Les grands défis du mouvement social en Italie

Par Mis en ligne le 18 février 2012

Gênes, le mois de juillet der­nier a été consa­cré à des débats et ras­sem­ble­ments pour le dixième anni­ver­saire des grandes mani­fes­ta­tions contre le G8 et de la ter­rible répres­sion qui les a accom­pa­gnées. À tra­vers des ren­contres orga­ni­sées par les syn­di­cats, mou­ve­ments sociaux et forces poli­tiques ita­liennes, les par­ti­ci­pantEs ont fait le point sur les der­niers déve­lop­pe­ments sur­ve­nus sur la scène poli­tique et sociale et pour pré­sen­ter les débats qui agitent les mou­ve­ments ita­liens à un moment où trois élé­ments majeurs marquent ce pays : l’effondrement moral et la crise pro­fonde du régime Berlusconi, la crise éco­no­mique et le poids de la dette et une vague de mobi­li­sa­tions sur les ter­rains sociaux et poli­tiques dans laquelle on retrouve beau­coup des carac­té­ris­tiques des mou­ve­ments des jeunes espa­gnols ou grecs.

Maillage et dyna­mique des mou­ve­ments

Dès l’arrivée à Gênes, une réa­lité impor­tante se rap­pelle à nous : l’Italie est très pro­ba­ble­ment, avec la Grèce, l’un des deux pays les plus poli­ti­sés d’Europe, ce qui se tra­duit par deux faits qui pour­raient sem­bler contra­dic­toires, l’existence d’un maillage local et natio­nal très serré de mou­ve­ments et d’organisations dotés d’une forte sta­bi­lité – à com­men­cer par celle de leurs diri­geants – et une extrême mobi­lité de ces struc­tures dans leurs alliances et prises de posi­tion. Les forces prin­ci­pales qui avaient été à l’initiative des mobi­li­sa­tions de 2001 étaient toutes pré­sentes en 2011. Côté syn­di­cal c’est tout d’abord la CGIL[1], la prin­ci­pale confé­dé­ra­tion ita­lienne, proche à l’origine du PCI, et sur­tout la FIOM, la puis­sante fédé­ra­tion de la métal­lur­gie, qui a tou­jours été l’aile gauche de la confé­dé­ra­tion[2]. Ce sont aussi des syn­di­cats indé­pen­dants, comme les Cobas[3], plus radi­caux que les grandes confé­dé­ra­tions et sou­vent mieux capables de coller aux reven­di­ca­tions de la base. Le monde asso­cia­tif est là aussi, en par­ti­cu­lier avec ARCI, qui regroupe des mil­liers de centres cultu­rels et d’associations locales et Legambiente, la prin­ci­pale orga­ni­sa­tion envi­ron­ne­men­tale ita­lienne. Sont enfin pré­sents les « centres sociaux », une spé­ci­fi­cité ita­lienne : d’anciennes usines ou bâti­ments publics inuti­li­sés sont inves­tis par des mili­tants qui les conver­tissent en centres sociaux où se mul­ti­plient repré­sen­ta­tions artis­tiques, concerts et ren­contres cultu­relles et poli­tiques qui attirent avant tout la jeu­nesse. Sur le plan poli­tique, on retrouve toutes les forces situées à gauche du Parti démo­crate (PD)[4] dont les orga­ni­sa­tions héri­tières de Rifondazione Communista.

Le cycle actuel des luttes

Une nou­velle phase de mobi­li­sa­tions est en cours depuis 2009, avec la conjonc­tion de dif­fé­rentes luttes et cam­pagnes. Sur le ter­rain de l’environnement et de la défense des biens com­muns, deux cam­pagnes majeures ont marqué l’Italie : la cam­pagne contre la pri­va­ti­sa­tion de l’eau, avec comme objec­tif un réfé­ren­dum qui a été lar­ge­ment gagné en juin 2011, et celle des val­lées alpines du Piémont contre le train à grande vitesse (la ligne Lyon-Turin) qui a braqué la grande majo­rité des popu­la­tions locales. Sur le plan démo­cra­tique, ce sont les mobi­li­sa­tions citoyennes, et en par­ti­cu­lier celle des femmes, contre Berlusconi. Sur le ter­rain social, c’est la métal­lur­gie, et donc la FIOM, qui se trouve à l’avant-garde dans un combat pour conser­ver ses acquis sociaux. Enfin des luttes étu­diantes se sont déve­lop­pées dans toute l’Italie ces deux der­nières années. La mani­fes­ta­tion à Gênes le 23 juillet 2011 a été le sym­bole de cette remo­bi­li­sa­tion, avec une par­ti­ci­pa­tion bien supé­rieure à ce qui était attendu (30 000 mani­fes­tants) et la pré­sence de toutes les com­po­santes et tous les fronts de lutte. Mais si tous ceux qui étaient à Gênes se féli­ci­taient de cette remo­bi­li­sa­tion, trois pré­oc­cu­pa­tions étaient par­ta­gées par de nom­breux mili­tants : l’une porte sur les nou­velles formes de l’engagement mili­tant, la seconde sur les alliances à construire entre mou­ve­ments sociaux et démo­cra­tiques et la troi­sième sur les stra­té­gies à mettre en œuvre sur le ter­rain poli­tique.

Sur la scène élec­to­rale

Sur le ter­rain poli­tique, les élec­tions locales de juin 2011 et les réfé­ren­dums popu­laires ont confirmé s’il en était besoin l’effondrement de la cré­di­bi­lité de Berlusconi et de son gou­ver­ne­ment : l’opposition de gauche a lar­ge­ment gagné les élec­tions locales et les réfé­ren­dums popu­laires – contre la pri­va­ti­sa­tion de l’eau, pour l’arrêt du nucléaire et le refus de toute impu­nité pour Berlusconi – ont non seule­ment été gagné à une large majo­rité mais ont pu sur­tout – et c’était là l’enjeu majeur – dépas­ser les 50% de votants, condi­tion pour que leur résul­tats soient recon­nus. Mais plus encore que les résul­tats, c’est la façon dont ils ont été obte­nus qui est remar­quable. Pour ces réfé­ren­dums, et en par­ti­cu­lier pour la défense de l’eau comme bien commun, par­tout des comi­tés se sont créés qui ont animé la cam­pagne au niveau local. Pour les élec­tions locales, dans plu­sieurs villes et régions, on a vu des pro­ces­sus simi­laires avec des mil­liers de citoyens, sur­tout des jeunes, qui se sont inves­tis dans les cam­pagnes élec­to­rales en impo­sant des thèmes et des can­di­dats qui n’étaient pas ceux des grands partis.

La bataille de Milan

À Milan, la capi­tale éco­no­mique du pays depuis long­temps acquise à Silvio Berlusconi, ce pro­ces­sus a emprunté la voie des pri­maires. En Italie, la loi élec­to­rale a changé plu­sieurs fois ces der­nières années et il existe aujourd’hui un sys­tème pro­por­tion­nel par régions qui donne une prime majo­ri­taire à la coa­li­tion arri­vée en tête de l’élection tout en gar­dant une place pour chacun des partis coa­lisé ; chaque élec­teur vote pour la coa­li­tion de son choix en choi­sis­sant son repré­sen­tant (son chef) et pour le parti qui a sa pré­fé­rence, ce qui déter­mine le nombre des sièges au Parlement ou dans les conseils muni­ci­paux. Depuis le milieu des années 2000, la coa­li­tion de gauche et de centre gauche domi­née par le Parti démo­crate (PD) a choisi le prin­cipe des pri­maires pour dési­gner celui ou celle qui sera son res­pon­sable, au niveau natio­nal comme au niveau local. De très nom­breux jeunes et des mili­tants asso­cia­tifs et syn­di­caux se sont empa­rés de cette dis­po­si­tion pour s’approprier l’élaboration du pro­gramme de la gauche à Milan et sur­tout pour dési­gner son res­pon­sable : et celui qui l’a emporté lors des pri­maires face au repré­sen­tant du PD comme lors du vote final contre la coa­li­tion de Silvio Berlusconi est Giuliano Pisapia, un avocat très connu en Italie, qui a défendu les mili­tants incul­pés pen­dant les années de plomb et qui était encore récem­ment député de Rifondazione.

Le rejet du sys­tème Berlusconi

À Naples, la grande ville du sud de l’Italie, l’élection a emprunté un chemin un peu dif­fé­rent : le PD a choisi de faire une alliance avec le centre pen­dant que les éco­lo­gistes, la gauche plus radi­cale et des mili­tants asso­cia­tifs créaient une coa­li­tion menée par le juge anti-cor­rup­tion Luigi De Magistris. C’est cette liste qui l’a emporté très lar­ge­ment, avec plus de 60% des voix, alors même que le PD refu­sait de faire alliance avec elle entre les deux tours. Ces exemples ne pré­tendent pas des­si­ner la tota­lité du pay­sage poli­tique issu des élec­tions locales : le rejet de Berlusconi est tel que tous les moyens ont été uti­li­sés pour battre ses listes, y com­pris celles menées par les repré­sen­tants les plus clas­siques de la vieille gauche modé­rée, comme à Turin où les pri­maires ont été gagnées par Piero Fassino, ancien leader du PCI parmi les plus en pointe dans la trans­for­ma­tion de ce parti en ce qui allait deve­nir le parti démo­crate. Mais ils pré­sentent d’intéressantes ana­lo­gies avec les mobi­li­sa­tions des « Indignés », en Espagne, Portugal ou Grèce : une agré­ga­tion rapide et non anti­ci­pée par les états-majors poli­tiques de jeunes et de citoyens qui se regroupent dans un souci de trans­for­ma­tion radi­cale de l’état des choses, mais en refu­sant toute créa­tion de struc­tures ou mou­ve­ments plus pérennes et en ne s’investissant pas réel­le­ment dans celles qui pré­existent.

Irruption citoyenne

En 2011, à la dif­fé­rence de l’Espagne où les citoyens et les jeunes se recon­nais­sant dans les Indignés et ne se sont pas direc­te­ment ins­crit dans la cam­pagne de tel ou tel parti, les règles du jeu élec­to­ral ita­lien ont laissé des espaces pour un inves­tis­se­ment citoyen effi­cace dans les pri­maires de la gauche, effi­cace mais ponc­tuel et sans len­de­main. Cette situa­tion pose deux pro­blèmes aux forces situées à gauche du PD, en par­ti­cu­lier à SEL, « Sinistra Ecologia Liberta[5] » (Gauche, Ecologie et Liberté). Le pre­mier est la consé­quence du sys­tème des pri­maires. La gauche l’a choisi quand les règles élec­to­rales ont donné une prime à la coa­li­tion arri­vée en tête ce qui est une inci­ta­tion forte à concen­trer ses voix sur les coa­li­tions sus­cep­tibles de l’emporter, à l’image des élec­tions à un tour, comme en Grande-Bretagne, où il est très dif­fi­cile de se pré­sen­ter contre le Labour Party, car cela favo­rise les chances des conser­va­teurs. Les pri­maires ont permis dans plu­sieurs cas une mobi­li­sa­tion citoyenne qui a changé la donne, mais elles ins­taurent un conti­nuum entre le PD et les autres cou­rants de la coa­li­tion qui obs­cur­cit les dif­fé­rences entre les dif­fé­rentes options poli­tiques et stra­té­giques. Cet obs­cur­cis­se­ment pour­rait être par­ti­cu­liè­re­ment dom­ma­geable en cas de vic­toire de la gauche aux pro­chaines élec­tions légis­la­tives, le PD se pré­sen­tant déjà comme le cham­pion du désen­det­te­ment sans remettre en cause en quoi que ce soit les règles néo­li­bé­rales, pré­pa­rant ainsi une poli­tique qui pour­rait être très proche de celle de Papandreou en Grèce ou Zapatero en Espagne. Le deuxième pro­blème découle du carac­tère ponc­tuel de l’investissement des jeunes et des citoyens dans les élec­tions locales : les partis ne se ren­forcent pas et ne béné­fi­cient pas de l’apport d’un sang neuf qui per­met­trait de renou­ve­ler les termes des dis­cus­sions internes sou­vent domi­nées par l’histoire des cou­rants consti­tuants des partis situés à la gauche du PD.

Les « nou­veaux » mou­ve­ments

Au-delà de la des­crip­tion du pay­sage poli­tique de la gauche ita­lienne, il fau­drait faire une ana­lyse plus pré­cise de ces nou­veaux mou­ve­ments – « Indignés », « Violets », etc. – qui changent la donne dans de nom­breux pays euro­péens, voire sur d’autres conti­nents[6]. On peut déjà noter trois carac­té­ris­tiques com­munes à ces mou­ve­ments : des reven­di­ca­tions très géné­rales voire consen­suelles (contre la cor­rup­tion ou pour le droit au tra­vail) qui per­mettent d’agréger les sou­tiens de l’opinion publique ; un deuxième niveau de dis­cours centré contre le « sys­tème » (le capi­ta­lisme, les élites, etc.) et en faveur d’une véri­table démo­cra­tie ; et un refus de toute délé­ga­tion qui s’inscrit dans la culture poli­tique alter­mon­dia­liste mais en la radi­ca­li­sant encore un peu plus en rabat­tant la légi­ti­mité au niveau de l’individu.

Uniti contro la crisi, uniti per l’alternativa 

Les mou­ve­ments sociaux et citoyens pré­sents à Gênes en juillet 2011 avaient éga­le­ment au cœur de leurs pré­oc­cu­pa­tions les deux élé­ments majeurs de la situa­tion poli­tique et sociale ita­lienne : la décom­po­si­tion du ber­lus­co­nisme et la crise éco­no­mique. Leur crainte majeure est d’être confron­tés à une situa­tion pire encore que celle de 2006, où ils se sont retrou­vés para­ly­sés devant le gou­ver­ne­ment de centre gauche de Prodi qui n’avait rompu en rien avec les poli­tiques néo­li­bé­rales. La pre­mière pré­oc­cu­pa­tion des mou­ve­ments est donc de construire le chemin d’une action com­mune, ce qui implique à la fois un accord sur un corps mini­mal de reven­di­ca­tions et l’affichage d’une conver­gence entre forces de natures dif­fé­rentes. Le pre­mier obs­tacle à sur­mon­ter est interne au mou­ve­ment syn­di­cal, où le centre de gra­vité des grandes confé­dé­ra­tions[7] s’aligne sur la poli­tique des forces de centre gauche et s’oppose donc à une réelle remise en cause de la poli­tique néo­li­bé­rale du gou­ver­ne­ment. A Gênes, les dis­cours étaient ainsi nota­ble­ment dif­fé­rents entre la direc­tion de la CGIL d’un côté, et sa fédé­ra­tion du sec­teur de la métal­lur­gie, la FIOM, de l’autre… La FIOM se trouve aujourd’hui à l’avant-garde du combat syn­di­cal, avec une mobi­li­sa­tion très impor­tante pour la défense du contrat de tra­vail et les acquis sociaux.

Après une pre­mière phase de mobi­li­sa­tion en juillet 2010, et devant la conco­mi­tance de celle-ci avec les étu­diants, qui mul­ti­plient les mobi­li­sa­tions depuis 2008, la FIOM s’est alliée avec d’autres mou­ve­ments et en par­ti­cu­lier les centres sociaux du Nord-Est[8], ce qui leur a permis de faire le lien avec la jeu­nesse dans un nou­veau front, « Uniti contro la crisi, uniti per l’alternativa » (Unis contre la crise, unis pour l’alternative). Il s’en est suivi plu­sieurs très grosses mobi­li­sa­tions, le 16 octobre 2010, à l’initiative de la FIOM, et le 14 décembre de la même année où les étu­diants étaient là très majo­ri­taires.

A Gênes, le 22 juillet 2011, l’assemblée « contre la crise » a été la plus impor­tante des réunions publiques avec près de 1000 par­ti­ci­pants, et le pro­chain rendez-vous a été fixé à Rome le 17 sep­tembre 2011 pour une grande assem­blée de mobi­li­sa­tion. Sur le plan reven­di­ca­tif, la FIOM et les centres sociaux se sont mis d’accord pour récla­mer à la fois la défense du droit du tra­vail et la défense du droit à un revenu pour tous. La dif­fi­culté ne porte pas sur les reven­di­ca­tions mais sur l’élargissement du front uni­taire : beau­coup de mou­ve­ments sociaux en Italie, en par­ti­cu­lier les plus radi­caux comme les Cobas, RCB ou les centres sociaux, sont des for­ma­tions hybrides entre mou­ve­ments de masse et cou­rants poli­tiques et, parmi ceux-ci, les centres sociaux du Nord-Est sont très réti­cents à s’allier à d’autres cou­rants ce qui ne manque pas de créer des débats et polé­miques…

Comment inter­ve­nir ?

Le deuxième souci exprimé par les mou­ve­ments est de trou­ver la bonne dis­tance avec les partis poli­tiques. L’expérience de la col­la­bo­ra­tion avec Rifondazione dans les années 2000 reste dou­lou­reuse. Au départ, ce parti avait été accepté comme un « quasi-mou­ve­ment » à éga­lité avec les autres syn­di­cats et mou­ve­ments sociaux à partir des mani­fes­ta­tions de Gênes. Mais quand le parti décida en 2006 de se joindre à la majo­rité de centre gauche, au Parlement et au gou­ver­ne­ment, il exigea des mou­ve­ments avec les­quels il tra­vaillait de rompre avec ceux qu’il esti­mait trop « radi­caux ». Une exi­gence refu­sée par tous, mais qui laissa un goût amer et le sen­ti­ment qu’il faillait en finir avec cette vision uti­li­ta­riste des mou­ve­ments sociaux.

Aujourd’hui la ques­tion est revi­si­tée avec une double pré­oc­cu­pa­tion. La pre­mière vise à affron­ter une situa­tion dans laquelle la gauche met­trait en œuvre une poli­tique d’austérité rigou­reuse pour satis­faire les mar­chés finan­ciers et répondre à la crise de la dette ; c’est la moti­va­tion qui est à la base des débats sur la construc­tion d’un front uni­taire entre mou­ve­ments. La deuxième ren­voie au bilan des élec­tions locales de juin 2011. L’idée, sou­te­nue par des mili­tants issus de divers mou­ve­ments, serait de peser sur le pro­gramme de la gauche en s’investissant dans la bataille des pri­maires pour les légis­la­tives en fai­sant porter le débat non sur le can­di­dat mais sur le pro­gramme poli­tique et social du futur gou­ver­ne­ment. À nou­veau, la dif­fi­culté sera la balance entre l’impact d’un inves­tis­se­ment sur la scène poli­tique qui pour­rait chan­ger les termes du débat et le prix à payer d’une asso­cia­tion de fait à des forces poli­tiques qui brouille­rait l’indépendance des mou­ve­ments sociaux. Avec la dif­fi­culté sup­plé­men­taire d’avoir un mou­ve­ment de masse de citoyens et de jeunes – très pré­sents à Gênes ce mois de juillet – qui seraient les pre­miers à s’investir dans une cam­pagne de pri­maires por­tant sur le pro­gramme, mais sans pour autant ren­for­cer les orga­ni­sa­tions seules à même de contrô­ler sur le long terme la réa­li­sa­tion des « pro­messes » d’un gou­ver­ne­ment de gauche.

Comment les nou­velles formes d’engagement mili­tant, à l’image des Indignés espa­gnols, por­tu­gais ou grecs, vont peser sur la scène poli­tique et sociale et com­ment pour­ront-elles s’articuler aux struc­tures plus anciennes que sont les syn­di­cats et le monde asso­cia­tif ? Comment enfin, ques­tion majeure alors que l’Europe et le monde s’enfoncent dans la crise, trou­ver les réponses et les reven­di­ca­tions adé­quates, ce qui est loin d’être le cas, sur la ques­tion de la dette en par­ti­cu­lier ? Il y a en revanche un domaine où les mou­ve­ments ita­liens font preuve d’une matu­rité pro­ba­ble­ment supé­rieure à celle de nom­breux autres mou­ve­ments euro­péens : leur capa­cité à anti­ci­per les pro­blèmes que ne man­quera pas de poser une éven­tuelle vic­toire de la gauche aux pro­chaines élec­tions et à tenter de construire les alliances à même d’y répondre au mieux ! 



[1] La CGIL était pré­sente aux débats pour les 10 ans de Gênes, mais elle n’avait pas appelé, à la dif­fé­rence de la FIOM et des COBAS, aux mobi­li­sa­tions de 2001.

[2] La FIOM était consi­dé­rée dans les années 1990 comme le « 3ème parti com­mu­niste » à côté de la majo­rité du PCI qui se trans­for­mait en ce qui allait deve­nir le Parti démo­crate et de la mino­rité qui créait Rifondazione Comunista.

[3] Les Cobas sont nés dans dif­fé­rentes entre­prises et sec­teurs pro­fes­sion­nels dès les années 1980 face à des confé­dé­ra­tions jugées trop conci­lia­trices dans leur orien­ta­tion syn­di­cale.

[4] Le PD est héri­tier de l’ancien Parti com­mu­niste qui s’est « social-démo­cra­tisé » dans les années 1990.

[5] SEL regrou­pe­ment issue de Rifondazione Comunista, la gauche du PD et des éco­lo­gistes ont obtenu ensemble près de 4% lors des élec­tions locales de 2010/2011.

[6] Comme au Mexique avec le mou­ve­ment citoyen contre la vio­lence et la cor­rup­tion lancé par le poète Juan Francisco Sicilia.

[7] Les 3 grandes confé­dé­ra­tions ita­liennes étaient his­to­ri­que­ment liées aux cou­rants poli­tiques domi­nants dans l’Italie d’après-guerre, CGIL et PCI, UIL et Socialistes et CISL et Démocrates-Chrétiens. Depuis les années 1960 ces confé­dé­ra­tions forment un front commun.

[8] Les centres sociaux sont animés le plus sou­vent par des mili­tants issue de l’autonomie, cou­rant très impor­tant dans les années 1970/1980.

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