Non à l’agression impérialiste contre la Libye

Par Mis en ligne le 20 mars 2011

Georges Walker Obama, Nicolas Sarkozy et David Cameron, sou­te­nus par le « socia­liste » José Louis Zapatero pré­tendent que leurs avions de chasse ont com­mencé à bom­bar­der les troupes d’El Gueddafi le 19 mars 2011 pour « pro­té­ger le peuple libyen ». C’est un men­songe !

Au même moment, Georges Walker Obama deman­dait pudi­que­ment à son fidèle allié Ali Abdellah Saleh – le bou­cher de Sanaa qui venait de mas­sa­crer des dizaines de mani­fes­tants paci­fiques – de «  tenir sa pro­messe d’autoriser les mani­fes­ta­tions à se dérou­ler paci­fi­que­ment ». Ainsi, le peuple yémé­nite ne béné­fi­ciera pas, lui, de la pro­tec­tion dés­in­té­res­sée des diri­geants des grandes démo­cra­ties impé­ria­listes. Le peuple bah­reïni qui fait face à la répres­sion de la monar­chie locale assis­tée des troupes saou­diennes et émi­ra­ties ne dis­po­sera pas davan­tage de l’assistance des grandes démo­cra­ties impé­ria­listes. On sait depuis long­temps, depuis 1948 au moins, que les alliés de Londres, Paris et Washington peuvent en toute impu­nité mas­sa­crer leurs peuples ou les peuples conquis.

Les impérialistes protègent leurs intérêts, non le peuple libyen

Mais les diri­geants impé­ria­listes auraient tort de penser que les peuples du monde arabe sont dupes et qu’ils prennent pour argent comp­tant leurs belles pro­fes­sions de foi sur la liberté, la démo­cra­tie, la pro­tec­tion des popu­la­tions… Ils auraient tort de consi­dé­rer que leur insa­tiable soif d’or noir et de gaz a échappé à l’attention des peuples de la région.

Quand on a comme eux sou­tenu les mas­sacres commis par la sol­da­tesque sio­niste à l’encontre des Palestiniens de Gaza en 2009 et des Libanais en 2006, quant on a sou­tenu jusqu’à la fin les dic­ta­teurs amis Moubarak et Benali, lorsqu’on conti­nue de sou­te­nir le régime le plus réac­tion­naire et anti­dé­mo­cra­tique qui soit, celui de la famille El Saoud, lorsqu’on se par­tage les riches eaux de pêche de l’Atlantique sur le dos du peuple sah­raoui, lorsqu’on a sur les mains le sang de cen­taines de mil­liers de Rwandais et que l’on fomente la guerre civile en Côte d’Ivoire, on ne dis­pose d’aucune cré­di­bi­lité.

Georges Walker Obama, l’homme qui a renié son enga­ge­ment de fermer la prison de Guantanamo située sur la partie de l’île de Cuba que l’impérialisme amé­ri­cain occupe mili­tai­re­ment, l’homme qui a recon­duit les mesures poli­cières illé­gales du Patriot Act aux Etats-Unis, l’homme qui finance géné­reu­se­ment les ban­quiers res­pon­sables de la crise et les magnats de l’industrie auto­mo­bile, l’homme qui pour­suit la guerre en Afghanistan et en Irak, l’homme qui a acti­ve­ment par­ti­cipé au putsch contre le pré­sident légi­time du Honduras, qui pour­suit l’occupation d’Haïti et qui sou­tient mili­tai­re­ment la clique d’extrême-droite à la tête de la Colombie, l’homme qui refuse d’exiger la moindre chose des colo­ni­sa­teurs israé­liens, cet homme sans scru­pules ose encore se pré­sen­ter comme un homme de paix, por­teur de démo­cra­tie et de liberté des peuples.

Qui peut-il encore trom­per ? Il arrive peut-être à abuser une partie du peuple amé­ri­cain qui n’a pas encore com­pris que le loca­taire de la Maison-Blanche, qu’il soit noir ou blanc, est avant tout le fondé de pou­voir du grand capi­tal amé­ri­cain, c’est-à-dire des magnats de la finance qui ont pro­vo­qué la crise de 2008 et de ceux du com­plexe mili­taro-indus­triel au sein duquel on compte les magnats du pétrole.

Mais dans le Sud de la pla­nète, et sin­gu­liè­re­ment dans le monde arabe, Georges Walker Obama ne fait pas illu­sion et est pris pour ce qu’il est réel­le­ment : le défen­seur des inté­rêts impé­ria­listes US. Il en va de même pour les diri­geants euro­péens, ces grands démo­crates qui ont contraint le peuple irlan­dais à revo­ter plu­sieurs fois jusqu’à ce qu’il acquiesce à un Traité euro­péen qui n’est pas pour rien dans la crise sociale aigue que vit ce même peuple aujourd’hui et ses sem­blables du vieux conti­nent (Grèce, Espagne, Portugal, France…). Ces démo­crates euro­péens qui ont refusé que leurs peuples soient consul­tés par réfé­ren­dum de peur qu’ils ne les rejettent. Ce sont ces gens-là qui viennent aujourd’hui nous donner des leçons de démo­cra­tie et qui se pré­sentent, toute honte bue, comme les défen­seurs et pro­tec­teurs du peuple libyen. Silvio Berlusconi peut-il être cré­dible en défen­seur des peuples ?

La responsabilité écrasante du régime d’El Gueddafi

Il va de soi que les va-t-en guerre amé­ri­cains, fran­çais, bri­tan­niques, ita­liens et cana­diens doivent être dénon­cés et com­bat­tus. Idem pour les régimes arabes qui tentent de donner une colo­ra­tion arabe à cette agres­sion impé­ria­liste : ceux qui par­ti­cipent direc­te­ment à l’action mili­taire (Qatar et Emirats arabes unis) et le reste des régimes de la Ligue arabe qui ont tous cau­tionné la déci­sion du Conseil de sécu­rité.

Mais peut-on passer sous silence la res­pon­sa­bi­lité écra­sante du régime d’El Gueddafi dans ce qui se déroule ? L’expérience du régime de Saddam Hussein ne nous a-t-elle donc rien appris ? L’expérience plus récente du régime de Khartoum ne nous a-t-elle rien ensei­gnés ? Peut-on exiger d’un peuple soumis à l’arbitraire d’une clique mili­taire depuis qua­rante ans de conti­nuer à subir ce régime sous pré­texte de « ne pas faire le jeu de l’impérialisme » ? Ceux qui n’ont rien appris de l’Irak et qui refusent d’apprendre aujourd’hui de la Libye ne com­pren­dront rien, demain, lorsque le pro­blème se posera de nou­veau au Soudan, mais aussi en Syrie ou en Iran. Le pro­blème est pour­tant d’une aveu­glante clarté. Les régimes qui résistent aux grandes puis­sances impé­ria­listes tout en oppri­mant leurs propres peuples se privent de la seule arme de dis­sua­sion et de résis­tance réelle contre les impé­ria­listes et leurs alliés. Ils scient la branche sur laquelle ils sont assis et pré­parent non seule­ment leurs propres défaites mais, sur­tout, la défaite de leurs propres peuples.

Pourquoi la « petite » résis­tance natio­nale liba­naise arrive-t-elle à contre­car­rer les agres­sions de l’armée sio­niste et à infli­ger des défaites poli­tiques à l’Etat colo­nia­liste israé­lien ? Parce qu’il s’agit d’une résis­tance popu­laire qui dis­pose du sou­tien du peuple liba­nais et qui tra­vaille à le conser­ver et à l’étendre. Il n’y a pas de miracles. La vic­toire de la résis­tance liba­naise repose sur sa sym­biose avec son peuple. Il ne s’agit pas d’une vic­toire mili­taire au sens étroit et réduc­teur du terme, mais d’une vic­toire poli­tique. Qu’elle perde ce sou­tien poli­tique et son sort sera irré­mé­dia­ble­ment scellé.

C’est donc El Gueddafi lui-même et son régime qu’il convient en pre­mier lieu de blâmer. El Gueddafi, l’ami de Berlusconi et de Sarkozy. El Gueddafi, l’homme qui a accepté de jouer le rôle peu glo­rieux de garde-fron­tière de l’UE dans sa traque des émi­grants venus en Libye pour tenter de rejoindre la riche Europe qui exploite et pille leurs pays par le biais des mul­ti­na­tio­nales et des groupes finan­ciers amé­ri­cains, euro­péens et japo­nais. El Gueddafi, l’homme qui a géné­reu­se­ment ouvert ses champs de pétrole aux com­pa­gnies occi­den­tales, cet homme doit être dénoncé et sa res­pon­sa­bi­lité écra­sante mise en lumière dans l’agression impé­ria­liste.

Peut-on effi­ca­ce­ment com­battre les troupes impé­ria­listes alors qu’on leur vend l’essentiel de ses hydro­car­bures ? Peut-on enga­ger une lutte effi­ciente contre l’occident impé­ria­liste lorsque l’on place l’argent du pétrole et l’argent détourné par une poi­gnée de diri­geants libyens dans les grandes banques des pays du G7 et dans les para­dis fis­caux que ces der­niers contrôlent ? Peut-on sérieu­se­ment résis­ter à l’impérialisme après avoir tenu son peuple d’une main de fer ? Les exemples du régime de Saddam ren­versé sans réac­tion du peuple ira­kien et du régime d’Omar el Bachir qui a perdu toute la région sud du Soudan dont la popu­la­tion avait subi les affres de la dic­ta­ture mili­taro-isla­miste de Khartoum prouvent que non.

La nécessaire décantation au sein de l’opposition libyenne

On ne peut repro­cher aux Libyens de s’être révol­tés contre le régime dic­ta­to­rial d’El Gueddafi. La révolte du peuple libyen reste légi­time et il ne peut être ques­tion de réduire de manière cari­ca­tu­rale les oppo­sants au tyran de Tripoli à une bande de marion­nettes monar­chistes aux mains des impé­ria­listes.

On dis­pose de très peu d’informations sur cette oppo­si­tion, mais il est cer­tain que des marion­nettes existent en son sein. Des Karzaï naissent par­tout. Ils peuvent même, à un moment donné, se trou­ver en posi­tion domi­nante. De même y a-t-il des oppo­sants qui, confron­tés à l’offensive bien réelle des troupes d’El Gueddafi, ont pensé en toute sin­cé­rité, qu’il leur fal­lait uti­li­ser tac­ti­que­ment l’aide mili­taire d’où qu’elle vienne, mais qui refusent toute entrée des troupes étran­gères en Libye. Enfin, il existe éga­le­ment des Libyens oppo­sants réels au régime d’El Gueddafi, mais qui refusent toute inter­ven­tion mili­taire impé­ria­liste qu’elle soit ter­restre ou aérienne parce qu’ils ont saisi la moti­va­tion réelle de Washington, Paris et Londres.

Il faut aujourd’hui que ces deux der­niers groupes d’opposants se démarquent clai­re­ment des puis­sances impé­ria­listes et de leurs marion­nettes et qu’elles déve­loppent un pro­gramme démo­cra­tique contre le régime dic­ta­to­rial, mais aussi un pro­gramme social et anti-impé­ria­liste axé sur le refus du pillage éco­no­mique des richesses et de la main­mise poli­tique des grandes puis­sances du G7 sur la Libye, de la nor­ma­li­sa­tion avec l’Etat colo­nial d’Israël, etc.

Ces deux groupes doivent pro­po­ser un pacte aux forces qui sou­tiennent El Gueddafi en vue de faire face ensemble à l’intervention mili­taire impé­ria­liste. Mais la condi­tion d’une telle alliance réside dans la démo­cra­ti­sa­tion de la Libye. On ne peut exiger des forces rebelles qui ne sont pas pro-impé­ria­listes de se sou­mettre à un régime dic­ta­to­rial, cor­rompu et qui n’est pas anti-impé­ria­liste. Une alliance entre les forces fidèles au régime et celles de la rébel­lion en vue de dénon­cer et com­battre l’agression impé­ria­liste est pos­sible et néces­saire à condi­tion que s’instaure un climat démo­cra­tique entre ces forces.

L’émergence de ces forces aurait été plus facile si un ou plu­sieurs régimes pro­gres­sistes avaient sou­tenu la rébel­lion au lieu de lais­ser les impé­ria­listes fran­çais, amé­ri­cains et anglais appa­raître aux yeux de nombre de Libyens comme leurs amis dés­in­té­res­sés. Malheureusement, ces régimes pro­gres­sistes ne purent ou ne vou­lurent pas aider la rébel­lion libyenne contre El Gueddafi. En refu­sant de sou­te­nir les insur­gés voire en sou­te­nant El Gueddafi sous pré­texte que les Américains étaient contre lui, ces régimes ont ouvert un bou­le­vard poli­tique dans lequel Sarkozy s’est engouf­fré. Rappelons-nous que c’est la créa­tion du Parti com­mu­niste chi­nois (PCL) en 1921 – avec le sou­tien poli­tique de l’Internationale de Lénine et de Trotski – et le triomphe au sein de ce même PCL de l’orientation de Mao Zedong qui per­mirent au peuple chi­nois de com­battre suc­ces­si­ve­ment et avec succès le dic­ta­teur Chiang Kaï-chek puis l’impérialisme japo­nais puis, une nou­velle fois, le dic­ta­teur Chiang Kaï-chek.

Il relève donc de la res­pon­sa­bi­lité des anti-impé­ria­listes d’apporter un sou­tien poli­tique à ceux des oppo­sants libyens qui refusent que leur pays ne se trans­forme en nou­velle plate-forme au profit des impé­ria­listes et autres sio­nistes tout en résis­tant au régime dic­ta­to­rial d’El Gueddafi. Il convient éga­le­ment de fus­ti­ger les marion­nettes aux mains de Georges Walker Obama, de Nicolas Sarkozy et de David Cameron.

Certes, la voie est com­plexe et étroite, donc dif­fi­cile pour ceux qui refusent d’opposer légi­time révolte du peuple libyen contre le régime dic­ta­to­rial d’El Gueddafi à refus de la domi­na­tion impé­ria­liste. Mais à moins de se réfu­gier dans des dénon­cia­tions incan­ta­toires mora­le­ment confor­tables mais poli­ti­que­ment inopé­rantes, il n’existe pas de solu­tion simple. C’est au sein du peuple libyen et seule­ment en son sein que se lève­ront les forces qui bou­te­ront dehors les impé­ria­listes tout en met­tant fin à la dic­ta­ture mili­ta­riste locale. Ces forces repré­sentent l’avenir, donc l’espoir. S’appuyer sur un régime dic­ta­to­rial et cor­rompu pour com­battre l’impérialisme ne peut que pous­ser le peuple libyen dans les bras des impé­ria­listes. Seul un peuple libéré de l’oppression sera en mesure de résis­ter consciem­ment et effi­ca­ce­ment à l’impérialisme.

Partout dans le monde, nous devons dévoi­ler les motifs pro­fonds de l’agression impé­ria­liste de Georges Walker Obama, de Nicolas Sarkozy et de David Cameron, la condam­ner, la com­battre poli­ti­que­ment, elle et ceux qui la sou­tiennent.

Hocine Belalloufi
Alger, le 20 mars 2011

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