Le forum social européen

Le FSE, reflet des mouvements sociaux européens… et de leurs transformations

Par , , Mis en ligne le 07 juillet 2010

Le Forum social euro­péen (FSE) s’est ter­miné hier, avec un cer­tain opti­misme… mais des défis à rele­ver. C’est sans doute, pour l’instant, le seul espace euro­péen qui per­mette autant de conver­gences et d’échanges entre mou­ve­ments citoyens sur des ques­tions très dif­fé­rentes (sociales, éco­lo­giques, de soli­da­rité inter­na­tio­nale, pour les droits humains et la défense des pré­caires…). Ce bouillon­ne­ment et ce mélange des cultures entre des mil­liers de mili­tants res­tent un moment unique, dont seul l’altermondialisme est capable. Il suf­fi­sait d’être pré­sent à la mani­fes­ta­tion du samedi soir pour en être convaincu. Les turcs ont assuré une orga­ni­sa­tion dif­fi­cile dans un contexte poli­tique et social com­pli­qué. Mais leur faible pré­sence parmi les 3000 par­ti­ci­pants montre que la mayon­naise a eu du mal à prendre avec leurs mou­ve­ments sociaux. Et l’absence de beau­coup d’acteurs des mobi­li­sa­tions sur la jus­tice cli­ma­tique prouve qu’il faut pour­suivre les conver­gences.

De l’assemblée finale, un consen­sus fort s’est exprimé pour une mobi­li­sa­tion forte à l’échelon euro­péen, le 29 sep­tembre et autour de cette date. Un appel en est sorti, pour ras­sem­bler tous ceux qui refusent que ce soit les citoyens qui payent la crise et que les droits sociaux et les impé­ra­tifs éco­lo­giques en pâtissent. L’appel est assez large pour que s’y retrouvent des mou­ve­ments bien au-delà des syn­di­cats. Il laisse la place aux actions décen­tra­li­sées et ne fixe le 29 sep­tembre que comme une pre­mière étape de mobi­li­sa­tion. Mais des débats ont éclaté autour d’une demande d’amendement : indi­quer que cette jour­née était ini­tiée par le mou­ve­ment social euro­péen. Si cet amen­de­ment n’avait à mon avis pas beau­coup d’importance, ces débats montrent les dif­fi­cul­tés à ral­lier la diver­sité des mou­ve­ments citoyens à un appel de la confé­dé­ra­tion euro­péenne des syn­di­cats et à un slogan qui hérisse le poil à juste titre des éco­lo­gistes (“pas de coupes sociales, plus de crois­sance”). Tout ceci est à rela­ti­vi­ser : sortir du FSE avec un tel appel de ras­sem­ble­ment autour du 29 sep­tembre est déjà un grand pas. Même si le plus dur reste à faire – et c’est ce à quoi nous nous atta­che­rons à Attac – : faire de ce jour un grand moment de mobi­li­sa­tion conver­gente de l’ensemble des mou­ve­ments citoyens et des forces pro­gres­sistes en Europe.

Enfin, l’avenir du FSE pas­sera sans doute par une remise en ques­tion de son fonc­tion­ne­ment. Une anec­dote pour l’illustrer : un sémi­naire sur la crise éco­no­mique en Europe. Près de 3 heures d’interventions non stop de 7 ou 8 “spea­kers” (tous qua­si­ment mas­cu­lins) et moins de 15 mn d’interventions pour une cen­taine de per­sonnes dans la salle, dont cer­taines auraient bien aimé donner leur point de vue. Ce sémi­naire tran­chait avec d’autres, où la parole cir­cu­lait, pour un échange avant tout d’expériences per­met­tant dans cer­tains cas d’aboutir à des réflexions et ini­tia­tives com­munes. Il tran­chait éga­le­ment avec les débats de quar­tier orga­ni­sés entre autres par les No Vox. Le FSE doit pou­voir mieux inté­grer de nou­velles façons de mili­ter, de nou­velles formes d’action com­plé­men­taires aux tra­di­tion­nelles confé­rences d’experts et mani­fes­ta­tions de rue, de nou­velles façons de par­ta­ger l’information et de construire des ini­tia­tives com­munes, de nou­velles pré­oc­cu­pa­tions et notam­ment le lien entre impé­ra­tifs éco­lo­giques et besoins sociaux. Pour cela, il faudra lais­ser une place plus impor­tante aux acteurs qui les portent dans le pro­ces­sus de pré­pa­ra­tion, et que ces acteurs soient prêts à s’impliquer. C’est à mon avis un des enjeux de la pro­chaine assem­blée euro­péenne à Paris fin octobre, qui dis­cu­tera de l’avenir du FSE et des pro­chaines mobi­li­sa­tions face à la crise. A suivre…

06/07/2010

Aurélie Trouvé

L’ENVIRONNEMENT ET LE SOCIAL, ÇA COINCE OU PAS ?

Retour d’un sémi­naire de tra­vail : quel lien entre la ques­tion sociale et la ques­tion envi­ron­ne­men­tale ?

La récente prise de conscience éco­lo­gique, qui a jeté des cen­taines de mil­liers de gens dans la rue à Copenhague, a désar­çonné le mou­ve­ment ouvrier et conti­nue de la faire : il n’est plus pos­sible de défendre l’emploi sans se deman­der quel type d’emploi, dans quelles condi­tions envi­ron­ne­men­tales, et pour quoi faire. Habituellement, les syn­di­cats défendent l’emploi, les défen­seurs de l’envornnement ne veulent plus de cette pro­duc­tion pol­luante et inutile. Mais les syn­di­cats bougent, et les envi­ron­ne­men­ta­listes aussi, même si ce n’est pas facile.

Le point de départ est commun, c’est après que ça se corse. point de départ oui, la ques­tion envi­ron­ne­men­tale est cru­ciale, on ne peut pas conti­nuer à pro­duire sans limite sur une pla­nète limi­tée. Au pas­sage, on constate que cer­tains des syn­di­cats qui disent cela font partie de la Confédération euro­péenne des syn­di­cats (CES) qui, par ailleurs, appelle à une mani­fes­ta­tion euro­péenne à Bruxelles le 29 sep­tembre avec comme mot d’ordre « pas de réduc­tion d’emplois, plus de crois­sance » —com­prenne qui peut. Revenons à nos mou­tons : le fait que la pro­duc­tion actuelle envoie la pla­nète dans le mur est com­pris.

Un syn­di­ca­liste ita­lien (CGIL) explique : si l’alliance syndicats/​mouvements envi­ron­ne­men­taux est un peu dif­fi­cile à réa­li­ser concrè­te­ment, car elle oblige les syn­di­cats à se repo­si­tion­ner sur la ques­tion de la fina­lité du tra­vail, tout bien réflé­chi, il existe un inté­rêt commun objec­tif entre syn­di­cats et envi­ron­ne­men­ta­listes. Cet inté­rêt serait l’emploi : la recon­ver­sion éco­lo­gique crée­rait de l’emploi. A condi­tion que la recon­ver­sion éco­lo­gique néces­saire se fasse sous contrôle démo­cra­tique, sous peine d’être dévoyée et donc d’échouer.

Allant encore plus loin, un repré­sen­tant de syn­di­cat fran­çais (Solidaires) explique que la ques­tion n’est pas tel­le­ment celle de la créa­tion d’emploi, mais qu’il s’agit de rompre avec la reli­gion de la crois­sance et du consu­mé­risme, car l’idée que le capi­ta­lisme réus­sit à faire passer dans la société selon laquelle le bon­heur est lié à la crois­sance est tout sim­ple­ment fausse. Non seule­ment, le capi­ta­lisme est une catas­trophe envi­ron­ne­men­tale, mais il est aussi inca­pable de tenir les pro­messes de crois­sance qu’il affirme pou­voir tenir. Il faut saisir la crise actuelle pour poser les alter­na­tives néces­saires. L’idée de la créa­tion d’emploi n’est pas suf­fi­sante, il faut reven­di­quer aussi la baisse du temps de tra­vail (per­met­tant la réduc­tion du chô­mage, la par­ti­ci­pa­tion des gens à la vie citoyenne, la sau­ve­garde de la santé et de com­pen­ser les des­truc­tions d’emplois ou leur chan­ge­ment de qua­li­fi­ca­tion). Il faut reven­di­quer aussi de nou­veaux droits pour les sala­riés pour qu’ils soient pro­té­gés lors de la tran­si­tion éco­lo­gique.

Un autre syn­di­ca­liste (C.G.T.) sou­ligne que la recon­ver­sion éco­lo­gique pose de redou­tables pro­blèmes de des­truc­tion de postes exis­tants (dans des indus­tries pol­luantes), et de dif­fé­rences de qua­li­fi­ca­tion entre les postes ainsi détruits et les nou­veaux. Il pose le doigt sur un fait que si cer­tains pays conduisent une recon­ver­sion éco­lo­gique et d’autre pas, dans un monde de libre-échange, cela va poser des pro­blèmes consi­dé­rables. Le libre-échange a aussi des consé­quences néga­tives dans ce domaine. Le repré­sen­tant des syn­di­cats métal­lur­giste dit qu’il veut bien entendre parler de recon­ver­sion de l’industrie auto­mo­bile, pas d’abolition.

Un syn­di­ca­liste nor­vé­gien, membre de la (vigou­reuse) « Campagne pour un Etat social », conclut que glo­ba­le­ment les syn­di­ca­listes conti­nuent à réflé­chir dans un cadre capi­ta­liste qui ne leur est pour­tant pas favo­rable. Car la ques­tion n’est pas celle de l’emploi, mais celle du contrôle social et démo­cra­tique sur la pro­duc­tion. Dès lors que la déci­sion poli­tique est prise d’organiser le tra­vail dif­fé­rem­ment, par exemple en le rédui­sant for­te­ment, la ques­tion de l’emploi ne se posera plus dans les termes tra­di­tion­nels qui sont ceux du capi­ta­lisme s’appuyant sur le libre-échange.

Conclusion : la ques­tion sociale et la ques­tion envi­ron­ne­men­tale ne sont plus étran­gères l’une à l’autre. Certains syn­di­cats évo­luent, d’autres moins. Il y a encore du boulot ! Mais ça, on le savait.

04/07/2010

Frederic Viale

TINA EST MORTE, VIVE TATA !

On ne fait pas que cri­ti­quer, on pro­pose aussi. Aujourd’hui, un sémi­naire (A3 400) s’est pro­posé de voir ce que les mou­ve­ments sociaux, les partis, les syn­di­cats pré­co­nisent pour sortir de la crise, et j’ai été chargé d’en écrire la syn­thèse.

Rude tâche, me suis-je dis d’emblée (autre ver­sion de « mais pour­quoi j’ai accepté de faire ça ? »). Et fina­le­ment, la tâche n’est pas si rude, car les pro­po­si­tions existent, et elles ne sont pas si éloi­gnées que cela les unes des autres.

Premier constat : les diag­nos­tics se rejoignent.

Que ce soient les syn­di­cats (décla­ra­tion de l’European net­work of trade-unio­nists de juin 2010), la décla­ra­tion d’une bonne cen­taine d’universitaires éco­no­mistes d’Italie, des orga­ni­sa­tions comme le CADTM, ATTAC, Tranform, les partis poli­tiques de gauche (vrai­ment de gauche, atten­tion), nul ne songe une seconde à reprendre la scie qu’on entend chaque jour dans les médias : « la dette publique est a l’origine de tout, il faut la réduire et donc »ras­su­rer les mar­chés ».

Non. La crise n’est pas grecque, elle est mon­diale, elle n’est pas sin­gu­lière mais sys­té­mique (et on parle de plu­sieurs crises qui se conjuguent : finan­cière, éco­no­mique, de pro­duc­tion, de dis­tri­bu­tion, ins­ti­tu­tion­nelle et démo­cra­tique) : les crises sont intrin­sèques au sys­tème, et d’ailleurs, on peut se deman­der si, du point de vue du sys­tème, il s’agit bien de crises, mais plutôt de l’expression nor­male du sys­tème lui-même.

Le déclen­cheur de la crise finan­cière (les sub­primes), vient de ce que le par­tage des salaires se fai­sant de plus en plus en faveur des déten­teurs de capi­taux et en défa­veur du tra­vail, ceux et celles qui n’ont que leur tra­vail pour vivre ont du recou­rir à l’emprunt massif, mas­si­ve­ment octroyé par des orga­nismes pri­va­ti­sés dans n’importe quelles condi­tions, puis titrisé par des opé­ra­teurs deve­nus incon­trô­lables depuis les déré­gu­la­tion des années 1980, dans une éco­no­mie mon­dia­li­sée trans­for­mée en casino. Maintenant, les banques mas­si­ve­ment ren­flouées par l’argent public, se retournent contre les Etats, ins­tru­men­ta­li­sant la dette publique pour contraindre les popu­la­tions à payer une fois de plus pour les crises dont elles ne sont pas res­pon­sables. Les popu­la­tions auront payée trois fois : ne fois en ren­flouant les banques, une deuxième en subis­sant concur­rence, pré­ca­ri­sa­tion et pau­vreté, et main­te­nant une troi­sième avec les plans d’austérité qui ne sont qu’une façon de céder encore aux banques et aux mar­chés finan­ciers. Là dessus, le diag­nos­tic est géné­ral.

Deuxième constat : le niveau de la riposte.

Là, un débat existe : au niveau natio­nal ou au niveau euro­péen, voire mon­dial ? Visiblement, les partis poli­tiques, s’inscrivant dans la pers­pec­tive d’une prise de pou­voir reven­di­quée (ce qui est logique), posent qu’il faudra passer des alliances au niveau euro­péen, y mener des com­bats poli­tiques, et sérieu­se­ment envi­sa­ger de se déga­ger des direc­tives euro­péennes en en sus­pen­dant l’application une fois arrivé au pou­voir. Les mou­ve­ments sociaux n’ont pas cette dif­fi­culté : ils se contentent de dire que tous les niveaux sont concer­nés. Peut-être l’idée consiste à dire qu’il n’y a pas de réelle divi­sion là-dessus, mais une appré­cia­tion du temps de l’action : « action immé­diate au niveau natio­nal pour chan­ger le rap­port de force poli­tique au niveau euro­péen dans le but d’alliance pour réorien­ter la poli­ti­quede l’UE » pour­rait être une solu­tion accep­table de ce pro­blème stra­té­gique impor­tant.

Troisième constat : le type de riposte.

Il y a de fortes conver­gences : glo­ba­le­ment, l’idée de départ est que, fon­da­men­ta­le­ment, la crise est une crise de sys­tème, ce qui veut dire que la démo­cra­tie est mise à mal, même si les diri­geants de pays comme les nôtres s’en gar­ga­risent. La réa­lité est que ce sont les mar­chés qui dictent leur loi, et non les peuples. Il s’agit d’inverser cet état de fait, d’où l’idée de pré­lè­ve­ments fis­caux sur les mar­chés finan­ciers, de régu­ler les banques et le sec­teur finan­cier (Attac, et tous les autres). Ensuite, quelles régu­la­tions ? La sépa­ra­tion entre la banque de prêts et banque d’affaires revient fré­quem­ment (lettre des éco­no­mistes ita­liens, PG, ATTAC) ; la créa­tion d’un « pôle ban­caire public », pas­sant par l’expropriation des banques (CADTM) ou pas néces­sai­re­ment, l’idée étant ici de consi­dé­rer que le crédit est un bien commun et qu’il est légi­time que les poli­tiques de crédit soient contrô­lées par les citoyens d’une manière ou d’une autre.

Autre pro­po­si­tion : le rôle de la BCE. Son indé­pen­dance des gou­ver­ne­ments est glo­ba­le­ment consi­dé­rée comme inac­cep­table, ne serait-ce que parce qu’elle n’est pas indé­pen­dante des dogmes libé­raux. Au moins qu’elle agisse avec l’obligation de tenir dans ses objec­tifs celui de l’emploi et du déve­lop­pe­ment et pas seule­ment celui de la lutte contre l’inflation, cer­tains esti­mant par ailleurs (Transform, Attac, PG) qu’elle doit aussi finan­cer les dettes des Etats.

Ce qui est inté­res­sant c’est que per­sonne ne s’en tient à ces solu­tions tech­niques : tous disent que le pro­blème est plus large et qu’il faut rompre avec le type de pro­duc­tion insou­te­nable actuel, et avec une manière pro­fon­dé­ment anti-démo­cra­tique de conduire des choix publics qui sont fina­le­ment ceux de la finance. Alors fleu­rissent les pro­po­si­tions de rup­ture avec les dogmes libé­raux, avec les poli­tiques euro­péennes dès lors qu’elles se conçoivent comme autant de moyens de contraindre les peuples (les partis poli­tiques pré­co­ni­sant notam­ment une sus­pen­sion de l’application des direc­tives euro­péennes en cas où ils seraient en charge des affaires publiques). Les pro­po­si­tions passent aussi par une réorien­ta­tion com­plète des poli­tiques fis­cales (fin du dum­ping fiscal) et bud­gé­taire (en finir avec ce budget euro­péen misé­rable per­met­tant à peine de gérer la pénu­rie). D’autres insistent sur la néces­sité de revoir entiè­re­ment les fina­li­tés de la pro­duc­tion, de ce type de pro­duc­tion car il est géné­ra­teur des sou­bre­sauts vio­lents que nous connais­sons. Le chan­tier est vaste, il ne faut abso­lu­ment pas comp­ter sur les gou­ver­ne­ments en place sans mise en place des rap­ports de forces néces­saires : d’où les néces­sité des résis­tances, à quelque niveau que ce soit.

Margaret Thatcher le rabâ­chait voici bien­tôt 30 ans « Il n’y a pas d’alternative » (« There is no alter­na­tive »). Ce slogan était devenu son mantra, au point qu’elle fut sur­nom­mée TINA (acro­nyme anglais de « There is no alter­na­tive »). Trois décen­nies de casse sociale et quelques crises vio­lentes plus tard, on a le plai­sir d’annoncer que TINA est morte. En revanche, TATA, « There are thou­sands of alter­na­tives » (« il existe des mil­liers d’alternatives ») va très bien, merci.

03/07/2010

Frederic Viale

FORUM DE CRISE OU FORUM EN CRISE ?

Les pre­miers pas du Forum social euro­péen d’Istanbul ont eu lieu hier sur les pentes du « Parc Maçka pour la démo­cra­tie », au nord-est de Galata.

La délé­ga­tion d’Attac France se met pro­gres­si­ve­ment en place : une tren­taine de per­sonnes venues d’Europe (France, Finlande, Norvège, Allemagne, Autriche, Espagne, Suisse…) et d’Afrique (Maroc et Togo). Comme à chaque fois, tous les pro­fils se côtoient : les nou­veaux, les obses­sion­nels d’un sujet, les semi-vacan­ciers, les stra­tèges blasés… On a sorti les dra­peaux, les tee-shirts, les badges, imprimé les tracts, dressé le stand, cos­tume alter et patience exigés. Forum de crise, forum de la crise, forum en crise donc… les ana­lyses divergent mais fina­le­ment, et un peu contre toute attente, des délé­ga­tions de toute l’Europe sont venues jusqu’à Istanbul.

The place to be pour la pre­mière mati­née : le sémi­naire orga­nisé par plu­sieurs réseaux et mou­ve­ments his­to­riques du Forum social euro­péen, dont les Attac d’Europe, sur l’avenir du FSE et des mou­ve­ments sociaux face à la crise qui tra­verse l’Europe.

Le FSE s’interroge, se palpe, s’auto-analyse ; la crise qui le frappe, que les mou­ve­ments avaient sans aucun doute pro­phé­ti­sée mais face à laquelle ils n’ont pas encore su impo­ser leurs résis­tances, ampli­fie le sen­ti­ment d’impasse et d’incapacité dans un moment où les attentes et les urgences sont pro­ba­ble­ment culmi­nantes.

Ombres et lumières de l’altermondialisme en recon­fi­gu­ra­tion s’y racontent. Souffrances des mili­tants enga­gés dans des luttes locales et natio­nales dif­fi­ciles (de ce fait moins tour­nés vers l’impératif de coor­di­na­tion euro­péenne de ces luttes), besoin d’idées nou­velles ancrées dans les réa­li­tés nou­velles, quelques mili­tants de retour du Forum Social de Detroit tentent de res­ti­tuer leur enthou­siasme… les théo­ries fusent, un peu fes­ti­val de « yakafo », un peu bilan, un peu photo de famille aussi. Rien de neuf sous le soleil pour l’instant.

Dans un sémi­naire sur les ser­vices publics l’après midi, une repré­sen­tante d’ADEDY, le syn­di­cat des fonc­tion­naires grecs, élec­tro­choque son public : la Grèce est un chau­dron en ébul­li­tion dit-elle, au bord d’une explo­sion qui empor­tera toute l’Europe. Un état d’urgence dont nous repar­le­rons dans les jours qui viennent…

En atten­dant l’après midi s’écoule sur le stand, à l’ombre d’un buis­son du Parc Maçka : des fes­ti­va­liers turcs nous visitent, amusés par notre asso­cia­tion, qu’ils semblent trou­ver bien exo­tiques.

02/07/2010

Amélie Canonne

CHOSES VUES À ISTANBUL

Avant-hier, mon billet titrait de façon un peu raide « un échec à Istanbul et le FSE est mort ».

Aujourd’hui, un mot rapide pour dire que quoiqu’il en soit les luttes ne meurent pas.

La Marche mon­diale des femmes : après une jour­née de tra­vaux autour de plu­sieurs thèmes spé­ci­fiques (comme la vio­lence faite aux femmes, la ques­tion de la guerre, des kurdes etc.), belle manif, bruyante, visible sur Istiklal, les Champs-Elysées stam­bou­liotes. Et les femmes de toutes natio­na­li­tés de scan­der en fran­çais « so-so-so soli­da­rité, avec les femmes du mondes entier ! », avec ou sans accent turc. D’ailleurs, les orga­ni­sa­tions de femmes de Turquie n’étaient pas les der­nières : visi­ble­ment nom­breuses, struc­tu­rées, elles n’ont rien à envier à leurs col­lègues occi­den­tales. Musique, chants, ban­de­roles, une belle manif regar­dée avec sym­pa­thie par les nom­breux pas­sants frap­pant dans leurs mains et accom­pa­gnant le cor­tège.

Ouverture du FSE : ça y est, il est ouvert, avec des chan­sons et des dis­cours. Un sala­rié de TEKEL parle de la lutte pug­nace que mène ce syn­di­cat depuis plu­sieurs mois. L’habitude est de rare­ment parler des luttes sociales dans les médias, encore plus lorsqu’il s’agit de luttes se dérou­lant à l’étranger. Voici plu­sieurs mois, 12 000 tra­vailleurs de l’entreprise turque pri­va­ti­sée de pro­duc­tion et de dis­tri­bu­tion de tabac et d’alcool (TEKEL) ont perdu leur emploi et sont entrés en lutte. La force du mou­ve­ment est por­teur de grands espoirs ici, où, par ailleurs, les syn­di­cats sont d’une puis­sance que nous ne connais­sons pas en France par exemple.

Evidemment, une inter­ven­tion d’une repré­sen­tante de la marche mon­diale des femmes, une inter­ven­tion du comité d’organisation de Turquie, et un grec pour parler des tur­bu­lences dans ce pays : on a tort d’imaginer que, parce que notre pays est riche et dirigé par un hyper-pré­sident qui donne des ordres au monde entier, à la pluie, au vent et aux étoiles, que nous serions forts éloi­gnés des régres­sions ahu­ris­santes qui frappent aujourd’hui le peuple grec.

Celui-ci n’a pas dit son der­nier mot, il ne lâche pas prise. Le groupe musi­cal qui a suivi enton­nant « bella ciao » rap­pelle que les luttes sont éter­nelles.

01/07/2010

Frederic Viale

« C’est à ceux qui sont responsables de la crise de la payer ! »

Le Forum social euro­péen s’ouvre aujourd’hui. Il aura for­cé­ment un goût par­ti­cu­lier : en pleine crise éco­no­mique et sociale, les gou­ver­ne­ments, par­ti­cu­liè­re­ment en Europe, imposent des poli­tiques de régres­sion sociale qui aggravent les inéga­li­tés et ne peuvent qu’amener à plus de dépres­sion éco­no­mique. Aucun ne s’attaque réel­le­ment aux causes pro­fondes de la crise, la déré­gu­la­tion des mar­chés finan­ciers. Et sous cou­vert de dette publique s’opère un vaste trans­fert des richesses des sala­riés, retrai­tés et chô­meurs vers les grands déten­teurs du capi­tal.

Des résis­tances se mul­ti­plient dans chaque pays. Mais au-delà, les mou­ve­ments sociaux euro­péens seront-ils capables de se coor­don­ner pour réagir ? C’est une des ques­tions qui se posera à ce Forum social euro­péen. Les 10.000 par­ti­ci­pants atten­dus vien­dront de Turquie, mais aussi de toute l’Europe, engagé-es dans des mou­ve­ments sociaux et citoyens, éco­lo­gistes, fémi­nistes, syn­di­ca­listes, pay­sans, de défense des pré­caires, des droits civils et poli­tiques…

Il faudra être atten­tif, notam­ment, aux résul­tats de l’assemblée finale dimanche matin, qui por­tera sur le thème : « C’est à ceux qui sont res­pon­sables de la crise de la payer ! ». Plus que jamais, le contexte de la crise ravive la néces­sité de coor­don­ner les efforts à un niveau euro­péen et de tra­vailler ensemble pour construire des alter­na­tives qui fassent primer les droits humains et la pré­ser­va­tion des res­sources natu­relles. C’est dans ce sens que par­ti­ci­pera le réseau des Attac d’Europe au Forum et qu’il ani­mera, avec d’autres, plu­sieurs ate­liers (sur la crise euro­péenne, les taxes glo­bales et la régu­la­tion de la finance, la jus­tice cli­ma­tique en Europe, la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics, la défense des retraites au plan euro­péen…).

Enfin, le Forum social euro­péen sera l’occasion pour nous de dis­cu­ter avec les autres mou­ve­ments euro­péens de la pré­pa­ra­tion des mobi­li­sa­tions face au G20 en France en 2011 : celles-ci pour­raient consti­tuer un point de ral­lie­ment impor­tant l’année pro­chaine en Europe.

Par Aurélie Trouvé et Amélie Canonne

30/06/2010

Les commentaires sont fermés.