L’Amérique Latine s’émancipe des USA

Exit l’Organisation des Etats américains (OEA) ? La « rencontre de l’unité », déroulée ironiquement à Cancun au Mexique, a en tout cas marqué la volonté des chefs d’Etat et de gouvernement d’Amérique latine et des Caraïbes de prendre d’avantage d’autonomie vis-à-vis du grand frère étasunien, siège de l’OEA et poids lourd en son sein.

Réunis mardi en sommet, 32 Etats ont donc donné naissance à la Communauté d’Etats latino-américains et caribéens (CELC). Autre clin d’oeil de l’histoire, c’est à Felipe Calderón, ex-grand allié de George W. Bush, qu’est revenu l’honneur de présenter la nouvelle organisation.

L’objectif officiel n’est bien sûr pas de se passer de Washington et d’Ottawa, mais bien de « stimuler en priorité l’intégration régionale (…), de faire valoir les projets de la région dans les rendez-vous internationaux et de renforcer (notre) position face aux événements mondiaux d’importance », a déclaré M. Calderón.

Ce dernier lisait la déclaration finale de ce sommet qui a réuni 24 chefs d’Etat ou de gouvernement. L’exécutif du Honduras, non reconnu par une dizaine d’Etats latino-américains, n’était pas invité. Cette nouvelle initiative « est d’importance historique », a déclaré le Cubain Raul Castro. Pour son pays longtemps mis au ban de la communauté continentale sous la pression des Etats-Unis, la réunion avait un goût de revanche. Mais le président est demeuré sobre : « Cuba considère que les conditions sont remplies pour avancer rapidement vers la constitution d’une organisation régionale purement latino-américaine et caraïbe », a-t-il simplement ajouté.

Plus offensif, le Bolivien Evo Morales a célébré la « défaite de l’empire » face à l’unité latino-américaine. Le président vénézuélien Hugo Chavez, chef de file de la gauche latino-américaine, a renchéri en affirmant qu’il s’agissait de « se défaire définitivement de la domination des Etats-Unis sur le continent ».

Reste que parmi les Etats fondateurs du CELC, les Nord-Américains ne manquent pas de fidèles alliés, tels que le Colombien Alvaro Uribe ou le Péruvien Alan García.

Soucieux d’unité, le Brésilien Lula a décliné la proposition de présider la future institution, afin de ne pas lui donner un profil trop politique. Quant à M. Calderón, très proche de Washington – malgré un actuel léger froid – il a tenu à préciser que la CELC « ne doit représenter un motif de préoccupation pour personne ».

Dès l’ouverture du sommet, le président mexicain avait souligné qu’un tel bloc régional devait simplement garantir « la participation effective de la région à l’économie et aux décisions mondiales ». Soit défendre les intérêts continentaux sans l’interférence du géant étasunien.

Benito Perez, Le Courrier, 25 février 2010