Élections fédérales

Pour vaincre la droite, la gauche doit s’organiser

Par Mis en ligne le 13 avril 2011

La pos­si­bi­lité quasi cer­taine de repor­ter au pou­voir le Parti Conservateur aura cer­tai­ne­ment des consé­quences tra­giques pour la classe popu­laire du Canada et du Québec. L’annonce par Stephen Harper de devan­cer d’un an l’atteinte de l’équilibre bud­gé­taire n’augure rien de bon pour la survie des ser­vices publics et des pro­grammes sociaux. Déjà la Fédération des Femmes du Québec s’est fait reti­rer la part de sub­ven­tion du gou­ver­ne­ment fédé­ral, laquelle cor­res­pond à 40% de son budget.

Alors com­ment ren­ver­ser la vapeur ? Regardons d’abord les don­nées des cinq der­nières élec­tions fédé­rales, de 1997 à 2008 :

Résultats des 5 dernières élections

Résultats des 5 der­nières élections

Notre pre­mier constat est que la droite s’est réor­ga­ni­sée. D’un parti régio­nal sous la direc­tion de Preston Manning en 1987, le Parti Réformiste s’est déve­loppé puis a fusionné en 2000 au sein de l’Alliance Canadienne. Puis nou­velle fusion en 2003 avec le Parti Progressiste Conservateur pour former le Parti Conservateur du Canada. Déjà en 1997 on peut consta­ter que le total des votes du Parti pro­gres­siste conser­va­teur et du Parti Réformiste attei­gnait 38,2%, soit seule­ment 0,3% en des­sous Libéraux. En 2000 le total des votes de l’Alliance cana­dienne et du Parti Progressiste Conservateur don­nait 37,7%, soit un pour­cen­tage iden­tique à celui du Parti Conservateur en 2008 et supé­rieur à celui de 2006.

La force et la montée de la droite conser­va­trice au Canada n’est pas un phé­no­mène né d’hier et ne pourra être com­battu par des votes pré­ten­du­ment stra­té­giques. Il est le pro­duit d’un pro­ces­sus de réor­ga­ni­sa­tion de la droite au Canada-anglais sur une période d’une ving­taine d’années. Au Québec c’est sur­tout à partir de 2006 que la montée conser­va­trice s’est véri­ta­ble­ment fait sentir, pas­sant de 8,8% en 2004 à 24,6%. Cette remon­tée cor­res­pon­dait à la déban­dade des Libéraux suite au scan­dale des com­man­dites. À noter le BQ n’a pas béné­fi­cié de cette crise poli­tique, puisqu’il a perdu 6,8 points durant cette période.

Les votes stra­té­giques, qui en fait n’en sont pas, n’ont eu pour effet que de retar­der la construc­tion d’une alter­na­tive poli­tique à l’échelle pan-cana­dienne, de retar­der la néces­saire alliance entre les mou­ve­ments ouvriers et popu­laires cana­diens et qué­bé­cois sur le plan poli­tique et d’amener la gauche au Québec à limi­ter son hori­zon dans les enjeux pan­ca­na­diens au seul cadre qué­bé­cois. Concrètement nous sommes condam­nés à des gou­ver­ne­ments conser­va­teurs ou libé­raux, piégés par le vote utile pour le Bloc qué­bé­cois qui n’hésite par à sou­te­nir des poli­tiques conser­va­trices (sou­tien de l’envoi des troupes en Afghanistan). Aujourd’hui ce retard nous rattrape.

C’est dans cette optique que nous croyons impor­tant d’appuyer le NPD. Parce qu’il s’agit du seul lieu à partir duquel on peut construire un mou­ve­ment pro­gres­siste pan-cana­dien, parce qu’il est le seul lien qui peut poten­tiel­le­ment amener le mou­ve­ment ouvrier et popu­laire cana­dien et qué­bé­cois à bâtir une alter­na­tive poli­tique. À cet égard la ques­tion de la recon­nais­sance du Québec comme nation est un point majeur non seule­ment pour le NPD mais pour le mou­ve­ment ouvrier cana­dien éga­le­ment. Ce n’est que du bout des lèvres que le Congrès du Travail du Canada (CTC) recon­naît le Québec comme nation comme c’est le cas éga­le­ment pour beau­coup de syn­di­cats cana­diens. Le défi de l’unité du mou­ve­ment ouvrier et popu­laire cana­dien et qué­bé­cois dépend pour beau­coup de la recon­nais­sance de la nation qué­bé­coise et de son droit à l’autodétermination par le NPD et les grandes orga­ni­sa­tions syn­di­cales du Canada-anglais. Mais la conjonc­tion de nos forces sur le plan poli­tique dépas­sera sa simple addi­tion parce qu’elle déclen­chera une dyna­mique seule capable de répondre à l’impasse poli­tique et à la montée de la droite car elle jet­tera les bases de la construc­tion d’une alter­na­tive poli­tique de gauche à l’échelle pancanadienne.

(1) Avant 2003 il s’agissait du Parti pro­gres­siste conser­va­teur, lequel a fusionné en 2003 avec l’Alliance canadienne.

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