La dignité indispensable

Par Mis en ligne le 30 mars 2014

La rage, le ras-le-bol, l’indignation, mais, aussi, la soli­da­rité, le sou­tien mutuel et la dignité sont le com­bus­tible des « Marches de la Dignité » qui, depuis la fin mars et le début de février, par­courent tout l’État espa­gnol pour arri­ver à Madrid. Face à la spo­lia­tion de nos droits et à la sou­mis­sion poli­tique aux dik­tats de la « sainte » Troïka, les Marches exigent des emplois et des loge­ments dignes, l’arrêt des coupes et qu’on cesse payer une dette illé­gi­time. Il y a bien assez de motifs pour mar­cher.

Selon les chiffres du der­nier rap­port de l’Observatoire de la Réalité Sociale de Caritas, il y a aujourd’hui dans l’État espa­gnol trois mil­lions de per­sonnes qui vivent avec moins de 307 euros par mois, soit deux fois plus qu’en 2007, juste avant le début de la crise. La pau­vreté devient sévère et chro­nique : deux mil­lions de femmes et d’hommes sont au chô­mage depuis plus de deux ans et 3,5 mil­lions le sont depuis plus d’un an. Selon cet orga­nisme cari­ta­tif, sur le total des per­sonnes aidées, une sur trois l’est depuis plus de trois ans. Des chiffres effrayants.

Ils nous disent que les mesures actuelles de sortie de crise génèrent de l’emploi. Néanmoins, les don­nées contre­disent ces affir­ma­tions. Selon les chiffres de l’OCDE, chaque semaine dans l’État espa­gnol entre 2007 et 2013, 13 000 per­sonnes ont perdu leur emploi ; le taux de des­truc­tion d’emploi le plus élevé de toute l’Europe. Un triste record qui s’ajoute à la chute des reve­nus des ménages : 2 600 euros en moins par per­sonne entre 2008 et 2012, l’une des plus fortes chutes du conti­nent.

Le « tsu­nami » de la pau­vreté, qui ravage nos vies et notre futur, n’a rien de natu­rel. C’est ce qu’indiquent les chiffres. L’appauvrissement n’est pas le patri­moine d’un pays ou de cer­tains peuples, elle frappe, selon la doc­trine sacrée du capi­tal, une classe sociale déter­mi­née. Dans l’État espa­gnol, les 10 % les plus pauvres ont vu leurs reve­nus se réduire de 14 % par an entre 2007 et 2010. La moyenne d’appauvrissement de ce sec­teur en Europe se situe à hau­teur de 2 % par an. Pendant ce temps, selon l’OCDE, les reve­nus des 10 % les plus riches ont aug­menté de 1 %. L’État espa­gnol est devenu un pays où la brèche entre les pauvres et les riches est deve­nue encore plus impor­tante et elle le situe en tête des inéga­li­tés en Europe après la Lettonie.

Face à tant d’injustice, les rues devraient être en ébul­li­tion. Néanmoins, on nous ino­cule la peur, le scep­ti­cisme, l’apathie. Le nombre de sui­cides, qu’on veut sou­vent passer sous silence, aug­mente. Selon l’Institut de Statistiques, en 2012, les décès pour cause de lésions auto-infli­gées ont aug­menté de 11,3 % par rap­port à l’année anté­rieure, dépas­sant ainsi le chiffre le plus élevé de morts par sui­cides de 2004 et consti­tuant désor­mais la pre­mière cause externe de mor­ta­lité.

C’est pour tout cela que la récu­pé­ra­tion de la dignité, le « oui, nous pou­vons » pour lequel luttent ces gens si indis­pen­sables des Marches de la Dignité et tant d’autres, est tel­le­ment impor­tante. Révolte ou rési­gna­tion ; mort ou vie : telle est la ques­tion.

Les mar­cheurs qui arrivent à Madrid de tout l’État espa­gnol et, aussi, de l’étranger, sont le meilleur exemple du fait que face à tant de bar­ba­rie il ne reste pas d’autre choix que de se serrer les coudes et de lutter. Ce n’est qu’ainsi que nous aurons la pos­si­bi­lité de gagner.

Traduction de Ataulfo Riera

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