Pour sortir de la crise plus solidaires ! Les propositions de la CSN

Au mois de mai 2009, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) proposait ses orientations pour sortir de la crise économique. Son document qui se trouve dans son site rappelle les racines de la crise actuelle. Cette dernière «révèle des déséquilibres profonds dont la gravité est amplifiée par la conjonction d’une série de crises : financière, alimentaire, énergétique et environnementale ». Elle traduit un modèle en crise. La centrale syndicale explique que la crise « résulte d’une forte croissance économique basée sur l’extension d’un modèle de consommation et de production fondamentalement insoutenable. Dans ce modèle de développement, toute intervention de l’État est, au mieux, inutile ou, au pire, nuisible parce qu’elle favorise certains groupes d’inté¬rêts au détriment de l’ensemble. Inspirant nos gouvernements, la déréglementation, la privatisation, la flexibilité du marché du travail, le contrôle obsessif des déficits et de la dette publique, le libre-échange et la libéralisation financière sont devenus les voies à suivre ». La crise est donc globale.
Par Mis en ligne le 03 septembre 2009

« Durant la majeure partie des trois der­nières décen­nies, ce sont les indi­vi­dus très riches qui ont accu­mulé une part dis­pro­por­tion­née de la richesse. Il faut ren­ver­ser cette ten­dance. » — Premier budget Obama

Autre phé­no­mène dom­ma­geable, le fossé entre les riches et les pauvres s’élargi dans la plu­part des pays au cours des der­nières décen­nies. Cette inéqui­tée des reve­nus « s’est réa­li­sée à tra­vers une série de méca­nismes dont l’action a été plus ou moins forte selon les pays : réforme du marché du tra­vail (pla­fon­ne­ment du salaire mini­mum, emploi aty­pique, recul du syn­di­ca­lisme), affai­blis­se­ment de la pro­tec­tion sociale (assu­rance emploi), concur­rence entre les ter­ri­toires, les sala­rié-es et les pays pour l’obtention des inves­tis­se­ments, etc. » En consé­quence explique la CSN, « on estime main­te­nant qu’au Canada la rému­né­ra­tion moyenne des patrons des grandes socié­tés est de 240 fois la rému­né­ra­tion moyenne des tra­vailleuses et des tra­vailleurs. Les salaires, pour leur part, ont stagné au cours des 25 der­nières années et le recours au crédit, à l’endettement est devenu le prin­ci­pal sti­mu­lant de la crois­sance. Il y a une limite à une telle stra­té­gie et la crise immo­bi­lière amé­ri­caine y a mis fin bru­ta­le­ment. Les crises sont inhé­rentes à la logique finan­cière : la recherche du profit le plus élevé pro­voque, éven­tuel­le­ment, une phase d’engouement et d’emballement où l’activité devient fré­né­tique jusqu’à ce que la bulle éclate. »

Les pro­po­si­tions de la CSN sont pré­sen­tées en 5 blocs.

Pour un plan d’investissement social

La CSN reven­dique l’amélioration immé­diate du régime d’assurance emploi.

La CSN reven­dique la mise en place immé­diate d’un pro­gramme de sou­tien du revenu pour les tra­vailleuses et les tra­vailleurs âgés.

La CSN reven­dique l’augmentation des bud­gets alloués au loge­ment social.

La CSN reven­dique l’augmentation des trans­ferts fédé­raux pour les sec­teurs de la santé, de l’éducation post­se­con­daire et l’aide sociale en fonc­tion des besoins du Québec.

La CSN reven­dique le déve­lop­pe­ment des ser­vices publics, car ceux-ci contri­buent à la fois à l’emploi et au mieux-être de la population.

Elle reven­dique l’engagement des gouver¬nements à ne pas accroître la tari­fi­ca­tion pen­dant la réces­sion, à ne pas pri­va­ti­ser les ser­vices publics et, notam­ment, à renon­cer au PPP comme mode de finan­ce­ment et de déve­lop­pe­ment des infra­struc­tures publiques.

Pour un marché du tra­vail tourné vers l’avenir

La CSN reven­dique que toutes les res­sources né¬cessaires soient allouées par le gou­ver­ne­ment du Québec pour per­mettre à un maxi­mum de sala­rié-es de béné­fi­cier de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle pen­dant le ralen­tis­se­ment ou pour éviter des mises à pied.

Elle reven­dique que toutes les res­sources néces¬saires soient allouées par le gou­ver­ne­ment fédé­ral pour per­mettre la mise en place de pro­grammes de tra­vail par­tagé, y com­pris par l’amélioration des pres­ta­tions ver­sées dans le cadre de ces ententes.

La CSN reven­dique une moder­ni­sa­tion des lois du tra­vail et des régimes de pro­tec­tion sociale pour que toute la main-d’oeuvre puisse béné­fi­cier des mêmes droits.

La CSN reven­dique des modi­fi­ca­tions au Code du tra­vail pour faci­li­ter l’accès à la syndicalisation.

La CSN reven­dique une moder­ni­sa­tion des lois du tra­vail sur les licen­cie­ments col­lec­tifs pour obte­nir une plus grande trans­pa­rence, une plus grande sécu­rité éco­no­mique et le droit des sala­rié-es et des com­mu­nau­tés concer­nées d’agir sur leur avenir.

La CSN reven­dique le retrait du budget fédé­ral des élé­ments qui pla­fonnent les aug­men­ta­tions sala­riales dans la fonc­tion publique fédé­rale, y com­pris celles pour les­quelles il s’est déjà engagé, ainsi que les mesures qui ont pour objec­tif de res­treindre l’accès des femmes à l’équité salariale.

La CSN reven­dique la mise en place rapide par le gou­ver­ne­ment du Québec d’un comité chargé de réexa­mi­ner notre sys­tème de retraite, comité auquel doivent être asso­ciés les syndicats.

Pour contri­buer à la relance et contrer la para­ly­sie financière

Unune action des gou­ver­ne­ments en vue d’engager rapi­de­ment des efforts bud­gé­taires sup­plé­men­taires en cas d’accroissement du chômage ;

L’adoption des mesures fis­cales et bud­gé­taires qui ont le plus d’impact sur l’activité éco­no­mique. En ce sens, les baisses d’impôt géné­ra­li­sées consti­tuent une approche inefficace ;

Le finan­ce­ment par le gou­ver­ne­ment fédé­ral de mesures mus­clées de sou­tien aux sec­teurs en dif­fi­culté : forêt, mines, etc. Les mesures de sou­tien au sec­teur manu­fac­tu­rier demeurent tout à fait insuffisantes ;

Une approche mul­ti­la­té­rale du com­merce qui favo­rise à tra­vers les négo­cia­tions com­mer­ciales le res­pect des droits humains, des droits fon­da­men­taux au tra­vail et, en par­ti­cu­lier, la liberté syn­di­cale et la dimi­nu­tion de notre empreinte écologique ;

Le réta­blis­se­ment des sub­ven­tions fédé­rales à la culture. Les coupes dans ce sec­teur consti­tuent en soi un non-sens ; cette approche est aussi par­ti­cu­liè­re­ment pré­ju­di­ciable au Québec ;

L’accroissement des efforts des gouver¬nements pour sou­te­nir la recherche, le déve­lop­pe­ment et l’innovation, en par­ti­cu­lier dans les tech­no­lo­gies qui per­met­tront une plus grande effi­ca­cité éner­gé­tique et une réduc­tion des gaz à effet de serre. Que des fonds précis soient alloués pour les sec­teurs d’activité for­te­ment ancrés au Québec ;

Des inves­tis­se­ments qui contri­buent à une relance plus « verte », à chan­ger les pra­tiques de trans­port et de consom­ma­tion d’énergie (infra­struc­tures, trans­ports col­lec­tifs urbain et inter­ur­bain, pro­grammes d’efficacité éner­gé­tique, etc.) ainsi qu’à réduire l’utilisation des res­sources et à accroître le recyclage ;

Un accrois­se­ment des inter­ven­tions de la Banque du Canada pour assu­rer le main­tien des liqui­di­tés néces­saires et le fonc¬tionnement de l’économie financière.

Pour régle­men­ter le capi­ta­lisme financier

La CSN reven­dique des méca­nismes de régle­men­ta­tion pour tous les nou­veaux acteurs, les nou­veaux pro­duits et les pra­tiques de la nou­velle éco­no­mie finan­cière (fonds spé­cu­la­tifs (hedge funds), fonds d’investis¬sement privés, uti­li­sa­tion des para­dis fis­caux, pro­duits finan­ciers dont le risque ne peut être évalué, etc.).

Elle reven­dique l’adoption de mesures fis­cales dis¬suasives contre les pra­tiques d’acquisition d’entreprise par endettement.

Elle reven­dique l’examen de solu­tions de rechange pour mettre fin au quasi-mono­pole des grandes agences de notation.

La CSN recom­mande à tous les syn­di­cats et à tous les ges­tion­naires de caisses de retraite de rééva­luer toutes les acti­vi­tés de pla­ce­ment qui échappent à la super­vi­sion pru­den­tielle, qui contri­buent ou s’apparentent à de la spé­cu­la­tion, en par­ti­cu­lier sur les pro­duits alimentaires.

Elle recom­mande que soit adop­tée une poli­tique sur la ges­tion active des risques sociaux, envi­ron­ne­men­taux et reliés à la gou­ver­nance d’entreprise (incluant les poli­tiques de rému­né­ra­tion des diri­geants) pour toutes les caisses de retraite, de façon à favo­ri­ser l’adoption par les entre­prises de meilleures pra­tiques à ces égards.

Agir main­te­nant pour un déve­lop­pe­ment soutenable

Dans le but de conce­voir une réponse cohé­rente basée sur des chan­ge­ments durables et struc­tu­rants, la CSN, en col­la­bo­ra­tion avec ses par­te­naires syn­di­caux et des orga­ni­sa­tions de la société civile, veut ouvrir trois chan­tiers de tra­vail sur :

• Un nou­veau par­tage de la richesse et la réduc­tion des inégalités ;
• Les condi­tions d’une relance « verte » ;
• Les moyens néces­saires pour sou­te­nir une orga­ni­sa­tion éco­no­mique dif­fé­rente de la pro­duc­tion des biens et ser­vices, comme l’économie sociale et soli­daire ou la finance socia­le­ment responsable.

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