UNIVERSITÉ POPULAIRE D'ÉTÉ DES NCS - 2013

Le NPD est-il une alternative ?

Par Mis en ligne le 16 mai 2013

La ques­tion qui nous inter­pelle aujourd’hui est la sui­vante : le NPD est-il réel­le­ment une alter­na­tive au gou­ver­ne­ment Harper ? À un pre­mier niveau, élec­to­ral et par­le­men­taire, la réponse est oui : le NPD, en tant que parti à la gauche du PC et du PLC, est bel et bien l’alternative gou­ver­ne­men­tale pour les pro­gres­sistes au Canada en 2015.

Un sys­tème poli­tique fait pour les domi­nants

Cela dit, il faut recon­naître que les Conservateurs ont construits une cer­taine hégé­mo­nie idéo­lo­gique et maté­rielle qui repose sur une solide base sociale au Canada hors Québec. Cette hégé­mo­nie béné­fi­cie de la crois­sance démo­gra­phique dans les pro­vinces de l’ouest, de l’importance gran­dis­sante de l’électorat dans les ban­lieues, notam­ment dans la région de Toronto, ainsi que les vagues d’immigration récentes de popu­la­tions pos­sé­dant des valeurs sociaux conser­va­trices (notam­ment d’Asie), du frac­tion­ne­ment des bas­tions indus­triels tra­di­tion­nels de la classe ouvrière, et d’autres fac­teurs sociaux com­plexes. Dans notre sys­tème de scru­tin majo­ri­taire uni­no­mi­nal, il est démon­tré que le Parti conser­va­teur peut être élu (comme cela a été le cas en 2011) avec moins de 40 % des voix. Le NPD est donc confronté à un sérieux mur à ce niveau. Mais ce n’est pas tout. Comme on le constate, les domi­nants n’ont pas aban­donné leur espoir de res­sus­ci­ter le PLC comme le parti d’alternance pré­féré — ce qui pour­rait divi­ser et affai­blir encore davan­tage l’opposition élec­to­rale au gou­ver­ne­ment.

Questions de fond

À un autre niveau de réflexion, il faut cepen­dant se deman­der si le NPD est réel­le­ment en mesure de pro­po­ser un pro­gramme pro­gres­siste face au gou­ver­ne­ment Harper. En réa­lité, même si le NPD se situe à la gauche du gou­ver­ne­ment Harper, ce parti ne s’oppose pas fon­da­men­ta­le­ment à l’orientation néo­li­bé­rale des poli­tiques éco­no­miques et sociales pour­sui­vies et mises en œuvre au Canada depuis plus de trois décen­nies. Au mieux, le NPD offre une ver­sion adou­cie du néo­li­bé­ra­lisme.

La ques­tion pri­mor­diale est l’évolution du Canada sous l’égide de l’industrie pétro­lière et du capi­tal finan­cier toron­tois, en faveur d’une dépen­dance accrue sur l’extraction et l’exportation du pétrole des sables bitu­mi­neux de l’Alberta. Sur ces ques­tions, il faut consta­ter que le NPD ne s’oppose pas à l’exploitation des sables bitu­mi­neux. Il pro­pose plutôt d’augmenter le raf­fi­nage de ces pro­duits au Canada, et de miser sur des méca­nismes de marché — par exemple, de pla­fon­ne­ment et échanges des cré­dits (cap and trade) pour contrô­ler la pol­lu­tion. Ces méca­nismes, typiques des approches néo­li­bé­rales, sont consi­dé­rés comme tota­le­ment inef­fi­caces par la vaste majo­rité des éco­lo­gistes. D’autre part, ces pro­po­si­tions vont à l’encontre de l’engagement du NPD (pla­te­forme élec­to­rale de 2011) de réduire les émis­sions de gaz à effet de serre d’ici 2050 à un niveau de 80% en-des­sous de celui de 1990.

Très récem­ment les entre­prises pétro­lières, inquié­tées par l’opposition aux oléo­ducs en Colombie Britannique (Northern Gateway) et aux États-Unis (Keystone) ont lancé une vaste cam­pagne en faveur de la construc­tion et l’utilisation de pipe­lines est-ouest, de l’Alberta jusqu’au Québec et au-delà vers des nou­veaux mar­chés, car elles craignent la concur­rence venant de la pro­duc­tion de pétrole de schiste aux États-Unis. Or plus de pipe­lines veut dire plus d’exploitation des sables bitu­mi­neux. Pourtant, Thomas Mulcair se déclare tout à fait favo­rable à ces oléo­ducs est-ouest, qu’il envi­sage (entre autres) comme un projet pour ren­for­cer l’ « unité natio­nale » (il faut dire que le gou­ver­ne­ment péquiste semble éga­le­ment favo­rable à ce projet).

La ques­tion qué­bé­coise

Dans cette même optique, le NPD, un parti très majo­ri­tai­re­ment anglo­phone dès ses ori­gines, a his­to­ri­que­ment eu un grand malaise face à la ques­tion natio­nale qué­bé­coise. La Déclaration de Sherbrooke, adopté en 2006 par le NPD fédé­ral comme posi­tion sur la ques­tion qué­bé­coise, repré­sente un pas en avant cepen­dant, parce qu’elle recon­naît expli­ci­te­ment le droit du Québec à l’auto-détermination. Il en va de même pour la pro­messe de recon­naître la vali­dité d’une simple majo­rité (50% plus 1) en faveur de la sou­ve­rai­neté dans l’éventualité d’un futur réfé­ren­dum qué­bé­cois, ce qui se reflète dans le projet de loi C-470 du NPD déposé au Parlement. L’opposition viru­lente à ce projet de loi mani­festé par le gou­ver­ne­ment Harper, le PLC et les grands médias confirme le manque de volonté total des partis tra­di­tion­nels et des domi­nants en géné­ral d’envisager un chan­ge­ment fon­da­men­tal dans le statut consti­tu­tion­nel du Québec. Mais là encore le NPD se démontre inapte à défendre cette mesure démo­cra­tique, encore moins d’expliquer à la popu­la­tion cana­dienne les fon­de­ments de l’oppression natio­nale des Québécois et Québécoises. Le pro­blème cen­tral pour le NPD réside dans sa déter­mi­na­tion d’œuvrer uni­que­ment à l’intérieur des struc­tures et des ins­ti­tu­tions du régime fédé­ral cana­dien, et son inca­pa­cité d’envisager toute vision alter­na­tive du fédé­ra­lisme qui irait dans le sens de construire « un autre Canada ». Historiquement, le NPD refuse toute dis­cus­sion de fond sur l’idée de refon­der le Canada, comme on l’a vu dans le passé face au projet du PQ pour créer une nou­velle asso­cia­tion entre un Québec sou­ve­rain et le Canada !

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