L’Ukraine entre « soulèvement démocratique » (version du gouvernement canadien) et « putsch fasciste » (version russe)

Par Mis en ligne le 28 mars 2014

Qui connaît la scène poli­tique en Ukraine sait qu’il y a une cir­cu­la­tion conti­nue de per­son­na­li­tés poli­tiques entre gou­ver­ne­ment et oppo­si­tion : les oppo­sants de Maidan ont jadis fait partie de l’équipe dont ils contestent le pou­voir aujourd’hui.

Commençons par la ver­sion occi­den­tale : « sou­lè­ve­ment popu­laire pour la démo­cra­tie »

L’élection de Yanukovtich en 2010 a été recon­nue comme conforme aux normes démo­cra­tiques par l’Union euro­péenne ainsi que par la can­di­date défaite, Yulya Timochenko. En fait, des élec­tions rela­ti­ve­ment hon­nêtes étaient à peu près la seule consé­quence posi­tive pour le peuple de la der­nière grande mobi­li­sa­tion sur la place Maidan, la dite « Révolution orange » de décembre 2004. De nou­velles élec­tions pré­si­den­tielles étaient pré­vues pour mars 2015 ; et les son­dages pré­di­saient une défaite pour Yanukovitch. Le régime lui-même, malgré sa cor­rup­tion, tolé­rait assez bien les liber­tés poli­tiques. Entres autres, une grande partie des médias de masse sont dans les mains de l’opposition.Quant à l’enjeu immé­diat de l’entente avec l’Union euro­péenne, les son­dages mon­traient que la popu­la­tion était divi­sée là-dessus. De ce point de vue, c’est la ten­ta­tive d’imposer l’entente à partir de la rue qui sem­blait anti-démo­cra­tique. La reven­di­ca­tion démo­cra­tique aurait été un débat public suivi d’un réfé­ren­dum. Ou bien un com­pro­mis entre l’alignement sur l’Europe et sur la Russie.

Ceci dit, il est clair que la grande majo­rité des dizaines, par­fois des cen­taines de mil­liers, qui ont rempli la place Maidan était révol­tée par la cor­rup­tion omni­pré­sente du sys­tème poli­tique qui tra­verse l’ensemble de la société. Les mani­fes­tantes et mani­fes­tants étaient dans leur grande majo­rité muEs par le désir d’obtenir le contrôle sur la poli­tique du gou­ver­ne­ment et de l’orienter dans le sens des inté­rêts popu­laires.

Ce mou­ve­ment est carac­té­ris­tique de la période contem­po­raine qui a vu toute une série de sou­lè­ve­ments popu­laires sem­blables – en pre­mier lieu dans les pays arabes, mais éga­le­ment dans l’espace de l’ex-URSS. Une popu­la­tion ato­mi­sée en a ras-le-bol. Elle se mobi­lise à tra­vers les médias sociaux mais sans pro­gramme clair. Les fruits de cette mobi­li­sa­tion de masse sont ensuite récol­tés par des forces qui sont orga­ni­sées et qui ont une idée claire de ce qu’elles veulent. La raison pro­fonde de ce phé­no­mène est l’absence d’une gauche influente. Cela, à son tour, reflète la fai­blesse de la classe ouvrière, qui a été la base sociale tra­di­tion­nelle de la gauche. Comme telle, la classe ouvrière était absente des évé­ne­ments en Ukraine – il n’y a eu aucune grève en appui à la pro­tes­ta­tion – même si la plu­part des participantEs dans la place Maidan étaient sans doute des salariéEs à revenu très modeste.

Car le pro­blème n’était pas Yanukovitch, même s’il était cor­rompu et au ser­vice de forces anti­po­pu­laires. De ce point de vue, son régime ne dis­tin­guait guère des régimes pré­cé­dents, dont celui de Viktor Youchtchenko, le grand héros de Maidan de 2004, et avant lui de Koutchma, qui lui pour­sui­vait l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, et avant Koutchma de Kravtchuk, ancien bureau­crate com­mu­niste devenu père de l’Ukraine indé­pen­dante. Le pro­blème, c’est un sys­tème poli­tique et une éco­no­mie domi­nés par des oli­garques qui mani­pulent les divi­sions lin­guis­tiques et cultu­relles dans leurs propres inté­rêts. Qui connaît la scène poli­tique en Ukraine sait qu’il y a une cir­cu­la­tion conti­nue de per­son­na­li­tés poli­tiques entre gou­ver­ne­ment et oppo­si­tion : les oppo­sants de Maidan ont jadis fait partie de l’équipe dont ils contestent le pou­voir aujourd’hui. (D’ailleurs, cela dis­tingue le régime ukrai­nien du russe. Le régime russe est « bona­par­tiste » dans le sens que l’État domine les oli­garques, tout en pro­mou­vant leurs inté­rêts éco­no­miques glo­baux. En Ukraine, au contraire, les oli­garques dominent l’État.)

Les masses révol­tées, mais ato­mi­sées, sont inca­pables de com­prendre la vraie source du mal et encore moins d’envisager une solu­tion réa­liste (qui à mon avis serait le contrôle démo­cra­tique des leviers prin­ci­paux de l’économie – la socia­li­sa­tion). La majo­rité voyait dans l’adhésion à l’Union euro­péenne (qui ne leur était vrai­ment pas offerte) une solu­tion magique à la cor­rup­tion et une garan­tie des normes démo­cra­tiques. L’absence d’analyse et de pro­gramme clairs explique éga­le­ment le rôle impor­tant qu’ont pu jouer les élé­ments fas­cistes : les fas­cistes reje­taient tout com­pro­mis avec le pou­voir contesté et se pré­sen­taient comme oppo­sés, non pas seule­ment aux lea­ders actuels, mais au « sys­tème ». Ils reven­di­quaient « une révo­lu­tion natio­nale ». Cette prise de posi­tion ferme atti­rait les mani­fes­tants qui connais­saient les fruits amers de la « Révolution orange » et qui ne com­pre­naient pas le vrai sens de la « révo­lu­tion natio­nale » des fas­cistes.

Cela amène à l’autre inter­pré­ta­tion : un « putsch fas­ciste »

Même si elle ne rend pas compte de la com­plexité des évé­ne­ments, cette inter­pré­ta­tion n’est pas dénuée de tout fon­de­ment dans la réa­lité. L’un des trois diri­geants de l’opposition par­le­men­taire avec les­quels les diplo­mates euro­péens s’entretenaient, Oleg Tyagnibok, est le chef du parti d’extrême droite, « Svoboda », parti rus­so­phobe et anti-sémite, qui veut une Ukraine pour les Ukrainiens eth­niques et ukrai­no­phones, ce qui exclut la moitié de la popu­la­tion. Le parti a obtenu 12% aux élec­tions par­le­men­taires de 2012, prin­ci­pa­le­ment dans les régions occi­den­tales du pays.

Jusqu’en 2005, lorsque le parti a subi un cer­tain lif­ting, le parti s’appelait « social-natio­nal » et affi­chait le « Wolfsangel » (« cro­chet du loup », sym­bole d’unités SS de Hitler. On a pu le voir à cer­tains moments sur scène de Maidan avec la ban­nière rouge-noir de l’OUN, orga­ni­sa­tion qui a col­la­boré avec l’occupation alle­mande et a par­ti­cipé aux meurtres de masse des popu­la­tions polo­naises et juives. En 2004, Tyagnibok a été expulsé du bloc par­le­men­taire de droite pour ses remarques concer­nant la « mafia judéo-russe » qui occupe l’Ukraine. Malgré cela, les diplo­mates de l’Union euro­péenne et des E.-U. ont cru bon de confé­rer une légi­timé à ce parti, qui est main­te­nant inté­gré dans les struc­tures du pou­voir : il a obtenu plu­sieurs postes de ministres, y inclus un poste de Vice-pre­mier ministre et le poste du Procureur géné­ral, qui est res­pon­sable du res­pect de la consti­tu­tion et des lois.

Mais Svoboda fait face à la concur­rence sur sa droite de la part d’un regrou­pe­ment bien plus petit, mais plus violent : le « Pravyi sektor » (Secteur droi­tier), dirigé par un fas­ciste de longue date, Dmytro Yaroch. Pravyi sektor est com­posé de voyous fas­cistes et de des hoo­li­gans du foot­ball. Pendant les der­niers jours de Maidan, ses mili­tants, qui étaient armés, ont de plus en plus forcé le rythme de la situa­tion. En pre­nant d’assaut des bâti­ments publics pen­dant les pour­par­lers, ils ont contri­bué à empê­cher une entente entre les lea­ders de l’opposition par­le­men­taire et Ianoukovitch.

Aujourd’hui des membres de Pravyi sektor occupe des postes dans le Ministère des affaires internes, qui est res­pon­sable de la police et des forces armées internes. Yaroch lui-même s’est fait pro­po­ser le poste de Secrétaire adjoint du Conseil natio­nal de sécu­rité et de défense, qui conseille le Président sur la stra­té­gie de défense natio­nale. (Il semble avoir refusé l’offre comme indigne d’un homme de son enver­gure.) Le secré­taire du conseil est Andriy Parubiy, mili­tant de longue date de l’extrême droite. Les forces de Pravyi sektor sont à l’origine d’une vague de vio­lence qui tra­verse pré­sen­te­ment le pays et qui vise des orga­ni­sa­tions, des per­son­nages et des sym­boles pro-russes ou de gauche.

En somme, si on ne peut pas parler de « putsch fas­ciste », les fas­cistes ont émergé des évé­ne­ments beau­coup plus forts et légi­ti­més. Entre autres, les bureaux du Parti com­mu­niste et d’une orga­ni­sa­tion de gauche anti-fas­ciste ont été mis à sac. Il y a eu une ten­ta­tive d’incendier la rési­dence du chef du Parti com­mu­niste et une syna­gogue à Zaporizhe.

Il va sans le dire que cela augure mal pour un pays qui est pro­fon­dé­ment divisé et qui n’a jamais existé en tant qu’État avant 1991. Ce n’est qu’en 1939 que la partie occi­den­tale, le foyer du natio­na­lisme mili­tant, a été jointe au reste de l’Ukraine. Moscou a pré­senté la Crimée, qui avait fait partie de la Russie depuis le 18e siècle, comme un cadeau à l’Ukraine en 1954. Si les natio­na­listes rejettent le passé sovié­tique comme illé­gi­time – ils reven­diquent une loi de puri­fi­ca­tion eth­nique – ils devraient donc être prêts à renon­cer à la Crimée. Mais Svoboda pro­pose, au contraire, d’abolir le statut auto­nome de cette région. En plus, Svoboda veut réin­tro­duire l’ethnicité dans les docu­ments d’identité. Un membre émi­nent du parti a même pro­posé de faire de l’emploi du russe un acte cri­mi­nel.

Une situa­tion si fra­gile de pous­ser à la pru­dence à les vrais patriotes du pays. Au lieu de cela, les natio­na­listes, qui sont mino­ri­taires et concen­trés dans les régions occi­den­tales, cherchent à impo­ser leur volonté aux autres par la force. L’un des pre­miers actes du par­le­ment après la fuite de Yanukovitch a été d’abolir la loi de 2012 per­met­tant aux régions de faire du russe la seconde langue offi­cielle, mais tou­jours subor­don­née à l’ukrainien. (Il semble que cette déci­sion a depuis été annu­lée, mais le mal a été fait.) Les son­dages indiquent qu’une forte majo­rité consi­dère que la langue russe devrait être une langue seconde offi­cielle. Environ la moitié de la popu­la­tion uti­lise le russe comme langue quo­ti­dienne. Ce geste du par­le­ment aide à com­prendre la réac­tion en Crimée, qui est lar­ge­ment rus­so­phone et majo­ri­tai­re­ment eth­ni­que­ment russe, au nou­veau gou­ver­ne­ment à Kiev.

Les divi­sions sont pro­fondes et com­plexes. Outre la ques­tion de la langue, il y a la culture, et notam­ment la mémoire his­to­rique. Les héros des régions occi­den­tales ont col­la­boré avec l’occupation alle­mande et ont par­ti­cipé dans ses crimes ; les héros des régions orien­tales, du sud et du centre se sont battus contre le fas­cisme et pour l’Union sovié­tique. Les inté­rêts éco­no­miques divergent éga­le­ment : l’économie de la partie orien­tale du pays est for­te­ment inté­grée à celle de la Russie, le par­te­naire com­mer­cial de loin le plus impor­tant du pays. Il y a éga­le­ment des dif­fé­rences impor­tantes de men­ta­lité, mais je ne vais pas m’aventurer main­te­nant sur ce ter­rain.

Quelques mots pour ter­mi­ner sur les acteurs inter­na­tio­naux

Tout le monde se sou­vient de la conver­sa­tion enre­gis­trée et dif­fu­sée sur Internet entre Victoria Nulland, secré­taire d’État adjointe des États-Unis pour l’Europe avec ambas­sa­deur amé­ri­cain à Kiev, au cours de laquelle Nulland a envoyé l’Union Européenne se faire foutre. Mais le sujet cen­tral de la conver­sa­tion était la for­ma­tion d’un nou­veau gou­ver­ne­ment en Ukraine suite à la mobi­li­sa­tion dans la place Maidan. Nulland vou­lait voir « Yats » à la tête d’un nou­veau gou­ver­ne­ment. Et dans les faits, elle a eu « Yats », c’est-à-dire Arsenii Yatsenyuk, aujourd’hui Premier ministre. Pendant les évé­ne­ments, on a pu éga­le­ment voir Nulland sur la place Maidan qui dis­tri­buait du pain aux mani­fes­tants. Imaginons la réac­tion du gou­ver­ne­ment cana­dien si l’ambassadeur russe aurait dis­tri­bué des beignes aux étudiantEs durant les mani­fes­ta­tions du Printemps érable. Il y a bien sûr une dif­fé­rence : tout le monde sait que l’ingérence occi­den­tale dans les affaires d’autres pays se fait uni­que­ment dans les inté­rêts du peuple de ces pays et pour pro­mou­voir la démo­cra­tie…

Compte tenu des divi­sions internes pro­fondes de l’Ukraine, de son his­toire, et de sa situa­tion géo­gra­phique, un vrai patriote devrait sou­hai­ter sa neu­tra­lité entre la Russie et l’Occident. C’est la posi­tion de loin la plus avan­ta­geuse pour l’Ukraine. Et contrai­re­ment à l’Europe et aux E-U, la Russie s’est mon­trée prêt à l’accepter. Tous les gou­ver­ne­ments de l’Ukraine depuis son indé­pen­dance ont, dans les faits, oscillé entre des posi­tions pro-russes et pro-occi­den­tales, selon la situa­tion.

On doit se deman­der pour­quoi Poutine n’a pas arrêté les négo­cia­tions entre Yanoukovitch et l’Union euro­péenne bien avant novembre — son parti a adopté l’objectif d’une entente avec l’Europe déjà en 2008 — quand cela aurait été rela­ti­ve­ment facile à réa­li­ser sans pro­vo­quer une telle colère popu­laire. Il appa­raît que c’est Yanukovtich lui-même qui a changé d’idée. Il semble que la raison de la sus­pen­sion des négo­cia­tions – Yanukovitch n’a pas rejeté l’accord – était que la situa­tion éco­no­mique de l’Ukraine, déjà très sérieuse (et c’est le cas depuis l’indépendance) se serait dégradé davan­tage sous l’impact de l’accord. L’Union euro­péenne n’offrait que quelques 600 mil­lions d’Euros et cela devait être versé en tranches sous condi­tion de la mise en œuvre de réformes dites « struc­tu­relles » — en d’autres mots, une poli­tique d’austérité appli­quée à une popu­la­tion dont plus que la moitié vit déjà dans la pau­vreté [UNICEF – plus que le tiers selon le seuil offi­ciel de $2 par jours].

En plus, l’Ukraine devait s’engager à éli­mi­ner toutes les bar­rières com­mer­ciales et les droits de douane pour les mar­chan­dises et les ser­vices venant de l’Europe et ali­gner sa légis­la­tion et sa régle­men­ta­tion sur l’Europe. L’impact sur l’industrie ukrai­nienne, concen­trée dans la partie orien­tale, rus­so­phone, du pays, aurait été dévas­ta­teur. Et qu’est-ce que l’Ukraine aurait eu en retour ? Ni libre entrée en Europe pour ces citoyenNEs, ni adhé­sion à l’Union euro­péenne. Cela a fini par faire peur à Yanoukovtich, mais pas appa­rem­ment à l’actuel Premier ministre, le Yats de Victoria Nulland.

Souvenons-nous de la Yougoslavie. C’est après les réformes impo­sées par le FMI que les mou­ve­ments sépa­ra­tistes ont pris de l’essor. Une poli­tique d’austérité pénible en Ukraine serait dévas­ta­trice pour la popu­la­tion, ren­for­çant les ten­dances cen­tri­fuges et poli­ti­que­ment mal­saines.

Comment se des­sine la situa­tion du côté russe ?

Du côté russe, on voit sans doute une nou­velle étape de la poli­tique des E-U et l’OTAN de longue date qui vise à encer­cler la Russie. C’est un nouvel exemple de la tac­tique, uti­li­sée en Serbie, en Géorgie, et en Ukraine, pour effec­tuer un « chan­ge­ment de régime » en ins­tru­men­ta­li­sant une mobi­li­sa­tion de masse. À part cela, pour des rai­sons pure­ment internes, le gou­ver­ne­ment russe ne peut rester indif­fé­rent face à la montée d’un extrême droite raciste, anti-russe, dans une région limi­trophe avec laquelle la Russie a des liens cultu­rels et his­to­riques étroits.

Il n’est donc pas éton­nant que la Russie ait gelé son offre de 15 mil­liards $ d’aide, offre faite sans condi­tions d’une poli­tique d’austérité. Et la Russie pos­sède bien d’autres leviers éco­no­miques. En décembre der­nier, elle a baissé for­te­ment le prix du gaz livré à l’Ukraine. Mais cet accord doit être revu à tous les trois mois. La Russie est le plus grande par­te­naire com­mer­cial de l’Ukraine. Elle a déjà menacé d’imposer des tarifs puni­tifs sur cer­tains pro­duits quand l’accord avec l’Europe se dis­cu­tait.

Le geste mili­taire en Crimée semble avoir une valeur plutôt sym­bo­lique qui vise la popu­la­tion de la Russie autant que les forces de la droite en Ukraine. C’est un aver­tis­se­ment au gou­ver­ne­ment de Kiev de ne pas se lais­ser trop entraî­ner. Quant à l’indignation de l’Occident – sou­ve­nons-nous du bom­bar­de­ment aérien de la Serbie – com­plè­te­ment illé­gal du point de vue du droit inter­na­tio­nal – qui avait comme but avoué de pro­té­ger les Kosovars contre la menace fic­tive de géno­cide.

David Mandel, mardi 4 mars 2014


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