Lors de son pro­chain conseil géné­ral samedi pro­chain à Trois-Rivières, l’ADQ dis­cu­tera de pro­po­si­tions « afin d’interdire que nos coti­sa­tions syn­di­cales financent diverses causes idéo­lo­giques ou sociales qui n’ont aucun lien avec la repré­sen­ta­tion des tra­vailleurs ». S’appuyant sur l’exemple aus­tra­lien et de plu­sieurs états amé­ri­cains et citant la Cour euro­péenne des droits de l’homme, le cahier de réso­lu­tion de l’ADQ pré­cise :

Or, les tra­vailleurs devraient avoir le droit de dis­po­ser eux-mêmes de cet argent et choi­sir eux- mêmes les causes et partis poli­tiques qu’ils sou­haitent appuyer plutôt que de finan­cer celles choi­sies par leurs repré­sen­tants syn­di­caux. Malgré cela, le Code du tra­vail n’établit pas de dis­tinc­tion selon la fina­lité des coti­sa­tions syn­di­cales et oblige un employé à finan­cer toutes les ini­tia­tives de son syn­di­cat. Cette situa­tion est par­ti­cu­lière au Canada

En consé­quence, la pro­po­si­tion de l’ADQ se lit comme suit :

Un gou­ver­ne­ment de l’Action démo­cra­tique du Québec pro­tè­gera les droits et liber­tés des tra­vailleurs syn­di­qués en limi­tant leur obli­ga­tion de paie­ment de la coti­sa­tion syn­di­cale aux strictes acti­vi­tés de repré­sen­ta­tion en matière de rela­tions de tra­vail. Ainsi, les cam­pagnes syn­di­cales à carac­tère poli­tique ou idéo­lo­gique seront désor­mais finan­cées par des contri­bu­tions volon­taires des syn­di­qués plutôt que d’être cou­vertes par la for­mule Rand.

Évidemment, cette attaque à notre liberté d’expression poli­tique s’accompagne d’une autre pro­po­si­tion pour cette fois alour­dir consi­dé­ra­ble­ment l’exercice de notre droit à la syn­di­ca­li­sa­tion (liberté d’association) et celui de négo­cier nos conven­tions col­lec­tives (liberté de négo­cia­tions). Après avoir expli­qué que la signa­ture des cartes d’adhésion syn­di­cales est un pro­ces­sus émi­nem­ment conflic­tuel, l’ADQ explique :

Les orga­ni­sa­teurs syn­di­caux qui pro­posent la repré­sen­ta­tion syn­di­cale peuvent aller aux domi­ciles des tra­vailleurs ou les abor­der dans le sta­tion­ne­ment de l’entreprise ou autres endroits publics afin de les convaincre de signer des cartes. Si un tra­vailleur décide de ne pas signer une carte de membre, il n’y a rien qui empêche les orga­ni­sa­teurs syn­di­caux de sol­li­ci­ter à nou­veau l’employé réfrac­taire. De toute évi­dence, le pro­ces­sus de signa­ture de cartes peut sou­mettre l’employé à des pres­sions directes du syn­di­cat ou de col­lègues de tra­vail.

Pour mettre fin à cette situa­tion et pour pro­po­ser de mieux bali­ser le pro­ces­sus de négo­cia­tion, l’ADQ pro­pose d’ouvrir le code du tra­vail :

Pour deman­der un scru­tin secret pour toutes demandes d’accréditation, même celles dont le nombre de cartes signées sur­passe la moitié des membres, pour impo­ser, à l’intérieur de cha­cune des périodes pré­vues pour l’accréditation, un vote secret sur le main­tien ou non de l’accréditation, pour impo­ser que tout vote en lien direct avec une négo­cia­tion col­lec­tive en cours ou à venir soit pris au scru­tin secret et pour cla­ri­fier les condi­tions et le moment pour un membre de deman­der la révo­ca­tion de son adhé­sion syn­di­cale.

Ces idées, anti­syn­di­cales, qui seront sou­mises aux dis­cus­sions des délé­gués de l’ADQ ne tombent pas du ciel mais sont pro­duites et relayées par tout un réseau dont on com­mence à mesu­rer l’influence. Du côté des think-tanks idéo­lo­giques citons les plus connus comme l’institut éco­no­mique de Montréal et CIRANO (qui sou­vent ne sont que l’écho de grands thinks tanks amé­ri­cains ou cana­diens comme le Fraser ins­ti­tute).

Sur le plan des relais média­tiques, les caisses de réson­nance quo­ti­dienne, ce n’est pas le choix qui manque, chacun avec leurs nuances et leurs lubies par­ti­cu­lières citons les Martineau, Duhaime, Facal, Bock-Coté, Elgraby, Kelly-Gagnon, Dumont, et com­bien d’autres, Piché, Gagnon sans parler des Jeff Filion et autres déma­gogues de foire qui se relaient de micro en pla­teau de télé pour pour­fendre ce Québec para­lysé par le cor­po­ra­tisme de ses puis­sants syn­di­cats.

Ce constat nous amène à une pre­mière dis­tinc­tion au sein des droites. La pre­mière, struc­tu­rée en parti poli­tique (Conservateur, ADQ, etc) aspire à gou­ver­ner et doit faire les com­pro­mis néces­saires dans un contexte où elle reste poli­ti­que­ment très mino­ri­taire, comme le cas des conser­va­teurs fédé­raux au Québec ou de l’ADQ.

La seconde droite, appe­lons-la extra­par­le­men­taire, for­te­ment idéo­lo­gique et popu­liste pré­sente sou­vent une rhé­to­rique beau­coup plus dure : sa fonc­tion étant de pré­pa­rer les esprits par un inces­sant mar­tè­le­ment autour des grands thèmes de la droite beau­coup plus néo­li­bé­rale que néo­con­ser­va­trice : anti­éta­tisme, libé­ra­lisme éco­no­mique défi­nit de façon pri­maire, anti­syn­di­ca­lisme. La socio­lo­gie pré­cise de cette droite appe­lons-là « dure » et très « vocale » comme on dit en anglais, reste à pré­ci­ser. Pour l’instant, conten­tons-nous d’une hypo­thèse : cette droite prend racine, à la faveur de la crise, à ces sec­teurs des classes moyennes et des classe popu­laires, du sec­teur privé, rela­ti­ve­ment jeune et non syn­di­qué qui voient dans l’État non pas un ascen­seur social pour eux-mêmes et la géné­ra­tion future (comme ce fut le cas pour cer­tains baby-boo­mers), mais comme un coû­teux frein à leur ascen­sion sociale vers le haut en raison notam­ment de la lour­deur des pré­lè­ve­ments fis­caux. Dans cette pers­pec­tive, même dans des sec­teurs clés comme la santé et l’éducation, les lour­deurs et les ratés du sys­tème com­mandent un seul remède : l’ouverture à la pri­va­ti­sa­tion quand ce n’est pas la pri­va­ti­sa­tion tout court.

Le meilleur exemple de ce type de groupe de pres­sion idéo­lo­gique est le Réseau liberté Québec qui s’amuse sou­vent, divi­sion du tra­vail oblige, à cri­ti­quer la mol­lesse de l’ADQ, mais lui sert sans doute de réser­voir à idées et peut-être de viviers de recru­te­ment. Le RLQ qui ne devien­dra pas un parti poli­tique est un aiguillon et un chien de garde des partis de droite gou­ver­ne­men­taux : tels les conser­va­teurs et l’ADQ et dans une moindre mesure le PLQ. C’est le cas du nou­veau réseau Sun News qui mène cam­pagne pour la pri­va­ti­sa­tion de Radio- Canada et pour la fin du ver­se­ment de fonds publics aux partis poli­tiques fédé­raux.

Lors de son second ras­sem­ble­ment tenu à Montréal en avril der­nier, auquel par­ti­ci­pait 450 per­sonnes (des gars à 80% !), il n’est pas anodin de consta­ter que le prin­ci­pal dis­cours, l’allocution de clô­ture, a été fait par Éric Duhaime avec pour thème, le pou­voir syn­di­cal. C’est bien par ce que l’antisyndicalisme est l’axe commun à toutes les droites.

Le pou­voir syn­di­cal au Québec

Dans une pré­sen­ta­tion inti­tu­lée « Libérez-nous des syn­di­cats», Éric Duhaime ana­lyse une des prin­ci­pales pierres d’assise du modèle qué­bé­cois :

Aucun chan­ge­ment majeur ne pourra avoir lieu au Québec tant et aussi long­temps que plus de 40% des tra­vailleurs financent, contre leur gré, des orga­ni­sa­tions syn­di­cales ultra-poli­tiques à hau­teur de 830 mil­lions$ annuel­le­ment», selon Duhaime. Ces forces du statu quo dés­équi­librent actuel­le­ment tous nos débats de société. Il faut d’abord revoir nos lois du tra­vail pour libé­rer les tra­vailleurs et les contri­buables de ce cor­po­ra­tisme d’une autre époque.

La cita­tion est très impor­tante car elle illustre non seule­ment cette divi­sion du tra­vail entre l’ADQ et son aile mou­ve­men­tiste, le RLQ, mais elle contient en concen­tré le cœur même de la thèse cen­trale de cette droite. Triste et pauvre héri­tier de la Révolution tran­quille, le modèle qué­bé­cois, tout en État, repose sur l’omniprésence et la toute puis­sance du syn­di­ca­lisme. Ce fort taux de syn­di­ca­li­sa­tion, selon les cri­tères nord-amé­ri­cains, est un archaïsme et freine la liberté d’entreprendre au Québec et fait de nous des contri­buables trop lour­de­ment sol­li­ci­tés.

Plus, on ques­tionne la légi­ti­mité des syn­di­cats puisque c’est contre le gré des tra­vailleurs qu’on finance ces orga­ni­sa­tions ultra-poli­tiques. Enfin, thème récur­rent de la droite : le syn­di­ca­lisme qué­bé­cois serait trop puis­sant en raison quel­que­fois de cette fameuse clique du pla­teau qui domi­ne­rait les média mais sur­tout en raison du code du tra­vail auquel il faut de toute urgence s’attaquer. Clique du pla­teau est le nom de code pour dési­gner les esprits cri­tiques face à cette montée en puis­sance de la droite dure dans les média.

Monsieur Legault

C’est à Monsieur Legault et à sa nou­velle famille poli­tique, de type mou­ve­men­tiste pour l’instant, que reviens l’honneur de s’attaquer à un autre fon­de­ment du syn­di­ca­lisme : la pro­tec­tion syn­di­cale contre l’arbitraire patro­nal, au moyen de la recon­nais­sance de l’ancienneté et la pro­tec­tion contre des mesures dis­ci­pli­naires injustes.

Au départ, un même constat que les autres cou­rants de droite déjà évo­qués : le Québec est dans une impasse. Et pour s’en sortir, il faut non seule­ment liqui­der le projet indé­pen­dan­tiste, à l’instar de l’ADQ, mais éga­le­ment remettre en cause, quoique de façon moins véhé­mente que l’ADQ, les grands fon­de­ments de l’État qué­bé­cois moderne.

Dans le texte fon­da­teur de cette Coalition pour l’Avenir du Québec, on peut lire très clai­re­ment une nette orien­ta­tion néo­li­bé­rale quoique le mar­ke­ting poli­tique de M. Legault soit beau­coup plus étudié et cali­bré que celui de M. Duhaime ou de M. Deltell. On y sent non seule­ment l’habitude mais le goût du pou­voir.

L’État qué­bé­cois doit aussi éta­blir un climat réso­lu­ment favo­rable aux inves­tis­se­ments privés, en par­ti­cu­lier pour ceux liés à l’innovation et à la créa­ti­vité. Pour y arri­ver, il faudra revoir les manières d’imposer les entre­prises et les indi­vi­dus de façon à encou­ra­ger le tra­vail, l’investissement, la pro­duc­ti­vité et l’épargne. Il faudra aussi favo­ri­ser l’entrepreneuriat local et la com­mer­cia­li­sa­tion de nos pro­duits vers de nou­veaux mar­chés.

Legault ne pro­pose pas, du moins très clai­re­ment, d’arracher des pages entières du code du tra­vail mais que veut-il dire lorsqu’il parle de climat réso­lu­ment favo­rable aux inves­tis­seurs ? On a déjà vu le film et nous connais­sons bien ce lan­gage codé du patro­nat qui habi­tuel­le­ment signi­fie davan­tage de flexi­bi­lité dans les lois du tra­vail, de l’environnement et bien sur des conven­tions col­lec­tives.

La façon dont il annonce les cou­leurs en édu­ca­tion est sans équi­voque : il se fait le chantre d’une hausse sub­stan­tielle des frais de sco­la­rité, l’une des mesures anti­so­ciales pré­fé­rées des droites qué­bé­coises, véri­tables icônes idéo­lo­giques de la contre révo­lu­tion tran­quille. Mais aussi il attaque de plein fouet le prin­cipe d’ancienneté et de sécu­rité d’emploi des ensei­gnants qui consti­tuent la colonne ver­té­brale de nos conven­tions col­lec­tives.

Le rai­son­ne­ment impli­cite est très simple : on sup­pose un lien direct, de cau­sa­lité entre le décro­chage sco­laire et la per­for­mance pro­fes­sion­nelle des ensei­gnants et on en déduit l’existence d’un nou­veau type d’obligation pour les ensei­gnants : une obli­ga­tion de résul­tat.

Depuis tou­jours, à l’instar des pro­fes­sions de la santé, le métier d’enseignant repose sur l’obligation de prendre tous les moyens à notre dis­po­si­tion pour trans­for­mer effi­ca­ce­ment l’information en connais­sances et faci­li­ter les condi­tions d’apprentissage des élèves ou des étu­diants-es. Mais leur réus­site ne peut être un cri­tère ser­vant à mesu­rer notre com­pé­tence de la même façon qu’un pro­fes­sion­nel de la santé doit déployer tous les moyens à sa dis­po­si­tion pour faci­li­ter la gué­ri­son mais ne peut être tenu res­pon­sable si l’état du patient se dété­riore. Cette dis­tinc­tion, pour­tant élé­men­taire entre obli­ga­tion de moyens et obli­ga­tion de résul­tats, dis­pa­rait dans l’univers idéo­lo­gique de M. Legault et il conclut que la réus­site des élèves sera un des fac­teurs ser­vant à éva­luer, donc sanc­tion­ner les ensei­gnants. Lesquels ver­ront d’ailleurs leur rému­né­ra­tion ajus­tée non plus en fonc­tion des cri­tères struc­tu­rant nos conven­tions col­lec­tives (diplô­ma­tion et ancien­neté). Un nou­veau para­mètre, arbi­traire, vien­dra s’ajouter en fonc­tion du bon vou­loir des direc­tions locales.

Personnellement je ne serais pas étonné si dans la foulée de cette remise en ques­tion se pro­file à nou­veau ce débat qu’on a cru trop rapi­de­ment enterré : celui sur la soi disant néces­sité d’une cor­po­ra­tion pro­fes­sion­nelle pour les ensei­gnants.

En pré­pa­ra­tion des pro­chaines élec­tions, le projet de M. Legault est de s’entendre sous une forme ou une autre avec l’ADQ dont il par­tage sans doute beau­coup de chose quoique de manière dif­fé­rente. Je doute per­son­nel­le­ment qu’il y ait de la place pour les deux for­ma­tions poli­tiques même en consi­dé­rant l’ampleur de la décon­fi­ture appré­hen­dée du PLQ.

Typologie des droites au Québec

En ter­mi­nant, afin d’animer le débat avec l’assemblée, il me semble indi­qué de for­mu­ler très som­mai­re­ment une hypo­thèse de clas­si­fi­ca­tion des droites au Québec et au Canada qui va au-delà de la simple dif­fé­ren­cia­tion entre les fonc­tions : gou­ver­ne­men­tales et extra-gou­ver­ne­men­tales (idéo­lo­giques).

L’exercice est peut-être impor­tant non seule­ment à la lumière des der­nières élec­tions fédé­rales mais éga­le­ment de la montée des droites dures aux États-Unis, en Europe de l’ouest et en Europe du nord où sou­vent, dans ces der­niers cas, des enjeux xéno­phobes se pro­filent.

Tout en haut du totem de la tribu des droites, on retrouve le Parti conser­va­teur du Canada, der­nière mou­ture d’un gou­ver­ne­ment désor­mais majo­ri­taire, issu ne l’oublions jamais, d’un pro­ces­sus de fusion avec la droite dure du Reform Party for­te­ment influen­cée par la rhé­to­rique de la droite amé­ri­caine. C’est une droite sans com­plexe, à la fois for­te­ment néo­li­bé­rale mais aussi aux accents néo­con­ser­va­teurs qui n’a qu’une parenté somme toute assez loin­taine avec le parti de Brian Mulroney sauf son carac­tère fer­me­ment proa­mé­ri­cain et conti­nen­ta­liste. Parti des grandes entre­prises, elle recons­ti­tue l’axe de domi­na­tion de Toronto à Calgary.

Ouvertement mili­ta­riste, aux ordres de l’empire au niveau inter­na­tio­nal, sou­vent très proche des posi­tions israé­liennes. Le projet his­to­rique, celui de M. Harper, est de trans­for­mer les aspects les plus inter­ven­tion­nistes de l’État cana­dien, héri­tage des libé­raux des années 60-70, notam­ment au cha­pitre des poli­tiques sociales, de l’environnement, de la fis­ca­lité et pour­quoi pas du droit du tra­vail. La négo­cia­tion des pos­tiers ser­vira de test et nous ver­rons rapi­de­ment com­ment ce parti inau­gu­rera son nou­veau règne sans doute une ver­sion cana­dienne des actes fon­da­teurs des régimes Reagan et Thatcher : mettre les syn­di­cats com­ba­tifs au pas.

Sur le plan idéo­lo­gique, les liens de ce parti avec les cou­rants reli­gieux de droite doivent nous inci­ter à une vigi­lance de tous les ins­tants au cha­pitre des droits des femmes. Sans parler des enjeux clas­siques de la droite morale amé­ri­caine, refor­ma­tée à la cana­dienne : morale sexuelle homo­phobe, confor­misme social et cultu­rel, vision law and order de la sécu­rité publique, voir même la ver­sion cana­dienne de l’éternel débat amé­ri­cain sur le deuxième amen­de­ment autour des armes à feu. (registre)

La bonne nou­velle aux élec­tions de 2008 et de 2011, autour de 80 % du peuple qué­bé­cois a rejeté ce projet poli­tique et ces valeurs. Nous sommes col­lec­ti­ve­ment entrés en résis­tance, ça c’est la bonne nou­velle. Quoiqu’en ordre dis­persé, c’est la moins bonne nou­velle. Mais tout de même : deux partis à gauche du centre se par­tagent les deux tiers des votes.

À cette droite, à la fois clas­sique et renou­ve­lée incarné par le Parti conser­va­teur et à sa façon par l’ADQ, sans tou­te­fois la même emphase sur les dimen­sions morales, on retrouve d’autres cou­rants beau­coup plus idéo­lo­giques qu’institutionnels, du moins pour le moment.

Dans un son­dage interne au RLQ, tenu en octobre 2010, on demande aux par­ti­ci­pants de ce réseau de se défi­nir en rela­tion avec quatre cou­rants iden­ti­fiés par Joseph Facal comme autant de com­po­santes de la droite.

Le résul­tat est le sui­vant :

  • Libertarien : 28%
  • Conservateur fiscal : 27%
  • Centre-droite : 21%
  • Nationaliste de droite : 10%
  • Conservateur moral/​social : 7%
  • Libéral clas­sique : 7%

Sur le plan poli­tique pra­tique, en dépit de quelques nuances, on peut fusion­ner faci­le­ment les caté­go­ries « conser­va­teurs fiscal », « centre droit » et « libé­ral clas­sique » dans une grande caté­go­rie poli­tique où l’antiétatisme sys­té­ma­tique serait l’élément domi­nant. Ce cou­rant, le plus impor­tant, se retrouve autant au sein des conser­va­teurs que des libé­raux du Québec, que dans l’ADQ et mar­tèle quo­ti­dien­ne­ment l’urgence de sou­la­ger le far­deau fiscal des classes moyennes écra­sées par l’ampleur des pré­lè­ve­ments. Il dénonce le sec­teur public inca­pable de pré­voir et satis­faire les besoins sociaux et mise sur les forces du marché pour libé­rer la société.

À la droite de ce cou­rant, on retrouve les liber­ta­riens, second en impor­tance, dont le mantra le plus impor­tant est cette phrase de Mme Thatcher : THERE IS NO SUCH THING AS A SOCIETY.

Au Québec, l’icône de ce cou­rant est Maxime Bernier qui va jusqu’à expli­quer que la Loi 101 est une atteinte aux droits indi­vi­duels ou encore à des porte-paroles comme Éric Duhaime. L’un des traits domi­nants de son dis­cours est l’individualisme sys­té­ma­tique jugé comme pre­mier et unique déten­teur de la sou­ve­rai­neté. Le rôle de l’État, dans cette pers­pec­tive, est réduit à ses fonc­tions répres­sives afin de pro­té­ger la pro­priété et des punir les délin­quants en les empri­son­nant dans des pri­sons, pri­va­ti­sées de pré­fé­rence.

Le cou­rant conservateur/​moral semble très faible et privé de figure de proue depuis le départ fort peu regretté de Mgr Ouellet. Défense de la famille tra­di­tion­nelle avec la figure pater­nelle, hos­tile aux reven­di­ca­tions des femmes, ce cou­rant se recon­naît sou­vent dans l’homophobie. Ce cou­rant pos­tule à une inéga­lité fon­da­men­tale entre les humains et conclu au carac­tère natu­rel des rap­ports d’autorité aux­quels il faut se sou­mettre. Le pou­voir, de Dieu, du patron, de l’autorité consti­tuée, de l’homme, relève d’un ordre natu­rel.

Enfin, les natio­na­listes de droite dis­posent d’une cer­taine influence sur le plan du dis­cours et du rayon­ne­ment média­tique avec ses icônes comme M. Bock-Coté ou M. Jacques Brassard chro­ni­queur dans un quo­ti­dien. Ces natio­na­listes aiment jouer de la nos­tal­gie iden­ti­taire cana­dienne-fran­çaise et déplorent que le PQ et le Bloc Québécois sont beau­coup trop à gauche. M. Facal à l’occasion, ainsi que M. Martineau ne sont pas très loin de ce cou­rant. Cette frange pour­rait peut-être évo­luer vers une cer­taine xéno­pho­bie.

Conclusion

Ces dif­fé­rentes sen­si­bi­li­tés au sein de la droite s’opposent sou­vent. Mais au-delà de ces ten­sions et de ces impor­tantes nuances, il existe bel et bien UNE DROITE sur le plan des atti­tudes, des com­por­te­ments et des opi­nions. Cette droite repose sur de nom­breuses valeurs com­munes, d’origine libé­rale ou conser­va­trice. Mais au cœur de ces valeurs com­munes il y en une qui res­sort for­te­ment et c’est l’antisyndicalisme. Quel fut le pre­mier geste de M. Reagan, inau­gu­rant l’ère du néo­li­bé­ra­lisme à l’américaine ? Casser un syn­di­cat. Quel fut le pre­mier geste de Mme Thatcher ? La même chose. La dimen­sion sym­bo­lique et poli­tique d’exemplarité est indis­cu­table : c’est ainsi qu’on fait les choses désor­mais.

Depuis l’aube du syn­di­ca­lisme, ici comme ailleurs, notre projet social a été com­battu par toutes les droites, cha­cune à sa façon au gré, des ins­ti­tu­tions, des partis poli­tiques et sur­tout des rap­ports de forces. Lorsque nous sommes forts, ils cherchent à nous inté­grer, comme nous domes­ti­quer, lorsque nous sommes faibles ils cherchent à nous isoler voir à nous écra­ser. Mais tou­jours ils nous com­bat­tront parce que nos valeurs fon­da­men­tales, notre projet social, et nos pra­tiques quo­ti­diennes ques­tionnent leur ordre établi : celui des diri­geants, des domi­nants et des pos­sé­dants.

C’est pour­quoi, ici comme ailleurs, la façon la plus utile de les com­battre, de com­battre la droite poli­tique est et res­tera de construire la gauche poli­tique et ce, dans toutes les sphères de la pensée et de l’action. Y com­pris au niveau de l’exercice du pou­voir poli­tique. Rien de ce qui est humain ne doit nous rester étran­ger pour citer un auteur célèbre et nous devons refu­ser cette idée qu’il existe a priori des thèmes et des sec­teurs d’activités où la droite assume natu­rel­le­ment son lea­der­ship : tels l’immigration, la sécu­rité publique ou la ges­tion des finances publiques.

De façon immé­diate, dans une pos­ture plus défen­sive, il serait inté­res­sant de mettre sur pied une cel­lule d’analyse et d’information sur la droite au Québec, une sorte de vigile qui régu­liè­re­ment nous infor­me­rait sur l’évolution de ces réseaux et ses liens avec les média.

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