Forum social thématique 2012 de Porto Alegre

Déclaration finale de l’Assemblée des mouvements sociaux

Par Mis en ligne le 03 février 2012

Nous, peuples de tous les conti­nents, réunis dans le cadre de l’Assemblée des mou­ve­ments sociaux tenue lors du Forum social thé­ma­tique « Crise capi­ta­liste – Justice sociale et envi­ron­ne­men­tale », lut­tons contre une crise sys­té­mique qui se tra­duit par une crise éco­no­mique, finan­cière, poli­tique, ali­men­taire et envi­ron­ne­men­tale met­tant en péril la survie même de l’humanité. La déco­lo­ni­sa­tion des peuples oppri­més et la confron­ta­tion avec l’impérialisme repré­sentent le prin­ci­pal défi des mou­ve­ments sociaux dans le monde.

Nous nous réunis­sons ici, dans toute notre diver­sité, pour construire ensemble un agenda d’actions com­munes contre le capi­ta­lisme, le patriar­cat, le racisme et tout type de dis­cri­mi­na­tion et d’exploitation. C’est pour­quoi nous réaf­fir­mons nos axes com­muns de luttes, adop­tés lors de notre Assemblée de Dakar en 2011. La lutte contre les trans­na­tio­nales, la lutte pour la jus­tice cli­ma­tique et pour la sou­ve­rai­neté ali­men­taire, la lutte pour l’élimination des vio­lences faites aux femmes, la lutte pour la paix et contre la guerre, le colo­nia­lisme, l’occupation et la mili­ta­ri­sa­tion de nos ter­ri­toires.

Les peuples du monde entier subissent aujourd’hui l’aggravation d’une crise pro­fonde du capi­ta­lisme dans laquelle ses agents (banques, trans­na­tio­nales, conglo­mé­rats média­tiques, ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales et tous les gou­ver­ne­ments à leur ser­vice) cherchent à accroître leurs béné­fices au prix d’une poli­tique inter­ven­tion­niste et néo-colo­nia­liste. Guerres, occu­pa­tions mili­taires, trai­tés néo-libé­raux de libre-échange et « mesures d’austérité » se voient tra­duits en paquets éco­no­miques qui pri­va­tisent les biens, baissent les salaires, réduisent les droits, aug­mentent le chô­mage et exploitent les res­sources natu­relles. Ces poli­tiques affectent lour­de­ment les pays riches du Nord, aug­mentent les migra­tions, les dépla­ce­ments forcés, les délo­ge­ments, l’endettement et les inéga­li­tés sociales.

La logique d’exclusion de ce modèle ne sert qu’à enri­chir une petite élite, tant dans les pays du Nord que dans les pays du Sud, au détri­ment de la grande majo­rité de la popu­la­tion. La défense de la sou­ve­rai­neté et de l’auto-détermination des peuples, la jus­tice éco­no­mique, envi­ron­ne­men­tale et de genre, sont les clés pour affron­ter et dépas­ser la crise, en conso­li­dant le pro­ta­go­nisme d’un Etat libre des cor­po­ra­tions et au ser­vices des peuples.

Le réchauf­fe­ment global est le résul­tat du sys­tème capi­ta­liste de pro­duc­tion, de dis­tri­bu­tion et de consom­ma­tion. Les trans­na­tio­nales, les ins­ti­tu­tions finan­cières, les gou­ver­ne­ments et les orga­nismes inter­na­tio­naux à son ser­vice, ne veulent pas réduire leur émis­sion de gaz à effet de serre. A pré­sent, ils tentent de nous impo­ser « l’économie verte » comme solu­tion à la crise envi­ron­ne­men­tale et ali­men­taire, ce qui non seule­ment aggrave le pro­blème, mais débouche sur la mar­chan­di­sa­tion, la pri­va­ti­sa­tion et la finan­cia­ri­sa­tion de la vie. Nous reje­tons toutes les fausses solu­tions à ces crises, tels que les agro-com­bus­tibles trans­gé­niques, la géo-ingé­nie­rie et les mar­chés car­bone, car ce ne sont là que les nou­veaux dégui­se­ments du sys­tème. La tenue de la Conférence des Nations-unies Río+20, au mois de juin à Río de Janeiro, 20 ans après Rio 92, ren­force la lutte pour la jus­tice cli­ma­tique en oppo­si­tion au modèle de déve­lop­pe­ment capi­ta­liste. La ten­ta­tive de « verdir » le capi­ta­lisme, s’accompagnant de nou­veaux ins­tru­ments de « l’économie verte », doit aler­ter les mou­ve­ments sociaux et leur per­mettre de durcir la résis­tance et d’être les pro­ta­go­nistes de la construc­tion de véri­tables alter­na­tives à la crise.

Nous dénon­çons la vio­lence faites aux femmes qui est exer­cée régu­liè­re­ment comme un outil de contrôle de leurs vies et de leurs corps. De sur­croît, nous lut­tons contre la recru­des­cence de leur exploi­ta­tion au tra­vail qui permet aux entre­prises d’atténuer les impacts de la crise et de main­te­nir des marges de béné­fices constantes. Nous lut­tons contre le trafic des femmes et d’enfants, contre les rela­tions for­cées et les pré­ju­gés raciaux. Nous défen­dons la diver­sité sexuelle, le droit à l’auto-détermination de genre et lut­tons contre l’homophobie et les vio­lences sexistes.

Les puis­sances impé­ria­listes uti­lisent des bases mili­taires étran­gères pour fomen­ter des conflits, contrô­ler et piller les res­sources natu­relles et pro­mou­voir des dic­ta­tures en divers endroits du monde. Nous dénon­çons le faux dis­cours de défense des droits humains, qui sou­vent permet de jus­ti­fier les occu­pa­tions mili­taires. Nous nous pro­non­çons contre la vio­la­tion per­ma­nente des droits humains et démo­cra­tiques au Honduras, et plus par­ti­cu­liè­re­ment à Bajo Aguán, l’assassinat de syn­di­ca­listes et d’acteurs de la lutte sociale en Colombie, ainsi que le blocus cri­mi­nel contre Cuba depuis 50 ans. Nous lut­tons pour la libé­ra­tion des 5 cubains empri­son­nés illé­ga­le­ment aux Etats-Unis, l’occupation illé­gale des Iles Malouines par l’Angleterre, les tor­tures et les occu­pa­tions mili­taires pro­mues par les Etats-Unis et l’Otan en Libye et en Afghanistan. Nous dénon­çons le pro­ces­sus de néo-colo­ni­sa­tion et de mili­ta­ri­sa­tion à l’oeuvre sur le conti­nent afri­cain et la pré­sence de l’Africom. Nous lut­tons éga­le­ment pour l’élimination de toutes les armes nucléaires et contre l’Otan.

Nous expri­mons notre soli­da­rité avec les luttes des peuples du monde contre la logique pré­da­trice et néo­co­lo­niale des indus­tries extrac­tives et minières trans­na­tio­nales, en par­ti­cu­lier avec la lutte du peuple de Famatina en Argentine. Nous dénon­çons la cri­mi­na­li­sa­tion des mou­ve­ments sociaux. Le capi­ta­lisme a détruit la vie des per­sonnes. Pour cette raison, de nom­breuses luttes naissent chaque jour pour la jus­tice sociale, afin d’éliminer les effets lais­sés par le colo­nia­lisme et pour que tous et toutes, nous ayons une qua­lité de vie digne. Chacune de ces luttes implique une bataille d’idées qui rend indis­pen­sable les actions pour la démo­cra­ti­sa­tion des moyens de com­mu­ni­ca­tion indé­pen­dants, contrô­lés pour le moment par des conglo­mé­rats, et contre le contrôle privé de la pro­priété intel­lec­tuelle. Dans le même temps, le déve­lop­pe­ment d’une com­mu­ni­ca­tion indé­pen­dante doit accom­pa­gner notre pro­ces­sus d’émancipation. Engagés dans nos luttes his­to­riques, nous défen­dons le tra­vail décent et la réforme agraire et consi­dé­rons que c’est le seul chemin vers l’économie fami­liale, pay­sanne et indi­gène, c’est un pas néces­saire pour accé­der à la sou­ve­rai­neté ali­men­taire et la jus­tice envi­ron­ne­men­tale. Nous réaf­fir­mons notre enga­ge­ment dans la lutte pour la réforme urbaine comme ins­tru­ment fon­da­men­tal dans la construc­tion de villes justes aux espaces démo­cra­tiques et par­ti­ci­pa­tifs. Nous défen­dons la construc­tion d’une autre inté­gra­tion, fondée sur la logique de la soli­da­rité, et le ren­for­ce­ment de pro­ces­sus tels que l’Unasur et l’Alba. La lutte pour le sou­tien à l’éducation, la science et les tech­no­lo­gies publiques, ainsi que pour la défense des savoirs tra­di­tion­nels devient urgente à mesure que ces domaines sont livrés à la mar­chan­di­sa­tion et à la pri­va­ti­sa­tion.

Nous expri­mons notre soli­da­rité et notre sou­tien aux étu­diants chi­liens, colom­biens, por­to­ri­cains et du monde entier qui conti­nuent de défendre ce bien commun qu’est l’éducation. Nous affir­mons que les peuples ne doivent pas payer pour cette crise et qu’il n’y a pas d’issue pos­sible au sein du sys­tème capi­ta­liste. De grands défis sont ins­crits au calen­drier, ils exigent que nous arti­cu­lions nos luttes et que nous nous mobi­li­sions mas­si­ve­ment.

Inspirés par l’histoire de nos luttes et par la force réno­va­trice des mou­ve­ments du « Printemps arabe », d’Occupy Wall Street, des Indignés et la lutte des indi­gnés chi­liens, l’Assemblée des mou­ve­ments sociaux appelle les forces et acteurs popu­laires de tous les pays à déve­lop­per des actions de mobi­li­sa­tion coor­don­nées au niveau mon­dial. Nous devons contri­buer à l’émancipation et à l’auto-détermination de nos peuples, en ren­for­çant la lutte contre le capi­ta­lisme. Nous appe­lons tous et toutes à ren­for­cer le poids de la Rencontre inter­na­tio­nale des droits humains en soli­da­rité avec le Honduras et à construire le Forum social de la Palestine libre, sou­te­nant le mou­ve­ment mon­dial pour le boy­cott, le dés­in­ves­tis­se­ment et les sanc­tions contre l’Etat d’Israël et sa poli­tique d’apartheid contre le peuple pales­ti­nien.

Prenons la rue à partir du 5 juin pour une grande jour­née de mobi­li­sa­tion mon­diale contre le capi­ta­lisme. Nous appe­lons à impul­ser l’organisation, face à la Conférence Rio+20, du Sommet des peuples pour la jus­tice sociale et envi­ron­ne­men­tale, contre la mar­chan­di­sa­tion de la vie et pour la défense des biens com­muns.

Oui, le temps pré­sent est à la lutte, l’avenir est à nous !

Porto Alegre, le 28 jan­vier 2012, Assemblée des mou­ve­ments sociaux

Traduction : Guillaume Beaulande

Edition : Mémoire des luttes

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