L’analyse du budget fédéral 2011 du point de vue du CTC

Par Mis en ligne le 10 juin 2011

Introduction

Puisque les taux de chô­mage et de sous-emploi sont encore élevés, le gou­ver­ne­ment fédé­ral doit donner le pas à une relance éco­no­mique durable dont les avan­tages seront lar­ge­ment par­ta­gés. Le budget conser­va­teur a intro­duit un mon­tant addi­tion­nel qui s’ajoutera au Supplément de revenu garanti pour les aînés à bas reve­nus et une Initiative des amé­lio­ra­tions éco­ner­gé­tiques rési­den­tielles.

Pour les tra­vailleuses et les tra­vailleurs sans emploi, le budget inclut une pro­lon­ga­tion d’un an pour deux pro­jets pilotes d’assurance-emploi et une pro­lon­ga­tion tem­po­raire des arran­ge­ments de par­tage d’emplois actuels ou déjà échus. Il y a aussi une amé­lio­ra­tion modeste de 4,5 mil­lions de dol­lars par année pour le pro­gramme de pro­tec­tion du sala­rié.

Les petites entre­prises ont obtenu un congé de primes d’assurance-emploi d’un an si elles créent des emplois. Les manu­fac­tu­riers obtiennent une pro­lon­ga­tion de deux ans des amor­tis­se­ments rapides pour les nou­veaux inves­tis­se­ments dans la machi­ne­rie et l’équipement, une mesure par­ti­cu­lière qui pour­rait aider à pro­mou­voir les vrais inves­tis­se­ments.

Il n’y a pas de mesures impor­tantes pour la créa­tion d’emplois tels qu’un appui pour l’investissement dans l’infrastructure muni­ci­pale ou dans les soins aux enfants et aux aînés.

L’objectif caché du budget est de réduire le défi­cit déjà modeste. Les grandes réduc­tions dans les dépenses, se chif­frant à 4 mil­liards de dol­lars par année, s’échelonneront sur quelques années, bien qu’aucun détail n’est donné quant aux endroits qui seront réduits. Le budget fait allu­sion que ces réduc­tions ser­vi­ront à finan­cer des réduc­tions fis­cales addi­tion­nelles.

Ce que nous voulions

Le CTC avait incité le gou­ver­ne­ment fédé­ral à trai­ter de trois domaines prin­ci­paux dans son budget : les pen­sions, l’assurance-emploi et les emplois.

Ce que nous vou­lions.

  1. La réforme du sys­tème natio­nal des retraites grâce à une série de mesures, dont un dou­ble­ment des pres­ta­tions du Régime de pen­sions du Canada et une hausse du Supplément de revenu garanti à un niveau suf­fi­sant pour éli­mi­ner la pau­vreté chez les per­sonnes âgées au Canada.
  2. L’amélioration des méca­nismes de sécu­rité du revenu des tra­vailleuses et tra­vailleurs en chô­mage et des méca­nismes d’aide aux com­mu­nau­tés dure­ment frap­pées grâce au main­tien et à la boni­fi­ca­tion des pro­grammes spé­ciaux d’assurance-emploi et de for­ma­tion qui ont été créés pen­dant la réces­sion mais qui ont déjà pris fin.
  3. Le lan­ce­ment d’un pro­gramme majeur d’investissements publics éche­lon­nés sur plu­sieurs années afin de créer des emplois et de ren­for­cer l’économie, notam­ment en favo­ri­sant le déve­lop­pe­ment des infra­struc­tures publiques, l’élargissement des ser­vices publics tels que la garde d’enfants et les ser­vices aux aînés, l’économie d’énergie, les trans­ports en commun, les pro­jets dans le domaine des éner­gies renou­ve­lables et la restruc­tu­ra­tion des indus­tries.

Pensions

La crise a mis au jour de graves lacunes au cœur de notre sys­tème de pen­sions. Nos régimes publics de pen­sions – la Sécurité de la vieillesse (SV), le Supplément de revenu garanti (SRG), le Régime de pen­sions du Canada (RPC) – devraient pro­cu­rer un revenu de retraite assuré, mais leur valeur maxi­male est loin d’assurer le rem­pla­ce­ment de 50 % à 70 % du revenu d’avant la retraite qui per­met­trait de main­te­nir le même niveau de vie. Par ailleurs, le volet privé de notre sys­tème de pen­sions est en grande dif­fi­culté.

Le mou­ve­ment syn­di­cal croit que les Canadiennes et les Canadiens ne devraient pas être obli­gés de « se débrouiller seuls » à la retraite. Nous sommes heu­reux que sept pro­vinces aient approuvé l’expansion du Régime de pen­sions du Canada. Le CTC a réclamé un dou­ble­ment des pres­ta­tions du RPC les fai­sant passer de 25 % à 50 % du salaire moyen qui serait entiè­re­ment financé d’avance grâce à une majo­ra­tion éche­lon­née de moins de 6 % des gains jusqu’à concur­rence du maxi­mum des gains ouvrant droit à pen­sion. Le RPC assure à vie des pres­ta­tions de retraite déter­mi­nées, entiè­re­ment trans­fé­rables et indexées sur l’inflation à un coût beau­coup plus bas que celui des « régimes de pen­sion agréés col­lec­tifs » qu’appuient le ministre des Finances Flaherty et les ins­ti­tu­tions finan­cières qui ont fait des pres­sions poli­tiques contre l’expansion du RPC.

Le budget parle que les gou­ver­ne­ments fédé­ral et pro­vin­ciaux conti­nue­ront le tra­vail sur des choix d’améliorations modestes au RPC, mais n’indique pas un appui marqué pour un tel choix. Il parle d’un besoin de consen­sus, n’atteignant pas la for­mule de modi­fi­ca­tion de sept pro­vinces avec deux tiers de la popu­la­tion natio­nale. Il réitère l’intention du gou­ver­ne­ment d’aller de l’avant avec les << régimes de groupes >>, sans offrir des nou­veaux détails.

Nous avons en outre réclamé que le Supplément de revenu garanti (SRG) soit accru sur-le-champ de 15 % afin d’éliminer la pau­vreté parmi les per­sonnes âgées. Ceci coû­te­rait envi­ron 1,1 mil­liard de dol­lars.

Le budget intro­duit un mon­tant addi­tion­nel au SRG jusqu’à un maxi­mum de 600 $ par année pour un aîné céli­ba­taire et 840 $ pour un couple. Le mon­tant maxi­mal sera versé aux per­sonnes ayant 2 000 $ ou moins de reve­nus autres que la SV et le SRG. Au-delà de ces limites de reve­nus, le mon­tant addi­tion­nel sera réduit gra­duel­le­ment et sera entiè­re­ment éli­miné à un niveau de revenu de 4 400 $ (excluant la SV et le SRG) pour les céli­ba­taires et 7 360 $ pour les couples. Le coût du sup­plé­ment au SRG qui devrait être versé à 680 000 aînés, sera de 300 mil­lions de dol­lars par année.

Assurance-emploi et formation

Les mesures spé­ciales de sou­tien du revenu et de for­ma­tion en vertu de l’assurance-emploi étaient un impor­tant élé­ment de la réponse du gou­ver­ne­ment du Canada à la grande réces­sion. Cependant, ces mesures ont pris fin.

Elles com­pre­naient une pro­lon­ga­tion tem­po­raire de cinq semaines des pres­ta­tions d’AE pour tous les béné­fi­ciaires de pres­ta­tions ordi­naires jusqu’à une durée maxi­male régio­nale de 50 semaines et une pro­lon­ga­tion sup­plé­men­taire pour cer­tains tra­vailleurs et tra­vailleuses de longue date. L’accès aux pres­ta­tions de pro­lon­ga­tions spé­ciales de l’AE pour la for­ma­tion a pris fin en mai 2010.

Même au pire de la réces­sion, à peine plus de la moitié des per­sonnes en chô­mage avaient droit à des pres­ta­tions ordi­naires d’AE, et la pro­por­tion des femmes y ayant droit était encore plus faible.

Le CTC a incité le gou­ver­ne­ment à main­te­nir les mesures spé­ciales, y com­pris les pro­lon­ga­tions de pres­ta­tions, les mesures favo­ri­sant le par­tage d’emploi et l’assouplissement de l’accès aux pres­ta­tions ordi­naires d’AE, afin d’épauler le recy­clage des sans-emploi.

Le budget pro­longe les arran­ge­ments de par­tage du tra­vail sous l’assurance-emploi qui sont déjà en place pour une période allant jusqu’à 16 semaines à un coût de 10 mil­lions de dol­lars. La pro­lon­ga­tion sera éli­mi­née pro­gres­si­ve­ment d’ici octobre 2011. Il a aussi annoncé une pro­lon­ga­tion d’un an pour deux pro­jets pilotes sous l’assurance-emploi, les­quels devaient prendre fin cet été, pour un coût total de 420 mil­lions de dol­lars. Il s’agit des pro­jets qui cal­culent les pres­ta­tions sur les meilleures 14 semaines de gains dans les 25 régions de chô­mage élevés et le projet Travail pen­dant une période de pres­ta­tions qui permet aux tra­vailleurs et tra­vailleuses une plus grande flexi­bi­lité pour com­bi­ner l’AE avec les occa­sions de tra­vail tem­po­raire. Le CTC a demandé que ces deux mesures soient en place de façon per­ma­nente et soient dis­po­nibles à tous les tra­vailleuses et les tra­vailleurs en chô­mage.

Le budget accorde un congé de primes d’AE pen­dant un an aux petites entre­prises qui aug­mentent leur effec­tif en 2011 com­pa­ra­ti­ve­ment à 2010. Le congé repré­sente 165 mil­lions de dol­lars. Les limites déjà annon­cées sur les aug­men­ta­tions de primes d’AE demeurent en place.

Le budget pré­voit que le nou­veau fonds d’AE rede­vien­dra en équi­libre bud­gé­taire d’ici 2015 et les consul­ta­tions pro­mises sur l’établissement des taux de primes iront de l’avant bien­tôt.

Le pro­gramme de pro­tec­tion du sala­rié qui couvre les salaires dus dans les cas de faillites (jusqu’à un maxi­mum de 3 400 $) est amé­lioré pour cou­vrir une plus longue période pour pro­té­ger les employés frap­pés par une restruc­tu­ra­tion man­quée d’un employeur, à un coût annuel de 4,5 mil­lions de dol­lars. L’initiative tem­po­raire pour les tra­vailleuses et les tra­vailleurs plus âgés, lequel aide les sans emploi dans les plus petites com­mu­nau­tés, est pro­lon­gée pour deux ans à un coût de 50 mil­lions de dol­lars.

En ce qui a trait à la for­ma­tion, le budget a annoncé un pro­gramme “Helmets to Hardhats” en par­te­na­riat avec les métiers de la construc­tion de la FAT-COI. Ce pro­gramme per­met­tra de former des anciens mili­taires pour l’industrie de la construc­tion. Il y aura un dégrè­ve­ment fiscal pour les frais d’examen pour les cartes de com­pé­tence et des petites amé­lio­ra­tions ont été appor­tées aux prêts et bourses des étu­diants et étu­diantes.

Emplois

Pour faire face à la crise de l’emploi qui se pour­suit, le CTC a incité le gou­ver­ne­ment fédé­ral à lancer, de concert avec les pro­vinces et les villes, un grand pro­gramme plu­ri­an­nuel d’investissement public qui crée­rait des emplois dès main­te­nant, favo­ri­se­rait l’atteinte de nos objec­tifs envi­ron­ne­men­taux et bâti­rait de nou­velles indus­tries vertes pour l’avenir. Le plan global englo­be­rait les routes, les égouts et l’infrastructure muni­ci­pale de base, les éta­blis­se­ments de santé et d’enseignement, les trans­ports en commun, le trans­port fer­ro­viaire de pas­sa­gers, les loge­ments à prix abor­dable, l’économie d’énergie grâce à la moder­ni­sa­tion des édi­fices et les éner­gies renou­ve­lables. Toute l’aide fédé­rale à l’investissement dans l’infrastructure et la pro­tec­tion de l’environnement devrait être liée à des poli­tiques d’achat de biens et de ser­vices cana­diens per­met­tant de voir à ce que les intrants soient ache­tés au Canada. Nous avons aussi demandé des stra­té­gies indus­trielles sec­to­rielles pour aider la restruc­tu­ra­tion.

L’actuel pro­gramme d’investissement dans l’infrastructure – y com­pris le Fonds de sti­mu­la­tion de l’infrastructure – a apporté une contri­bu­tion appré­ciable au réta­blis­se­ment du marché du tra­vail, mais les inves­tis­se­ments ont été de portée res­treinte, ne com­pre­naient pas suf­fi­sam­ment d’investissements verts et ont expiré à la fin de l’année finan­cière 2010-2011.

Le budget a fait un nombre de petites annonces sur l’investissement dans la créa­tion d’emplois. Il y a une pro­lon­ga­tion d’un an seule­ment dans le pro­gramme éco­Éner­gie – Rénovation – Maisons, à un coût de 400 mil­lions de dol­lars comme partie d’une suite de mesures modestes à l’appui de l’énergie propre et renou­ve­lable.

Aucune aug­men­ta­tion de l’appui fédé­ral pour l’infrastructure muni­ci­pale, bien que la base pour le trans­fert décou­lant de la taxe sur l’essence offrira assu­ré­ment 2 mil­liards de dol­lars par année. (Ceci pour­rait main­te­nant tomber sous la base dans l’éventualité peu pro­bable que les prix de l’essence accusent une baisse impor­tante.)

Il y a une pro­lon­ga­tion de l’amortissement rapide sur deux ans pour les com­pa­gnies manu­fac­tu­rières et de trai­te­ment qui inves­tissent dans la machi­ne­rie et l’équipement, au coût total de 620 mil­lions de dol­lars. Le CTC a appuyé une telle mesure ciblée comme une alter­na­tive aux réduc­tions inutiles et vastes du taux d’imposition des socié­tés.

Le budget a annoncé des mesures mineures à l’appui des sec­teurs fores­tier et aéro­spa­tial et à l’appui de la recherche et du déve­lop­pe­ment.

Le gou­ver­ne­ment fédé­ral devrait éga­le­ment inves­tir dans les ser­vices d’éducation et de garde des jeunes enfants, les soins à domi­cile et les soins de longue durée pour les per­sonnes âgées afin de créer à la fois des emplois et aider à l’atteinte de nos objec­tifs sociaux. Au lieu de rendre les pro­grammes publics plus vastes, le budget a annoncé des petites amé­lio­ra­tions aux cré­dits d’impôt jusqu’à un maxi­mum de 300 $ de plus par année pour les membres de la famille qui offrent des soins à un enfant han­di­capé à charge ou à une per­sonne âgée dépen­dante.

Transfert canadien en matière de santé versés aux provinces

Les Conservateurs n’ont pas annoncé de modi­fi­ca­tion des trans­ferts aux pro­vinces dans ce budget. Actuellement, le Transfert cana­dien en matière de santé apporte aux pro­vinces des sommes aug­men­tant de 4 % par année et le Transfert cana­dien en matière de pro­grammes sociaux aug­mente de 3 % par année. La for­mule actuelle de contri­bu­tion du gou­ver­ne­ment fédé­ral aux pro­grammes sociaux pro­vin­ciaux expi­rera en 2013-2014. Un gou­ver­ne­ment conser­va­teur majo­ri­taire rédui­rait pro­ba­ble­ment le taux d’augmentation des trans­ferts pour obli­ger les pro­vinces à sabrer dans les soins de santé publics et à accroître les soins de santé privés.

Contexte : La continuation de la crise de l’emploi

L’économie cana­dienne a com­mencé à se réta­blir de la « grande réces­sion » du point de vue du PIB et de la crois­sance glo­bale de l’emploi mais les taux de chô­mage et de sous-emploi demeurent beau­coup plus élevés que les niveaux d’avant la réces­sion. En février 2011, le taux de chô­mage natio­nal était de 7,8 %, ce qui consti­tue une forte aug­men­ta­tion par rap­port au taux d’environ 6 % d’avant la réces­sion, et il y avait encore près de 1,5 mil­lion de sans-emploi, dont 21 % étaient en chô­mage depuis six mois ou plus.

Bon nombre des emplois créés au cours de la récente reprise sont à temps par­tiel et tem­po­raires. Selon la mesure la plus vaste employée par Statistique Canada, laquelle com­prend les per­sonnes qui se sont décou­ra­gées de cher­cher du tra­vail et celles qui tra­vaillent invo­lon­tai­re­ment à temps par­tiel, le taux de chô­mage est de 11,7 %. Un taux presque record d’un tra­vailleur ou d’une tra­vailleuse sur cinq (19,7 %) tra­vaille à temps par­tiel, et le nombre des per­sonnes qui ont des emplois tem­po­raires aug­mente.

Le budget pré­voit que le taux de chô­mage moyen sera de 7,5 % cette année et de 7,2 % en 2012, bien au-delà du taux de 6 % atteint en 2008, avant la réces­sion.

Le bilan des Conservateurs en matière de dépenses et d’impôts

Avant la réces­sion, le gou­ver­ne­ment Harper don­nait la prio­rité aux réduc­tions d’impôt. Les impôts fédé­raux ont été rame­nés de 16,2 % à 14,6 % du PIB de 2005-2006 avant la réces­sion. Au cours de la pro­chaine année finan­cière (2011-2012), les réduc­tions d’impôts approu­vées par les Conservateurs rédui­ront les recettes publiques d’un total de 37,5 mil­liards de dol­lars, dont 10,5 mil­liards viennent de l’impôt sur le revenu des socié­tés et 13,2 mil­liards, de la baisse de deux points de pour­cen­tage de la TPS. Ce sont là de clas­siques tac­tiques de droite consis­tant à « affa­mer la bête », c’est-à-dire à créer un défi­cit public pour ouvrir la voie à des réduc­tions bud­gé­taires.

Le taux géné­ral d’impôt sur le revenu des socié­tés est de 16,5 %. C’est moins que les 22 % de 2006 et beau­coup moins que les 35 % en vigueur aux États-Unis. En jan­vier 2012, il ne sera plus que de 15 %. Malgré les réduc­tions anté­rieures du taux d’imposition des socié­tés, les vrais inves­tis­se­ments des entre­prises n’ont pas aug­menté en tant que part de notre éco­no­mie. Les réduc­tions en ques­tion étaient cen­sées sti­mu­ler l’investissement dans l’économie réelle et créer des emplois. Or, la part du lion des allé­ge­ments d’impôt va aux banques et aux entre­prises des indus­tries pri­maires, qui ont déjà des pro­fits élevés.

Le budget n’a rien changé aux réduc­tions pla­ni­fiées aux impôts des socié­tés.

Les Conservateurs ont répondu à la réces­sion en haus­sant les dépenses publiques à contre­cœur et par suite de pres­sions sur les scènes natio­nale et inter­na­tio­nale. Les mesures de sti­mu­la­tion finan­cées par le défi­cit qui ont été prises dans le budget de 2009 et se sont pour­sui­vies en 2010 – et par­ti­cu­liè­re­ment l’investissement dans l’infrastructure muni­ci­pale et la légère aug­men­ta­tion de l’accès à l’assurance-emploi et à la for­ma­tion – ont eu un cer­tain effet posi­tif car elles ont amorti légè­re­ment l’effet de la grande réces­sion sur les tra­vailleurs et les tra­vailleuses et sur les com­mu­nau­tés dure­ment frap­pées. Cependant, ces mesures ont pris fin et l’accent est désor­mais mis sur l’austérité bud­gé­taire.

Contrairement aux idées tra­di­tion­nelles reçues, le défi­cit et la dette fédé­raux ne posent pas de graves pro­blèmes.

La dette fédé­rale en tant que part du PIB n’était que de 29,0 % avant la réces­sion. C’est un des niveaux les plus bas dans les grandes éco­no­mies. Même si le Canada a épongé des défi­cits pen­dant trois années consé­cu­tives à cause de la réces­sion, la dette actuelle est infé­rieure à celle de 2005-2006 et se situe bien en-des­sous de celles du Japon, des États-Unis ou des prin­ci­paux pays euro­péens. Elle revien­dra bien­tôt aux niveaux connus avant la réces­sion.

Le défi­cit est bas et il dimi­nue. Il a atteint un sommet de 3,6 % du PIB l’année der­nière, il dimi­nue très rapi­de­ment vers les 2,5 % du PIB prévus pour l’année finan­cière en cours et il devrait n’être plus que de 1,7 % du PIB en 2011-2012 en raison de la relance éco­no­mique limi­tée qui a fait aug­men­ter les reve­nus fis­caux. Le défi­cit fédé­ral a chuté bien en-deçà des pro­jec­tions du der­nier budget et on s’attend à ce qu’il soit presque éli­miné d’ici 2014-15. Il était beau­coup plus élevé – soit d’environ 5 % du PIB – de la fin des années 1980 au milieu des années 1990. De plus, les taux d’intérêt sur la dette publique demeurent plus faibles que jamais (beau­coup moins que 4 % par année sur les obli­ga­tions de dix ans). Le défi­cit actuel existe prin­ci­pa­le­ment à cause des réduc­tions d’impôt pra­ti­quées par les Conservateurs plutôt que de la réces­sion.

Malgré le défi­cit à la baisse, le budget a annoncé des réduc­tions des dépenses de l’ordre de 17,2 mil­liards de dol­lars au cours des pro­chains cinq ans, avec un objec­tif éven­tuel d’épargner 4 mil­liards de dol­lars par année pour réduire la dette ou finan­cer d’autres réduc­tions fis­cales.

D’un côté posi­tif, le ministre Flaherty pla­ni­fie aussi d’augmenter les reve­nus de 1 mil­liard de dol­lars par année en refer­mant les échap­pa­toires fis­caux prin­ci­pa­le­ment uti­li­sés par les Canadiens et les Canadiennes ayant des reve­nus très élevés (y com­pris les exé­cu­tifs prin­ci­paux ayant des régimes de retraite per­son­nel).

Les exa­mens stra­té­giques des dépenses, intro­duits en 2007, ont ori­gi­na­le­ment été carac­té­ri­sés de cycle conti­nuel d’examen des minis­tères qui réal­louait 5 % des dépenses des sec­teurs à basse prio­rité à des sec­teurs à grande prio­rité au sein du minis­tère. En 2009, l’exercice de l’examen stra­té­gique était devenu un pro­gramme ser­vant à réduire les dépenses du minis­tère de 5 % par année.

Le pre­mier cycle de 4 ans des exa­mens stra­té­giques s’est ter­miné en 2010. D’ici 2014-15, ces exa­mens auront géné­rés des épargnes totales de 8,5 mil­liards de dol­lars.

En 2011, une nou­velle ini­tia­tive d’un an à l’échelle du gou­ver­ne­ment tout entier, << L’examen stra­té­gique et fonc­tion­nel
ciblé >> rem­pla­cera tem­po­rai­re­ment les exa­mens stra­té­giques rota­tifs. Ce nouvel examen génè­rera 4 mil­liards de dol­lars (repré­sen­tant 5% de la base d’examen) en épargnes annuelles, à comp­ter de 2014-15, pour une épargne totale cumu­la­tive de 11 mil­liards de dol­lars d’ici 2015-16.

En ce qui a trait à la plus récente ronde d’examens stra­té­giques, il n’y a eu aucune indi­ca­tion dans le budget quant aux endroits ciblés. Les obser­va­teurs devront passer en revue les esti­més prin­ci­paux et sup­plé­men­taires pour les détails par­ti­cu­liers du der­nier examen et nous ne connais­sons pas les cibles futures du pro­gramme. Combinées aux épargnes réa­li­sées de 2007 à 2010, on estime que les épargnes annuelles tota­li­se­ront 15,5 mil­liards de dol­lars d’ici 2014-15.

Les bud­gets d’opérations des minis­tères fédé­raux demeurent gelés pour deux ans aux mêmes niveaux qu’en 2010-11. En 2010-11, aucune aug­men­ta­tion des por­te­feuilles minis­té­riels n’a été allouée pour absor­ber les aug­men­ta­tions de salaires légi­fé­rées de 1,5 % pour les tra­vailleuses et les tra­vailleurs de la fonc­tion publique fédé­rale, résul­tant en des épargnes de 300 mil­lions de dol­lars en 2010-11.

Conclusion

La crise de l’emploi est encore bien pré­sente. La dette natio­nale est faible et les taux d’intérêt sont et demeu­re­ront très bas. Ce budget aurait dû accor­der prio­ri­tés aux pen­sions, aux emplois et à l’appui aux sans emploi, et non pas aux réduc­tions des dépenses pour dimi­nuer un défi­cit déjà faible et au finan­ce­ment de réduc­tions fis­cales addi­tion­nelles.

L’Alternative bud­gé­taire pour le gou­ver­ne­ment fédé­ral pré­pa­rée par le CCPA illustre le fait qu’un grand pro­gramme d’investissement public, ainsi que celui pro­posé par le CTC, pour­rait per­mettre d’améliorer les ser­vices aux com­mu­nau­tés et aux indi­vi­dus et de rame­ner rapi­de­ment le taux de chô­mage natio­nal sous les 7 %. Si le gou­ver­ne­ment voyait à ce que les Canadiens et les Canadiennes recom­mencent à tra­vailler et à payer des impôts, le défi­cit dimi­nue­rait à peu près aussi rapi­de­ment que selon le plan des Conservateurs et les pro­grammes et ser­vices seraient amé­lio­rés plutôt que réduits.

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