Pistes pour un anticapitalisme vert

Par Mis en ligne le 27 octobre 2010

A lire l’introduction de l’ouvrage coor­donné par Vincent Gay et paru chez Syllepse dans la col­lec­tion « les cahiers de l’émancipation ».

Ecologie par temps de crise

1989-2009, du monde libre à un monde en crise. A quelques semaines près, l’anniversaire de la chute du mur de Berlin a coïn­cidé avec le sommet de Copenhague. Vingt ans qui ont ébranlé le monde et décillé bien des yeux.

A Copenhague, même les obser­va­teurs les plus défé­rents vis-à-vis des grands de ce monde n’ont pu voir qu’un échec. Car après quinze jours de trac­ta­tions, rien ou presque qui res­semble à un accord global de réduc­tion des émis­sions de gaz à effet de serre n’a pu être pré­senté au grand public. Mais ce fut tout de même une grande leçon sur l’état du monde et de ses classes diri­geantes. Ce devait être le sommet de la der­nière chance. Mais la chance atten­dra, l’histoire repas­sera les plats, dans un an ; ou plus tard. L’incapacité des gou­ver­ne­ments à trou­ver un accord à Copenhague illustre que la réor­ga­ni­sa­tion géo­po­li­tique et les rap­ports de force entre grands pôles sont loin d’être stables. Absence d’un lea­der­ship incon­tes­table, retard pris par les Etats-Unis dans cer­tains sec­teurs éco­no­miques, éner­gé­tiques notam­ment, émer­gence de puis­sances consi­dé­rées encore il y a peu comme en voie de déve­lop­pe­ment… rien ne marche plus comme avant. Et il n’est pas cer­tain que la nou­velle géo­gra­phie qui s’esquisse sous nos yeux à la faveur des négo­cia­tions cli­ma­tiques se fasse sans tiraille­ment ni conflits pro­fonds, au-delà des formes les plus exa­cer­bées que sont les guerres sans fin menées au nom de la liberté. Seules cer­ti­tudes : les secrets d’alcôve entre puis­sants ne sau­ve­ront pas la démo­cra­tie ; la mar­chan­di­sa­tion du car­bone ne pré­ser­vera pas les équi­libres cli­ma­tiques ; l’extension des pri­va­ti­sa­tions aux biens publics de l’Humanité seront des coups de canif, ou plutôt de hache, sup­plé­men­taires contre les droits sociaux.

Si la fin de l’histoire n’est pas pour demain, le capi­ta­lisme butte aujourd’hui sur des contra­dic­tions auquel il n’était pas habi­tué. Nos socié­tés sont tra­ver­sées par des crises mul­tiples, de nature dif­fé­rente, qui par­fois se recoupent, mais conservent éga­le­ment leur part d’autonomie. Crise cli­ma­tique, crise finan­cière et éco­no­mique ; la pre­mière donne lieu un immo­bi­lisme conster­nant quand la seconde remet au goût du jour un inter­ven­tion­nisme Etatique pour­tant tra­di­tion­nel­le­ment peu prisé dans les cercles libé­raux. Question de prio­rité. Mais ces crises, quelles sont-elles ? Car à force d’en parler, on finit par oublier de quoi on parle. Devenu un mot fourre-tout, l’usage per­ma­nent du terme « crise » finit par brouiller les cartes, à en faire un phé­no­mène impal­pable qui pèse iné­luc­ta­ble­ment sur les popu­la­tions, pen­dant que les vigies du capi­ta­lisme scrutent l’horizon pour en dis­cer­ner le début de la fin. Si crise il y a, il faut bien pour­tant en pré­ci­ser les termes et les causes. Or les dégra­da­tions envi­ron­ne­men­tales, les dérè­gle­ments cli­ma­tiques sont bien plus qu’une bour­rasque pas­sa­gère, mais consti­tuent bien un bou­le­ver­se­ment pro­fond et rapide qui met en accu­sa­tion les modes de pro­duc­tion capi­ta­listes.

Les paran­gons du libre-échange, un peu reve­nus de leur fié­vreux enthou­siasme des années 1980 et 1990, ne veulent que regar­der que par un petit bout de la lor­gnette, celui de la dite crise finan­cière. Ainsi les com­men­ta­teurs offi­ciels oscil­lent entre catas­tro­phisme rési­gné, quand il s’agit d’expliquer que les plans sociaux vont se pour­suivre et s’amplifier, et dis­cours ras­su­rants quand des élec­tions se pro­filent ou que des som­mets inter­na­tio­naux affichent leur volon­ta­risme. Mais de quelle crise parlent-ils ? Celle des sub­primes, ce grand casino du crédit, qui par des méca­nismes dou­teux s’est rapi­de­ment éten­due sur la pla­nète ? Celle qui conduit des cen­taines d’entreprises à fermer et à jeter les tra­vailleurs dans le cani­veau de la mon­dia­li­sa­tion ? Il suf­fi­rait alors de cor­ri­ger quelques traits exces­sifs du capi­ta­lisme finan­cier, de réin­jec­ter quelques mil­liards (les mêmes qu’on ne pou­vait trou­ver pour éra­di­quer la faim dans le monde), et de trou­ver quelques recettes pour la relance. L’urgence éco­lo­gique prend dans ce contexte un rôle par­ti­cu­lier. De pro­blème elle est deve­nue solu­tion, puisque les inves­tis­se­ments verts pour­raient deve­nir le nou­veau cœur d’accumulation et de pro­fits. Qui pour­rait alors repro­cher aux Etats et aux indus­triels de tels choix : sauver le capi­ta­lisme, sauver la pla­nète, le tout dans une fra­ter­nité retrou­vée puisque la crise incite à se serrer les coudes et à faire fi des divi­sions sociales et des inéga­li­tés crois­santes.

Décidément, ni l’histoire, ni la mémoire, ni même le souci d’analyse concrète d’une situa­tion concrète ne sont l’apanage des classes domi­nantes. Les idoles d’hier se sont éva­po­rées, on essaye de faire surgir leurs fan­tômes, légè­re­ment reloo­kés. Les Trente Glorieuses étaient tel­le­ment sédui­santes, il doit bien être pos­sible de les res­sus­ci­ter sous de nou­veaux habits. Il suffit de trou­ver les gad­gets modernes qui per­met­tront d’amorcer une nou­velle phase d’expansion du capi­ta­lisme. Mais c’est passer un peu vite sur un cer­tain nombre de réa­li­tés, en par­ti­cu­lier sur la façon dont la pré­cé­dente grande crise, celle des années 1970, a permis de donner au sys­tème un nou­veau souffle sans s’embarrasser de com­pro­mis sociaux. La révo­lu­tion conser­va­trice, dont plus per­sonne aujourd’hui ne semble se récla­mer, n’est pas née dans les cer­veaux malades de Ronald Reagan ou Margaret Thatcher, elle a cor­res­pondu à des rééqui­li­brages dans la sphère éco­no­mique qui néces­si­taient un rap­port de force bien plus défa­vo­rable au monde du tra­vail que dans les années pré­cé­dentes.

Il faut bien partir de là pout tenter de situer le moment dans lequel nous nous trou­vons et donner ainsi, de façon non exhaus­tive, quelques élé­ments de contexte.

Le com­pro­mis Fordiste basé sur une hausse des salaires et de la consom­ma­tion per­met­tait d’écouler la pro­duc­tion des pays du centre, l’Etat pro­vi­dence se char­geant de régu­ler cette crois­sance et d’organiser la répar­ti­tion des reve­nus en pre­nant en compte les rap­ports de force entre classes éta­blis après 1945. Aujourd’hui, si le prin­cipe d’une hausse conti­nue de la consom­ma­tion est tou­jours en vigueur, car inhé­rent au capi­ta­lisme, le crédit occupe la place que le salaire tenait durant la période Fordiste. La com­pres­sion sala­riale est com­pen­sée par un recours tou­jours plus impor­tant au crédit, un « com­pro­mis libé­ral » rem­place le com­pro­mis for­diste, mais la crise des sub­primes révèle l’impasse de ce modèle.

La crise en cours marie les carac­té­ris­tiques des périodes de réces­sion et d’expansion. Les pro­fits demeurent voire s’amplifient mais le chô­mage et les inéga­li­tés ne cessent de croitre, les ser­vices publics sont détruits, les droits sociaux quo­ti­dien­ne­ment attaqués…1 [1]

L’expansion géo­gra­phique du capi­tal lui est consub­stan­tielle. La période qui a suivi les déco­lo­ni­sa­tions puis le décol­lage des géants éco­no­miques hors des pays tra­di­tion­nel­le­ment domi­nants a engen­dré une nou­velle phase de cette expan­sion. Cela a permis de capter une énorme force de tra­vail à bas coût et un déve­lop­pe­ment indus­triel dans des zones jusqu’ici non inté­grées au sys­tème. Mais des pro­blèmes appa­raissent alors. D’une part ces pays ne consti­tuent pas des mar­chés inté­rieurs suf­fi­sam­ment impor­tants pour absor­ber la pro­duc­tion ; d’autre part la pro­duc­tion à moindre coût de pro­duits manu­fac­tu­rés pro­voque une concur­rence crois­sante avec les pro­duc­tions des pays indus­tria­li­sés. On assiste à un afflux de mar­chan­dises que de moins en moins de per­sonnes vont pou­voir ache­ter, cela condui­sant à une crise de sur­pro­duc­tion.

Mais cette crise de sur­pro­duc­tion est la pre­mière à être véri­ta­ble­ment enchâs­sée dans une crise éco­lo­gique glo­bale. Bien que mul­ti­forme, cette crise est sur­plom­bée par les chan­ge­ments cli­ma­tiques dont les consé­quences, et donc les réponses à y appor­ter, touchent tous les domaines de l’activité humaine et éco­no­mique, tout ce qui peut affec­ter les équi­libres envi­ron­ne­men­taux : montée des eaux, séche­resses, inon­da­tions, res­sources en eau, pro­duc­ti­vité agri­cole, biodiversité2 [2], phé­no­mènes météo­ro­lo­giques… Les popu­la­tions les plus pauvres sont bien entendu les pre­mières mena­cées par les nou­veaux risques cli­ma­tiques. Mais, nou­veauté, un cer­tain nombre de poli­tiques à pré­ten­tion envi­ron­ne­men­tale, peuvent deve­nir une arme contre les groupes et les classes subal­ternes, au Sud comme au Nord.

On peut faire le constat que cette crise éco­lo­gique n’a pas que des dimen­sions stric­te­ment envi­ron­ne­men­tales, mais qu’elle impacte pro­fon­dé­ment un cer­tain modèle de déve­lop­pe­ment capi­ta­liste et pro­duc­ti­viste, qu’elle touche aux racines civi­li­sa­tion­nelles des socié­tés dites déve­lop­pées. A ce titre la situa­tion actuelle de l’industrie auto­mo­bile peut être consi­dé­rée comme para­dig­ma­tique. Celle-ci a été un moteur de la crois­sance des Trente Glorieuses, d’un point de vue éco­no­mique bien sûr, mais aussi comme sym­bole de ce que la période pou­vait offrir de mieux aux popu­la­tions pauvres ou riches des pays indus­tria­li­sés. Ce mou­ve­ment de déve­lop­pe­ment massif de la voi­ture indi­vi­duelle pour tous a forgé de nou­velles formes d’organisation du tra­vail, a modelé les espaces et les esprits, les villes et les loi­sirs. Avec huit mil­lions de sala­riés dans le monde et 2000 mil­liards de chiffre d’affaires en 20073 [3], l’industrie auto­mo­bile a été un vec­teur de primo-indus­tria­li­sa­tion dans de nom­breux pays et bien sou­vent le creu­set de mou­ve­ments ouvriers nais­sants. Mais l’automobile se trouve aujourd’hui à l’intersection de la crise éco­no­mique et de la crise envi­ron­ne­men­tale : la crise de débou­chés n’est pas seule­ment liée au manque de sol­va­bi­lité d’une poten­tielle clien­tèle ; la raré­fac­tion des res­sources natu­relles, l’absence d’anticipation, l’impasse du mythe de la voi­ture propre rendent inen­vi­sa­geable un nouvel essor massif de la voi­ture indi­vi­duelle. C’est là un pilier du sys­tème indus­triel qui s’effondre len­te­ment. C’est sans doute ce qu’ont com­pris les pay­sans indiens de l’Etat du Bengale occi­den­tale qui n’ont pas cédé aux pro­messes enchan­tées des créa­tions d’emplois et ont mené pen­dant plu­sieurs semaines une lutte, fina­le­ment vic­to­rieuse, contre l’implantation sur leurs terres de l’entreprise Tata, construc­teur de la voi­ture la moins chère au monde.

« Notre maison brûle et nous regar­dons ailleurs » ser­mon­nait solen­nel­le­ment Jacques Chirac en 2002. Aujourd’hui l’incendie atteint les fon­da­tions, les diri­geants du monde disent avoir les yeux bra­qués sur les flammes mais leur lance à incen­die est sacré­ment percée. Il n’est qu’à voir la part des sommes inves­ties dans les plans de relance consa­crée à la baisse des émis­sions de gaz à effet de serre : selon une étude de WWF, ces sommes consti­tue­raient au maxi­mum 15 % du plan de relance en Allemagne, 7,5 % aux Etats-Unis, 6 % en France ; dans d’autres pays, ces dépenses se situent au même niveau que les inves­tis­se­ments pour des mesures ayant un impact néga­tif quant à la réduc­tion des gaz à effet de serre, comme en Grande-Bretagne. Dans d’autres encore, les dépenses liées aux impacts néga­tifs sont plus impor­tantes que celles allouées aux mesures envi­ron­ne­men­tales ; c’est notam­ment le cas en Italie4 [4]. Il semble pour­tant régner un cer­tain consen­sus sur les grandes orien­ta­tions éco­no­miques et indus­trielles, les dif­fé­rences se situant dans la part de « vert » dans les plans de relance. Quand le G20 parle de « reprise verte et soli­daire », Alain Lipietz en appelle à un « New Deal vert », repre­nant ainsi les termes de Nicolas Sarkozy lors du Grenelle de l’environnement, anté­rieur à l’éclatement de la crise finan­cière. Europhile convaincu, l’économiste éco­lo­giste estime que la prio­rité est à cher­cher dans une réforme ins­ti­tu­tion­nelle de l’Union Européenne, dont le traité consti­tu­tion­nel doit être la base, afin de ren­ver­ser les rap­ports de pou­voir entre élus et tech­no­crates et pro­mou­voir un élar­gis­se­ment des pou­voirs com­mu­nau­taires et un gros­sis­se­ment du budget euro­péen. Tout ne serait alors que ques­tion de taille des inves­tis­se­ments et de rapi­dité des poli­tiques qui seront néces­sai­re­ment menées, si de bonnes majo­ri­tés sont élues5 [5]. Balayées les contra­dic­tions entre le temps court de la « concur­rence libre et non faus­sée », igno­rées les orien­ta­tions euro­péennes visant à attri­buer une valeur éco­no­mique aux « ser­vices rendus par la nature ». Il fau­drait reve­nir plus lon­gue­ment sur les poli­tiques menées par l’UE, par exemple en matière de trans­ports, de loge­ments, d’agriculture, d’énergie… pour consta­ter que l’optimisme ou les espoirs placés dans les orien­ta­tions envi­ron­ne­men­ta­listes de l’Union Européenne sont dénuées de fon­de­ment. Il n’est qu’à voir les objec­tifs du paquet climat-éner­gie adopté, hasard du calen­drier, en décembre 2008, infé­rieurs aux recom­man­da­tions les plus basses du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat (GIEC) et qui risquent de faire des méca­nismes mar­chands de réduc­tion des gaz à effet de serre l’axe cen­tral des poli­tiques com­mu­nau­taires, malgré un bilan lar­ge­ment négatif6 [6]. La révo­lu­tion Obama de l’autre coté de l’Atlantique n’invite à guère plus d’optimisme. Si la rup­ture avec l’ère Bush est indé­niable, la nou­velle doc­trine éner­gé­tique, syn­thé­ti­sée dans le « clean Energy and Security Act » adopté de jus­tesse en juin 2009, vise d’abord à repo­si­tion­ner les Etats-Unis éco­no­mi­que­ment et géos­tra­té­gi­que­ment en cas­sant la dépen­dance vis-à-vis du pétrole Moyen-orien­tal et en déve­lop­pant d’autres sec­teurs éner­gé­tiques (renou­ve­lables, agro­car­bu­rants, char­bon « propre »).

Qu’il existe un rela­tif consen­sus, au-delà des jeux de concur­rence, au sein des classes domi­nantes quant aux manières de faire face aux crises éco­no­mique et envi­ron­ne­men­tale, nul ne sau­rait s’en éton­ner ni s’en offus­quer. Ce qu’on doit inter­ro­ger par contre, ce sont les rai­sons qui ont étendu un tel consen­sus aux mou­ve­ments éco­lo­gistes dans leur diver­sité. Si l’écologie asso­cia­tive née dans le souffle de mai 68 n’était pas néces­sai­re­ment anti­ca­pi­ta­liste et révo­lu­tion­naire, elle por­tait une part de sub­ver­sion saillante7 [7] qui s’est peu à peu perdue dans les marais des ins­ti­tu­tions et des bureaux d’expertise. L’entrée sur la scène poli­tique des mili­tants envi­ron­ne­men­ta­listes au cours des années 1980 aurait pu donner une assise idéo­lo­gique et mili­tante à une éco­lo­gie poli­tique à même de saisir les nou­veaux enjeux aux­quels allaient avoir à faire face les mili­tants. Mais les logiques domi­nantes ont une nou­velle fois été les plus fortes, et il est ins­truc­tif de saisir en même temps les évo­lu­tions idéo­lo­giques du parti Vert et les tra­jec­toires militantes8 [8] qui ont conduit à faire des ins­ti­tu­tions le lieu quasi unique d’une stra­té­gie poli­tique de plus en plus confor­miste : « les Verts se sont trans­for­més en un parti d’élus et de col­la­bo­ra­teurs d’élus et ont évolué d’un réseau mili­tant à un parti radi­cal de gauche de l’environnement », dont la base sociale a évolué et est désor­mais « sen­sible aux sirènes cen­tristes »9 [9]. Cette évo­lu­tion se mani­feste éga­le­ment dans bon nombre d’ONG envi­ron­ne­men­ta­listes qui se refusent à créer les condi­tions d’une mobi­li­sa­tion popu­laire en faveur du climat, arguant de l’efficacité du lob­bying et du carac­tère irréa­liste des pro­po­si­tions de rup­ture avec le pro­duc­ti­visme capi­ta­liste. Ce constat sans appel ne doit pas empê­cher les anti­ca­pi­ta­listes de balayer devant leur porte. Si le vide stra­té­gique, au-delà de l’intervention ins­ti­tu­tion­nelle, qui carac­té­rise les Verts et un cer­tain nombre d’associations envi­ron­ne­men­ta­listes est patent, un cer­tain nombre de ques­tions res­tent en sus­pens pour ceux et celles qui se posent en alter­na­tive. A titre de contre-exemple, le socia­lisme bureau­cra­tique n’a fait que copier, sou­vent en pire, les modes tech­no­lo­giques et éner­gé­tiques des pays occi­den­taux, pro­vo­quant ainsi gas­pillages et catas­trophes éco­lo­giques ; comme quoi la ques­tion de la pro­priété privée ou publique des moyens de pro­duc­tion ne peut se suf­fire à elle seule. De même, le mot d’ordre de « redis­tri­bu­tion des richesses », demeure aujourd’hui très limité tant il ne dit rien de la concep­tion de la richesse et de la façon de pro­duire qu’une société éman­ci­pée devra défi­nir. Parmi les ques­tions en sus­pens, on peut éga­le­ment men­tion­ner celle de la base sociale censée portée une poli­tique éco­lo­giste radi­cale. Si la figure du consom­ma­teur est sou­vent mobi­li­sée dans les sphères éco­lo­gistes, c’est qu’elle permet d’éviter de parler des phé­no­mènes tou­chant à la sphère de pro­duc­tion. Mais com­ment défendre alors un projet porté par les tra­vailleur-se-s, qui ne soit pas un simple ver­dis­se­ment d’un anti­ca­pi­ta­lisme tra­di­tion­nel et peu ima­gi­na­tif, mais qui fasse de la crise envi­ron­ne­men­tale un des points de départ de sa com­pré­hen­sion du monde et de son acti­vité mili­tante. Autrement dit, comme tra­duire en termes pra­tiques et mili­tants l’écologisation du mar­xisme afin de fonder une éco­lo­gie des producteurs10 [10] ? Nous pro­po­sons dans cet ouvrage deux contri­bu­tions, l’une autour de la santé des sala­rié-e-s11 [11], l’autre consa­crée à l’émergence de l’écosyndicalisme face aux chan­ge­ments climatiques12 [12], qui offrent un cer­tain nombre de pers­pec­tives en pre­nant comme point de départ le monde du tra­vail, le lieu de la pro­duc­tion. Ecologiser le mou­ve­ment ouvrier est une néces­sité pour son avenir et doit inci­ter à reprendre un cer­tain nombre de débats, programmatiques13 [13] mais aussi orga­ni­sa­tion­nels, ou s’agissant des pra­tiques mili­tantes. Par ailleurs cela néces­site un mou­ve­ment ouvrier (au sens large : partis, syn­di­cats, asso­cia­tions…) qui ne limite pas son acti­vité aux lieux de tra­vail mais qui soit à même de prendre en charge un cer­tain nombre de ques­tions, qu’il s’agisse des plus quo­ti­diennes (qua­lité des loge­ments, choix des modes éner­gé­tiques, cir­cu­la­tion urbaine…) aux plus vastes (quelle pla­ni­fi­ca­tion en vue de réduire les émis­sions de gaz à effet de serre, par exemple). On voit là l’ampleur des défis ; mais la com­pré­hen­sion de l’urgence, cette crise éco­lo­gique qui nous mord la nuque, peut être un bon sti­mu­lant pour opérer la révo­lu­tion cultu­relle dont l’anticapitalisme a besoin.

Vincent Gay

1 [14] Cf. Daniel Tanuro, « Alternative sociale et contrainte éco­lo­gique », 2008, http://​www​.europe​-soli​daire​.org/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e​12340

2 [15] Voir dans cet ouvrage Armand Farrachi, « Défendre la bio­di­ver­sité : un combat poli­tique prio­ri­taire »

3 [16] Cf. Jean-Claude Vessilier, « Automobile : la fin d’un cycle », Inprecor n° 545/546, jan­vier-février 2009

4 [17] Trois études (de HSBC, du Fonds Mondiale pour la Nature, et du WWF) pré­sentent des don­nées dif­fé­rentes sur la dimen­sion verte des plans de relance. On peut les consul­ter sur www​.alter​na​tives​-eco​no​miques​.fr/​d​o​c​42720

5 [18] Alain Lipietz, « L’Europe et le New Deal vert », Alternatives Economiques, hors-série n° 81, 2009

6 [19] Pour une ana­lyse détaillée du « paquet éner­gie-climat » de l’Union Européenne, cf. Laurent Garrouste, « Climat : l’UE inca­pable de faire face au défi », à paraitre.

7 [20] Voir dans cet ouvrage, Vincent Gay, « Dans les sillons de mai 1968, la nais­sance de l’écologie poli­tique »

8 [21] Cf. Willy Pelletier, « Positions sociales et procès d’institutionnalisation des Verts », Contretemps n° 4, mai 2002, Ed. Textuel

9 [22] Patrick Farbiaz, « L’émergence poli­tique de l’écologie popu­laire », inter­ven­tion à l’atelier « éco­lo­gie » du Congrès ActuelMarx, octobre 2007

10 [23] Cf. Daniel Tanuro, « Thèses sur l’écologisation du mar­xisme révo­lu­tion­naire », Critique Communiste n° 179, mars 2006

11 [24] Laurent Garrouste, « De la lutte contre l’exploitation phy­sio­lo­gique à la trans­for­ma­tion éco­so­cia­liste du tra­vail »

12 [25] Manolo Gari, « Le chan­ge­ment cli­ma­tique : un défi pour le mou­ve­ment ouvrier »

13 [26] Voir dans cet ouvrage François Chesnais, « Écologie, lutte sociale et construc­tion d’un projet révo­lu­tion­naire dans les condi­tions du 21e siècle » et Daniel Tanuro, « Marxisme, éner­gie et éco­lo­gie : l’heure de vérité »

* Lectures

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