L’erreur de Jack

Par , Mis en ligne le 19 avril 2011

Les récents son­dages réjouissent le NPD qui arrive nez-à-nez avec le PLC au Québec. Serait-ce enfin le « miracle » attendu ?

Depuis tou­jours, le NPD se pré­sente comme le grand parti de la gauche modé­rée au Canada, celui qui défend les « gens ordi­naires ». Il l’a effec­ti­ve­ment fait avec une cer­taine consis­tance bien que les expé­riences de gou­ver­ne­ment pro­vin­cial sous l’égide de cette social-démo­cra­tie « made in Canada » aient été plutôt inégales.

À un autre niveau, le NPD n’a jamais été en mesure de com­prendre la « ques­tion » qué­bé­coise. Dans les années 50 et 60, le lea­der­ship cana­dien-anglais du NPD était plus fédé­ra­liste que Pierre Trudeau. Un « Canada fort » allait régler les pro­blèmes, y com­pris les pro­blèmes du Québec. Dans les années 1970, des jeunes plus à gauche ont contesté cette vision et ont tenté de faire recon­naître par le NPD la réa­lité de la nation qué­bé­coise et de son droit à l’autodétermination. Mais aucun chan­ge­ment n’est sur­venu fina­le­ment. Les sec­tions qué­bé­coises du NPD se sont par la suite effon­drées les unes comme les autres. Des mili­tants et des mili­tantes pas­saient armes et bagages du côté des for­ma­tions poli­tiques qué­bé­coises dans la gauche radi­cale ou même dans le PQ.

Dans les années 1980 et 1990, la déban­dade du NPD au Québec a conti­nué. Devenu le Parti de la démo­cra­tie socia­liste (PDS), l’ex NPD-Québec s’est fina­le­ment fondu dans l’Union des forces pro­gres­sistes (UFP) qui a fina­le­ment réa­lisé l’unité de la gauche sous l’égide de Québec soli­daire.

Sont res­tées ici et là quelques petites poches de loyaux à la cause du NPD. Parmi ceux-ci des social-démo­crates de diverses allé­geances, peu tentés de se ral­lier à la gauche qué­bé­coise à la fois à cause du parti-pris indé­pen­dan­tiste, à la fois par rejet d’un cer­tain radi­ca­lisme qui cadre mal avec le NPD fédé­ral. Également, des déçus du PLC et du PLQ, dont beau­coup d’anglophones et d’allophones, hos­tiles à l’idée de l’indépendance, mais commis par rap­port à des objec­tifs de jus­tice sociale et d’environnement et dont des per­son­na­li­tés comme Thomas Mulcair et Françoise Boivin sont assez repré­sen­ta­tives. Finalement, quelques mili­tants de gauche indé­pen­dan­tistes, qui ont conti­nué de s’impliquer dans le NPD, pré­senté comme le « meilleur » parti fédé­ra­liste, prêt par ailleurs à des « accom­mo­de­ments rai­son­nables » avec cer­tains de ses mili­tantEs et can­di­datEs asso­ciés à la cause indé­pen­dan­tiste, voire à QS.

En tout et pour tout, une assez petite mino­rité de la popu­la­tion qué­bé­coise.

Comment alors expli­quer l’apparente popu­la­rité du NPD dans la cam­pagne élec­to­rale actuelle ?

Il y a d’abord l’indéniable popu­la­rité de Jack Layton lui-même. À son style sym­pa­thique s’ajoute une cer­taine droi­ture, y com­pris face à la ques­tion qué­bé­coise, qui est pour­tant un boulet pour lui au Canada anglais. Jack cepen­dant n’a pas été capable de s’avancer au-delà de prin­cipes assez vagues (la nation qué­bé­coise), mais on peut pré­su­mer que, si les cir­cons­tances lui per­met­taient, qu’il pour­rait aller plus loin. Ce ne sera pas demain la veille, car l’architecture élec­to­rale du NPD ne repose pas sur le Québec, ni main­te­nant ni demain. C’est ce qui explique que Jack appuie la garan­tie de prêt pro­mise par Harper à Terre-Neuve, ce qui per­met­tra à celle-ci d’épargner plu­sieurs cen­taines de mil­lions de dol­lars pour ses pro­jets hydro-élec­triques (alors que le Québec n’a jamais rien reçu).

Enfin, sou­li­gnons l’opposition consis­tante de Jack à la pour­suite de la guerre en Afghanistan, sans essayer comme le Bloc de jouer au plus fin, et ce qui lui mérite l’appui de plu­sieurs jeunes anti­mi­li­ta­ristes et alter­mon­dia­listes.

L’autre raison de la remon­tée du NPD est la décep­tion crois­sante face aux autres partis fédé­ra­listes, prin­ci­pa­le­ment le PLC. Ignatieff depuis le début de la cam­pagne a cepen­dant tenté d’infléchir sa cam­pagne à gauche. Mais on pour­rait tout sim­ple­ment dire : trop peu trop tard. Comment avoir confiance en effet en un leader qui, alors qu’il était pro­fes­seur d’université aux États-Unis, a appuyé Bush dans ses aven­tures meur­trières??!!

On pour­rait ajou­ter à cela d’autres fac­teurs conjonc­tu­rels dont le fait que le Bloc comme son frère le PQ ne sont pas au top de leur forme …

Cependant, il faut beau­coup nuan­cer ces fac­teurs. Lors des élec­tions pré­cé­dentes, les inten­tions de vote pour le NPD ont tou­jours été gon­flées. Beaucoup de gens disent sym­pa­thi­ser avec le NPD pour ses idées pro­gres­sistes, mais le jour du vote, plu­sieurs auront ten­dance à voter « utile ». Il y a aussi le phé­no­mène de l’abstentionnisme, qui touche beau­coup plus les jeunes (deux élec­teurs sur trois entre 18 et 25 ans ne votent pas), et donc ce qui risque d’affecter davan­tage le NPD que les autres partis.

En réa­lité au Québec, le NPD a sur­tout des chances dans Outremont et Aylmer. Mulcair dans Outremont affronte la redou­table machine du libé­ral Cauchon, appuyé à fond par les réseaux semi occultes qui contrôlent le PLC (dont le clan Desmarais). Dans ce comté, les par­ti­sans du Bloc devraient appuyer Mulcair, car le Bloc n’a aucune chance. Même chose dans Aylmer, où la barre est plus haute encore. Contre un élu libé­ral, le NPD tente sa chance avec une syn­di­ca­liste bien connue dans la région, Nycole Turmel. Si le NPD est chan­ceux, il se pour­rait que l’ex-libérale Françoise Boivin puisse se fau­fi­ler entre le député du Bloc Richard Nadeau et le can­di­dat libé­ral.

À part ces quelques comtés, soyons hon­nêtes, le NPD n’a pra­ti­que­ment aucune chance de l’emporter ailleurs au Québec.

Que peut-il alors se passer ? Où ira la sym­pa­thie pro-NPD ? Il se peut que, dans cer­tains comtés mont­réa­lais (Ahuntsic par exemple), le vote pro­gres­siste se divise entre le Bloc et le NPD, ce qui ferait l’affaire du PLC. Dans la région du Québec, sur­tout dans les comtés que les Conservateurs ont arra­chés au Bloc par quelques cen­taines de voix, la montée du vote NPD pour­rait servir Stephen Harper.

Si tel est le cas, Jack aura servi la cause des vieux partis et peut-être même faci­lité la vic­toire des Conservateurs.

Certes, si le NPD aug­mente son pour­cen­tage de votes au Québec et à l’échelle cana­dienne, il pourra affir­mer avoir fait avan­cer la cause social-démo­crate. Il se peut même que du côté du PLC, sur­tout si la défaite est sévère, qu’il y ait des pres­sions pour effec­tuer un rap­pro­che­ment, sinon une alliance avec le NPD (ces alliances entre le centre-droit et le centre-gauche sont cou­rantes en Europe). Mais est-ce réel­le­ment l’avancement dont rêvent les social-démo­crates au Canada ?

À vrai dire, un tel recen­trage n’aurait comme effet que de confor­ter les élites cana­diennes qui se seraient « débar­ras­sées » du « danger » d’une réelle percée du NPD et qui en même temps, auraient affai­bli l’autre grande « menace », soit le natio­na­lisme qué­bé­cois.

2 réponses à “L’erreur de Jack”

  1. Sébastien Bouchard dit :

    Considérant que le NPD est main­te­nant la prin­ci­pale force d’opposition face au conser­va­teur, allez-vous appe­ler à voter NPD. La logique de votre pré­sen­ta­tion me pousse à dire oui ….

  2. Michel Pilon dit :

    C’est ce que je ne cesse d’écrire, tant vaut vaut l’analyse tant vaut la méthode. Que dire des médias ? Ils ont com­pris eux l’importance du vote stra­té­gique, appuyons le NPD ça divise sur la ques­tion natio­nale. Exit Ignatieff, vive Bob Rae et le tour sera jouer pour la pro­chaine fois, sur­tout qu’il n’est pas sûr qu’Harpeur soit majo­ri­taire. Les scan­dales s’accumulent autout de Monsieur propre !