L’AUTRE vote stratégique : de coeur et de raison

Par Mis en ligne le 30 août 2012

Un AUTRE monde est possible ou ne l’est pas

Depuis deux semaines, un argu­men­taire dou­teux est véhi­culé en faveur d’un vote stra­té­gique. Il fau­drait voter PQ pour blo­quer les libé­raux ou, pire, la CAQ. On blâme les gens qui « divisent le vote ». Appuyer Québec soli­daire ou Option natio­nale serait une faute morale : celle de lais­ser passer un can­di­dat caquiste ou libé­ral.

Grosso modo, l’argument se résume ainsi : il ne fau­drait pas voter avec son coeur, mais plutôt avec sa raison. Le PQ fina­le­ment près du pou­voir, ses prin­ci­paux adver­saires étant de droite, on devrait cesser sa cri­tique et se ral­lier.

Or, les gens qui ont le coeur à QS ou ON ont tout autant sinon plus de « rai­sons stra­té­giques » d’appuyer leur for­ma­tion.

Les joutes poli­tiques ne se règlent pas à la faveur d’une seule élec­tion. À court terme, le PQ est sans doute « moins pire » que la CAQ ou les libé­raux. Et, certes, un gou­ver­ne­ment mino­ri­taire péquiste avec QS et ON ayant la balance du pou­voir paraît un moindre mal.

Mais regar­dons à moyen et à long terme et avouons une vérité que tout le monde tait : la montée de QS et d’ON dépend tota­le­ment de la défaite du PQ. Où, en effet, ces deux partis pour­raient faire le plein de voix si ce n’est au détri­ment du PQ ?

La ter­rible vérité est la sui­vante : sur le vrai plan « stra­té­gique », celui des rap­ports de force, pour que QS ou ON puisse un jour faire élire plu­sieurs dépu­tés, il faut que le PQ se dis­cré­dite, implose, voire dis­pa­raisse.

Dans un futur rap­pro­ché, cette pos­si­bi­lité est loin d’être invrai­sem­blable. Peu de gens en parlent, mais le PQ joue qua­si­ment son avenir poli­tique lors de cette élec­tion. Une défaite en serait une qua­trième consé­cu­tive. Son nombre de membres baisse constam­ment, mais sur­tout, la jeu­nesse le délaisse. Pour le prou­ver, il suffit de voir la quan­tité impor­tante de jeunes qui ont sou­dai­ne­ment joint ON ou encore de penser au fait que la plu­part des étu­diants gré­vistes vote­ront pour QS. Léo Bureau-Blouin est une excep­tion. Il n’y a pra­ti­que­ment plus de relève enga­gée au PQ.

Ce parti qui est si régu­liè­re­ment au bord de l’implosion, qui mange ses chefs, qui passe son temps à s’entredéchirer sur des stra­té­gies réfé­ren­daires, finira bien un jour par s’autodétruire. Or de nou­velles élec­tions ne seront pas si loin­taines tant il semble évident que le pro­chain gou­ver­ne­ment sera mino­ri­taire. Si l’implosion ne sur­vient pas après une défaite le 4 sep­tembre, elle aura lieu à la sui­vante, avec le chef qui rem­pla­cera Mme Marois.

De l’autre côté, la montée de QS et de ON est très envi­sa­geable. Les diri­geants du PQ le savent mieux que qui­conque : encore deux défaites, et QS ou ON – ou, mieux, un parti issu de leur fusion – aura des chances réa­listes de deve­nir le vrai grand parti sou­ve­rai­niste de gauche. Nous pour­rons alors enfin espé­rer une réforme du mode de scru­tin, la réa­li­sa­tion d’une vision éco­lo­giste glo­bale et res­pon­sable, une sou­ve­rai­neté ne se fon­dant pas sur la dis­cri­mi­na­tion, des poli­tiques véri­tables de lutte à la pau­vreté, etc..

La « raison » qui émet ce calcul n’est-elle pas aussi forte, sinon plus, que celle appe­lant à voter PQ ? Si on croit vrai­ment dans les valeurs et les prin­cipes que véhi­culent QS ou ON, si on veut un jour les voir au pou­voir, alors on peut voter avec le coeur autant qu’avec la raison, et répondre au pseudo-argu­men­taire péquiste par : « Je vote stra­té­gique, donc je vote QS ou ON ».

PHILIPPE DUMESNIL
L’auteur est pro­fes­seur de phi­lo­so­phie au cégep de Valleyfield.

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