L’université populaire des NCS

Médias et communication de masse sur la brèche Avec Normand Landry et Pierre Roger

Axe 2 – La révolution numérique et les enjeux pour les 99 %

Par Mis en ligne le 29 septembre 2019

Disparition de jour­naux, perte et pré­ca­ri­sa­tion de mil­liers d’emplois, fra­gi­li­sa­tion du jour­na­lisme ins­ti­tu­tion­nel, voilà à quoi se résument, pour le simple citoyen, les effets de la révo­lu­tion numé­rique sur ce qu’on appe­lait « les médias de masse » au début de ce vingt et unième siècle, – avant l’arrivée des médias dits « sociaux ». Ce diag­nos­tic est un peu court.

La grande tran­si­tion

Le chan­ge­ment fon­da­men­tal est celui du pas­sage du modèle hié­rar­chique et oli­go­po­lis­tique de quelques pro­duc­teurs et dif­fu­seurs de contenu à celui des médias de masse indi­vi­duels. Les citoyennes et les citoyens ne sont plus sim­ple­ment des consom­ma­teurs d’information, mais aussi des pro­duc­teurs et dif­fu­seurs de contenu. Doublée d’une crise de confiance envers les médias, la crise des modèles d’affaires s’est faite au profit de nou­veaux gros acteurs : les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) qui ambi­tionnent de tout ramas­ser. Bien entendu, Internet repré­sente aussi une capa­cité de mobi­li­sa­tion accrue pour les mou­ve­ments sociaux mais, fon­da­men­ta­le­ment, les rap­ports de force n’ont guère changé et les sources d’inquiétude demeurent nom­breuses : concen­tra­tion des médias (d’où le pro­blème de la diver­sité des sources d’information), concen­tra­tion tech­no­lo­gique et volonté de répres­sion par les ins­tances éta­tiques et les grands groupes privés. L’affaire Julian Assange en est l’exemple.

Dans le monde de l’information

Selon divers rap­ports[2], l’accès facile et « gra­tuit » à l’information par l’entremise des pla­te­formes numé­riques a changé la donne. Pensons, par exemple, à la « can­ni­ba­li­sa­tion » des reve­nus des médias tra­di­tion­nels par ces agré­ga­teurs de contenu qui uti­lisent les infra­struc­tures tech­no­lo­giques sans jamais contri­buer à la fis­ca­lité des États ni au finan­ce­ment des entre­prises de presse et des acti­vi­tés de pro­duc­tion ou de créa­tion. L’écosystème média­tique numé­rique qui se met en place n’est pas sans remettre en cause la liberté d’expression et le droit du public à une infor­ma­tion de qua­lité (pen­sons à la dis­pa­ri­tion des hebdos régio­naux). Que faire donc devant cet état de fait ? D’abord, on peut s’inspirer des modèles d’aide à la presse déve­lop­pés ailleurs dans le monde : cré­dits d’impôt rem­bour­sables, déve­lop­pe­ment de pro­grammes afin d’appuyer le virage des entre­prises de presse et leur capa­cité de mise en marché, etc. À plus long terme, et sup­po­sant une plus forte volonté poli­tique à l’échelle natio­nale et inter­na­tio­nale, citons l’imposition d’une taxe addi­tion­nelle sur les appa­reils élec­tro­niques ou aux four­nis­seurs de ser­vices ou aux entre­prises de nou­velles tech­no­lo­gies, tels Netflix ou Google.

Synthèse de Benoit Gaulin[1]

Notes

  1. Normand Landry est cher­cheur à la TELUQ et Pierre Roger est syn­di­ca­liste, secré­taire géné­ral-tré­so­rier à la Fédération natio­nale des com­mu­ni­ca­tions de la CSN. Benoît Gaulin est pro­fes­seur de socio­lo­gie au cégep Ahuntsic.
  2. MCE Conseils, L’avenir de la presse écrite et de l’information au Québec. Hypothèses de finan­ce­ment, mai 2016, <www​.csn​.qc​.ca/​w​p​-​c​o​n​t​e​n​t​/​u​p​l​o​a​d​s​/​2​0​1​6​/​0​6​/​R​a​p​p​o​r​t​_​f​i​n​a​n​c​e​m​e​n​t​-​m​e​d​i​a​s​_​j​u​i​n​-​2​0​1​6.pdf>.


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