L’élection municipale locale et la solidarité alimentaire

Nous invitons les membres de la Table de concertation sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain à interpeller les candidats de leur circonscription qui briguent les suffrages le 3 novembre à prendre position sur six enjeux prioritaires de solidarité alimentaire tirées de notre mémoire : « Pour un système alimentaire durable et équitable de la collectivité montréalaise ».

Déjà, lundi le 21 octobre, les représentantes de trois partis se sont engagés par écrit positivement pour leur parti respectif sur ces enjeux. On parle ici de Mme Lorraine Pagé, de l’Équipe Mélanie Joly, Mme Véronique Fournier, de Vision Montréal et Mme Emilie Thuillier, de Projet Montréal. Quant à l’Équipe Coderre, ils ont indiqué leur intention de le faire bientôt.

1) Le droit à une saine alimentation pour tous

Question 1

En ce mardi 15 octobre nous proposons de discuter du «Droit à une saine alimentation pour tous ». Nous lançons donc la première question : À l’instar des gouvernements fédéral et provincial qui ont reconnu ce droit dans divers traités internationaux, votre parti reconnait-il le « Droit à une alimentation saine pour tous ».

Réponse de la Table sur la faim

À la Table, nous situons d’emblée la sécurité alimentaire dans la perspective du droit à l’alimentation. Ce droit universel a déjà été reconnu dans des traités internationaux par nos gouvernements.  Il tarde cependant à s’appliquer ici par un engagement gouvernemental créant les conditions concrètes suivantes pour qu’il puisse s’exercer : la capacité d’achat, une nourriture de qualité et des compétences culinaires;

Le droit à l’alimentation n’est pas celui d’être nourri, mais celui d’avoir les revenus suffisants pour s’alimenter soi-même et nourrir sa famille sans être infantilisé et en toute dignité.

  • Il se traduit donc en conditions concrètes et revêt une dimension économique qui reste à débattre (le seuil et le montant que l’on estime acceptable ?).
  • une nourriture de qualité : une nourriture fraîche aux valeurs nutritives reconnues.
  • des compétences culinaires : acquisition des savoirs qui favorise le droit à s’alimenter soi-même.

Si les gens rencontrent ces trois conditions, la sécurité alimentaire devient réalisable.

Adhérez-vous à ce principe de base ?

Le pouvoir d’achat pour tous

Question 2 :

Votre parti serait-il prêt à presser gouvernement du Québec afin qu’il adopte les différentes mesures nécessaires à la couverture des besoins essentiels de toute la population québécoise (augmentation des revenus d’aide sociale, hausse du salaire minimum, réforme des politiques fiscales)?

Réponse de la Table sur la faim

Au cœur de l’accès économique à une saine alimentation se trouve le revenu des ménages. Or, à Montréal, 31% de ceux-ci ont un revenu se situant sous le seuil de faible revenu. Pour assurer le droit à une saine alimentation, il est donc urgent que la Ville de Montréal se joignent aux autres partenaires sociaux concernés pour exiger de Québec une hausse de la Sécurité du revenu à hauteur du panier alimentaire de base et du Salaire minimum équivalent à une sortie de pauvreté. De plus, pour assurer cette répartition de la richesse, il est utile que les politiques fiscales des paliers supérieurs gouvernementaux ajoutent comme auparavant des paliers d’imposition pour les hauts revenus, comme le recommande le Fonds monétaire international.

L’accès économique à une saine alimentation pour les écoliers

Question 3 :

En cette Journée Mondiale du refus de la misère, nous souhaitons connaitre votre position sur l’accès économique à une saine alimentation pour les écoliers.

Est-ce que votre parti s’engage à s’entendre avec le Gouvernement du Québec afin qu’il étende graduellement, et en fonction des indices de défavorisation, les mesures alimentaires en milieu scolaire à toutes les écoles du système public avec une modulation du prix des repas selon le revenu familial tel que recommandé par la CSDM ?

Réponse de la Table sur la faim

La Mesure alimentaire en milieu scolaire offre actuellement des dîners nutritifs aux écoliers des écoles dénombrant le plus de familles pauvres. Une famille pauvre ne fréquentant pas ces écoles désignées n’y a donc pas droit. Pour corriger cette injustice, nous proposons depuis 1991 l’universalisation progressive de cette Mesure à toutes les écoles primaires avec modulation des prix des repas en fonction du revenu familial. La CSDM s’est prononcée en faveur cde cette approche en proposant le développement de cantines scolaires dans toutes les écoles. Nous considérons important que la Ville de Montréal appuie cette démarche étant donné qu’elle touche au premier chef une part importante de sa population (31%).

L’accès physique à une saine alimentation

Question 4 :

Parmi les propositions suivantes

  • soutenir activement les initiatives communautaires d’autonomie alimentaire,
  • instaurer des marchés publics dans chaque arrondissement,
  • inscrire dans tout projet immobilier un accès de proximité aux aliments sains,
  • abolir les règlements réduisant l’accès de proximité aux aliments sains,
  • favoriser financièrement l’agriculture urbaine

permettant un meilleur accès physique à une saine alimentation, lesquelles votre parti est-il prêt à appuyer et à défendre ?

Réponse de la Table sur la faim

La Table sur la faim et le développement social de Montréal, à l’instar de la Direction de la santé publique de Montréal et d’autres grands acteurs sociaux concernés, soutient que l’accès physique à une alimentation saine est déterminant pour améliorer la santé de la population montréalaise, notamment les plus pauvres d’entre nous.

Les propositions concrètes que nous déposons favorisent cet accès de proximité pour tous, notamment pour ceux qui, trop pauvres, ne bénéficient pas d’un véhicule pour transporter leur épicerie.

  • soutenir activement les initiatives communautaires d’autonomie alimentaire comme les groupes d’achats coopératifs, les cuisines collectives, les jardins collectifs,
  • instaurer des marchés publics permanents dans chaque arrondissement pour rapprocher les consommateurs des producteurs de leurs aliments,
  • inscrire dans tout projet immobilier un accès de proximité aux aliments sains à distance de marche de 500 mètres comme préconisé par la DSP,
  • abolir les règlements réduisant l’accès de proximité aux aliments sains, comme le règlement de 1967 interdisant la vente à la criée offerte par les agriculteurs auparavant dans nos ruelles
  • favoriser financièrement l’agriculture urbaine par des exemptions fiscales ou un soutien financier

Votre parti adhère-t-il à cet effort pour améliorer l’environnement urbain et retenir les familles dans un milieu leur offrant de tels services de proximité ?

La reprise de pouvoir citoyen sur notre alimentation

Question 5

Toutes les études scientifiques le démontrent, l’amélioration de la santé des citoyens passe par une meilleure alimentation. Parmi les facteurs favorisant celle-ci figure au premier rang l’accès économique aux aliments sains et l’apprentissage culinaire et nutritionnel pour savoir comment cuisiner ces aliments. Comment votre parti compte-t-il soutenir les réseaux citoyens qui s’activent à reprendre du pouvoir sur leur alimentation ?

Réponse de la Table sur la faim

Les réseaux citoyens d’économie et d’entraide comme les groupes d’achats, les épiceries communautaires, les cuisines collectives et les jardins collectifs permettent à plusieurs citoyens, notamment les plus pauvres d’entre nous, de reprendre du pouvoir sur leur alimentation et, par là, sur leur vie (empowerment).

Cependant, pour répondre à la demande grandissante en cette époque de cherté alimentaire (30% d’augmentation des prix des aliments en 10 ans et 10% d’augmentation du revenu moyen durant la même période) et de perte du savoir culinaire généralisée, ces réseaux ont besoin que les responsables du bien commun que sont nos élus les soutiennent dans leur mission de services publics. Cela peut prendre la forme de soutiens financiers accrus, d’ouverture des locaux des centres sportifs, de prêts de camions de la Ville le soir ou la fin de semaine pour le transport des aliments et d’agrandissement des espaces réservés à l’agriculture urbaine.

Votre parti est-il prêt à s’engager sur ces propositions une fois élu ?

L’accès amélioré au don alimentaire

Question 6

En situation d’urgence, le don alimentaire représente une réponse immédiate et nécessaire à un problème criant, la faim. Reflétant une valeur importante de notre société : la compassion, il est largement médiatisé et appuyé par l’opinion publique. À l’heure actuelle, il n’est cependant pas en mesure de répondre à toutes les situations dramatiques sur notre territoire, que ce soit pour des raisons géographiques ou logistiques. Comment votre parti prévoit-il améliorer cette situation ?

Réponse de la Table sur la faim

Bien que le don alimentaire ne constitue pas une solution à long terme aux problèmes de la faim, il permet cependant à court terme de ne pas laisser les gens à eux-mêmes aux prises avec des situations dramatiques pour eux et leur famille.

Pour mieux répondre à ces situations, il serait nécessaire que la Ville s’assure qu’il y ait dans tous les arrondissements des points de distribution de don alimentaire de proximité et qu’elle les soutienne dans leur mission.

Dans un contexte de diminution de l’approvisionnement de ces denrées, il serait également utile qu’elle prenne l’initiative de concerter les différents acteurs sociaux concernés afin de prendre les moyens pour maximiser l’offre de dons alimentaires.