I – La leçon de Standing Rock

À la suite de la décision du président Donald Trump, le Corps des ingénieurs de l’armée américaine a repris ses travaux au nord de la réserve sioux de Standing Rock. C’est le retour des politiques racistes, patriarcales et capitalistes les plus crues, mais aussi un rebond du colonialisme. Dans l’imagination populaire américaine, la fin du colonialisme est survenue lorsque les treize colonies ont déclaré leur indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1776. Mais on oublie que pendant plus de 100 ans après cette indépendance, la guerre de conquête s’est aggravée contre les peuples autochtones.

Une histoire de pipelines

Depuis quelques années, les deux Dakotas (du Nord et du Sud) sont dans la course pour la production de gaz, ce qui a mené au gigantesque projet Dakota Access, dont la valeur totale est de près de quatre milliards de dollars (plus que la totalité du budget du Bureau des affaires indiennes du gouvernement fédéral). Sur la réserve de Standing Rock, les infrastructures (maisons, écoles, hôpitaux, routes) sont en décrépitude. Le projet du milliardaire Kelcy Warren n’apportera que quelques misérables emplois à Standing Rock.

Les projets de pipelines en cours aux États-Unis

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Résistances

Quand on parle du colonialisme maintenant (ce qui est rare), c’est pour penser qu’il est irréversible. Les Blancs sont installés, ils forment la majorité, ils ne partiront jamais. Ils sont venus détruire nos communautés, nos territoires, nos familles, nos corps, nos langues, nos cultures, nos connaissances et notre amour, mais nous sommes encore là. Nous défendons quelque chose qui est indéniablement juste : l’eau qui soutient la vie et les terres qui ont donné naissance à des gens. L’obstination à ne point renoncer à lutter pour ce qui est juste, à ne pas abandonner, c’est notre tradition. Tant que nous serons là, le colonialisme va échouer. En réalité, le mouvement autochtone a presque vaincu le pipeline Dakota Access. Après des mois de pression, l’administration Obama a stoppé le projet, mais Trump a renversé cette victoire partielle.

Menaces contre les opposants au projet

Depuis l’intronisation de Trump, l’encerclement des opposants au projet s’est beaucoup durci. Soixante-seize personnes qui cherchaient à établir un autre campement près de celui qui avait été détruit ont été arrêtées. Trois des principaux organisateurs sont recherchés par le FBI pour « terrorisme ». Les conseillers de Trump sont en train de préparer un plan visant à privatiser les réserves indiennes qui représentent 2 % de la masse continentale des États-Unis, mais qui forment jusqu’à un cinquième des réserves de pétrole, de gaz naturel et de charbon du pays. Le plan renverserait plus d’un siècle de politique fédérale en transformant en propriété privée des terres souveraines autochtones, réglementées et détenues en fiducie par le gouvernement fédéral. Il accélérerait également beaucoup la mise en place de plates-formes et de pipelines.

Se battre sur deux fronts

La lutte de Standing Rock a donné un élan à plusieurs mouvements de résistance. C’est le cas de la communauté Unist’ot’en au nord de la Colombie-Britannique, qui refuse que son territoire soit transformé en un « corridor de l’énergie ». Au Minnesota, l’entreprise Enbridge a été forcée de suspendre un projet de pipeline. Dans chacun de ces cas, les nations autochtones sont le protagoniste principal de la lutte. Revenant sur Standing Rock, la clé de la victoire a été l’unité des diverses tribus et nations qui sont venues de partout sur le continent. Dans la prochaine période, il faudra s’opposer aux pipelines, et en même temps, faire face à une attaque frontale contre les droits et la souveraineté des Autochtones. Standing Rock a prouvé que le mouvement autochtone peut s’opposer à l’industrie extractive et gagner.

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Julian Brave NoiseCat[1]

  1. Journaliste et chercheur, NoiseCat est membre de la nation Tsq’escen en Colombie-Britannique. Le texte a été abrégé et traduit à partir de deux textes de l’auteur publiés par le magazine Jacobin, « A history and future of resistance – indigenous struggle against dispossession and the Dakota Access », le 15 octobre 2016, et « Standing Rock and the struggle ahead », le 14 février 2017.>