Québec solidaire après les élections

Tout le monde aura célébré la belle victoire d’Amir le 8 décembre. C’est une opportunité extraordinaire pour percer le mur du silence et surtout pour faire connaître les propositions de QS via notre super co-porte parole. On imagine ce qu’on aurait pu faire avec un tandem Amir – Françoise. Mais cela sera pour la prochaine fois. En attendant, il importe de faire un bilan lucide sur la performance de QS lors des dernières élections et de voir ce que cela nous indique pour l’avenir.
Par Mis en ligne le 14 décembre 2008

QS est sorti de l’ombre

Les condi­tions ont été de loin meilleu­res pour faire sortir QS de la mar­gi­na­lité pour cette élec­tion par rap­port à la der­nière. La cou­ver­ture média­ti­que a été plus consis­tante, non­obs­tant le refus des partis d’intégrer QS dans le débat dit des « chefs ». Certes, QS était la plu­part du temps pré­senté comme le parti « en plus » des trois « grands partis ». Cependant à part les édi­to­ria­lis­tes ultra-droite de Power Corporation, les repor­ta­ges et les opi­nions ont été sou­vent sym­pa­thi­ques, prin­ci­pa­le­ment à Radio-Canada, dont l’audience n’est pas négli­gea­ble. On a eu aussi droit à des appuis clairs et réson­nants, comme ceux de Pierre Foglia et de Gil Courtemanche, qui ont par la suite été ampli­fiés par les appuis de Claude Béland et de quel­ques autres per­son­na­li­tés socia­les et cultu­rel­les. Également cette fois, QS dis­po­sait d’un pro­gramme assez bien ficelé ainsi que d’un secré­ta­riat natio­nal. À cela se sont ajou­tés deux équi­pes « de choc», ren­for­cées par quel­ques « pro­fes­sion­nels » de l’organisation et des com­mu­ni­ca­tions, dans les comtés de Mercier et de Gouin, qui ont mobi­lisé beau­coup de per­son­nes, reçu beau­coup d’appuis, ce qui a permis à Amir et à Françoise de sillon­ner leurs comtés en long et en large et avec les résul­tats que l’on connaît.

La masse cri­ti­que

Malgré ces deux fac­teurs posi­tifs, il faut consta­ter que l’appui à QS a rétréci (envi­ron 20 000 voix de moins), ce qui donne un résul­tat plutôt déce­vant de moins de 4%. On peut se conso­ler que c’est le double du vote reçu par le Parti Vert, mais même là c’est déce­vant puisqu’on aurait pu espé­rer un trans­fert des Vers aux Solidaires. Mais visi­ble­ment, cela ne s’est pas pro­duit. On pourra dire que ce déclin est lié au taux (énorme) d’abstention, mais ce n’est pas tout à fait vrai puis­que les votes pour le PQ et le PLQ ont aug­menté (c’est le vote de l’ADQ qui s’est effon­dré). On doit donc consta­ter que le mes­sage, même s’il a plus cir­culé, n’a pas vrai­ment passé. Sans blâmer d’autre que soi-même, on peut se deman­der cepen­dant pour­quoi les mou­ve­ments sociaux, dont la proxi­mité poli­ti­que avec QS est trop évi­dente, ne se sont pas plus mouillés. Les syn­di­cats (à part le Conseil cen­tral de Montréal de la CSN), les grou­pes com­mu­nau­tai­res, le mou­ve­ment étu­diant, éco­lo­giste, les orga­ni­sa­tions de soli­da­rité inter­na­tio­nale, la grande mou­vance de l’économie sociale, ne se sont pas « mouillés», sinon que de façon indi­vi­duelle. Dans un tel contexte, on ne pou­vait pas s’attendre à des mira­cles. Après tout, le NPD (au Canada anglais), les partis socia­lis­tes et com­mu­nis­tes (France, Italie), le PT au Brésil et tous les autres partis de gauche dans le monde dépen­dant, dans une large mesure, de la mobi­li­sa­tion et de l’appui concret des mou­ve­ments sociaux. Il semble qu’ici per­siste cette tra­di­tion de non-inter­ven­tion qui date depuis long­temps, et qui aujourd’hui se mêle avec des appuis plus ou moins décla­rés au PQ, comme la « moins pire » des options. Dans ce contexte, la masse cri­ti­que n’est pas là.

Saisir notre chance

Il faut accep­ter le fait que le projet de QS reste peu atti­rant pour une masse de gens qui ont été assom­més pen­dant des décen­nies d’idéologie néo­li­bé­rale, y com­pris par la pres­que « social-démo­cra­tie » péquiste, et qui en plus main­te­nant se font dire que la crise va les empor­ter. Il ne faut pas sous-esti­mer la domi­na­tion des pers­pec­ti­ves néo­li­bé­ra­les même si par­fois c’est par « défaut», vu le fait qu’il n’y a pas d’alternative « cré­di­ble ». Or voilà le point jus­te­ment : QS n’est pas une alter­na­tive cré­di­ble pour la grande masse des gens. Et là-dessus, il faut noter deux pro­ces­sus contra­dic­toi­res. Pour beau­coup de jeunes, QS n’est pas attrayant, trop « soft » et sur­tout enfoncé dans un sys­tème poli­ti­que aussi anti­dé­mo­cra­ti­que que trom­peur. Conclusion pour ces jeunes, cela ne vaut pas la peine. Pour d’autres, moins jeunes, QS ne peut qu’être une sorte de « mouche du coche » sym­pa­thi­que mais inef­fi­cace, qui ne fait pas le « poids » face au PQ. Bien sûr, le PQ est en déper­di­tion, idéo­lo­gi­que­ment par­lant (tant sur la dimen­sion social-démo­crate que sur la dimen­sion natio­na­liste), mais il reste encore la réfé­rence pour plu­sieurs mil­lions de per­son­nes dont une bonne partie pense, « il n’y a rien de mieux ». Aujourd’hui donc le défi demeure. Amir à l’Assemblée natio­nale saura dire haut et fort ce que plu­sieurs citoyens et citoyen­nes pen­sent, et cela devrait faire une dif­fé­rence. Il pourra le faire d’autant mieux que QS pour­rait relan­cer la mobi­li­sa­tion, avec des ini­tia­ti­ves citoyen­nes sur l’économie, la santé, l’éducation, le déclin des régions. Il n’y a pas de raison pour que QS ne devienne pas un pôle autour duquel les indi­vi­dus mais aussi les mou­ve­ments peu­vent s’agglutiner, non pas dans un rap­port de subor­di­na­tion, mais dans la conver­gence. Dans ce sens, cela concré­ti­se­rait le rêve d’un parti des urnes qui est aussi un parti de la rue. Tout cela sera effi­cace avec une cer­taine modes­tie du lan­gage et des pers­pec­ti­ves, pas pour « cacher » quoi que ce soit, mais parce que c’est appro­prié et légi­time de refu­ser le sys­tème néo­li­bé­ral en place et de pro­po­ser des réfor­mes poli­ti­que­ment per­ti­nen­tes et tech­ni­que­ment réa­li­sa­bles. Ce que nous sug­gé­rons ici est un ré-enra­ci­ne­ment orga­ni­sa­tion­nel et poli­ti­que via des actions et des ini­tia­ti­ves concrè­tes, en évi­tant la sur­en­chère ver­bale qui fait partie de la tra­di­tion de la gauche, mal­heu­reu­se­ment.

À la pro­chaine

Les quatre pro­chai­nes années seront cer­tai­ne­ment tur­bu­len­tes. Charest et son copain Harper (à moins que cela soit l’autre copain Ignatief) vont reve­nir à la charge. Ils ose­ront pro­fi­ter de la crise pour appro­fon­dir, et non atté­nuer, le virage néo­li­bé­ral, quitte à arron­dir cer­tains coins avec des suc­cé­da­nés tem­po­rai­res. Sur le fond cepen­dant, les domi­nants sur les­quels sont appuyés ces partis ne veu­lent abso­lu­ment pas d’un nou­veau « grand com­pro­mis » comme celui qui avait émergé de la grande crise des années 1930. Ils pen­sent pou­voir bri­co­ler quel­ques mesu­res et conti­nuer leur « glo­ba­li­sa­tion » et leur finan­cia­ri­sa­tion qui les ont rendus tel­le­ment plus riches depuis 25 ans. Pourquoi agi­raient-ils autre­ment ? Hier comme aujourd’hui, ce ne sont pas les domi­nants, mais les domi­nés qui for­cent le chan­ge­ment. La balle est dans notre camp.

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