Par idéologie et dogmatisme, organiser la « dé-solidarité »

mercredi 14 avril 2010, par Bernard ÉlieSylvie MorelVincent van Schendel

Le gouvernement du Québec, par la voix de son ministre des Finances, M. Raymond Bachand, a dévoilé le 30 mars dernier son cadre budgétaire pour l’année 2010-2011, avec l’ambition de poser « des jalons pour l’avenir du Québec » [1] . Les mesures qui y sont annoncées vont au-delà de nos pires appréhensions. En effet, nous constatons que le ministre Bachand joue l’avenir du Québec sur la base d’une adhésion sans réserve et ouvertement affichée aux dogmes de la pensée économique « dominante ». Cette pensée en vogue aujourd’hui, est présentée à tort comme étant la seule voie d’explication possible des faits économiques . [2]Cette conception de l’économie est celle du néolibéralisme, fondée sur différentes théories et visions du monde [3] Le Collectif d’animation d’Économie autrement déplore cet état de faits et y voit l’instrumentalisation éhontée d’argumentations économiques aux fins de la réalisation d’un agenda politique qui était déterminé d’avance. Ce dernier consiste en la substitution progressive du modèle d’État solidaire québécois par celui d’un État minimal producteur d’inégalités. En clair, par idéologie et dogmatisme, en heurtant de plein fouet l’orientation solidaire du modèle de services publics développé au Québec, le gouvernement québécois organise la « dé-solidarité ».

Une adhésion sans réserve aux dogmes de la pensée économique dominante

Le budget 2010-2011 traduit les orientations dictées par la pensée économique dominante, telle qu’elle a été véhiculée par le Comité consultatif sur l’économie et les finances publiques (CCEFP) et les experts apparentés à ce comité [4].).. En effet, le discours alarmiste du CCEFP sur l’état des finances publiques et de la démographie québécoises, promu sans relâche depuis des mois, avec force moyens, sur toutes les tribunes, est repris sans nuance, semblant désormais résumer à lui seul le champ de l’action publique. Ainsi, le budget se résume à une vaste entreprise de rééquilibrage des finances publiques et de lutte contre la dette, omettant tout projet de développement économique rassembleur pour le Québec de demain. L’équilibre budgétaire devra être atteint en 2013-2014, approche dogmatique qui contraste avec celle des autres pays de l’OCDE. Même le Canada s’est montré plus souple pour ne pas risquer de menacer la reprise économique, en se donnant cinq ans pour éliminer son déficit. Il en va de même de l’Ontario, pourtant toujours érigé en modèle pour le Québec, qui, quant à elle, a choisi un horizon de huit ans. Pourtant, l’état des finances publiques québécoises permettait d’autres choix : un budget consolidant nos services publics plutôt que de cibler le déficit zéro. Rappelons que la dette nette du Québec (déduction faite des actifs) est inférieure à la moyenne de l’OCDE [5] .

Ensuite, la croissance annuelle des dépenses de programme sera ramenée à 2,9 % en 2010-2011 (et à 2,2 % annuellement jusqu’en 2013-2014), restriction dépassant même ce que préconisait le CCEFP (une croissance de 3,2 %, niveau déjà bien en deça de la moyenne de 4,6 % des sept années précédentes). L’idée d’un « pacte » où « chacun doit faire sa part » est également retenue du CCEFP. C’est dans ce cadre que le gouvernement met en œuvre une politique de financement axée sur un recours accrû à l’impôt indirect (avec la hausse additionnelle de 1 % du taux de la taxe de vente du Québec (de 8,5 % à 9,5 %, au 1er janvier 2012) et la tarification des services publics (droits de scolarité, tarifs d’électricité, ticket modérateur pour les services de santé, pour les plus importants), conformément aux recommandations des rapports Castonguay et Montmarquette et réitérées par le CCEFP. Ces mesures se caractérisent par leur régressivité, d’autant plus que s’y ajoute une contribution santé annuelle pour chaque adulte . Ce pari de la « lucidité » était bel et bien ce que nombre d’économistes, d’hommes et de femmes politiques ou de personnages influents dans la sphère économique québécoise, pressaient le gouvernement québécois d’accepter. Ce dernier a accédé à ces demandes.

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