La droite, la gauche et la nouvelle Alliance Sociale

Par Mis en ligne le 22 novembre 2010

Il suffit d’une rumeur ou de la créa­tion d’une nou­velle asso­cia­tion pour que des jour­na­listes l’utilisent pour tabler sur l’échec de la gauche ! La nais­sance du Réseau liberté ou l’annonce de la créa­tion pos­sible d’un nou­veau parti poli­tique par François Legault ont suffi à deux d’entre eux du jour­nal Le Devoir à en faire la man­chette le week-end du 13-14 novembre der­nier ! Mais au vu des évé­ne­ments cou­rants, tels le lan­ce­ment de l’Alliance sociale ou le succès de la péti­tion pour deman­der la démis­sion de Jean Charest, on doit consta­ter qu’ils se méprennent sur la réa­lité. En effet, il semble plutôt qu’il s’agit d’une crise de pers­pec­tives à droite !

Qu’on le prenne par la ques­tion des scan­dales qui per­sistent, de la relève au PLQ ou même par le bout de l’entente dans le sec­teur public, tout nous amène à consta­ter que Charest est sur la défen­sive. Le succès de la péti­tion de Jean Charest en témoigne. Pour plu­sieurs libé­raux, leur avenir main­te­nant passe par le choix d’un nou­veau chef. Et Jean-Marc Fournier n’est qu’un vieux soldat fidèle, qui est revenu au parti libé­ral pour calmer les inquié­tudes des dépu­tés libé­raux. Saura-t-il vendre son chef en vue des pro­chaines élec­tions, rien n’est moins sûr !

Par ailleurs, l’avenir de François Legault est au Parti qué­bé­cois. Frustré peut-être de son rêve de deve­nir chef, mon­sieur Legault pour­suit l’agitation idéo­lo­gique des émules de Lucien Bouchard. Avec l’horizon élec­to­ral qui s’approche, l’avenir de François Legault est dans un sou­tien au PQ dirigé par Pauline Marois, toute com­mise à l’ancrer dans la réforme de la social-démo­cra­tie. La rumeur d’un pôle sou­ve­rai­niste fort à droite a l’avantage de créer un contre­poids face à la grogne interne concer­nant la sou­ve­rai­neté.

Les rai­sons des dif­fi­cul­tés de la gauche ne sont pas conjonc­tu­relles

En fait, on ne voit pas dans cet article du jour­nal Le Devoir ce qui peut nous amener à consta­ter l’échec de la gauche dans les évé­ne­ments récents. D’autant plus que, selon ces jour­na­listes, Amir Khadir est devenu indis­pen­sable au pay­sage poli­tique et le Québec s’en sort pas si mal de la crise récente. Pourquoi ? À cause de la place de l’État et des pro­tec­tions sociales et malgré les efforts pour les affai­blir ! Alors pour­quoi cette ten­dance dans le débat public à reve­nir sur les fai­blesses de la gauche ?

L’idée de l’échec de la gauche ne tient pas à des motifs conjonc­tu­rels. Il s’agit plutôt d’un constat qui prend racine plus géné­ra­le­ment dans le contexte de la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale amor­cée depuis plus de 30 ans et ren­for­cée avec l’effondrement des régimes d’Europe de l’Est. La popu­la­rité de cette idée est en par­ti­cu­lier liée à l’image dégé­né­rée du socia­lisme que ces régimes ont témoi­gné et que le capi­ta­lisme sau­vage en Chine rouge per­pé­tue.

Mais nous savons aussi que les États capi­ta­listes modernes ont évolué vers ce qu’ils sont à cause de la menace qu’exerçaient la contes­ta­tion sociale, les idées socia­listes et les mou­ve­ments sociaux après la révo­lu­tion russe et la pro­fonde crise de 1929, et ce, même en Amérique. Au Québec, il faut se rap­pe­ler le règne de Duplessis pour consta­ter le même phé­no­mène ! Depuis l’expérience des pays de l’Est, le projet socia­liste est asso­cié à une régres­sion sociale et poli­tique pour les popu­la­tions labo­rieuses ! Tels sont les racines pro­fondes de l’échec de la gauche et non pas le fait que les forces pro­gres­sistes aujourd’hui res­tent atta­chées au ser­vice public, aux poli­tiques sociales et aux réseaux d’éducation et de santé.

Pourquoi doit-on se réjouir de la nais­sance de l’Alliance sociale ?

Mais la contes­ta­tion sociale peut faire naître les mêmes inquié­tudes d’antan chez les poli­ti­ciens en place. En fait, la menace pour le sys­tème poli­tique en place ne se trouve pas tant dans ses crises internes, mais beau­coup plus à cause de l’action de celles et ceux qui remettent en ques­tion l’ordre social en place. Que le mou­ve­ment social veuille pro­po­ser aujourd’hui une autre façon de gou­ver­ner est la voie par laquelle on peut faire revivre cette menace d’antan et rendre plus cré­dible l’action de la gauche. C’est dans ce contexte qu’on doit appré­cier la nais­sance de l’Alliance sociale.

Initiée par la plu­part des orga­ni­sa­tions syn­di­cales qué­bé­coises, le poten­tiel de cette ini­tia­tive est énorme. D’abord, elle concerne envi­ron 1 mil­lion de tra­vailleurs orga­ni­sés ainsi que des ins­tances orga­ni­sées dans tous les sec­teurs sociaux et dans toutes les régions. Ensuite, elle témoigne d’une unité poli­tique plus grande que par le passé. Aussi, le contexte hors négo­cia­tion du sec­teur public permet une meilleure coor­di­na­tion de l’action inter­syn­di­cale de contes­ta­tion sociale qu’en 2004.

Rappelons qu’une impor­tante agi­ta­tion sociale s’était déve­lop­pée en 2004, sur­tout à la fin de l’année, ame­nant même plu­sieurs sec­teurs à adop­ter le projet de grève sociale contre le plan de réin­gé­nie­rie de Charest. Or, à ce moment, même si chaque orga­ni­sa­tion agis­sait en même temps, il n’y avait pas de coor­di­na­tion inter­syn­di­cale. Chaque groupe avait son propre plan d’action et le Réseau de vigi­lance ten­tait de coor­don­ner de son côté l’action des autres groupes sociaux. Même si toutes et tous savaient et vou­laient agir ensemble pour aug­men­ter l’impact, la mise en place d’une coor­di­na­tion inter­syn­di­cale plus impor­tante ne s’était pas concré­ti­sée.

Mais l’action de l’ensemble du mou­ve­ment syn­di­cal fut cru­ciale dans l’épisode de 2004. Si la nou­velle Alliance sociale témoigne d’une coor­di­na­tion supé­rieure au plan inter­syn­di­cal, la contes­ta­tion sociale pour­rait avoir plus d’impact. Avec le règle­ment sec­to­riel que la FIQ a main­te­nant convenu avec le gou­ver­ne­ment, les dis­cus­sions devraient per­mettre le ral­lie­ment de ce groupe à l’Alliance. Reste main­te­nant à mettre en place un plan d’action.

L’Alliance et la Coalition, même combat

Au début de l’année, quelques groupes syn­di­qués, notam­ment le SPGQ, la FIQ, la FNEEQ, le Conseil cen­tral de Montréal métro­po­li­tain, le Conseil régio­nal de Montréal de la FTQ, ont appuyé la mise en place de la Coalition oppo­sée à la tari­fi­ca­tion et la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics qui vise à faire recu­ler le gou­ver­ne­ment sur ses inten­tions de haus­ser les tarifs.

Mais la nou­velle Alliance sociale aujourd’hui regroupe l’ensemble des groupes syn­di­caux, notam­ment ceux qui s’étaient soli­da­ri­sés avec la Coalition et dont la plu­part appuient l’initiative syn­di­cale. Pourquoi ? L’opposition entre Alliance et Coalition ne contri­bue pas au rap­pro­che­ment des deux ras­sem­ble­ments. Il importe de lais­ser l’Alliance impri­mer une dyna­mique pour faire le plein de l’ensemble des forces syn­di­cales. La Coalition et l’Alliance pour­suivent effec­ti­ve­ment le même objec­tif et chaque ras­sem­ble­ment devra trou­ver la façon de mieux concer­ter son action.

Le pro­blème n’est pas tel­le­ment de défi­nir l’échafaudage orga­ni­sa­tion­nel qui per­met­trait de mettre tout le monde ensemble. La coa­li­tion a connu un succès au prin­temps der­nier. Le mou­ve­ment syn­di­cal doit enga­ger la mobi­li­sa­tion au-delà d’un contexte de négo­cia­tion. Or, pour déve­lop­per une véri­table force de frappe, cette mobi­li­sa­tion syn­di­cale doit dépas­ser l’action de sen­si­bi­li­sa­tion et emprun­ter à 2004 les formes de contes­ta­tion les plus auda­cieuses. C’est par la rue qu’un plan de la concer­ta­tion plus large avec les autres mou­ve­ments sociaux sera pos­sible.

La balle est effec­ti­ve­ment dans le camp syn­di­cal. Les deux forums sociaux qué­bé­cois ont cer­tai­ne­ment favo­risé les liens entre cer­taines orga­ni­sa­tions syn­di­cales et les mou­ve­ments sociaux. Mais ils ont aussi contri­bué à démon­trer la néces­sité d’une coor­di­na­tion inter­syn­di­cale plus pous­sée au niveau social, consi­dé­rant les fai­blesses obser­vées dans les rendez-vous de 2007 et de 2009. Or, d’ores et déjà, le projet d’Alliance sociale obtient un appui authen­tique dans les ins­tances syn­di­cales.

Toutes et tous à la mani­fes­ta­tion d’appui aux lock-outés du Journal de Montréal

La droite est divi­sée sur la manière de pro­cé­der, même si des attaques sont à pré­voir. Rappelons-nous que le cou­rage poli­tique n’est pas de leur côté. C’est pour­quoi les mois qui viennent demeurent impor­tants pour déve­lop­per un mou­ve­ment social de résis­tance aux volon­tés néo­li­bé­rales du pro­chain budget du gou­ver­ne­ment Charest et faire ainsi mentir le défai­tisme jour­na­lis­tique concer­nant la gauche au Québec.

C’est ainsi que la mani­fes­ta­tion du 4 décembre pro­chain en appui aux lockou­tés-es du Journal de Montréal revêt un carac­tère sin­gu­lier, centré sur la dignité et par­ti­ci­pant au repo­si­tion­ne­ment poli­tique du dis­cours sur la jus­tice sociale. La mani­fes­ta­tion pren­dra à témoin les consé­quences de la poli­tique du mon­dia­liste qué­bé­cois par excel­lence, PKP. C’est ainsi qu’on pourra pré­pa­rer les pro­chaines élec­tions à la faveur du déve­lop­pe­ment d’une action poli­tique indé­pen­dante des mou­ve­ments sociaux.

Cet article est tiré du site web du Journal des Alternatives

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