BRESIL : La menace américaine

Mis en ligne le 26 février 2010

par Jean-Pierre DUBOIS

La menace amé­ri­caine » : C’est le titre choisi pour l’éditorial du jour­nal O Estado de São Paulo (Brésil) de ce 12 février. Le fait est d’autant plus sur­pre­nant que d’ordinaire ce jour­nal de la droite bré­si­lienne ne mar­chande pas son sou­tien aux États-Unis.

De quoi s’agit-il ?

Le libre-échange com­mer­cial – au coeur de la doc­trine de l’Organisation mon­diale du com­merce (OMC) – a été invo­qué par les pays capi­ta­listes occi­den­taux tant que cela leur per­met­tait d’imposer l’entrée de leurs mar­chan­dises dans les autres pays, au détri­ment des pro­duc­tions natio­nales de ces der­niers.

Depuis quelques années, l’explosion éco­no­mique des anciens pays pauvres, comme l’Inde, la Chine ou le Brésil, a modi­fié la donne : les éco­no­mies occi­den­tales, dure­ment concur­ren­cées, tendent main­te­nant à cher­cher refuge dans le pro­tec­tion­nisme.

C’est ce qui arrive avec le Brésil.

Ce pays, grand pro­duc­teur de coton, a tra­duit les Etats-Unis devant l’OMC, ce der­nier pays allouant des sub­ven­tions à ses propres pro­duc­teurs de coton « en vio­la­tion des lois com­mer­ciales« .

Au terme d’un procès, qui a duré sept années et est passé par deux ins­tances juri­diques, l’OMC a fina­le­ment recom­mandé l’élimination des sub­ven­tions amé­ri­caines.

Mais les Etats-Unis ont super­be­ment ignoré cette recom­man­da­tion, ce qui – selon la régle­men­ta­tion de l’OMC – auto­rise le Brésil à user de repré­sailles com­mer­ciales pour com­pen­ser les dom­mages causés.

Le mon­tant de cette com­pen­sa­tion pour­rait atteindre 830 mil­lions de dol­lars dès cette année. Pour le moment, le gou­ver­ne­ment bré­si­lien envi­sage d’imposer des aug­men­ta­tions aux taxes d’importation sur cer­tains pro­duits amé­ri­cains à hau­teur de 560 mil­lions de dol­lars. Le res­tant serait obtenu par la sus­pen­sion de droits de pro­priété intel­lec­tuelle (blocus des remises de royal­ties, annu­la­tion de patentes) ; le pré­sident Lula vient de signer un décret en ce sens.

O Estado note, qu’en géné­ral, dans une telle situa­tion, les pays concer­nés cherchent par la négo­cia­tion à éviter d’en arri­ver aux repré­sailles. « Mais le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain n’a montré aucune dis­po­si­tion, jusqu’à main­te­nant, à recher­cher un accord avec les auto­ri­tés bré­si­liennes« , ajoute-t-il.

Plus, le nouvel ambas­sa­deur des États-Unis, à son arri­vée au Brésil, a évoqué « la pos­si­bi­lité de contre-repré­sailles« . Or, pour le jour­nal bré­si­lien, « l’idée de contre-repré­sailles est incom­pa­tible avec la léga­lité inter­na­tio­nale« .

Il ajoute : « En reje­tant l’élimination des sub­ven­tions, le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain méprise les normes sous­crites par tous les pays membres de l’OMC. […] Maintenant, en lan­çant des menaces de contre-repré­sailles à l’encontre du pays vain­queur du procès, ce gou­ver­ne­ment déclare pré­fé­rer, au plan inter­na­tio­nal, le régime de la force à celui de la loi« .

« Si [la force] était le régime sou­haité pour le com­merce inter­na­tio­nal, le meilleur serait d’éliminer l’OMC […]. Pourquoi ins­ti­tuer et main­te­nir des règles et tri­bu­naux s’ils ne s’appliquent pas à tous ?« , conclut-il.

Quant à Celso Amorim, le ministre des Relations exté­rieures du Brésil, il a déclaré que, dans cette affaire, son pays « ne peut s’incliner« .

* * * *

Ce qui échappe au jour­nal bré­si­lien c’est que le recours à l’imposition de la force ne se limite pas, pour les États-Unis, au domaine du com­merce inter­na­tio­nal. C’est une carac­té­ris­tique, per­ma­nente et géné­rale, de ce pays qui agit tou­jours en marge de la léga­lité inter­na­tio­nale. « L’Etat amé­ri­cain demeure un Etat violent et sans foi ni loi« , écrit Noam Chomsky. [1]

Du blocus de Cuba à l’invasion de l’Irak, en pas­sant par le bom­bar­de­ment de la Serbie, pour prendre quelques exemples, tout cela s’est décidé en dehors de toute ins­tance inter­na­tio­nale légi­time. (et même contre les ins­tances inter­na­tio­nales légi­times – com­men­taire du Grand Soir)

Comment est-ce pos­sible ?

Si la poli­tique de force des États-Unis ne ren­contre pas la répro­ba­tion qu’elle méri­te­rait, c’est que les grands médias occi­den­taux – les plus puis­sants de la pla­nète – se font les relais com­plai­sants de la pro­pa­gande et de la dés­in­for­ma­tion sys­té­ma­tiques qui pré­cèdent et accom­pagnent les actions bel­li­queuses de ce pays.

C’est aussi que les autres gou­ver­ne­ments – tels ceux de l’Union euro­péenne – deviennent muets dès que les man­que­ments à la léga­lité inter­na­tio­nale concernent les États-Unis.

JPD (depuis le Brésil)
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[1] Noam Chomsky, « Un monde com­plè­te­ment suréel – Le contrôle de la pensée publique », Ed. Lux, Quebec, 2003.

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