La droite, la gauche et la nouvelle Alliance Sociale

Il suffit d’une rumeur ou de la création d’une nouvelle association pour que des journalistes l’utilisent pour tabler sur l’échec de la gauche ! La naissance du Réseau liberté ou l’annonce de la création possible d’un nouveau parti politique par François Legault ont suffi à deux d’entre eux du journal Le Devoir à en faire la manchette le week-end du 13-14 novembre dernier ! Mais au vu des événements courants, tels le lancement de l’Alliance sociale ou le succès de la pétition pour demander la démission de Jean Charest, on doit constater qu’ils se méprennent sur la réalité. En effet, il semble plutôt qu’il s’agit d’une crise de perspectives à droite !

Qu’on le prenne par la question des scandales qui persistent, de la relève au PLQ ou même par le bout de l’entente dans le secteur public, tout nous amène à constater que Charest est sur la défensive. Le succès de la pétition de Jean Charest en témoigne. Pour plusieurs libéraux, leur avenir maintenant passe par le choix d’un nouveau chef. Et Jean-Marc Fournier n’est qu’un vieux soldat fidèle, qui est revenu au parti libéral pour calmer les inquiétudes des députés libéraux. Saura-t-il vendre son chef en vue des prochaines élections, rien n’est moins sûr !

Par ailleurs, l’avenir de François Legault est au Parti québécois. Frustré peut-être de son rêve de devenir chef, monsieur Legault poursuit l’agitation idéologique des émules de Lucien Bouchard. Avec l’horizon électoral qui s’approche, l’avenir de François Legault est dans un soutien au PQ dirigé par Pauline Marois, toute commise à l’ancrer dans la réforme de la social-démocratie. La rumeur d’un pôle souverainiste fort à droite a l’avantage de créer un contrepoids face à la grogne interne concernant la souveraineté.

Les raisons des difficultés de la gauche ne sont pas conjoncturelles

En fait, on ne voit pas dans cet article du journal Le Devoir ce qui peut nous amener à constater l’échec de la gauche dans les événements récents. D’autant plus que, selon ces journalistes, Amir Khadir est devenu indispensable au paysage politique et le Québec s’en sort pas si mal de la crise récente. Pourquoi ? À cause de la place de l’État et des protections sociales et malgré les efforts pour les affaiblir ! Alors pourquoi cette tendance dans le débat public à revenir sur les faiblesses de la gauche ?

L’idée de l’échec de la gauche ne tient pas à des motifs conjoncturels. Il s’agit plutôt d’un constat qui prend racine plus généralement dans le contexte de la mondialisation néolibérale amorcée depuis plus de 30 ans et renforcée avec l’effondrement des régimes d’Europe de l’Est. La popularité de cette idée est en particulier liée à l’image dégénérée du socialisme que ces régimes ont témoigné et que le capitalisme sauvage en Chine rouge perpétue.

Mais nous savons aussi que les États capitalistes modernes ont évolué vers ce qu’ils sont à cause de la menace qu’exerçaient la contestation sociale, les idées socialistes et les mouvements sociaux après la révolution russe et la profonde crise de 1929, et ce, même en Amérique. Au Québec, il faut se rappeler le règne de Duplessis pour constater le même phénomène ! Depuis l’expérience des pays de l’Est, le projet socialiste est associé à une régression sociale et politique pour les populations laborieuses ! Tels sont les racines profondes de l’échec de la gauche et non pas le fait que les forces progressistes aujourd’hui restent attachées au service public, aux politiques sociales et aux réseaux d’éducation et de santé.

Pourquoi doit-on se réjouir de la naissance de l’Alliance sociale ?

Mais la contestation sociale peut faire naître les mêmes inquiétudes d’antan chez les politiciens en place. En fait, la menace pour le système politique en place ne se trouve pas tant dans ses crises internes, mais beaucoup plus à cause de l’action de celles et ceux qui remettent en question l’ordre social en place. Que le mouvement social veuille proposer aujourd’hui une autre façon de gouverner est la voie par laquelle on peut faire revivre cette menace d’antan et rendre plus crédible l’action de la gauche. C’est dans ce contexte qu’on doit apprécier la naissance de l’Alliance sociale.

Initiée par la plupart des organisations syndicales québécoises, le potentiel de cette initiative est énorme. D’abord, elle concerne environ 1 million de travailleurs organisés ainsi que des instances organisées dans tous les secteurs sociaux et dans toutes les régions. Ensuite, elle témoigne d’une unité politique plus grande que par le passé. Aussi, le contexte hors négociation du secteur public permet une meilleure coordination de l’action intersyndicale de contestation sociale qu’en 2004.

Rappelons qu’une importante agitation sociale s’était développée en 2004, surtout à la fin de l’année, amenant même plusieurs secteurs à adopter le projet de grève sociale contre le plan de réingénierie de Charest. Or, à ce moment, même si chaque organisation agissait en même temps, il n’y avait pas de coordination intersyndicale. Chaque groupe avait son propre plan d’action et le Réseau de vigilance tentait de coordonner de son côté l’action des autres groupes sociaux. Même si toutes et tous savaient et voulaient agir ensemble pour augmenter l’impact, la mise en place d’une coordination intersyndicale plus importante ne s’était pas concrétisée.

Mais l’action de l’ensemble du mouvement syndical fut cruciale dans l’épisode de 2004. Si la nouvelle Alliance sociale témoigne d’une coordination supérieure au plan intersyndical, la contestation sociale pourrait avoir plus d’impact. Avec le règlement sectoriel que la FIQ a maintenant convenu avec le gouvernement, les discussions devraient permettre le ralliement de ce groupe à l’Alliance. Reste maintenant à mettre en place un plan d’action.

L’Alliance et la Coalition, même combat

Au début de l’année, quelques groupes syndiqués, notamment le SPGQ, la FIQ, la FNEEQ, le Conseil central de Montréal métropolitain, le Conseil régional de Montréal de la FTQ, ont appuyé la mise en place de la Coalition opposée à la tarification et la privatisation des services publics qui vise à faire reculer le gouvernement sur ses intentions de hausser les tarifs.

Mais la nouvelle Alliance sociale aujourd’hui regroupe l’ensemble des groupes syndicaux, notamment ceux qui s’étaient solidarisés avec la Coalition et dont la plupart appuient l’initiative syndicale. Pourquoi ? L’opposition entre Alliance et Coalition ne contribue pas au rapprochement des deux rassemblements. Il importe de laisser l’Alliance imprimer une dynamique pour faire le plein de l’ensemble des forces syndicales. La Coalition et l’Alliance poursuivent effectivement le même objectif et chaque rassemblement devra trouver la façon de mieux concerter son action.

Le problème n’est pas tellement de définir l’échafaudage organisationnel qui permettrait de mettre tout le monde ensemble. La coalition a connu un succès au printemps dernier. Le mouvement syndical doit engager la mobilisation au-delà d’un contexte de négociation. Or, pour développer une véritable force de frappe, cette mobilisation syndicale doit dépasser l’action de sensibilisation et emprunter à 2004 les formes de contestation les plus audacieuses. C’est par la rue qu’un plan de la concertation plus large avec les autres mouvements sociaux sera possible.

La balle est effectivement dans le camp syndical. Les deux forums sociaux québécois ont certainement favorisé les liens entre certaines organisations syndicales et les mouvements sociaux. Mais ils ont aussi contribué à démontrer la nécessité d’une coordination intersyndicale plus poussée au niveau social, considérant les faiblesses observées dans les rendez-vous de 2007 et de 2009. Or, d’ores et déjà, le projet d’Alliance sociale obtient un appui authentique dans les instances syndicales.

Toutes et tous à la manifestation d’appui aux lock-outés du Journal de Montréal

La droite est divisée sur la manière de procéder, même si des attaques sont à prévoir. Rappelons-nous que le courage politique n’est pas de leur côté. C’est pourquoi les mois qui viennent demeurent importants pour développer un mouvement social de résistance aux volontés néolibérales du prochain budget du gouvernement Charest et faire ainsi mentir le défaitisme journalistique concernant la gauche au Québec.

C’est ainsi que la manifestation du 4 décembre prochain en appui aux lockoutés-es du Journal de Montréal revêt un caractère singulier, centré sur la dignité et participant au repositionnement politique du discours sur la justice sociale. La manifestation prendra à témoin les conséquences de la politique du mondialiste québécois par excellence, PKP. C’est ainsi qu’on pourra préparer les prochaines élections à la faveur du développement d’une action politique indépendante des mouvements sociaux.

Cet article est tiré du site web du Journal des Alternatives