Autour de la victoire de Québec Solidaire dans Mercier

Il fallait s’y attendre. À peine les résultats proclamés que des savants analystes, les mêmes qui ne prévoyaient qu’une seule chaude lutte à Montréal (Crémazie), nous fournissent leurs explications en trompe l’oeil.

La victoire d’Amir, cette surprise, serait un accident attribuable en autre à la faiblesse du taux de participation, voir un épiphénomène propre à cette étrange sociologie du Plateau Mont-Royal. Après le mystère conservateur de Québec, nous voilà doté d’un autre gadget du prêt à penser: l’unicité des étranges habitants de la non moins bizarre république de Mercier. Certes cette circonscription possède sa sociologie propre. Plus jeune et très nettement plus scolarisée que la moyenne nationale, la population de Mercier présente toutefois un revenu médian que très légèrement supérieur à la moyenne tout en présentant néanmoins d’importants secteurs de pauvreté. S’il est exact d’affirmer que cette circonscription compte un grand nombre de travailleurs et travailleuses de la culture, plusieurs s’empressent de conclure au caractère radicalement atypique de cette population et de l’étrangeté de son vote. Comme une façon subtile de délégitimer un choix.

«Vous savez, …les artistes… ces pelleteux de nuage…».

Par , Mis en ligne le 12 décembre 2008

Par ailleurs, la thèse de l’accident pure­ment cir­cons­tan­ciel ne tient pas la route lorsqu’on exa­mine les résul­tats de cette cir­cons­crip­tion depuis le score remar­quable de Paul Cliche en avril 2001 coa­li­sant l’ensemble des forces de gauche et pré­fi­gu­rant son uni­fi­ca­tion en voie de réa­li­sa­tion. On peut même remon­ter au score du minus­cule mais cou­ra­geux PDS de 1998 pour consta­ter, aux fils des scru­tins, le net enra­ci­ne­ment des valeurs et des thèses de la gauche sou­ve­rai­niste dans cette cir­cons­crip­tion. Ce vote est d’abord un vote d’adhésion aux valeurs de Québec Solidaire.

Voter pour le bon doc­teur ?

D’autres attri­buent l’essentiel du résul­tat au seul succès per­son­nel du
can­di­dat. On louange ses indis­cu­tables qua­li­tés de com­mu­ni­ca­teur poli­tique,
son aura pro­fes­sion­nel, son cha­risme etc. Nul doute que tout cela a influé
sur le résul­tat mais n’est-ce pas une autre façon de dis­cré­di­ter une
vic­toire que de la per­son­na­li­ser à outrance ? Bref, s’il y a un cer­tain vote
d’estime autour de la can­di­da­ture de M. Khadir, il faut se garder d’en
exa­gé­rer l’importance. Ce type d’analyse, très people, passe à la trappe les
pro­gres­sions enre­gis­trées par d’autres can­di­da­tures dont celle de Françoise
David, la co-porte-parole de Québec Solidaire dans un contexte beau­coup plus
dif­fi­cile. Cette vision gla­mour de la poli­tique ignore éga­le­ment
l’importance du tra­vail de ter­rain où les can­di­dats et can­di­dates, enra­ci­nés
dans leur milieu, tendent l’oreille aux pré­oc­cu­pa­tions concrètes des gens et
se font leur porte-parole. Qui a relevé qu’Amir récla­mait plus de méde­cins
pour le CLSC de son quar­tier ? Comme pro­fes­sion­nel de la santé, Amir s’est
fait sur­tout connaître pour la farouche oppo­si­tion de son parti à la
pri­va­ti­sa­tion du sec­teur de la santé. Lorsque cer­tains votent pour le bon
doc­teur, ce n’est sur­tout pas pour s’incliner devant un titre pro­fes­sion­nel
mais d’abord parce que nous ne vou­lons pas tro­quer notre carte soleil
contre une carte de crédit. Les gens qui ont votés pour Amir ont confiance à
la soli­dité de ses convic­tions sociales. Il ne fera pas comme un cer­tain
autre doc­teur qui a récem­ment quitté le gou­ver­ne­ment libé­ral pour faire la
pro­mo­tion du sec­teur privé. Il y a aussi, der­rière ce vote, comme un mandat
par­ti­cu­lier : défendre et pro­mou­voir un sys­tème de santé de qua­lité,
uni­ver­sel et gra­tuit.

S’il faut acco­ler une éti­quette à la vic­toire de Québec Solidaire c’est
bien celle de la pug­na­cité des équipes mili­tantes qui ont su labou­rer au bon
endroit et en pro­fon­deur depuis une dizaine d’années. Cette vic­toire c’est
d’abord la leur et ils sau­ront bien trou­ver le moyen de trans­for­mer cette
cir­cons­crip­tion en véri­table bas­tion de la gauche. Non pour s’y enfer­mer,
mais pour rayon­ner et essai­mer afin de contri­buer à créer deux, trois
plu­sieurs Mercier. C’est ainsi que l’accidentel épi­phé­no­mène appa­raî­tra pour
ce qu’il est vrai­ment : un pre­mier signe avant cou­reur d’une montée de la
gauche poli­tique en cette période de crise du néo­li­bé­ra­lisme et de ses
dou­lou­reuses recettes.


Josée Vannasse et François Cyr sont membres de Québec Solidaire et
co-direc­teurs de la cam­pagne du can­di­dat dans Mercier.

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