ve­ment mar­xiste (du fait même de sa dif­fi­culté) font de Lefebvre un pen­seur qui a réussi à garder vivante la pensée de Marx à une époque où elle est deve­nue « monde ». Contrairement à ce qui se passe dans le mou­ve­ment ana­ly­tique où les psy­cha­na­lystes contem­po­rains, prin­ci­pa­le­ment sur le ter­rain de la cure ana­ly­tique, se sont lar­ge­ment appro­prié et ont vivi­fié la pensée régres­sive-pro­gres­sive de Freud, les phi­lo­sophes mar­xistes, excepté Lefebvre et Sartre, n’ont pas su être à la hau­teur du projet « macro-cli­nique » de Marx. Ils ont trouvé plus confor­table de réduire leur tra­vail ou au struc­tu­rel ou à l’histoire. Exigeants qu’ils étaient d’une science « trans­pa­rente », c’est-à-dire niant que, dans les sciences anthropo-sociales, il y a tou­jours un reli­quat non expli­cité, ils ont fait du réduc­tion­nisme éco­no­miste, his­to­ri­ciste, struc­tu­ra­liste. Tout au long du siècle, Lefebvre a donc été bien seul à défendre Marx, et la com­plexité de sa pensée, contre les mar­xistes !

Pour conclure ce texte, disons que Henri Lefebvre lui-même s’est tou­jours étonné qu’ »on » (en fait, Sartre) lui ait attri­bué cette méthode pro­gres­sive-régres­sive. Il com­mente : « J’étais très en colère qu’on m’ait attri­bué cette méthode. C’est la méthode de Marx lui-même. Il faut lire. Il faut savoir lire Le Capital. Ce que j’ai dégagé est dans Marx. Les livres que l’on a inti­tu­lés Pour lire le Capital n’apportent pas quelque chose de très lumi­neux [16]… » Peut-être que l’un des aspects les plus impor­tants à sou­li­gner dans la méthode de Lefebvre est que le « tra­vail théo­rique » n’est jamais « isolé » de la confron­ta­tion pra­tique [17]. Certains ont vu dans diverses inter­ven­tions du phi­lo­sophe « une pure spé­cu­la­tion ». Or, jamais le tra­vail théo­rique n’est coupé du tra­vail empi­rique. Comme je l’ai montré ailleurs, même la cri­tique de la logique for­melle, partie la plus abs­traite peut-être de l’œuvre de Lefebvre, s’enracine dans le ter­rain [18]. La cri­tique de la logique for­melle est une pro­blé­ma­tique que Lefebvre sort du débat sur les hybrides. L’épistémologie s’enracine dans la culture du blé (et réci­pro­que­ment). L’originalité de Lefebvre, c’est d’être à l’affût de tous les enjeux théo­riques qui jalonnent les pro­blèmes pra­tiques de la vie quo­ti­dienne, et d’en tenter une ana­lyse au niveau de leurs com­plexi­tés struc­tu­rale et his­to­rique.

De ce point de vue, relire La somme et le reste ou quelque autre livre impor­tant [19] du phi­lo­sophe peut consti­tuer une res­source énorme pour penser. Lefebvre a été beau­coup pillé. Son œuvre reste dis­po­nible pour beau­coup d’autres emprunts, et pré­ci­sé­ment sur le plan métho­do­lo­gique.

Références

[1] Entretien avec R. Lourau et Antoine Savoye, cité dans R. Hess, Henri Lefebvre et l’aventure du siècle, Paris, Métaillié, 1988, ch. 16. [2] Lefebvre a lu Le Play et cer­tains le play­siens (Charles de Ribbes) que nous redé­cou­vrons aujourd’hui, comme en témoigne son article « Problèmes de socio­lo­gie rurale », Cahiers inter­na­tio­naux de socio­lo­gie, n° VI, PUF, 1949. Sur la dis­cus­sion de Le Play par Lefebvre, voir Villes et cam­pagnes, sous la direc­tion de G. Friedman, pp. 327 à 333. [3] « Perspectives de la socio­lo­gie rurale », Cahiers Internationaux de socio­lo­gie, 1953, repris dans Du rural à l’urbain, 1970, pp. 63 à 78. [4] J.-P. Sartre, La cri­tique de la raison dia­lec­tique, Paris, Gallimard, 1960, pp. 41-42. Le Flaubert de Sartre est une illus­tra­tion de cette méthode (Gallimard éga­le­ment). [5] Une belle pré­sen­ta­tion de cette méthode se trouve dans La somme et le reste, p. 559 et sq., 3° édi­tion, Méridiens Klincksieck, 1989. [6] Dès 1937, Lefebvre uti­lise cette méthode comme le montre la lec­ture de son pre­mier livre Le natio­na­lisme contre les nations, dans lequel il pense le concept de nation en l’abordant à la fois dans sa struc­ture de l’époque et dans sa genèse his­to­rique. Ce livre (réédité en 1988 chez Méridiens Klincksieck) est d’une actua­lité sur­pre­nante avec l’éclatement de l’URSS, la guerre civile en Yougoslavie, le débat sur la France et l’Europe, etc. A ce propos, voir R. Hess « Lefebvre, un mar­xiste dans le siècle », Libération du 1er juillet 1991. [7] Sur les rap­ports entre Lefebvre et Althusser, ou plus géné­ra­le­ment sur Lefebvre et le struc­tu­ra­lisme, on peut se repor­ter à deux ouvrages : Au-delà du struc­tu­ra­lisme et L’idéologie struc­tu­ra­liste, qui est un abrégé du pre­mier. Dès 1959, Lefebvre publiait un article dans Les Temps modernes, « Qu’est-ce que le struc­tu­ra­lisme ? » qui fut le pre­mier d’une longue série parue prin­ci­pa­le­ment dans L’Homme et la société entre 1966 et 1969. Voir éga­le­ment R. Hess, « Henri Lefebvre », in Dictionnaire des phi­lo­sophes, sous la direc­tion de Denis Huisman, Paris, Presses Universitaires de France, tome 2, pp. 1542 à 1546. [8] A. Savoye, « Analyse ins­ti­tu­tion­nelle et his­toire », in R. Hess et A. Savoye, Perspectives de l’analyse ins­ti­tu­tion­nelle, Méridiens Klincksieck, Paris, 1988. [9] H. Lefebvre, La pro­cla­ma­tion de la Commune, Gallimard, 1965, p. 31. [10Idem, p. 31. [11] Lefebvre ne s’est pas beau­coup inté­ressé à la psy­cha­na­lyse. Il s’explique à ce propos dans La somme et le reste(op. cit.). Pourtant, sa méthode, trans­po­sée dans le champ psy­cho­lo­gique, serait vrai­ment très proche de la méthode freu­dienne. II me semble que, dans le contexte de la cure, ce qui se joue, c’est jus­te­ment un tra­vail à partir du pré­sent, de l’actuel de la rela­tion qui se tisse entre le psy­cha­na­lyste et son client (le trans­fert). Réfléchir à la manière dont s’étaye le trans­fert permet pro­gres­si­ve­ment de remon­ter et de réflé­chir sur les stades anté­rieurs (moments trau­ma­tiques, etc.). Ne pour­rait-on pas théo­ri­ser davan­tage aujourd’hui cette méthode régres­sive-pro­gres­sive en l’enrichissant de l’apport freu­dien ? Il y aurait là une hypo­thèse à creu­ser. [12] Une très belle illus­tra­tion de ce rap­port à la méthode se trouve dans Henri Lefebvre, La vallée de Campan, Presses Universitaires de France, Paris, 1° édi­tion 1963, 2° édi­tion 1990. [13La pro­duc­tion de l’espace, pp. 79 à 81. [14Idem, p. 80. [15Idem, p. 82. [16] Voir Rémi Hess, Henri Lefebvre et l’aventure du siècle, ch. 15 à 17. [17] Sur la méthode, voir encore H. Lefebvre, « Les méthodes et la situa­tion des sciences sociales », Le Monde, 17 février 1965. C’est le seul texte de syn­thèse sur la ques­tion de la méthode publié par Lefebvre. Le point de départ de sa réflexion est l’ouvrage de R. Pinto et M. Grawitz, Méthodes des sciences sociales, dont il fait le compte rendu. Signalons encore H. Lefebvre, Du contrat de citoyen­neté (en col­la­bo­ra­tion), Paris, Syllepse et Périscope, 1990. Il s’agit d’un des der­niers textes de Lefebvre dans lequel on retrouve éga­le­ment le mou­ve­ment régres­sif-pro­gres­sif de la pensée. [18] R. Hess, Henri Lefebvre et l’aventure du siècle, cha­pitre sur la socio­lo­gie rurale. [19] Parmi les ouvrages impor­tants récem­ment réédi­tés, voir Le mar­xisme, « Que Sais-je ? », 1990 et Le maté­ria­lisme dia­lec­tique, Presses Universitaires de France, coll. « Quadrige », 1990 ou les 3 volumes de La Critique de la vie quo­ti­dienne (L’Arche).

***Ce texte a d’abord été publié en hiver 1991 et mis en ligne sur le site Multitudes (http://​mul​ti​tudes​.samiz​dat​.net/​a​r​t​i​c​l​e​.​p​h​p​3​?​i​d​_​a​r​t​i​c​l​e=618) le mardi 6 juillet 2004.

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