Monsieur Arsenault, vous devez quitter la présidence

parce qu’à la FTQ, on n’est pas tous et toutes dans le même bateau !

Par Mis en ligne le 21 novembre 2010

La rédac­tion des Nouveaux Cahiers du socia­lisme a reçu le texte d’une lettre ouverte signée par un groupe visi­ble­ment de syn­di­ca­listes de gauche, mais dont nous n’avons pu confir­mer l’identité pré­cise. Le texte nous ayant été com­mu­ni­qué par une source proche de mili­tants syn­di­caux de la FTQ, et compte tenu de la per­ti­nence de la ques­tion abor­dée, nous avons tous lieux de pré­su­mer de son authen­ti­cité. Nous le publions donc avec la pré­sente mise au point.


Diviser pour régner, cette stra­té­gie poli­tique est le par­fait contraire des valeurs syn­di­cales que nous défen­dons. Pourtant vos agis­se­ments des der­nières années, en tant que pré­sident de la FTQ, ont eu des retom­bées beau­coup plus néga­tives que posi­tives sur l’ensemble de la Fédération et de ses syn­di­cats affi­liés. Nous vous deman­dons donc de quit­ter la direc­tion de la Fédération lors du pro­chain congrès. La der­nière chose dont nous avons besoin, c’est d’un ban­quier à la tête de la FTQ.

Depuis le début de votre mandat vous avez fait la démons­tra­tion que vous étiez plus pré­oc­cupé de vos liens et de votre image auprès des diri­geants d’entreprise et des chefs poli­tiques que de démon­trer votre appui aux tra­vailleurs et tra­vailleuses. Votre confé­rence de presse (1) dans les locaux de la FTQ à laquelle vous aviez convié Michael Ignatief en janvier2009, et vos décla­ra­tions à l’effet que le Canada avait besoin d’un bon plom­bier nous a lais­sés songeurs.

De toute évi­dence nous n’avons pas les mêmes fré­quen­ta­tions, vous consi­dé­rez Tony Accurso comme votre ami et vous avez séjourné sur son bateau. Frank Zampino ex pré­sident du comité exé­cu­tif de Montréal l’a fait aussi avant vous, quelques semaines avant le dépôt offi­ciel pour un contrat de plus de 300 mil­lions de dol­lars de la Ville pour son projet d’implantation de comp­teurs d’eau. En tant que pré­sident de la plus grande cen­trale syn­di­cale au Québec et repré­sen­tant de mil­liers de tra­vailleurs et tra­vailleuses vous auriez du faire preuve de plus de dis­cer­ne­ment. Suite à ces événements,vous êtes resté muet pen­dant des semaines.

Devant la bataille d’une poi­gnée de tra­vailleurs du Journal de Montréal contre l’empire Péladeau, vous avez agi selon vos propres termes avec une phi­lo­so­phie de banquier(2), en pri­vi­lé­giant le ren­de­ment finan­cier plutôt que la soli­da­rité syn­di­cale. Pierre Karl Péladeau avait mis à la rue pen­dant plus d’un an les employées et employés de Vidéotron et du Journal de Québec parce qu’il vou­lait négo­cier à la baisse. Au moment où vous annon­ciez votre inten­tion d’investir avec lui, Péladeau vou­lait rou­vrir la conven­tion col­lec­tive du Journal de Québec pour bais­ser le plan­cher d’emplois. On pour­rait com­men­cer à parler ici non pas seule­ment d’un manque de soli­da­rité, mais d’un manque d’intégrité.

Vous n’avez pas su répondre aux attaques faites contre les tra­vailleurs de la construc­tion. En refu­sant pen­dant un an et demi de vous pro­non­cer pour une com­mis­sion d’enquête dans l’industrie de la construc­tion, vous avez fait en sorte de placer les pro­jec­teurs prin­ci­pa­le­ment sur la FTQ et non sur les entre­pre­neurs et le gou­ver­ne­ment. Vous êtes devenu de fait le seul allié de Charest dans cette affaire. Malgré volte-face d’hier, vous aurez été fina­le­ment le der­nier à céder devant l’évidence, juste avant Jean Charest. Bravo ! Belle preuve de leadership.

Cette situa­tion est grave de consé­quences pour la FTQ et pour tout le monde syn­di­cal. Elle donne de l’eau au moulin à ceux qui veulent affai­blir les syn­di­cats. Le Conseil du Patronat et la Chambre de Commerce ont pro­fité de cette situa­tion pour insi­nuer qu’il existe un dés­équi­libre entre le pou­voir des syn­di­cats et celui de leurs membres et qu’il faut modi­fier le code du tra­vail de façon à revoir la for­mule Rand, impo­ser des votes secrets lors des demandes d’accréditation, donner plus de recours aux employés contre leur syndicat…

Alors que le libre-échange a des consé­quences dévas­ta­trices sur l’économie cana­dienne et qué­bé­coise, et par consé­quent sur nos emplois, vous vous êtes déclaré, l’an der­nier, en faveur d’une union moné­taire canado-américaine,avec un pays dont l’économie est 11 fois plus impor­tante que celle du Canada(3). Ce qui, selon la plu­part des éco­no­mistes, ne peut conduire qu’à adap­ter la fis­ca­lité cana­dienne à celle des États-Unis, avec les consé­quences que l’on connaît

Durant la lutte des syn­di­cats du sec­teur public, vous avez refusé tout déba­tet tout rap­pro­che­ment avec une coa­li­tion popu­laire qui se bat­tait pour­tant contre le déman­tè­le­ment des ser­vices publics. Alors que la CSN, la CSQ et la CSD en plus de plu­sieurs autres groupes dont la FEUQ, la FECQ et l’AQDR par­ti­ci­paient à une confé­rence de presse avec cette coa­li­tion l’hiver der­nier afin de dénon­cer les inten­tions du budget Bachand, vous étiez le seul absent. Il vous a fallu d’ailleurs quatre mois pour com­men­cer à réagir à ce budget dévas­ta­teur pour la population.

Alors que la popu­la­tion est en émoi face aux droits d’exploitation du gaz de schiste des com­pa­gnies gazières, aux dan­gers envi­ron­ne­men­taux réels, aux pres­sions pour faire accep­ter cette cou­leuvre à la popu­la­tion, vous avez déclaré devant les médias que les scien­ti­fiques n’ont pas eu le temps de faire toutes les vali­da­tions sur les ques­tions qu’on se pose, mais pire,vous affir­mez que les gens bien infor­més appuient les bonnes décisions(4).Comme si le mou­ve­ment d’opposition était sim­ple­ment mal informé. Votre décla­ra­tion a par la suite du être cor­ri­gée par le ser­vice de com­mu­ni­ca­tion de la FTQ pour la rendre plus conforme aux inten­tions du bureau.

Nous tenons à vous rap­pe­ler que vous avez été élu pour repré­sen­ter les tra­vailleurs et les tra­vailleuses, de toute évi­dente vous vous êtes montré inca­pable de rem­plir ce mandat.

Contrairement à ce qu’on était en droit de s’attendre, vous avez étouffé les débats, mul­ti­plié les pres­sions et créé un état d’Omerta qui n’est pas à l’image de la diver­sité de la FTQ, ce qui conduit inévi­ta­ble­ment les mili­tants et mili­tantes à agir autre­ment ; soit en fai­sant le débat de façon clan­des­tine, soit publi­que­ment ou encore à garder le silence. Certains ont même envi­sagé de quit­ter la FTQ. Vous avez amené notre cen­trale dans un état déplorable.

Pour toutes ces rai­sons, nous pen­sons que vous vous n’avez plus votre place comme diri­geant de la FTQ. Votre bilan démontre mal­heu­reu­se­ment que vos inté­rêts sont plus près des chefs d’entreprise et des ban­quiers. Comme quoi il n’est jamais trop tard pour faire une réorien­ta­tion de carrière !

L’histoire s’écrira sous nos yeux le 3 décembre

Le groupe hétérodoxe

Notes

(1) 22 jan­vier 2009
(2) Entrevue à Ruefrontenac​.com 6 octobre 2010
(3) Allocution d’ouverture d’un col­loque de l’Institut de recherche en éco­no­mie contem­po­raine le 1-12-2009 à Montréal
(4) La Presse 17 novembre 2010

Le groupe hété­ro­doxe est un ras­sem­ble­ment syn­di­cal regrou­pant des mili­tants et mili­tantes, membres de la FTQ, décidé-e-s à mettre tout en oeuvre afin d’assurer, au congrès 2010, un réel débat sur la gou­ver­nance de la Fédération.

Serge Plante est le porte-parole pro­vi­soire du groupe.

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