Le « recentrage » du NPD

Par Mis en ligne le 01 juillet 2011

Les dépu­tés du NPD viennent de mener une lutte sym­bo­lique impor­tante contre l’ignoble loi adop­tée en fin de semaine pour forcer le retour au tra­vail des 48 000 tra­vailleurs et tra­vailleuses de la poste et qui est en fait le pre­mier signal de ce qui s’en vient avec le gou­ver­ne­ment de Stephen Harper. À court terme, l’ensemble de la fonc­tion publique est direc­te­ment mena­cée par l’arsenal admi­nis­tra­tif et légis­la­tif dont dis­pose Harper. En pré­vi­sion des cou­pures mas­sives de postes qui s’en viennent, les manœuvres ont déjà com­mencé. Ainsi plu­sieurs cen­taines de fonc­tion­naires ont déjà été licen­ciés, notam­ment à Environnement Canada et aux Travaux publics et ser­vices gou­ver­ne­men­taux Canada. Selon la dépu­tée d’Aylmer Nycole Turmel, les agences pri­vées qui sont pré­sen­te­ment sous-contrac­tées pour faire le tra­vail à la place des tra­vailleurs de l’État se font pré­ci­ser que les salaires des contrac­tuels ne doivent pas dépas­ser $10,75 de l’heure, alors que l’équivalent dans la fonc­tion publique fédé­rale est $20. On voit donc bien dans quel sens va aller la « revue opé­ra­tion­nelle stra­té­gique » que nous pré­parent les Conservateurs. On peut sin­cè­re­ment se deman­der com­ment pourra s’organiser la résis­tance au Parlement du fait que le NPD ne peut résis­ter autre­ment que ver­ba­le­ment à la grosse machine.

Les nouveaux alignements du NPD

Entre-temps, d’autres « grandes manœuvres » ont com­mencé au sein du NPD pour pro­fi­ter du momen­tum de l’élection de mai der­nier. En tant qu’ « oppo­si­tion offi­cielle », plu­sieurs pensent que le moment est venu de « réor­ga­ni­ser » le parti pour en faire un sérieux can­di­dat au pou­voir. Lors du congrès de juin der­nier à Vancouver, quelques signaux ont été envoyés dans ce sens. Peut-être que le plus impor­tant est l’élection à la pré­si­dence du parti de Brian Topp. Natif de Montréal (comme Jack Layton), Topp a gravi les éche­lons du NPD pas à pas. Il a été notam­ment le prin­ci­pal conseiller de l’ancien pre­mier ministre de la Saskatchewan, Roy Romanow. Au Québec on se sou­vient de Romanow comme un des prin­ci­paux « stra­tèges » avec Pierre Trudeau du « rapa­trie­ment » de la consti­tu­tion contre la volonté du Québec. Dans les milieux infor­més à Ottawa, on décrit Topp comme un « modéré », repré­sen­ta­tif d’un cer­tain esta­blish­ment du NPD, ancré dans les gou­ver­ne­ments pro­vin­ciaux du NPD à l’ouest. Lors du congrès de Vancouver, cet esta­blish­ment a pré­féré agir avec pru­dence. Il est en effet apparu que la pos­si­bi­lité d’une « alliance » avec le Parti Libéral du Canada (PLC), pré­co­ni­sée en douce par Topp, était vrai­ment mal reçue par les délé­gués. On a donc laissé tomber cela, du moins pour le moment. De même, la ques­tion très sym­bo­lique d’enlever ou non la réfé­rence au « socia­lisme » dans les sta­tuts du parti, a jeté un cer­tain incon­fort. Bien que le NPD ait effec­ti­ve­ment depuis long­temps liquidé l’héritage social-démo­crate et socia­liste des fon­da­teurs du NPD, plu­sieurs membres du parti esti­maient qu’il y avait der­rière cette idée une autre manœuvre. C’est ainsi que le tout a été reporté. Et c’est Brian Topp qui doit « régler » cette situa­tion plus tard.

Comment gagner les prochaines élections ?

En fin de compte, Topp et une grosse partie de la dépu­ta­tion ont une chose prin­ci­pale dans la mire, qui est de placer le NPD au centre de l’échiquier poli­tique, en « fusion­nant » ou même en « absor­bant », si cela est pos­sible, ce qui reste du PLC. C’est une stra­té­gie rai­son­nable sur­tout si on pense à gagner les pro­chaines élec­tions. Pour cela évi­dem­ment, il y a un coût à payer, qui est de « liqui­der « l’héritage, ce qui n’est pas impos­sible, comme on l’a constaté avec les gou­ver­ne­ments pro­vin­ciaux du NPD ces der­nières années. Ces gou­ver­ne­ments pro­vin­ciaux du NPD ont agi à peu près de la même manière que les gou­ver­ne­ments pro­vin­ciaux ailleurs au Canada. Comme celui de Bob Ray lorsqu’il a été PM de l’Ontario au début des années 1990, ces gou­ver­ne­ments NPD ont adopté des pro­grammes de « res­tric­tion fis­cale », de réduc­tion de la fonc­tion publique, en gros en ligne avec les poli­tiques néo­li­bé­rales. Ce qui les a menés à dure­ment confronté le mou­ve­ment syn­di­cal. Toute idée de réforme du sys­tème poli­tique anti-démo­cra­tique que le Canada a « importé » de la cou­ronne bri­tan­nique (qui exclut tous les partis qui veulent contes­ter le « consen­sus », mani­pu­la­tion des partis et des médias, etc.) a été relé­gué par le NPD trop content de deve­nir l’un des deux « grands partis » pou­vant aspi­rer au pou­voir (cette « logique » pour­rait s’appliquer au fédé­ral alors que le NPD en aspi­rant à deve­nir un des deux grands partis ne devrait pas être trop inté­ressé à une réforme du mode élec­to­ral qui lais­se­rait plus de place aux tiers partis). Par ailleurs, alors que le gou­ver­ne­ment du PQ a au moins établi le sys­tème de gar­de­ries com­mu­nau­taires sub­ven­tion­nées, pra­ti­que­ment aucune réforme sociale d’importance n’a été mise de l’avant par les admi­nis­tra­tions du NPD dont plu­sieurs se sont dis­lo­quées et ont effec­ti­ve­ment perdu le pou­voir au profit de la droite (en Saskatchewan, en CB, en Ontario). Malgré ces déboires, Brian Topp et l’establishment du NPD per­sistent à croire que le « recen­trage » est la seule manière d’avancer. Ils savent cepen­dant que la tâche ne sera pas facile.

La question du PLC

Bien qu’assommé par leur défaite de mai der­nier, le PLC garde de pro­fondes racines. Une partie impor­tante des élites cana­diennes l’ont appuyé pen­dant des décen­nies, comme le « parti du gou­ver­ne­ment ». Le PLC, sur­tout depuis Trudeau, avait effec­ti­ve­ment un grand mandat, soit celui de mâter le natio­na­lisme qué­bé­cois. Par ailleurs, la direc­tion de ce parti savait bien manœu­vrer avec un dis­cours cen­triste et key­né­sien d’une part, et des pra­tiques néo­li­bé­rales d’autre part. En 1993 notam­ment, le PLC avait faci­le­ment renié ses pro­messes en main­te­nant en place et même en les accé­lé­rant les réformes néo­li­bé­rales entre­prises par le gou­ver­ne­ment conser­va­teur de Brian Mulroney (cou­pures dras­tiques dans les dépenses sociales, ali­gne­ment sur les États-Unis notam­ment via l’intégration dans l’ALENA, etc.). Ce sont encore aujourd’hui ces élites, comme Paul Desmarais par exemple, qui dominent le PLC et elles res­tent très hos­tiles à un rap­pro­che­ment, encore moins à une « fusion » avec le NPD.

Aujourd’hui par contre, le PLC est en lam­beaux. Les élites ont presque toutes bas­culé du côté de Harper. Les classes « moyennes » sont désta­bi­li­sées par la « restruc­tu­ra­tion » néo­li­bé­rale, déchi­rées poli­ti­que­ment et cultu­rel­le­ment, et de plus en plus abs­ten­tion­nistes. Les immi­grants, tra­di­tion­nelle chasse gardée du PLC, sont main­te­nant hégé­mo­ni­sées par une nou­velle géné­ra­tion de micro busi­ness­men qui sont conser­va­teurs de cœur et d’esprit ! Tout cela met en péril le rêve d’un retour du PLC, n’en déplaise à Paul Desmarais. Il se peut donc qu’une partie du per­son­nel poli­tique, des quelques dépu­tés res­tants et des élec­teurs du PLC évo­luent vers une alliance plus ou moins expli­cite avec le NPD, comme cela avait d’ailleurs été esquissé par Stéphane Dion avec son idée de gou­ver­ne­ment d’alliance il y a quelques années. Bref, le pari du « recen­trage » est loin d’être gagné d’avance même si un cer­tain natio­na­lisme cana­dien, lar­ge­ment par­tagé par les deux for­ma­tions pour­raient contri­buer à les cimen­ter idéo­lo­gi­que­ment.

Le dilemme québécois

La chose est encore plus com­pli­quée si on remet dans l’équation la ques­tion qué­bé­coise. Si effec­ti­ve­ment Brian Topp impose ses vues, il faudra cepen­dant faire d’assez grosses trans­for­ma­tions dans la réa­lité et l’image du NPD. Il faudra, notam­ment, éviter tout « déra­page » sur la ques­tion du fédé­ra­lisme. En dépit des décla­ra­tions de Jack et de Thomas Mulcair durant la der­nière élec­tion, le NPD a une prio­rité et non deux, soit celle de main­te­nir l’État fédé­ral, ce qui implique d’éradiquer le natio­na­lisme qué­bé­cois. Les élites « éclai­rées » cana­diennes, du Globe and Mail jusqu’à « Lord » Conrad Black l’ont bien vu : pour eux, la vic­toire du NPD au Québec a été la meilleure chose qui pou­vait sur­ve­nir, étant donné le fait de la « menace » que repré­sente le natio­na­lisme qué­bé­cois. Dernièrement à la Chambre des com­munes, des dépu­tés « seniors » du NPD comme Pat Martin (Winnipeg) et Charlie Angus (Timmins) ont manœu­vré avec les émis­saires de Harper pour res­treindre encore plus la pré­sence des quatre sur­vi­vants du Bloc Québécois. Dans la presse anglo-cana­dienne (y com­pris parmi les jour­na­listes et édi­to­ria­listes qui ne sont pas à la solde de Harper), la ques­tion du Québec est réglée pour long­temps et tout sim­ple­ment, pour ces milieux, le Bloc Québécois n’existe plus. Au NPD dont la dépu­ta­tion est majo­ri­tai­re­ment qué­bé­coise, il y a quand même un dilemme qui donne des maux de tête, d’autant plus que plu­sieurs nou­veaux dépu­tés du NPD sont ou ont été sou­ve­rai­nistes.

« Discipliner » la garderie

La tâche est donc donnée à Mulcair avec l’appui de son « aile fédé­ra­liste » (com­po­sée d’ex-députés libé­raux et de la « jeune garde » d’étudiants et d’étudiantes de McGill qui ont élus en mai der­nier) de fermer la porte. On fait dis­crè­te­ment pres­sion sur cer­tains dépu­tés NPD sou­ve­rai­nistes pour qu’ils se disent « auto­no­mistes ». L’approche prin­ci­pale est cepen­dant de dire que la ques­tion qué­bé­coise et consti­tu­tion­nelle n’est plus sur l’échiquier poli­tique. C’est contra­dic­toire avec les pro­messes de la cam­pagne : on se sou­vient que Mulcair lui-même avait dit que le NPD se bat­trait pour que le gou­ver­ne­ment fédé­ral res­pecte la loi 101. Mais main­te­nant que la pous­sière est retom­bée, on revient au dis­cours jova­liste tra­di­tion­nel au sein de la social-démo­cra­tie cana­dienne, à l’effet que la ques­tion qué­bé­coise n’est pas vrai­ment impor­tante et que c’est une vieille lubie de lea­ders natio­na­listes frus­trés. Peut-on s’imposer au Québec avec un tel dis­cours ? C’est dou­teux en tout cas à long terme. Mais les stra­tèges du parti pensent sur­tout à court terme. S’ils réus­sis­saient effec­ti­ve­ment à relé­guer la ques­tion qué­bé­coise, Jack, Mulcair et Brian Topp, du moins le pensent-ils, éli­mi­ne­raient la « peur » que pour­rait sus­ci­ter un ali­gne­ment poli­tique pro-Québec, peur qui est celle des élites cana­diennes et, il faut le dire, d’une grande partie des couches popu­laires et moyennes cana­diennes pour qui le natio­na­lisme qué­bé­cois est perçu comme une grave menace. Le NPD pour­rait affir­mer son iden­tité cana­dienne en pré­ten­dant même avoir « dompté » le Québec (comme Trudeau l’avait dit dans les pre­mières années de son pou­voir). L’espoir de Brian Topp reste cepen­dant fra­gile. On peut pré­su­mer qu’un cer­tain nombre de dos­siers « chauds » vont rame­ner la ques­tion qué­bé­coise au devant, comme par exemple la « réforme » du Sénat. Harper veut affai­blir stra­té­gi­que­ment des ins­ti­tu­tions qué­bé­coises comme la Caisse de dépôts au profit de ses amis ban­quiers de Toronto. Et plein de choses encore. On verra si le NPD pourra récon­ci­lier l’irréconciliable.

D’autres dilemmes

Il y a un autre domaine où le NPD « recen­tré » doit faire ses preuves. Traditionnellement, ce parti s’est opposé à l’alignement du Canada sur les poli­tiques impé­ria­listes des États-Unis. Cette oppo­si­tion était pra­ti­quée avec « modé­ra­tion », mais elle vou­lait quand même dire quelque chose, sur­tout à l’époque de la guerre du Vietnam. Au début des années 1990 cepen­dant, le NPD comme d’autres partis de sen­si­bi­lité social-démo­crate s’est en partie converti au dis­cours de la « guerre huma­ni­taire ». En Irak, en Yougoslavie, en Somalie et ailleurs, on disait à Washington mais aussi à Paris (sous le PS fran­çais) et à Londres (avec Tony Blair) que l’impérialisme états-unien devait inter­ve­nir mili­tai­re­ment pour « sauver des vies ». En 2001, ce consen­sus pro-inter­ven­tion est devenu domi­nant avec l’invasion de l’Afghanistan, y com­pris au sein du NPD. Il a fallu attendre jusqu’en 2007 pour que le nou­veau chef Jack Layton réclame le retrait des troupes cana­diennes. C’est vrai et il faut lui donner le crédit, Jack a adopté des posi­tions claires sur l’Afghanistan, contrai­re­ment au Bloc Québécois. Aujourd’hui, cette ques­tion afghane conti­nue d’être un dos­sier chaud, mais cette situa­tion évolue. On le sait, Washington est en train de pré­pa­rer le retrait, quitte à s’assurer de cer­taines garan­ties de la part des Talibans qui pour­raient reve­nir au pou­voir. Cela fait bien l’affaire de Harper, qui sent la soupe chaude avec le détour­ne­ment des cen­taines de mil­lions de dol­lars de l’ « aide cana­dienne », avec la com­pli­cité dans les pra­tiques de pré­da­tion et de tor­ture, et avec le bilan pitoyable de l’intervention mili­taire comme telle. Pour le NPD donc, le dos­sier afghan va perdre son éclat, mais voici que sur­gissent d’autres enjeux majeurs.

Que faire devant la prochaine étape de la « guerre sans fin » ?

Devant l’échec des plans déli­rants de Bush, l’impérialisme états-unien et ses lar­bins à Ottawa réalignent leurs prio­ri­tés. Il faut stop­per le mou­ve­ment popu­laire dans le monde arabe, en recon­so­li­dant des régimes alliés, quitte à faire des chan­ge­ments cos­mé­tiques. Il faut main­te­nir, envers et contre tous, la ligne dure contre les Palestiniens et conso­li­der Israël comme le gen­darme régio­nal. Il faut enfin assu­rer la supré­ma­tie mili­taire des États-Unis dans la région via de nou­veaux dis­po­si­tifs dont on com­mence à voir l’impact en Afghanistan, en Irak et ailleurs. Et il faut enfin créer l’instabilité dans la région, quitte à bous­cu­ler d’anciens amis comme Kadhafi. Or dans cette évo­lu­tion, le cas de la Libye est effec­ti­ve­ment emblé­ma­tique. Le « sou­lè­ve­ment » contre la dic­ta­ture est une opé­ra­tion que tentent d’instrumentaliser les copains de l’OTAN, quitte à sou­te­nir une coa­li­tion bric-à-brac qui repose sur les anciens sbires de Kadhafi avec des roya­listes et des inté­gristes musul­mans (!!!). La dic­ta­ture sera éven­tuel­le­ment ren­ver­sée, mais avec elle, l’État libyen, qui contrôle d’énormes res­sources éner­gé­tiques, lais­sera la place à un pou­voir chao­tique, tenu par des marion­nettes au ser­vice des États-Unis et de l’Union euro­péenne. En même temps, cette manœuvre, l’espère-t-on du moins, don­nera une « bonne leçon » aux États et forces poli­tiques de la région. En Égypte et en Tunisie, mais aussi en Algérie, au Soudan, en Syrie, au Yémen, le danger de la dis­lo­ca­tion et de la guerre civile est très mena­çant pour ceux et celles qui veulent une démo­cra­tie réelle.

Le NPD et la « guerre humanitaire »

Pour les « réa­listes » du NPD, le mes­sage est clair. Il ne faut sur­tout pas que la loyale oppo­si­tion à sa majesté appa­raisse comme un empê­cheur de tour­ner en rond. Aussi lors du vote à la chambre des com­munes sur l’intervention mili­taire cana­dienne en Libye, Jack et Mulcair se sont assu­rés de « dis­ci­pli­ner » le caucus. Quelques dépu­tés récal­ci­trants (Linda Duncan d’Edmonton, Alex Atamanenko de C.B.) ont été rapi­de­ment forcés de mettre de côté leurs réti­cences et c’est ainsi que les dépu­tés du NPD, una­ni­me­ment, ont voté pour la motion du gou­ver­ne­ment, comme d’ailleurs leurs col­lègues du PLC et du Bloc. Le dis­cours qui s’est imposé : l’intervention est là pour « sauver des vies » et elle res­pecte une réso­lu­tion de l’ONU. En réa­lité, et de nom­breux États le disent, la réso­lu­tion en ques­tion a été impo­sée au for­cing et permet n’importe quelle inter­pré­ta­tion. Sur le fond, les impé­ria­listes veulent d’abord et avant tout ren­ver­ser le régime (« regime change ») alors qu’il n’en était pas ques­tion dans la dis­cus­sion à l’ONU. Le monde entier, si on exclut les États de la « triade » (Amérique du Nord, Union euro­péenne, Japon) l’a vu, notam­ment au Brésil, en Inde, en Chine, en Russie et dans la grande majo­rité des États afri­cains, qui tous d’une manière ou d’une autre s’opposent à l’intervention. Entretemps, l’opération cana­dienne a déjà coûté plu­sieurs cen­taines de mil­lions de dol­lars, implique près de 700 mili­taires cana­diens et enlise la Libye mais aussi toute la région dans une guerre de plus en plus meur­trière.

Les prochaines couleuvres à avaler

Chose cer­taine, cette nou­velle aven­ture de Harper consti­tue un grand embar­ras pour le NPD, d’autant plus qu’un des effets col­la­té­raux de cette nou­velle guerre est de ren­for­cer l’argument du PM à l’effet qu’il faut inves­tir davan­tage dans le mili­taire, à com­men­cer par le contrat de trente mil­liards pour les fameux F-35. Reste à voir si cette pre­mière cou­leuvre avalée par le NPD sera la der­nière. On peut s’attendre à ce que de tels dilemmes reviennent rapi­de­ment sur le devant de la scène. Par exemple d’ici quelques jours, il y aura pro­ba­ble­ment une confron­ta­tion entre la flot­tille de la liberté qui cherche à rejoindre Gaza et l’armée israé­lienne. Cela pour­rait être évité, mais tôt ou tard, le gou­ver­ne­ment israé­lien va enclen­cher de nou­velles opé­ra­tions guer­rières contre les Palestiniens, voire contre le Liban. En effet, la « guerre sans fin » conti­nue, sous d’autres formes. La confron­ta­tion israé­lienne-pales­ti­nienne n’est qu’un des « fronts ». Il y aura, à un moment ou à l’autre, le retour de la ques­tion ira­nienne. Sans comp­ter celle du Pakistan, et de bien d’autres pays qui sont, mal­heu­reu­se­ment pour eux, dans l’« arc des crises » (tra­ver­sant l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique) et qui sont la cible des États-Unis. Partout, les impé­ria­listes vont nous servir le même refrain, « il faut sauver des vies », « réta­blir la démo­cra­tie », « pro­té­ger les femmes », et quoi s’autres encore. On le constate donc, il sera dif­fi­cile pour Jack Layton et Brian Topp de gérer tout cela, et de récon­ci­lier l’objectif de « recen­trer » le parti et d’en faire un can­di­dat « accep­table » au pou­voir avec celui de rester loyal à un cer­tain nombre de prin­cipes sur les­quels ce parti a été créé.

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