Le marxisme du 20e siècle

Par Mis en ligne le 10 janvier 2010

Les études ici ras­sem­blées ont été rédi­gées dans les années 1996-2007. Elles appar­tiennent à un genre lit­té­raire modeste et géné­ra­le­ment consi­déré comme mineur, l’histoire de la pensée ou des idées. Elles sont consa­crées à l’examen de quelques moments impor­tants de l’histoire dite des mar­xismes et de cer­taines inter­pré­ta­tions de Marx. Aussi para­doxal que cela puisse paraître, cette his­toire n’a pas connu en France de déve­lop­pe­ment alors que le mar­xisme a sur le plan idéo­lo­gique et poli­tique joué un rôle impor­tant au 20e siècle, notam­ment depuis les années 1930 et jusqu’au début des années 1980. C’est la moda­lité de cette pré­sence qui explique l’état et nature de ce faible déve­lop­pe­ment. L’œuvre de Marx a été liée à la poli­tique du Parti com­mu­niste fran­çais et aux vicis­si­tudes des groupes com­mu­nistes dis­si­dents comme sur­tout tous ceux qui se sont reven­di­qués de Léon Trotsky et à un moindre degré à celles des groupes anar­chistes ou libertaires.

Cette œuvre elle-même s’est dif­fu­sée de manière dis­con­ti­nue en raison de sa propre confi­gu­ra­tion. Marx a peu publié en com­pa­rai­son de la masse des écrits de tra­vail plus ou moins éla­bo­rés qu’il nous laisse : en France ont été dis­po­nibles tout d’abord le Manifeste du parti com­mu­niste, Misère de la phi­lo­so­phie, la Contribution à la cri­tique de l’économie poli­tique, le livre 1 du Capital, quelques textes his­to­riques. Engels avec son Anti-Dühring et ses études his­to­riques a été le péda­gogue du mar­xisme en France comme ailleurs. Il a fallu attendre les années 1930 pour que soient décou­verts les textes qui seront dis­po­nibles et un peu lus sur­tout après 1945, comme les Manuscrits de Paris (1844), L’Idéologie alle­mande (1845-1846). Il a fallu les années 1950 pour que soient pré­sen­tés par les édi­tions du Parti com­mu­niste, les Éditions sociales, les livres 2 et 3 du Capital dans la ver­sion d’Engels et de Kautsky, les années 1960 et 1970 pour que soient tra­duits les Grundrisse, les Fondements de la cri­tique de l’économie poli­tique (1857-1858), les Théories sur la plus value, et le Manuscrit de 1861-1863. La pre­mière édi­tion un peu géné­rale de Costes et Molitor a eu le mérite de donner une meilleure vision d’ensemble notam­ment en ce qui concerne les articles des années 1841-1844. Une édi­tion com­pa­rable à la MEGA alle­mande n’a jamais existé en France. Les volumes édités par Maximilien Rubel pour le compte de la Bibliothèque de la Pléiade des Éditions Gallimard sont soi­gnés mais leur prin­cipe est dis­cu­table. Il est thé­ma­tique puisqu’il réunit les textes en dis­tin­guant de manière aca­dé­mique la phi­lo­so­phie, l’économie, la poli­tique, alors que la pensée de Marx remet en cause ces divi­sions. Malgré les efforts de Lucien Sève, les Éditions Sociales n’ont pas donné une édi­tion scien­ti­fique chro­no­lo­gique. Le projet a existé, mais il été inter­rompu faute de moyens, lors du déclin du PCF. Il faut savoir qu’en Italie une édi­tion scien­ti­fique a pu être publiée.

Autant dire que Marx lui-même n’a pu être lu en France avec pro­fon­deur que peu et tard et sur­tout par des théo­ri­ciens ger­ma­nistes. Cela n’a pas empê­ché l’existence des mar­xismes et d’intellectuels et de mili­tants se disant mar­xistes. D’autre part, les inter­pré­ta­tions mar­xistes dites ortho­doxes – celles qui ont été entre­te­nues par les social-démo­cra­ties de la 2e Internationale ou plus tard par les partis com­mu­nistes mar­xistes-léni­nistes de la 3e Internationale – ont été, jusqu’à l’effacement de la ques­tion poli­tique du com­mu­nisme, mar­quées par la mécon­nais­sance du carac­tère essen­tiel­le­ment inachevé de la cri­tique mar­xienne de l’économie poli­tique, du carac­tère pro­blé­ma­tique de son rap­port à la phi­lo­so­phie, des lacunes de sa théo­rie politique.

Marx a été sim­pli­fié en fonc­tion des besoins propres aux lignes poli­tiques offi­cielles, des exi­gences de la tac­tique, il a été sou­vent uti­lisé de manière mani­pu­la­toire au sein d’une ortho­doxie qui était celle du mar­xisme-léni­nisme. Les contri­bu­tions des autres mar­xistes – à com­men­cer par celle du plus grand des héré­tiques Trotsky, pour ne rien dire des théo­ri­ciens des conseils comme Rosa Luxemburg, Max Adler, Pannekoek, Korsch –, ont été soit vili­pen­dées sans être lues, soit pure­ment et sim­ple­ment igno­rées en raison de l’insondable incul­ture théo­rique des direc­tions ouvrières. Les pré­ju­gés et les a priori du combat poli­tique, le sec­ta­risme sta­li­nien ont rendu impos­sibles une liberté intel­lec­tuelle mini­male pour rendre jus­tice aux ana­lyses des oppo­sants. Cet ostra­cisme per­ma­nent, cet obs­cu­ran­tisme reven­di­qué ont été la règle qui a été appli­quée aux rares débats auto­ri­sés à l’intérieur du PCF, et ils ont conduit à la mar­gi­na­li­sa­tion de pen­seurs de réelle valeur. Tel fut le sort réservé à Henri Lebfevre, le théo­ri­cien le plus impor­tant en acti­vité depuis l’avant 1939 et auteur d’ouvrages réel­le­ment théo­riques, dont La somme et le reste, fut éreinté par Lucien Sève qui a par ailleurs exprimé ses regrets.

Les débats internes entre théo­ri­ciens mar­xistes, effec­ti­ve­ment sou­cieux de prendre Marx au sérieux et de confron­ter sa pensée aux défis de l’histoire, n’ont pas été meilleurs. Ignorances réci­proques et inter­pré­ta­tions hâtives ont carac­té­risé les polé­miques. Le plus impor­tant des pen­seurs com­mu­nistes après Henri Lefebvre, Louis Althusser, n’a jamais pris en compte ce der­nier, pas plus qu’il n’a jugé utile de répondre à cer­taines objec­tions sérieuses de Sève. Des œuvres deve­nues aujourd’hui essen­tielles, comme celle de Cornelius Castoriadis ou de Jean-Paul Sartre – celui de la Critique de la raison dia­lec­tique –, ou encore celles d’Eric Weil et de Maurice Merleau-Ponty, n’ont pas reçu des mar­xistes fran­çais, ortho­doxes et héré­tiques, l’attention qu’elles méri­taient. Même remarque pour des apports plus récents comme ceux de Guy Debord ou de Gilles Deleuze. Le mar­xisme en France a vécu en cir­cuit fermé et a confondu cri­tique intel­lec­tuelle et polé­mique. Les mar­xistes ont sou­vent conduit leurs débats en confon­dant lutte pour le pou­voir sym­bo­lique et inter­ven­tion poli­tique. Les éla­bo­ra­tions qui ont compté ont tou­jours été carac­té­ri­sées, inver­se­ment, par leur capa­cité à inves­tir les points hauts de la pensée et à mesu­rer leur inter­pré­ta­tion de Marx au sein de ces confron­ta­tions. Lefebvre a su s’approprier cer­tains thèmes de Nietzsche, de la cri­tique sur­réa­liste et situa­tion­niste. Althussser a inter­rogé l’apport du struc­tu­ra­lisme (Braudel, Levi-Strauss, Lacan, Foucault) et la tra­di­tion de l’épistémologie his­to­rique fran­çaise (Bachelard, Canguilhem). Cependant cela n’a pas suffi pour rendre pos­sible un début d’historicisation « mar­xiste » des divers cou­rants qui se reven­di­quaient du mar­xisme. Les règles mini­males d’objectivité his­to­rique et de recons­truc­tion théo­rique interne ont rare­ment été appliquées.

Le pro­vin­cia­lisme fran­çais a contri­bué a aggravé la situa­tion. Les grandes œuvres des mar­xistes créa­teurs du siècle ont été mécon­nues : le jeune Lukács, celui d’Histoire et conscience de classe, refait sur­face à la fin des années 1960, notam­ment autour des révoltes de 1968, mais le der­nier Lukács, celui de l’Ontologie de l’être social et de l’Esthétique, est inconnu. L’œuvre d’Ernst Bloch a une récep­tion confi­den­tielle malgré l’existence de tra­duc­tions. L’école de Francfort a moins été sus­pecte, sans doute parce que le scep­ti­cisme qui carac­té­rise ses pro­duc­tions est entré en syn­to­nie avec la cri­tique hei­deg­ge­rienne de la moder­nité. Walter Benjamin a fait un peu excep­tion en raison de sa dimen­sion de théo­lo­gien néga­tif et de théo­ri­cien de la moder­nité esthé­tique. Gramsci, long­temps jugé peu fré­quen­table par les diri­geants com­mu­nistes, a eu son heure dans les années 1970, mais il a désor­mais dis­paru de la scène fran­çaise, au moment même où les Éditions Gallimard pré­sen­taient les Cahiers de prison. Trotsky, quant à lui, n’a inté­ressé que les trots­kistes. Certaines figures sont demeu­rées de simples noms, comme Karl Korsch, ou Max Adler, le plus riche pen­seur de l’austro-marxisme. Si nous sor­tons du cercle de ces auteurs, la même consta­ta­tion s’impose. Des œuvres de théo­ri­ciens de l’économie et de la poli­tique aussi signi­fi­ca­tives que celles de Boukharine, Hilferding, Mattick, Renner et Neumann sont demeu­rées confidentielles.

Les études que nous pré­sen­tons essayent d’éviter à la fois le sec­ta­risme par­ti­san et le confor­misme aca­dé­mique ; elles tentent une lec­ture conforme aux canons de la cri­tique sans renon­cer à assu­mer un enga­ge­ment éthico-poli­tique rai­sonné. Au lec­teur de juger si cette double réso­lu­tion est hono­rée. Elles ne sont pas les seules en leur genre en France. Nous pou­vons et devons faire état des recherches qui ont entendu suivre cette voie, qu’il s’agisse de celles de Jacques Texier et de Christine Buci-Gluscksman sur Gramsci, de Georges Labica sur Lénine et le sta­li­nisme, de Lucien Sève sur Lénine, de Nicolas Tertullian sur Lukács et Bloch, d’Arno Munster sur Bloch et Benjamin, du regretté Jean-Marie Vincent sur Adorno et Horkheimer, de Gérard Raulet sur ces mêmes théo­ri­ciens de l’école de Francfort, de Michael Löwy et de Daniel Bensaïd sur Benjamin encore, d’Étienne Balibar et de Pierre Raymond sur Althusser. Nous nous excu­sons d’éventuels oublis.

Il faut tou­te­fois remar­quer qu’en notre pays il n’existe pas d’histoire ana­ly­tique des mar­xismes après Marx pro­duite par des Français. La meilleure his­toire d’ensemble due à un auteur est celle du phi­lo­sophe polo­nais, ex-com­mu­niste mais passé en Angleterre, Leszek Kolakoswski, sérieuse et infor­mée, très mar­quée par l’échec du com­mu­nisme sovié­tique (ce qui se com­prend). Il s’agit de Main Currents of Marxism. Its Rise, Growth, and Dissolution, trois volumes (1978), par­tiel­le­ment tra­duite en fran­çais chez Fayard (deux volumes sur les trois). Elle venait à la suite de L’Histoire du mar­xisme du croate Peter Vranicki (1970) et des études de l’allemand I. Fetscher, Karl Marx und der Marxismus (1967). Il existe des his­toires col­lec­tives du mar­xisme comme la Storia del mar­xismo contem­po­ra­neo des Annali Feltrinelli (1973) qui a été par­tiel­le­ment mise à la même époque à la dis­po­si­tion du public fran­çais (col­lec­tion 10/18), mais elle a dis­paru depuis du cata­logue. Aucune tra­duc­tion n’a été faite, par contre, de la grande Storia del mar­xismo, diri­gée entre autres par Eric Hobsbawm et Georges Haupt, en cinq tomes très riches, publiée entre 1978 et 1981 par Einaudi. Nous devons cepen­dant noter quelques excep­tions en France même, mais elles remontent aux années 1970 : il s’agit de P. Souyri Le mar­xisme après Marx (1970), de P. et M. Favre, Les mar­xismes après Marx (1970), d’André Tosel « Le déve­lop­pe­ment du mar­xisme en Europe occi­den­tale depuis 1917 », dans l’Histoire de la phi­lo­so­phie (Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1974 ; réédi­tion Folio, 1999). Le Dictionnaire cri­tique du mar­xisme, dirigé par Gérard Bensussan et Georges Labica (PUF, 1985) a pu donner des indi­ca­tions utiles, tout comme le Dictionnaire Marx contem­po­rain, dirigé par Jacques Bidet et Eustache Kouvelakis (PUF, 2001) a pu com­plé­ter des lacunes.

Beaucoup reste néan­moins à faire si nous vou­lons être équi­tables avec la pensée du 20e siècle et les mar­xistes héré­tiques et cri­tiques qui ont tenté de donner un second souffle à l’œuvre de Marx et de com­prendre ce qui se pas­sait dans le pre­mier pays à avoir réussi une révo­lu­tion qui se vou­lait com­mu­niste, à savoir l’Union sovié­tique (1917-1991). Il faudra ouvrir à nou­veaux frais la ques­tion de Lénine et du bol­che­visme, celle de Staline, inven­teur du mar­xisme-léni­nisme, celle de Mao et de la révo­lu­tion cultu­relle chi­noise, la ques­tion de la réus­site momen­ta­née et de l’échec des révo­lu­tions com­mu­nistes, de leurs pro­messes et de leur gran­deur, de leurs hor­reurs et de leurs erreurs, de leur échec final. La cri­tique sou­te­nue tout au long du siècle par le libé­ra­lisme social et par le libé­risme pur et dur doit être rééxa­mi­née : Weber, Croce, Kelsen, Schumpeter, Bobbio, Aron, tout comme Pareto, Hayek, von Mises, doivent être réen­ten­dus. Lénine, le théo­ri­cien et le poli­tique qui a orienté de manière déci­sive le mar­xisme du siècle et l’expérience sovié­tique, doit être confronté à ces cri­tiques. Font partie de cette his­toire et de ce débat les pen­seurs « mau­dits » du nazi-fas­cisme, comme Gentile et Carl Schmitt. Ce retour cri­tique sur la fonc­tion effec­tive des mar­xismes ortho­doxes et héré­tiques dans l’histoire du siècle passé ne peut se résu­mer à la seule vic­toire du libé­ra­lisme. Quel libé­ra­lisme d’ailleurs ? La phase actuelle de la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste fait appa­raître à nou­veau les ten­sions, les limites du capi­ta­lisme, sans que soit dis­po­nible une pensée cri­tique capable à la fois de tenir compte des dures leçons de l’histoire et d’affronter la période dans sa nou­veauté. Les études ici réunies se veulent des contri­bu­tions ins­crites en cette perspective.

Il faut situer de manière plus pré­cise ces recherches, les situer en un cadre his­to­rique et poli­tique. Nous pou­vons suivre la pério­di­sa­tion de Kolakowski telle qu’elle est reprise et modi­fiée par le phi­lo­sophe ita­lien Costanzo Preve. Ce der­nier, dans un ouvrage pro­vo­ca­teur mais sti­mu­lant, Storia cri­tica del mar­xismo. Dalla nas­cita di Karl Marx alla dis­so­lu­zione del comu­nismo sto­rico nove­cen­tesco (2007) dis­tingue trois périodes.

La pre­mière période com­mence avec l’ouvrage de réfé­rence de Friedrich Engels, l’Anti-Dühring en 1875 et elle s’achève en 1914 avec la pre­mière guerre mon­diale. Elle cor­res­pond à la 2e Internationale. C’est celle de la fon­da­tion. Elle connaît l’émergence des partis sociaux-démo­crates et l’affirmation du mou­ve­ment ouvrier. Ces partis se rap­portent inéga­le­ment à Marx, mais cer­tains sont offi­ciel­le­ment mar­xistes, en par­ti­cu­lier la social-démo­cra­tie alle­mande domi­née par Bernstein et Kautsky qui sont les héri­tiers tes­ta­men­taires d’Engels et contri­buent à la publi­ca­tion des manus­crits inédits de Marx. La crise du révi­sion­nisme en 1899-1900 fait appa­raître des hési­ta­tions poli­tiques de fond. Les révi­sion­nistes – Bernstein, Jaurès d’une cer­taine manière en France – refusent de conti­nuer à se réfé­rer à la pers­pec­tive d’une révo­lu­tion vio­lente et à la dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat. Ils défi­nissent le socia­lisme dans le cadre d’une répu­blique démo­cra­tique et d’une socia­li­sa­tion de l’économie. Les ortho­doxes, avec à leur tête Kautsky en Allemagne et Plekhanov en Russie, acceptent la démo­cra­tie comme moyen mais affirment la néces­sité de l’extinction de l’État et d’une cer­taine vio­lence révo­lu­tion­naire, sans y croire vrai­ment. Ce débat peut aller jusqu’à la remise en cause de cer­taines pré­vi­sions jugées éco­no­mistes et catas­tro­phistes de Marx, à l’élimination de la phi­lo­so­phie objec­ti­viste de l’histoire et de la théo­rie de la valeur tra­vail. Une aile gauche entend réel­le­ment pour­suivre la réflexion et réorien­ter la poli­tique par-delà le débat en un sens effec­ti­ve­ment révo­lu­tion­naire, avec Rosa Luxembourg en Allemagne, le jeune Lénine en Russie qui apportent tous deux des élé­ments d’analyse impor­tants sur l’accumulation mon­diale du capi­tal, mais se divisent sur la ques­tion de l’organisation, et de la démo­cra­tie. Le théo­ri­cien le plus aigu demeure l’italien Antonio Labriola. Ni les uns ni les autres ne peuvent empê­cher l’intégration éta­tique des partis sociaux-démo­crates, la sclé­rose de l’orthodoxie et l’impuissance du réfor­misme. L’Internationale se veut paci­fiste, mais elle ne com­prend pas en sa majo­rité la fonc­tion des impé­ria­lismes colo­niaux, elle se laisse natio­na­li­ser. La guerre éclate et les partis votent les cré­dits mili­taires en atten­dant des jours meilleurs.

La seconde période (1914-1956) est celle de la construc­tion com­mu­niste après la vic­toire de la révo­lu­tion d’octobre 1917 et la créa­tion du pre­mier État pro­lé­ta­rien, l’URSS. Elle est fondée par Lénine, stra­tège hors pair, capable de trans­for­mer la lutte pour la paix en guerre civile révo­lu­tion­naire. Elle intègre la 3e Internationale qui fonc­tionne de 1917 à 1945 et accom­pagne un for­mi­dable mou­ve­ment de libé­ra­tion natio­nale des pays domi­nés par le colo­nia­lisme et l’impérialisme. Elle s’achève avec le 20e congrès du Parti com­mu­niste de l’URSS en 1956 qui recon­naît les crimes de la période sta­li­nienne et ébranle irré­ver­si­ble­ment le mou­ve­ment com­mu­niste mon­dial. Ce der­nier sem­blait avoir alors atteint un apogée dans la mesure où la dic­ta­ture sta­li­nienne sem­blait avoir réussi, une fois éli­mi­nées toutes les oppo­si­tions internes, à construire une éco­no­mie pla­ni­fiée rela­ti­ve­ment stable et à pro­cu­rer des condi­tions mini­males d’existence aux tra­vailleurs, malgré les ter­ribles répres­sions exer­cées sur la pay­san­ne­rie et les mili­tants oppo­si­tion­nels. Cette apogée se for­ti­fiait aussi de la vic­toire rem­por­tée sur l’Allemagne nazie, de la consti­tu­tion d’un camp socia­liste en Europe orien­tale, de l’organisation en cer­tains pays (France, Italie) de partis com­mu­nistes popu­laires, de la vic­toire des com­mu­nistes en Chine (1949) et du mou­ve­ment anti-impé­ria­liste impulsé par la révo­lu­tion bol­che­vique. Cette construc­tion était la base de réfé­rence de la nou­velle ortho­doxie, le mar­xisme-léni­nisme, forgée par Staline. Cette doc­trine avec sa divi­sion en maté­ria­lisme dia­lec­tique, sup­posé être au sens le plus méta­phy­sique le fon­de­ment de la phi­lo­so­phie mar­xiste, et en maté­ria­lisme his­to­rique, posé comme la vraie science de l’histoire des socié­tés humaine et de l’édification du com­mu­nisme, devient, dès les années 1930, une ortho­doxie au dog­ma­tisme obs­cu­ran­tiste. La liberté de pensée devint impos­sible et de nom­breux savants et diri­geants de valeur finirent dans les camps du goulag. Par bien des aspects cette doc­trine main­te­nait et dur­cis­sait des traits de la pre­mière ortho­doxie – éco­no­misme, croyance en des lois de l’histoire, culte de l’organisation, pers­pec­tive uto­pique de l’extinction de l’État et des classes. Mais elle les refor­mu­lait dans le sens d’un volon­ta­risme for­cené qui jus­ti­fiait tous les choix tac­tiques de la direc­tion poli­tique et d’un nihi­lisme éthique total, fondé sur le féti­chisme du parti. De toute manière, ce corpus devint une idéo­lo­gie de légi­ti­ma­tion pour une nou­velle for­ma­tion sociale de classe non prévue par Marx. La prise de conscience des limites de cette construc­tion est l’élément qui unit les intel­lec­tuels mar­xistes capables de penser. La ques­tion de la contrainte, de la place de la dimen­sion éthico-poli­ti­qiue, de l’hégémonie intel­lec­tuelle et morale, la cri­tique de l’économisme et du culte des forces pro­duc­tives, la prise de dis­tance avec le déter­mi­nisme au nom de la pos­si­bi­lité réelle et de l’action, la néces­sité de bien com­prendre l’apport de Marx dans son rap­port à Hegel consti­tuèrent le fonds commun des grands héré­tiques. Lukács, Bloch, Gramsci, Korsch, la pre­mière école de Francfort entrèrent en lice. Ils s’adressèrent au Prince moderne pour qu’il se réfor­mât, mais ils ne purent rien sur le plan poli­tique, s’ils sau­vèrent l’honneur du mar­xisme théo­rique. De toute façon, ils butèrent sur la ques­tion de la nature du nouvel État sovié­tique, et, tout en le cri­ti­quant, beau­coup eurent à se mesu­rer avec la thèse de Trotsky. La nou­velle construc­tion, pour ce der­nier, repo­sait sur un mélange contra­dic­toire de rudi­ments de socia­lisme et de capi­ta­lisme d’État bureau­cra­tique Cette thèse fut âpre­ment dis­cu­tée selon un spectre étendu de posi­tions. À un pôle, cer­tains pariaient sur la nature encore poten­tiel­le­ment révo­lu­tion­naire de l’État sovié­tique et tra­vaillaient à sa réforme en incluant un moment démo­cra­tique (Gramsci, Bloch, Lukács). À un autre pôle, d’autres concluaient que la révo­lu­tion avait échoué et s’était trans­for­mée en une nou­velle dic­ta­ture vouée à mêler éco­no­mie com­man­dée et régres­sion poli­tique et cultu­relle (Horkheimer, Adorno, Korsch). De toute manière, la néces­sité de faire bloc contre le nazisme contri­bua pour un long moment à res­ser­rer les rangs, puisque l’encerclement capi­ta­liste per­ma­nent avait imposé un état d’urgence devenu nor­ma­lité et empê­ché toute évo­lu­tion dans le sens d’une hégé­mo­nie des masses subal­ternes fondée sur un cen­tra­lisme orga­nique et non bureaucratique.

La troi­sième période est celle de la dis­so­lu­tion du mar­xisme en rap­port com­plexe avec l’autodissolution de l’URSS et du com­mu­nisme du siècle en 1991. Tout se pré­ci­pite alors. En 1956, la révolte hon­groise, les mou­ve­ments de dis­si­dence en Pologne et ailleurs font appa­raître le défi­cit démo­cra­tique du bloc sovié­tique. Le mou­ve­ment inter­na­tio­nal se divise très vite à son tour. la Chine de Mao dénonce le révi­sion­nisme d’une direc­tion sovié­tique deve­nue nou­velle classe domi­nante, inca­pable de dyna­mi­ser l’économie pla­ni­fiée et de libé­rer une culture aux ordres. La Révolution cultu­relle a pu même faire croire à cer­tains (Althusser et son groupe) qu’elle com­men­çait une cri­tique de gauche du sta­li­nisme fondée sur une mise en mou­ve­ment des masses. En fait, c’est la révi­sion de type démo­cra­tique qui consti­tuait l’espoir domi­nant dans beau­coup de cercles com­mu­nistes et l’on fai­sait du Welfare State l’antichambre d’un com­mu­nisme démo­cra­tique. Ce fut la brève période de l’eurocommunisme en France, Italie, Espagne et de l’humanisme mar­xiste à l’Est. Mais ce cou­rant ne put jamais en fait pré­ci­ser quelle était la dif­fé­rence entre l’eurocommunisme et le retour à une social-démo­cra­tie puis­sam­ment réfor­ma­trice. De fait, les divi­sions du camp socia­liste, le dur­cis­se­ment du contrôle sovié­tique en Europe de l’Est (Pologne, Tchécoslovaquie, République démo­cra­tique alle­mande) pesaient lourd. C’est en 1968 que cette période pivote, puisque tous les cou­rants, tous les mar­xismes se mani­festent : émer­gence de la plus puis­sante démons­tra­tion de force du mou­ve­ment ouvrier en Europe, sou­lè­ve­ment de la Tchécoslovaquie sou­te­nue par les com­mu­nistes réfor­ma­teurs, insur­rec­tion liber­taire de la jeu­nesse étu­diante et du fémi­nisme, effer­ves­cence de la révo­lu­tion cultu­relle, rayon­ne­ment de la lutte anti-impé­ria­liste à Cuba de Castro, au Vietnam d’Ho Chi Min, où les sol­dats com­mu­nistes obligent le colosse amé­ri­cain à se reti­rer vaincu. C’est le moment où les grands héré­tiques sont lus (Gramsci) ou donnent leurs œuvres les plus signi­fi­ca­tives (le der­nier Lukács, Bloch). Le mar­xisme est déclaré par Sartre indé­pas­sable et devient réfé­rence obli­gée. Des pen­seurs de réelle sta­ture, comme Lefebvre et Althusser en France, Della Volpe en Italie, Kosik en Tchécoslovaquie, tentent un nou­veau rap­port à l’œuvre de Marx, et s’efforcent d’historiciser le mar­xisme lui-même et de com­prendre ce qu’est devenu la révo­lu­tion d’octobre. 1968 est la der­nière occa­sion d’une réforme intel­lec­tuelle et morale du com­mu­nisme du siècle. Mais la pente de l’échec se pré­ci­pite après 1968. La révo­lu­tion cultu­relle se révèle inuti­le­ment ter­ro­riste et la nou­velle direc­tion chi­noise fait du parti unique l’agent d’une res­tau­ra­tion capi­ta­liste sus­cep­tible de donner au pays le statut d’une grande puis­sance. L’URSS ne réus­sit pas à se réfor­mer. Étouffée aussi par la course aux arme­ments impo­sée par les États-Unis, tarau­dée par les natio­na­lismes répri­més, elle implose et se trans­forme en capi­ta­lisme d’État, la nomenk­la­tura se recy­clant en élite mana­gé­riale nihi­liste. Les pays capi­ta­listes domi­nants font bloc autour de leurs entre­prises inter­na­tio­nales pour désa­gré­ger le mou­ve­ment ouvrier, contrô­ler la démo­cra­tie dans le sens du néo­li­bé­ra­lisme. L’hégémonie gram­scienne est réa­li­sée sous un mode inverse que conforte le ral­lie­ment des partis socia­listes à un social-libé­ra­lisme qui ne vit qu’en fai­sant valoir une dif­fé­rence mar­gi­nale avec le libé­ra­lisme-libé­risme. Les États-Unis deviennent l’unique super­puis­sance et iden­ti­fient l’ordre mon­dial à leurs inté­rêts géos­tra­té­giques. La nou­velle phase de mon­dia­li­sa­tion mani­feste sa puis­sance puisque le capi­ta­lisme réus­sit à se déve­lop­per en exploi­tant ses contra­dic­tions internes. La réfé­rence au mar­xisme s’efface, même si des tra­vaux de valeur sont pro­duits. Marx, en fait, cesse d’être lu. La figure emblé­ma­tique de toute la période est celle de Louis Althusser : parti pour redé­fi­nir la science mar­xienne du conti­nent his­toire, il inverse sa démarche, il salue la crise finale du mar­xisme et cherche une issue dans un maté­ria­lisme de la ren­contre, atten­dant l’événement mira­cu­leux qui fera pivo­ter l’histoire. Machiavel, Hobbes, Heidegger deviennent ses réfé­rences. On passe d’un pro­gramme de recons­truc­tion totale à une décons­truc­tion radi­cale. Le mar­xisme est fini à tous les sens du terme. Il achève sa para­bole avec le com­mu­nisme et il est cir­cons­crit en tant que confi­gu­ra­tion théorique.

Les études de ce recueil ont d’abord pour objet des éla­bo­ra­tions qui appar­tiennent à la seconde période de l’histoire du mar­xisme, avec une impor­tance par­ti­cu­lière donnée à Gramsci consi­déré comme le pen­seur héré­tique le plus orga­nique et le plus com­plet. Elles ont encore pour pers­pec­tive cette réforme intel­lec­tuelle et morale d’un prince qui s’est révélé inca­pable de se réfor­mer. Sont pris en compte aussi des efforts peu connus de scien­ti­fiques fran­çais de haut niveau pour donner à la double thé­ma­tique du maté­ria­lisme et de la dia­lec­tique un contenu irré­duc­tible à l’orthodoxie. La construc­tion est jugée tou­jours pos­sible et féconde comme l’illustre la réflexion de Lefebvre avant 1940 dans La conscience mys­ti­fiée. Les autres études en leur majo­rité s’inscrivent en la troi­sième période, celle de la dis­so­lu­tion du mar­xisme his­to­rique. Mais elles ne se veulent pas liqui­da­trices. Leur dimen­sion cri­tique est au ser­vice de la pro­duc­tion d’une théo­rie cri­tique à la hau­teur du défi que consti­tuent l’échec du com­mu­nisme his­to­rique et l’hégémonie du capi­ta­lisme mondialisé.

Toutes pré­sup­posent la pos­si­bi­lité d’autres inter­pré­ta­tions de Marx déli­vrées de la volonté d’orthodoxie, inter­pré­ta­tions nour­ries de la confron­ta­tion avec les points hauts de la moder­nité théo­rique. Cette exi­gence est par­ta­gée par tous ceux pour qui la réfé­rence à Marx est celle tout à la fois, d’un clas­sique et d’un chan­tier encore à explo­rer. Il est heu­reux par exemple que Jacques Bidet se soit confronté au meilleur de la tra­di­tion social-libé­rale de Rawls et d’Habermas dans son ambi­tieuse Théorie géné­rale, qu’Hannah Arendt ou Cornelius Castoriadis soient exploi­tés en ce sens par d’autres. Nous ne pré­ten­dons pas en ces études faire œuvre nou­velle, mais par­ti­ci­per par la remé­mo­ra­tion cri­tique à une nou­velle donne. Ce qui est sûr c’est qu’est défi­ni­ti­ve­ment morte la vul­gate qui a sou­vent été consi­dé­rée comme le fonds commun des mar­xismes avec ses trois thèses : a) croyance his­to­ri­ciste en un sens téléo­lo­gique de l’histoire ; b) foi éco­no­mi­ciste dans l’appropriation illi­mi­tée des forces pro­duc­tives ; c) poli­ti­cisme exclu­sif centré sur les luttes de classes gou­ver­nées par des orga­ni­sa­tions aux pré­ten­tions totalisantes.

En fait, depuis 1991, comme le sou­ligne Costanzo Preve, nous sommes entrés dans l’approfondissement de la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste. Pour le mar­xisme et l’étude de Marx et de ce qui s’est référé à lui, se pose la ques­tion de savoir si cette période est celle d’un post-mar­xisme des­tiné à se diluer en mille mar­xismes sans mini­mum théo­rique et poli­tique commun ou celle d’une autre fon­da­tion de la théo­rie deve­nue capable de réflé­chir ses limites, ses apo­ries, de se refor­mer sur un autre conti­nent avec d’autres confron­ta­tions, comme le montre l’essai consa­cré à la belle figure de Gérard Granel ten­tant de penser avec et contre Marx, Heidegger et Wittgenstein. Le point de vue qui en défi­ni­tive sous-tend notre che­mi­ne­ment est celui qui émerge du pas­sage de la troi­sième période (relance de la construc­tion com­mu­niste com­pro­mise) à la qua­trième période ouverte encore qui se noue autour de la ques­tion « post-mar­xismes ou refon­da­tion du mar­xisme ? ». Cette ques­tion n’est pas tran­chée. Elle ne cesse de nous tra­vailler comme nous devons la tra­vailler. Les œuvres théo­riques fran­çaises les plus signi­fi­ca­tives qui agissent en cette nou­velle période ne sont pas hos­tiles à Marx : Bourdieu, Deleuze, Foucault, Derrida, Badiou en sont la preuve. Toutes en conservent des élé­ments et en four­nissent à leur tour d’autres qui sont autant de pierres pour une nou­velle construc­tion. Un chan­tier s’ouvre et il a pour tâche une cri­tique du capi­ta­lisme mondialisé.

Ce texte est l’introduction de l’ouvrage d’André Tosel, Le mar­xisme du 20e siècle, Paris, Syllepse, col­lec­tion « Mille mar­xismes », 2009, 24 euros.

Note biblio­gra­phique sur l’histoire des marxismes

Nous nous per­met­tons de donner quelques indi­ca­tions biblio­gra­phiques sur nos propres recherches concer­nant les mar­xismes, recherches com­men­cées en 1974, en pen­sant qu’elles peuvent avoir une uti­lité pour arra­cher ce sec­teur d’études à la mino­ra­tion féroce et à l’occultation totale qu’il subit dans les ins­ti­tu­tions et la recherche jugée légi­time. Nous ne récla­mons rien sinon le droit de ne pas aban­don­ner à l’inculture les jeunes géné­ra­tions à qui nous devons ce ser­vice his­to­rique et théorique.

« Le déve­lop­pe­ment du mar­xisme en Europe occi­den­tale depuis 1917 », Histoire de la phi­lo­so­phie, t. 3, La Pléiade, Paris, Gallimard, 1974, réédité dans Histoire de la phi­lo­so­phie, 3, 2, Folio Gallimard. 1999.

Praxis. Vers une refon­da­tion en phi­lo­so­phie mar­xiste ?, Paris, Messidor, 1984 (contient des études sur Engels, Gramsci, Bloch, Badaloni, Geymonat).

L’esprit de scis­sion. Études sur Marx, Gramsci et Lukács, Besançon/​Paris, Annales lit­té­raires de Besançon, 1991.

Marx en ita­liques. Aux ori­gines de la phi­lo­so­phie ita­lienne contem­po­raine, Mauvezin, Trans Europ Repress, 1991 (sur Antonio Labriola et Antonio Gramsci).

Études sur Marx (et Engels), Pour un com­mu­nisme de la fini­tude, Paris, Kimé, 1996.

« Devenir du mar­xisme : de la fin du mar­xisme-léni­nisme aux mille mar­xismes, France-Italie, 1975-1995 », in Jacques Bidet et Eustache Kouvelakis (dir.), Dictionnaire Marx contem­po­rain, PUF, 2001.

« Le der­nier Lukács et l’école de Budapest », Dictionnaire Marx contem­po­raine, in Jacques Bidet et Eustache Kouvelakis (dir.), Dictionnaire Marx contem­po­rain, PUF, 2001.

« La raison pra­tique entre for­ma­li­sa­tion et objec­ti­va­tion », in Myriam Bienenstock et André Tosel (dir), La raison pra­tique au 20e siècle. Trajets et figures, Paris, L’Harmattan, 2004.

« Les aléas du maté­ria­lisme aléa­toire dans la der­nière phi­lo­so­phie de Louis Althusser », in Eustache Kouvelakis et Vincent Charbonnier, Sartre, Lukács et Althusser, des mar­xistes en phi­lo­so­phie, Paris, PUF, 2005.

« Antonio Labriola et la pro­po­si­tion de la phi­lo­so­phie de la praxis », Archives de phi­lo­so­phie, hiver 2005, t. 68, cahier 4.

« Les hési­ta­tions du maté­ria­lisme dans les mar­xismes. Notes pour une recherche », Les phi­lo­so­phies de l’Antiquité au 20e siècle, in Maurice Merleau-Ponty (dir.), édi­tion revue et aug­men­tée par Jean-François Balaudé, Paris, Le Livre de poche, 2006.

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