“Mobilisons pour le Sommet des peuples à Rio et au delà”

Un appel du mouvement pour la justice climatique

Par Mis en ligne le 18 février 2012

Loin de se lais­ser abattre par l’échec des négo­cia­tions inter­na­tio­nales sur le climat à Durban, le mou­ve­ment pour la jus­tice cli­ma­tique lance un appel à la mobi­li­sa­tion popu­laire pour la confé­rence des Nations Unies sur le déve­lop­pe­ment durable devant avoir lieu à Rio en juin 2012.

Dés le 3 décembre der­nier, soit six jours avant la conclu­sion désas­treuse de la Conférence de Durban, confé­rence qui a vu la « mise sur res­pi­ra­tion arti­fi­cielle » du Protocole de Kyoto, les prin­ci­paux mou­ve­ments ont publié un appel inti­tulé « Mobilisons-nous pour Rio et au-delà ».(1) Ce texte, signé entre autre par Via Campesina, les Amis de la terre, Jubilée Sud Brésil la Coordination andine des orga­ni­sa­tions indi­gènes et la Marche mon­diale des femmes, convoque tous les mou­ve­ments lut­tant pour la jus­tice envi­ron­ne­men­tale à mobi­li­ser pour un Sommet des peuples lors de la Conférence de Rio. Ce sommet alter­na­tif se donne comme objec­tif de déve­lop­per la résis­tance aux injus­tices envi­ron­ne­men­tales et sociales et de popu­la­ri­ser les alter­na­tives au capi­ta­lisme finan­cier en crise.

Cet appel vient d’être repris et confirmé par le Forum social de Porto Alegre qui pro­pose d’associer à cette mobi­li­sa­tion une cam­pagne contre la pro­po­si­tion de l’ONU de bâtir une « éco­no­mie verte ».(2) Selon l’assemblée des mou­ve­ments sociaux réunis à Porto Alegre, cette « éco­no­mie verte » ne serait qu’une ten­ta­tive de « verdir le capi­ta­lisme » et de trans­for­mer la nature en mar­chan­dises pou­vant être négo­ciées sur les mar­chés.

Un contre-sommet

Ce Sommet des peuples se veut plus qu’une acti­vité de pro­tes­ta­tion telle qu’on les a connus lors des Conférence inter­na­tio­nales de Copenhague en 2009 ou de Cancun en 2010. Il se voit comme un véri­table contre-sommet dans lequel la société civile inter­na­tio­nale, les mou­ve­ment sociaux et citoyens, feront connaître leur solu­tions aux crise envi­ron­ne­men­tales et finan­cières et exi­ge­ront des réponses du « Sommet offi­ciel », celui des chefs d’états. Cette volonté de confron­ter le sommet offi­ciel trans­pa­raît clai­re­ment du calen­drier adopté pour le Sommet des peuples. Ce der­nier se mettra en branle le 17 juin, 3 jours avant celui des chefs d’états, pour se ter­mi­ner le 23 juin, un jour plus tard. En d’autres termes, le Sommet des peuples veut pou­voir exiger cer­taines choses du sommet des chefs d’états et éva­luer, le 23 juin, ce que ces der­niers auraient (ou non) adop­tés. 

En outre, des pré­pa­ra­tifs sont deja lancés pour tenir un défilé popu­laire à l’ouverture du sommet des peuples le 17 juin ainsi qu’une Journée mon­diale d’action le 20 juin, de façon a accen­tué la pres­sion sur les chefs d’états.(3) Cette stra­té­gie qui prio­rise la mobi­li­sa­tion contre les puis­sants de ce monde plutôt que la négo­cia­tion avec eux reflète le très large dis­cré­dit des négo­cia­tions inter­na­tio­nales cha­peau­tées par l’ONU. En effet, non seule­ment les 3 der­nières confé­rences inter­na­tio­nales sur le climat ont piteu­se­ment échouées (Copenhague, Cancun et Durban) mais de plus, l’appel au déve­lop­pe­ment durable lancé par l’ONU à Rio en 1992 est devenu une chi­mère alors que les pires pol­lueurs s’en réclament et la pla­nète est au bord de la catas­trophe.

Pleinement conscient des ces échecs, le sommet des peuples se défi­nit comme un espace “libéré de l’entreprise privée” et dédié au “ ren­for­ce­ment des actions de resís­tance et à la construc­tion d’alternatives”. Un espace où l’on pourra “dénon­cer le nouvel habit vert du capi­ta­lisme”.

En d’autres termes, le Sommet veut agir come la caisse de réson­nance des luttes popu­laires pour la sau­ve­garde de l’environnement et sur­tout encou­ra­ger les résis­tances citoyennes par­tout dans le monde. C’est bien la raison qui a motivé les mou­ve­ments de jus­tice cli­ma­tique à ajou­ter les mots “au delà” dans leur décla­ra­tion ini­tiale. Le sommet de Rio ne se veut pas une autre confé­rence inter­na­tio­nale sans len­de­main, mais bien l’amorce d’une contre-offen­sive des peuples.

Par Roger Rashi, Coordonnateur des cam­pagnes chez Alternatives,

Montréal le 16 février 2012

Notes

  1. « Mobilisons-nous vers Rio et au-delà », publié à Durban le 3 décembre 2011, Via Campesina et al, http://​rio20​.net/​f​r​/​d​o​c​u​m​e​n​t​o​s​/​m​o​b​i​l​i​s​o​n​s​-​n​o​u​s​-​v​e​r​s​-​r​i​o​2​0​-​e​t​-​a​u​-dela
  2. Déclaration de l’assemblée des mou­ve­ments sociaux, publié à Porto Alegre, Brésil, le 28 jan­vier 2012,
  3. « Preparation for the Peoples´ Summit at Rio + 20», cir­cu­laire du 10 février 2012 publié à Sao Paulo, Jubileu Sul Brasil, http://​www​.jubi​leu​bra​sil​.org​.br/​i​n​t​e​g​r​a​c​a​o​-​d​o​s​-​p​o​v​o​s​/​r​i​o​-​2​0​-​2​0​1​2​/​p​r​e​p​a​r​a​n​d​o​-​a​-​c​u​p​u​l​a​-​d​o​s​-​p​o​v​o​s​-​n​a​-​r​io-20

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