PKP, ce « lockouteur » en série qui s’est soudainement transformé en champion de la souveraineté

Par Mis en ligne le 26 mars 2014

Au cours de la semaine qui a suivi l’annonce de sa can­di­da­ture sous l’étiquette du Parti qué­bé­cois par le magnat de la presse Pierre-Karl Péladeau, un véri­table tsu­nami média­tique a déferlé sur la cam­pagne élec­to­rale. Emportée par ce tour­billon, Pauline Marois a vu son plan de match per­turbé car l’enjeu de la sou­ve­rai­neté, qu’elle vou­lait jouer en sour­dine, a éclipsé ceux reliés à l’élection d’un bon gou­ver­ne­ment sur les­quels elle vou­lait bra­quer les pro­jec­teurs.

L’arrivée de PKP dans la cara­vane péquiste a aussi permis à Philippe Couillard d’imprimer une allure réfé­ren­daire à la cam­pagne élec­to­rale. Il a pu ainsi aller cher­cher des appuis parmi les sup­por­teurs fédé­ra­listes de la CAQ. En agi­tant le spectre d’un réfé­ren­dum, tac­tique éculée mais tou­jours aussi effi­cace, le chef libé­ral a pu aussi convaincre les natio­na­listes libé­raux, favo­rables à la charte des valeurs du PQ de ne pas voter pour ce der­nier le 7 avril.

Soyons clairs : Ce qui sou­lève un pro­blème avec la can­di­da­ture de PKP au PQ ce n’est pas qu’il soit un homme d’affaires de droite, car tous admettent que l’indépendance ne pourra se faire qu’avec le concours de citoyens de toutes les ten­dances idéo­lo­giques. Le pro­blème réside plutôt dans le fait que cet employeur anti­syn­di­cal, qui a 14 lockouts à son passif dont celui au Journal de Montréal qui a duré 764 jours, joint les rangs d’un parti qui jette de la poudre aux yeux aux Québécois en se pré­ten­dant pro­gres­siste.

Si le PQ fai­sait preuve de trans­pa­rence en se mon­trant sous son vrai jour le malaise s’estomperait. Car Il est faux de pré­tendre que la for­ma­tion consti­tue une coa­li­tion où l’aile gauche, minus­cule, a autant de poids que l’aile droite qui occupe presque toute la place. La preuve en a été faite à maintes reprises. Les cas de la ministre des Ressources natu­relles, ava­leuse de cou­leuvres, Martine Ouellet et du ministre de l’Environnement, chassé du conseil des ministres, Daniel Breton n’en sont que les plus récentes illus­tra­tions. Les reculs du gou­ver­ne­ment péquiste dans les domaines social et envi­ron­ne­men­tal sont aussi élo­quents à cet égard. Et il est évident que l’arrivée de PKP -que les son­dages dési­gnent déjà comme le dau­phin de Pauline Marois- amè­nera le parti encore plus à droite.

L’appui de 12 rois mages nou­veau genre

Voici une courte revue de presse ren­dant compte des prin­ci­paux évé­ne­ments qui ont rebondi en cas­cade au cours de cette semaine mar­quée par la fré­né­sie pkpiste.

Le 12 mars der­nier, Le Devoir avait comme man­chette « Tous avec Péladeau pour le « pays ». Le jour­nal a alors annoncé l’appui d’une bro­chette de membres influents du mou­ve­ment sou­ve­rai­niste à sa can­di­da­ture. Ces 12 rois mages nou­veau genre por­taient ainsi le pro­prié­taire de l’empire Québécor sur les fonds bap­tis­maux de la sou­ve­rai­neté. Ce club d’ex-politiciens et de syn­di­ca­listes est com­posé des ex-pre­miers ministres Jacques Parizeau et Bernard Landry, des ex-ministres Louise Harel, Lise Payette et Jean Garon, des ex-maires Jean Doré et Jean-Paul L’Allier, des ex-dépu­tés Viviane Barbot et Lisette Lapointe, des ex-pré­si­dents de la CSN, Gérald Larose et Marc Laviolette ; de même que l’initiateur de cet appui, Gilles Duceppe, ex-député et chef du Bloc qué­bé­cois.

Cette prise de posi­tion a sou­levé des cri­tiques acerbes notam­ment de la part du chro­ni­queur Michel David du Devoir qui a écrit : « La pré­ci­pi­ta­tion avec laquelle des sou­ve­rai­nistes recon­nus pour leur pro­gres­sisme ont déroulé le tapis rouge à PKP est stu­pé­fiante ».

« On n’aurait pas cru voir le jour le jour où l’ex-président de la CSN Gérald Larose se por­te­rait à la défense de PKP. Mais la palme de la contra­dic­tion, a-t-il sou­li­gné, a été rem­por­tée par un autre ex-pré­sident de la CSN, Marc Laviolette, qui a à la fois signé la lettre d’appui à la can­di­da­ture de PKP et une deuxième, à titre de porte-parole de SPQ libre, dans laquelle il a dit voir son arri­vée au PQ comme une simple stra­té­gie pour atti­rer les élec­teurs caquistes et où il déplore l’abandon de l’engagement par le PQ de moder­ni­ser la loi anti-bri­seurs de grève ».

Larose, qui a par­ti­cipé à l’émission télé­vi­sée Tout le monde en parle, quelques jours plus tard, a réci­divé : « Le mou­ve­ment sou­ve­rai­niste vient de gagner le gros lot », s’est-il exclamé. Puis il a enchainé avec un argu­ment fal­la­cieux sou­te­nant que la pré­sence de PKP au conseil des ministres ne pose­rait pas de pro­blème. « On n’est pas dans le domaine des rela­tions de tra­vail. C’est un pays qu’on est en train de construire ». Il a feint d’ignorer que le passé anti­syn­di­cal de PKP, si le PQ est élu, remon­tera vite à la sur­face lors des pro­chaines négo­cia­tions dans la fonc­tion publique et qu’avec son poids de super ministre éco­no­mique il n’hésitera pas à prôner l’adoption d’une loi matraque pour écra­ser les syn­di­qués si un conflit éclate ?

Quant à Lise Payette, elle a pré­féré joueur à l’autruche en se posant l’invraisemblable ques­tion sui­vante au sujet de PKP : « Est-il de gauche ? De droite ? Honnêtement, je ne sens pas le pas besoin de la savoir. S’il est à gauche il y a au PQ assez de gens de droite pour le rete­nir ; s’il est à droite l’inverse est tout aussi vrai ».

Les cen­trales syn­di­cales réagissent for­te­ment

Les cen­trales syn­di­cales, elles, n’ont pas tardé à réagir à l’annonce de la can­di­da­ture de PKF. Se disant éton­née, la FTQ a déclaré que « le PQ a recruté le cham­pion des conflits de tra­vail au Québec (…). Il s’agit de l’un des pires employeurs que le Québec ait connu », a conclu le com­mu­ni­qué émis par la cen­trale.

À la CSN, le Conseil cen­tral du Montréal métro­po­li­tain a déclaré qu’il consi­dé­rait cette can­di­da­ture comme une « insulte aux tra­vailleurs ». Cette asso­cia­tion « dévoile la vraie nature du PQ, celle d’un parti néo­li­bé­ral », a dit sa pré­si­dente Dominique Daigneault. De plus, 350 diri­geants de la CSN, réunis en Conseil confé­dé­ral, ont pour­fendu leurs anciens pré­si­dents Larose et Laviolette pour avoir signé la lettre d’appui à PKP. La cen­trale a aussi invité ses membres à voter pour des can­di­dats pro­gres­sistes.

À la Centrale des syn­di­cats du Québec on a sou­li­gné que PKP a été res­pon­sable de 54% des jour­nées de tra­vail per­dues au Québec en raison de lockouts entre 2000 et 2012. La pré­si­dente Louise Chabot s’est dit inquiète de la pré­sence d’un tel per­son­nage au pou­voir.

Montréal, le 18 mars 2014

Les commentaires sont fermés.