France

« No gazaran » : la mobilisation contre les gaz de schiste s’amplifie

Par Mis en ligne le 02 mars 2011

Ils étaient plus de 10 000 à mani­fes­ter le 26 février à Villeneuve-de-Berg (Ardèche). La mobi­li­sa­tion contre l’extraction du gaz de schiste prend de l’ampleur, et la résis­tance s’organise : actions non-vio­lentes, pro­cé­dures juri­diques pour annu­ler les permis d’exploration, cam­pe­ment sur les sites concer­nés et grand ras­sem­ble­ment citoyen sont en projet. Avec un objec­tif : au-delà des pro­blèmes posés par le gaz de schiste, enga­ger un débat sur l’avenir éner­gé­tique de nos socié­tés.

© Photos : Georges Bartoli / Fedephoto.com

© Photos : Georges Bartoli / Fedephoto​.com

« Le 12 jan­vier, nous étions 20, aujourd’hui nous sommes 20.000 à Villeneuve-de-Berg ! », lance Jean-Louis Chopy, porte-parole du col­lec­tif ardé­chois contre les gaz de schiste. Deux mois à peine après les pre­mières réunions d’information, c’est une foule impres­sion­nante qui s’est dépla­cée le 26 février, pour la pre­mière mani­fes­ta­tion natio­nale contre l’exploitation du gaz de schiste. Ni dans le sud-Ardèche, ni ailleurs. « No gaza­ran », « Pas la peine d’in-schister », « Sarko-schiste, dégage ! », « Que ma mon­tagne est belle sans gaz de schiste » sont quelques-uns des slo­gans lancés lors de ce ras­sem­ble­ment haut en cou­leur.

« Nous ferons tout pour nous oppo­ser à ces permis »

Souvent en famille, avec pous­settes et vélos, ils sont venus de l’Ardèche, de la Drôme, du Vaucluse, du Gard, de l’Hérault ou de l’Aveyron, prin­ci­paux dépar­te­ments concer­nés par les permis signés en cati­mini par Jean-Louis Borloo il y a tout juste un an. Les col­lec­tifs du Lot, des Bouches-du-Rhône, ou de la région pari­sienne sont aussi repré­sen­tés. Deux mili­tants qué­bé­cois ont fait le dépla­ce­ment pour témoi­gner de « la for­mi­dable mobi­li­sa­tion citoyenne » aux quatre coins de la pro­vince, contre les puits exis­tants et tous les pro­jets d’extraction en cours.

La route natio­nale reliant Montélimar à Aubenas n’a sans doute jamais connu telle affluence. Débordés, les gen­darmes ont bloqué des cen­taines de voi­tures à plu­sieurs kilo­mètres du lieu de ras­sem­ble­ment, obli­geant de nom­breux mani­fes­tants à finir le trajet à pied. Nombre d’entre eux ne sont pas arri­vés à temps pour entendre le maire de Villeneuve-de-Berg, Claude Pradal, exiger que les permis soient tout sim­ple­ment « annu­lés ». « Nous ferons tout pour nous oppo­ser à ces permis », a lancé l’élu, car « les consé­quences seraient lourdes » pour l’agriculture et le tou­risme, piliers de la vie locale.

Attaquer les permis d’exploration au tri­bu­nal admi­nis­tra­tif

Fustigeant l’irresponsabilité du gou­ver­ne­ment qui n’a pas pris la peine de consul­ter ou d’informer les élus locaux, Claude Pradal a éga­le­ment dénoncé « les modi­fi­ca­tions appor­tées au code minier » qui « sim­pli­fient la vie des pros­pec­teurs ». Les annonces de Nathalie Kosciusko-Morizet concer­nant une sus­pen­sion des tra­vaux d’exploration – dans l’attente des conclu­sions d’une mis­sion d’évaluation – n’ont guère ras­suré les mani­fes­tants. Heureux de se retrou­ver aussi nom­breux, ils ont plutôt envie d’en découdre !

Pour Jean-Louis Chopy, porte-parole du col­lec­tif ardé­chois, il faudra « empê­cher les camions d’entrer sur nos ter­ri­toires ». Il appelle à orga­ni­ser des « pyra­mides télé­pho­niques » pour pou­voir réagir au plus vite. Les pro­prié­taires de mai­sons ou de ter­rains qui seraient démar­chés sont invi­tés à se faire connaître pour orga­ni­ser la résis­tance. Plus tôt dans la jour­née, les col­lec­tifs « Gaz de schiste – non merci », réunis à Saint-Marcel-lès Valence, ont confirmé s’appuyer sur un pool de juristes et mul­ti­plier les pro­cé­dures légales pour casser les permis déli­vrés. Des demandes d’abrogation de cer­tains permis ont été envoyés aux ministres Éric Besson et Nathalie Kosciusko-Morizet. Sans réponse de leur part, ces permis seront atta­qués au tri­bu­nal admi­nis­tra­tif.

Engager la réflexion sur notre avenir éner­gé­tique

Les col­lec­tifs n’entendent pas pour autant aban­don­ner le ter­rain. Ils ont déjà rendez-vous le samedi 5 mars à Doue (Seine-et-Marne) pour dénon­cer les tra­vaux d’exploration de pétrole de schiste dans la région. Selon les repré­sen­tants des col­lec­tifs fran­ci­liens, deux frac­tu­ra­tions hydrau­liques, méthode pol­luante d’extraction du gaz de schiste, auraient été déjà pra­ti­quées sur des puits en Île-de-France. De peur que les tra­vaux reprennent après le 15 avril, date de remise du rap­port d’étape de la mis­sion d’évaluation, un « cam­pe­ment de résis­tance » est d’ores et déjà envi­sagé.

Une jour­née de mobi­li­sa­tion décen­tra­li­sée, par­tout en France, pour­rait être orga­ni­sée le 15 avril. Des pro­jets de jume­lage avec les villes et vil­lages qué­bé­cois tou­chés par l’exploitation des gaz de schiste vont voir le jour. Tout comme des ren­contres avec des col­lec­tifs polo­nais, alle­mands, anglais, concer­nés par la fré­né­sie des gaz de schiste. La pos­si­bi­lité de tenir un grand ras­sem­ble­ment inter­na­tio­nal pen­dant l’été est étu­diée. Peut-être sur le Larzac. L’objectif ? Qu’au-delà des gaz de schiste, une véri­table réflexion s’engage sur notre avenir éner­gé­tique et la sur­con­som­ma­tion de matières pre­mières… Tout un pro­gramme, sur lequel les futurs can­di­dats à l’élection pré­si­den­tielle auraient alors à se pro­non­cer.

Maxime Combes

En savoir plus

Reportage d’une télé­vi­sion cana­dienne sur cette mani­fes­ta­tion

Les commentaires sont fermés.