L’ONU annonce une crise alimentaire mondiale pour 2013

Par Mis en ligne le 28 juillet 2014
© C. Magdelaine / notre-planete.info

© C. Magdelaine / notre​-pla​nete​.info

L’ONU met en garde la com­mu­nauté inter­na­tio­nale contre l’imminence d’une crise ali­men­taire glo­bale pour l’an pro­chain qui com­mence dans… un mois ! The Guardian est le pre­mier quo­ti­dien bri­tan­nique à divul­guer l’atterrante nou­velle. Cette famine sera induite par un indice incon­tour­nable, celui des réserves mon­diales de céréales qui ont atteint des niveaux de pro­duc­tion dan­ge­reu­se­ment bas.

Une crise dans la crise, la famine pour cer­tains, la déroute pour d’autres, la spé­cu­la­tion pour quelques-uns : c’est bien le début de la vie invi­vable qui sera celle d’une huma­nité trop nom­breuse sur une pla­nète exsangue et sou­mise au chaos cli­ma­tique. 2050 : il y aura plus à souf­frir qu’à choi­sir.

La séche­resse qui a sévi cet été aux États-Unis – la pire depuis plus d’un demi-siècle – n’est pas étran­gère à la menace de pro­chaines res­tric­tions ali­men­taires, les­quelles feront les choux gras des maîtres chan­teurs de la finance en matière d’opportunisme et de spé­cu­la­tion. Cette séche­resse nord-amé­ri­caine et le grave défi­cit en pluies qui a touché la Russie et toute la région de la mer Noire ont déjà favo­risé un embal­le­ment des cours du maïs et du soja. Cette hausse des den­rées ali­men­taires de pre­mière néces­sité engen­drera très pro­ba­ble­ment des troubles et des conflits armés dans plu­sieurs contrées du monde, celles les plus sen­sibles en matière de sou­ve­rai­neté ali­men­taire, aver­tit encore l’ONU.

« Les réserves mon­diales de céréales sont si dan­ge­reu­se­ment basses que les phé­no­mènes météo­ro­lo­giques les plus extrêmes des États-Unis ou d’autres pays expor­ta­teurs d’aliments pour­raient déclen­cher une crise ali­men­taire majeure au cours de l’année pro­chaine ». Ce niveau n’avait jamais été aussi bas depuis 1974, a indi­qué Abdolreza Abbassian, éco­no­miste senior de la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

« Nous avons moins pro­duit que ce que nous consom­mons. C’est pour­quoi les stocks sont en cours dimi­nuent ». « Les appro­vi­sion­ne­ments et les réserves à tra­vers le monde sont à un niveau très bas, ce qui ne lais­sera aucune place pour les impré­vus l’année pro­chaine », a déclaré encore Abdolreza Abbassian. Par ailleurs, la FAO aver­tit qu’en 2012, plus de 870 mil­lions de per­sonnes ont souf­fert de la faim dans le Monde. Au Moyen-Orient et en Afrique, la crise ali­men­taire s’est déjà aggra­vée consi­dé­ra­ble­ment.

Selon l’avis éclairé de Lester Brown, pré­sident du Earth Policy Institute : « On ne peut plus se fier au climat et la demande en nour­ri­ture croît tel­le­ment vite que la rup­ture est inévi­table, à moins que des mesures urgentes ne soient prises immé­dia­te­ment » ; « Les pénu­ries ali­men­taires ont détruit des civi­li­sa­tions anté­rieures. Nous sommes sur la même voie. Chaque pays devra main­te­nant se débrouiller par lui-même. Le monde vit chaque année comme s’il s’agissait de la der­nière », écrit Lester Brown dans son nou­veau livre Full Planet, Empty Plates : The New Geopolitics of Food Scarcity.

Encore une fois et sur un taux plus pro­noncé, le monde a vécu à crédit comme si la pla­nète était rechar­geable et comme si nous pou­vions sur­ex­ploi­ter les res­sources sur un taux usu­raire. En effet et pour la sixième fois en onze ans, le monde a encore consommé plus d’aliments qu’il n’en a pro­duit, prin­ci­pa­le­ment en raison des condi­tions météo­ro­lo­giques extrêmes qui ont sévi dans les grands pays expor­ta­teurs d’aliments. Oxfam a déclaré la semaine der­nière que les prix des den­rées de base, notam­ment le blé et le maïs, pour­raient dou­bler dans les vingt pro­chaines années, entrai­nant des consé­quences désas­treuses pour les popu­la­tions sur­nu­mé­raires et dému­nies qui consacrent la part la plus impor­tante de leurs reve­nus au budget ali­men­taire.

« Nous entrons dans une nou­velle ère de hausse conti­nue des prix ali­men­taires et la faim dans le monde va se pro­pa­ger ». « La géo­po­li­tique de la nour­ri­ture éclipse main­te­nant la géo­po­li­tique du pétrole », explique encore Brown qui conclut de la sorte : « Les menaces les plus urgentes de ce siècle sont le chan­ge­ment cli­ma­tique, la crois­sance démo­gra­phique, la pénu­rie d’eau et la hausse des prix des ali­ments ».

Selon Jean Ziegler, vice-pré­sident du Comité des droits de l’Homme des Nations unies, tel est le ter­rible por­trait de la faim dans le monde : un enfant meurt de faim toutes les cinq secondes ; ce sont au total 57 000 per­sonnes qui meurent de sous-ali­men­ta­tion chaque jour ; il y a aujourd’hui un mil­liard d’êtres humains qui souffrent de ce mal ; sur les 70 mil­lions de per­sonnes qui meurent chaque année, 28 mil­lions, soit près de la moitié, décèdent de la faim ou de ses com­pli­ca­tions ; le conti­nent asia­tique est le plus concerné en terme de quan­tité : 650 mil­lions de per­sonnes sont tou­chées par la faim ; en Inde, 450 mil­lions d’habitants sont gra­ve­ment sous-ali­men­tés sur 1,3 mil­liard d’habitants ; en termes de pro­por­tion à la popu­la­tion, c’est l’Afrique qui est le plus atteint par ce mal avec 37,2 % de la popu­la­tion conti­nen­tale.

Cette situa­tion s’explique par le sys­tème capi­ta­liste qui régit le monde. La spé­cu­la­tion sur les pro­duits de bases (riz, blé et maïs) dans les bourses agri­coles fait grim­per leurs prix, jusqu’à 61 % pour le maïs et 93 % pour le riz. Au final, les spé­cu­la­teurs font des pro­fits astro­no­miques et les plus dému­nis ne peuvent plus se pro­cu­rer ces pro­duits, deve­nus trop oné­reux.

Pour limi­ter les dégâts et jouer les pro­lon­ga­tions d’une huma­nité déjà vic­time de sa sur­po­pu­la­tion, il fau­drait mettre un terme au dum­ping agri­cole, abolir la dette exté­rieure et inter­dire la spé­cu­la­tion sur les pro­duits de base.

Tout au contraire et depuis ces der­niers temps, des firmes trans­na­tio­nales inves­tissent dans les pays les plus pauvres en pri­vant les pay­sans des terres fer­tiles qui sont celles de l’agriculture vivrière, donc d’une cer­taine indé­pen­dance ali­men­taire fami­liale.

Au vu de ce qui nous attend, il n’est pas exa­géré de penser que la meilleure façon d’aimer les enfants est désor­mais de ne plus en faire.

notre​-pla​nete​.info, 15 novembre 2012

Les commentaires sont fermés.