La mobilisation étudiante en cours

Parler des deux côtés de la bouche

La valse-hésitation du PQ

Par Mis en ligne le 23 mars 2012

On aurait pu s’attendre à un peu plus de la part de Pauline Marois face à la mobi­li­sa­tion étu­diante en cours. On ne peut pas dire qu’elle a convaincu beau­coup de monde par sa pro­me­nade de 5 minutes dans la mani­fes­ta­tion et en pro­met­tant de revoir la funeste déci­sion si elle est élue ! Le mes­sage des jeunes est pour­tant clair : pas de hausse ! Et en fili­grane, élar­gis­se­ment (pas rétré­cis­se­ment) de l’accès à l’éducation supé­rieure. Pas besoin d’être Fidel Castro pour penser cela, l’éducation est un droit, et non un pri­vi­lège. Et en plus, si on veut faire son éco­no­miste, c’est un « inves­tis­se­ment » qui rap­por­tera énor­mé­ment à notre société à long terme.

Il faut dire que cette valse-hési­ta­tion du PQ ne date pas d’hier. Après l’intronisation de Lucien Bouchard en 1995, l’inflexion a été majeure. L’option « lucide » s’est rapi­de­ment impo­sée dans un dis­cours culpa­bi­li­sant dont Lulu était passé maître : au Québec on ne tra­vaille pas assez (on est pares­seux) et on est trop gâtés. Exactement comme le disait depuis tou­jours la droite la plus bêbête. Après le départ pré­ci­pité de Bouchard, Bernard Landry a conti­nué sur le même registre. « On est sérieux », ce qui vou­lait dire, on est « dans le rang », on applique les pres­crip­tions néo­li­bé­rales : pri­va­ti­sa­tions, déré­gle­men­ta­tion et fas­ci­na­tion pour le libre-échange, dont Landry se disait le cham­pion. Il est vrai qu’il y a eu quelques bons coups, comme la créa­tion des CPE.

Une fois sorti du pou­voir, le PQ a conti­nué le déra­page. Les « lucides » ont mené le bal, tout en se disant com­pa­tis­sants avec la cause popu­laire. Sur le fond cepen­dant, ils ont repris le même dis­cours. C’est ainsi qu’il y a à peine un an, Nicolas Marceau, un jeune loup « mon­tant » du PQ en tant que cri­tique de l’opposition en matière de finance se disait d’accord, en bon « lucide » qu’il est, avec une hausse des frais de sco­la­rité « au rythme de l’inflation » pre­nait-il la peine de dire. Les libé­raux applau­dis­saient, de même que les ténors de la droite dans le genre Alain Dubuc : « enfin le PQ devient réa­liste ». Plus tard décrié par le comité des jeunes du PQ, Marceau a essayé de se faire oublier. Aujourd’hui on n’a un peu de dif­fi­culté à le croire quand il se dit « soli­daire » avec les étudiant-es.

On pour­rait dire que cela était une erreur de par­cours. Mais en réa­lité, ce genre de double dis­cours struc­ture le PQ. L’exploitation des gaz de schistes ? On est contre mais on pour­rait être pour. La néces­sité de ren­for­cer le sec­teur public et de stop­per la folle ronde des PPP et des PPC ? Peut-être que oui, peut-être que non. Réformer le sys­tème poli­tique pourri et anti-démo­cra­tique dont on subit les consé­quences ? Bonne idée mais pas pour maintenant.

Actuellement, le PQ va vers la gauche, parce que les étu­diants ont le vent dans les voiles, parce que la popu­la­tion en a marre non seule­ment de Charest mais des inep­ties de Legault et des autres lucides recy­clés et à moitié recy­clés. Il s’agit alors de capter un élec­to­rat qui pour­rait glis­ser vers QS et récla­mer des vrais chan­ge­ments dans une sorte de deuxième vague orange.

Soyons hon­nête, il y a quelque chose de posi­tif dans cela puisque cela reflète cette masse cri­tique de la popu­la­tion qui aspire, dans d’autres mots, à une nou­velle révo­lu­tion tran­quille. Pour autant, il est inquié­tant de voir le PQ tenter de surfer sur un mou­ve­ment social qui n’est pas le sien, et dont il s’est même déta­ché lorsqu’il était au pou­voir. Se pro­file alors l’éventualité assez néga­tive de voir le retour du PQ au pou­voir dans les mêmes condi­tions qu’avant. Un pro­chain gou­ver­ne­ment PQ pour­rait bien essayer de « gérer » le chaos actuel, quitte à l’humaniser un peu. Mais s’il refuse de sortir de la prison du néo­li­bé­ra­lisme, il sera condamné, comme à l’époque du roi Lulu, de confron­ter les aspi­ra­tions popu­laires. Un autre scé­na­rio est-il pen­sable ? Pour cela, il fau­drait que QS acquière plus de force et puisse, de concert avec les mou­ve­ments sociaux, forcer des chan­ge­ments par en bas. On est loin de cela. Peut être qu’on n’est pas si loin que cela.

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