L’élection municipale locale et la solidarité alimentaire

Par Mis en ligne le 24 octobre 2013

Nous invi­tons les membres de la Table de concer­ta­tion sur la faim et le déve­lop­pe­ment social du Montréal métro­po­li­tain à inter­pel­ler les can­di­dats de leur cir­cons­crip­tion qui briguent les suf­frages le 3 novembre à prendre posi­tion sur six enjeux prio­ri­taires de soli­da­rité ali­men­taire tirées de notre mémoire : « Pour un sys­tème ali­men­taire durable et équi­table de la col­lec­ti­vité mont­réa­laise ».

Déjà, lundi le 21 octobre, les repré­sen­tantes de trois partis se sont enga­gés par écrit posi­ti­ve­ment pour leur parti res­pec­tif sur ces enjeux. On parle ici de Mme Lorraine Pagé, de l’Équipe Mélanie Joly, Mme Véronique Fournier, de Vision Montréal et Mme Emilie Thuillier, de Projet Montréal. Quant à l’Équipe Coderre, ils ont indi­qué leur inten­tion de le faire bien­tôt.

1) Le droit à une saine alimentation pour tous

Question 1

En ce mardi 15 octobre nous pro­po­sons de dis­cu­ter du « Droit à une saine ali­men­ta­tion pour tous ». Nous lan­çons donc la pre­mière ques­tion : À l’instar des gou­ver­ne­ments fédé­ral et pro­vin­cial qui ont reconnu ce droit dans divers trai­tés inter­na­tio­naux, votre parti recon­nait-il le « Droit à une ali­men­ta­tion saine pour tous ».

Réponse de la Table sur la faim

À la Table, nous situons d’emblée la sécu­rité ali­men­taire dans la pers­pec­tive du droit à l’alimentation. Ce droit uni­ver­sel a déjà été reconnu dans des trai­tés inter­na­tio­naux par nos gou­ver­ne­ments. Il tarde cepen­dant à s’appliquer ici par un enga­ge­ment gou­ver­ne­men­tal créant les condi­tions concrètes sui­vantes pour qu’il puisse s’exercer : la capa­cité d’achat, une nour­ri­ture de qua­lité et des com­pé­tences culi­naires ;

Le droit à l’alimentation n’est pas celui d’être nourri, mais celui d’avoir les reve­nus suf­fi­sants pour s’alimenter soi-même et nour­rir sa famille sans être infan­ti­lisé et en toute dignité.

  • Il se tra­duit donc en condi­tions concrètes et revêt une dimen­sion éco­no­mique qui reste à débattre (le seuil et le mon­tant que l’on estime accep­table ?).
  • une nour­ri­ture de qua­lité : une nour­ri­ture fraîche aux valeurs nutri­tives recon­nues.
  • des com­pé­tences culi­naires : acqui­si­tion des savoirs qui favo­rise le droit à s’alimenter soi-même.

Si les gens ren­contrent ces trois condi­tions, la sécu­rité ali­men­taire devient réa­li­sable.

Adhérez-vous à ce prin­cipe de base ?

Le pouvoir d’achat pour tous

Question 2 :

Votre parti serait-il prêt à pres­ser gou­ver­ne­ment du Québec afin qu’il adopte les dif­fé­rentes mesures néces­saires à la cou­ver­ture des besoins essen­tiels de toute la popu­la­tion qué­bé­coise (aug­men­ta­tion des reve­nus d’aide sociale, hausse du salaire mini­mum, réforme des poli­tiques fis­cales)?

Réponse de la Table sur la faim

Au cœur de l’accès éco­no­mique à une saine ali­men­ta­tion se trouve le revenu des ménages. Or, à Montréal, 31% de ceux-ci ont un revenu se situant sous le seuil de faible revenu. Pour assu­rer le droit à une saine ali­men­ta­tion, il est donc urgent que la Ville de Montréal se joignent aux autres par­te­naires sociaux concer­nés pour exiger de Québec une hausse de la Sécurité du revenu à hau­teur du panier ali­men­taire de base et du Salaire mini­mum équi­valent à une sortie de pau­vreté. De plus, pour assu­rer cette répar­ti­tion de la richesse, il est utile que les poli­tiques fis­cales des paliers supé­rieurs gou­ver­ne­men­taux ajoutent comme aupa­ra­vant des paliers d’imposition pour les hauts reve­nus, comme le recom­mande le Fonds moné­taire inter­na­tio­nal.

L’accès éco­no­mique à une saine ali­men­ta­tion pour les éco­liers

Question 3 :

En cette Journée Mondiale du refus de la misère, nous sou­hai­tons connaitre votre posi­tion sur l’accès éco­no­mique à une saine ali­men­ta­tion pour les éco­liers.

Est-ce que votre parti s’engage à s’entendre avec le Gouvernement du Québec afin qu’il étende gra­duel­le­ment, et en fonc­tion des indices de défa­vo­ri­sa­tion, les mesures ali­men­taires en milieu sco­laire à toutes les écoles du sys­tème public avec une modu­la­tion du prix des repas selon le revenu fami­lial tel que recom­mandé par la CSDM ?

Réponse de la Table sur la faim

La Mesure ali­men­taire en milieu sco­laire offre actuel­le­ment des dîners nutri­tifs aux éco­liers des écoles dénom­brant le plus de familles pauvres. Une famille pauvre ne fré­quen­tant pas ces écoles dési­gnées n’y a donc pas droit. Pour cor­ri­ger cette injus­tice, nous pro­po­sons depuis 1991 l’universalisation pro­gres­sive de cette Mesure à toutes les écoles pri­maires avec modu­la­tion des prix des repas en fonc­tion du revenu fami­lial. La CSDM s’est pro­non­cée en faveur cde cette approche en pro­po­sant le déve­lop­pe­ment de can­tines sco­laires dans toutes les écoles. Nous consi­dé­rons impor­tant que la Ville de Montréal appuie cette démarche étant donné qu’elle touche au pre­mier chef une part impor­tante de sa popu­la­tion (31%).

L’accès phy­sique à une saine ali­men­ta­tion

Question 4 :

Parmi les pro­po­si­tions sui­vantes

  • sou­te­nir acti­ve­ment les ini­tia­tives com­mu­nau­taires d’autonomie ali­men­taire,
  • ins­tau­rer des mar­chés publics dans chaque arron­dis­se­ment,
  • ins­crire dans tout projet immo­bi­lier un accès de proxi­mité aux ali­ments sains,
  • abolir les règle­ments rédui­sant l’accès de proxi­mité aux ali­ments sains,
  • favo­ri­ser finan­ciè­re­ment l’agriculture urbaine

per­met­tant un meilleur accès phy­sique à une saine ali­men­ta­tion, les­quelles votre parti est-il prêt à appuyer et à défendre ?

Réponse de la Table sur la faim

La Table sur la faim et le déve­lop­pe­ment social de Montréal, à l’instar de la Direction de la santé publique de Montréal et d’autres grands acteurs sociaux concer­nés, sou­tient que l’accès phy­sique à une ali­men­ta­tion saine est déter­mi­nant pour amé­lio­rer la santé de la popu­la­tion mont­réa­laise, notam­ment les plus pauvres d’entre nous.

Les pro­po­si­tions concrètes que nous dépo­sons favo­risent cet accès de proxi­mité pour tous, notam­ment pour ceux qui, trop pauvres, ne béné­fi­cient pas d’un véhi­cule pour trans­por­ter leur épi­ce­rie.

  • sou­te­nir acti­ve­ment les ini­tia­tives com­mu­nau­taires d’autonomie ali­men­taire comme les groupes d’achats coopé­ra­tifs, les cui­sines col­lec­tives, les jar­dins col­lec­tifs,
  • ins­tau­rer des mar­chés publics per­ma­nents dans chaque arron­dis­se­ment pour rap­pro­cher les consom­ma­teurs des pro­duc­teurs de leurs ali­ments,
  • ins­crire dans tout projet immo­bi­lier un accès de proxi­mité aux ali­ments sains à dis­tance de marche de 500 mètres comme pré­co­nisé par la DSP,
  • abolir les règle­ments rédui­sant l’accès de proxi­mité aux ali­ments sains, comme le règle­ment de 1967 inter­di­sant la vente à la criée offerte par les agri­cul­teurs aupa­ra­vant dans nos ruelles
  • favo­ri­ser finan­ciè­re­ment l’agriculture urbaine par des exemp­tions fis­cales ou un sou­tien finan­cier

Votre parti adhère-t-il à cet effort pour amé­lio­rer l’environnement urbain et rete­nir les familles dans un milieu leur offrant de tels ser­vices de proxi­mité ?

La reprise de pou­voir citoyen sur notre ali­men­ta­tion

Question 5

Toutes les études scien­ti­fiques le démontrent, l’amélioration de la santé des citoyens passe par une meilleure ali­men­ta­tion. Parmi les fac­teurs favo­ri­sant celle-ci figure au pre­mier rang l’accès éco­no­mique aux ali­ments sains et l’apprentissage culi­naire et nutri­tion­nel pour savoir com­ment cui­si­ner ces ali­ments. Comment votre parti compte-t-il sou­te­nir les réseaux citoyens qui s’activent à reprendre du pou­voir sur leur ali­men­ta­tion ?

Réponse de la Table sur la faim

Les réseaux citoyens d’économie et d’entraide comme les groupes d’achats, les épi­ce­ries com­mu­nau­taires, les cui­sines col­lec­tives et les jar­dins col­lec­tifs per­mettent à plu­sieurs citoyens, notam­ment les plus pauvres d’entre nous, de reprendre du pou­voir sur leur ali­men­ta­tion et, par là, sur leur vie (empo­werment).

Cependant, pour répondre à la demande gran­dis­sante en cette époque de cherté ali­men­taire (30% d’augmentation des prix des ali­ments en 10 ans et 10% d’augmentation du revenu moyen durant la même période) et de perte du savoir culi­naire géné­ra­li­sée, ces réseaux ont besoin que les res­pon­sables du bien commun que sont nos élus les sou­tiennent dans leur mis­sion de ser­vices publics. Cela peut prendre la forme de sou­tiens finan­ciers accrus, d’ouverture des locaux des centres spor­tifs, de prêts de camions de la Ville le soir ou la fin de semaine pour le trans­port des ali­ments et d’agrandissement des espaces réser­vés à l’agriculture urbaine.

Votre parti est-il prêt à s’engager sur ces pro­po­si­tions une fois élu ?

L’accès amé­lioré au don ali­men­taire

Question 6

En situa­tion d’urgence, le don ali­men­taire repré­sente une réponse immé­diate et néces­saire à un pro­blème criant, la faim. Reflétant une valeur impor­tante de notre société : la com­pas­sion, il est lar­ge­ment média­tisé et appuyé par l’opinion publique. À l’heure actuelle, il n’est cepen­dant pas en mesure de répondre à toutes les situa­tions dra­ma­tiques sur notre ter­ri­toire, que ce soit pour des rai­sons géo­gra­phiques ou logis­tiques. Comment votre parti pré­voit-il amé­lio­rer cette situa­tion ?

Réponse de la Table sur la faim

Bien que le don ali­men­taire ne consti­tue pas une solu­tion à long terme aux pro­blèmes de la faim, il permet cepen­dant à court terme de ne pas lais­ser les gens à eux-mêmes aux prises avec des situa­tions dra­ma­tiques pour eux et leur famille.

Pour mieux répondre à ces situa­tions, il serait néces­saire que la Ville s’assure qu’il y ait dans tous les arron­dis­se­ments des points de dis­tri­bu­tion de don ali­men­taire de proxi­mité et qu’elle les sou­tienne dans leur mis­sion.

Dans un contexte de dimi­nu­tion de l’approvisionnement de ces den­rées, il serait éga­le­ment utile qu’elle prenne l’initiative de concer­ter les dif­fé­rents acteurs sociaux concer­nés afin de prendre les moyens pour maxi­mi­ser l’offre de dons ali­men­taires.

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