L’indépendance, la gouvernance souverainiste et la lutte pour un changement social au québec

Par Mis en ligne le 02 février 2012

Les attaques dont a fait l’objet Gilles Duceppe dans La Presse l’ont semble-t-il obligé à renon­cer à toute pos­si­bi­lité de rem­pla­cer Pauline Marois à la direc­tion du PQ. Même s’il n’avait pas for­mel­le­ment annoncé ses inten­tions le tapis rouge avait déjà com­mencé à se dérou­ler pour annon­cer son arri­vée pro­chaine. La sortie publique de Bernard Landry dans les médias, juste avant la tenue du Conseil natio­nal du PQ, devait s’en prendre aux fon­de­ments de la stra­té­gie poli­tique de Pauline Marois afin de favo­ri­ser l’entrée en scène de Gilles Duceppe.

Assurés du chan­ge­ment de garde, les deux diri­geants du SPQ libre, Pierre Dubuc et Marc Laviolette se sont aven­tu­rés en ter­rain décou­vert, en s’en pre­nant de façon fort mal­adroite et très mépri­sante d’ailleurs à Pauline Marois. Mal leur en prit, ils ont aus­si­tôt réin­té­gré les rangs et réaf­firmé pour une énième fois leur ser­ment d’allégeance, allant même jusqu’à dire que Daniel Breton était fina­le­ment une acqui­si­tion de choix pour le PQ alors qu’ils avaient accusé Pauline Marois d’avoir recruté un fédé­ra­liste quelques jours plus tôt.

L’ancien pre­mier ministre Bernard Landry avait quant à lui choisi un ter­rain plus poli­tique. Sa sortie publique dans les médias, juste avant la tenue du Conseil natio­nal du PQ, devait s’en prendre aux fon­de­ments de la stra­té­gie poli­tique de Pauline Marois afin de favo­ri­ser l’entrée en scène de Gilles Duceppe. Sa lettre étant déjà annon­cée, il a pro­ba­ble­ment jugé inop­por­tun de la retirer.

« Mettre le cap sur l’indépendance » s’en prend, à juste titre, à la gou­ver­nance sou­ve­rai­niste, concept avancé par la direc­tion Marois et adopté lors du congrès de 2006. Selon lui, « On ne peut pas faire comme si on était sou­ve­rain quand on est une simple pro­vince… Une telle doc­trine envoie le mes­sage que si l’on peut agir en État sou­ve­rain sans l’être, la sou­ve­rai­neté n’est donc pas indispensable. »

Mais là s’arrête l’essentiel de la réflexion. Quant aux pers­pec­tives elles se limitent à un crédo pour l’indépendance. Son texte est visi­ble­ment trop centré sur Pauline Marois et ce fai­sant il omet de faire un bilan d’ensemble. Madame Marois n’a pas inventé la gou­ver­nance sou­ve­rai­niste. Après l’élection de Mulroney, René Lévesque avait lancé l’idée du « beau risque » qui avait amené à la démis­sion de plu­sieurs figures pres­ti­gieuses dont Jacques Parizeau. À cette époque Bernard Landry l’avait qua­li­fié d’aventurier.

Le Bloc Québécois a éga­le­ment été pris dans cette contra­dic­tion. Défendre les inté­rêts du Québec à Ottawa, n’a-t-il pas rendu le fédé­ra­lisme plus accep­table aux yeux des qué­bé­cois ? À cer­tains moments même, par exemple lorsque Pierre Paquette a reven­di­qué au nom du BQ la pré­sence du Canada au conseil de sécu­rité des nations unies, on se trou­vait en pleine confu­sion des genres.

Nous sommes donc devant un ques­tion­ne­ment beau­coup plus pro­fond que le simple lea­der­ship de Pauline Marois. Il est dom­mage que Gilles Duceppe ait fait l’objet d’un coup bas média­tique parce que cela a coupé court arti­fi­ciel­le­ment à la pour­suite d’un débat, si tant est qu’un réel débat aurait pu avoir lieu sur ces ques­tions. Mais il aurait été inté­res­sant de confron­ter l’affirmation de Bernard Landry selon laquelle nous serions hors d’Afghanistan sous un Québec Indépendant alors que le BQ sous Gilles Duceppe a accepté à deux reprises le pro­lon­ge­ment de la mis­sion mili­taire canadienne.

Quelles pers­pec­tives pour un Québec souverain ?

Il ne suffit pas de « …regar­der le peuple droit dans les yeux et aller au pas de charge vers cet idéal… » comme le men­tionne Bernard Landry. Il faut défi­nir le contenu du Québec que nous vou­lons. Il faut per­mettre à la popu­la­tion d’exprimer ses reven­di­ca­tions et d’avancer ses idées. Quel contrôle vou­lons-nous sur nos richesses natu­relles ? Quel type d’exploitation devons-nous déve­lop­per pour res­pec­ter l’environnement ? Comment conser­ver nos emplois au Québec ? Comment déve­lop­per et amé­lio­rer les ser­vices de santé, com­ment donner un accès égal à l’éducation ? Comment déve­lop­per un Québec sans pau­vreté ? Comment s’assurer que tout le monde ait un loge­ment décent ? Comment trans­for­mer nos ins­ti­tu­tions par­le­men­taires pour qu’elles reflètent véri­ta­ble­ment la volonté populaire ?

L’accession à la sou­ve­rai­neté ne pourra se réa­li­ser qu’en met­tant en place un pro­ces­sus de consul­ta­tion popu­laire qui débou­chera sur un réfé­ren­dum. Il faut que la popu­la­tion puisse construire la consti­tu­tion d’un Québec sou­ve­rain. Pour y arri­ver il faut qu’une assem­blée consti­tuante soit élue au suf­frage uni­ver­sel afin que l’ensemble de la société puisse défi­nir le projet de société de tous ceux et celles qui aspirent à un Québec de jus­tice et d’équité. Par ailleurs, seule la mobi­li­sa­tion popu­laire pourra sur­mon­ter une intru­sion anti démo­cra­tique de l’establishment fédé­ral comme celle qui a donné lieu au vol du réfé­ren­dum de 1995.

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