Résistances

I – La leçon de Standing Rock

Par Mis en ligne le 24 janvier 2018

À la suite de la déci­sion du pré­sident Donald Trump, le Corps des ingé­nieurs de l’armée amé­ri­caine a repris ses tra­vaux au nord de la réserve sioux de Standing Rock. C’est le retour des poli­tiques racistes, patriar­cales et capi­ta­listes les plus crues, mais aussi un rebond du colo­nia­lisme. Dans l’imagination popu­laire amé­ri­caine, la fin du colo­nia­lisme est sur­ve­nue lorsque les treize colo­nies ont déclaré leur indé­pen­dance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1776. Mais on oublie que pen­dant plus de 100 ans après cette indé­pen­dance, la guerre de conquête s’est aggra­vée contre les peuples autoch­tones.

Une his­toire de pipe­lines

Depuis quelques années, les deux Dakotas (du Nord et du Sud) sont dans la course pour la pro­duc­tion de gaz, ce qui a mené au gigan­tesque projet Dakota Access, dont la valeur totale est de près de quatre mil­liards de dol­lars (plus que la tota­lité du budget du Bureau des affaires indiennes du gou­ver­ne­ment fédé­ral). Sur la réserve de Standing Rock, les infra­struc­tures (mai­sons, écoles, hôpi­taux, routes) sont en décré­pi­tude. Le projet du mil­liar­daire Kelcy Warren n’apportera que quelques misé­rables emplois à Standing Rock.

Les pro­jets de pipe­lines en cours aux États-Unis

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Résistances

Quand on parle du colo­nia­lisme main­te­nant (ce qui est rare), c’est pour penser qu’il est irré­ver­sible. Les Blancs sont ins­tal­lés, ils forment la majo­rité, ils ne par­ti­ront jamais. Ils sont venus détruire nos com­mu­nau­tés, nos ter­ri­toires, nos familles, nos corps, nos langues, nos cultures, nos connais­sances et notre amour, mais nous sommes encore là. Nous défen­dons quelque chose qui est indé­nia­ble­ment juste : l’eau qui sou­tient la vie et les terres qui ont donné nais­sance à des gens. L’obstination à ne point renon­cer à lutter pour ce qui est juste, à ne pas aban­don­ner, c’est notre tra­di­tion. Tant que nous serons là, le colo­nia­lisme va échouer. En réa­lité, le mou­ve­ment autoch­tone a presque vaincu le pipe­line Dakota Access. Après des mois de pres­sion, l’administration Obama a stoppé le projet, mais Trump a ren­versé cette vic­toire par­tielle.

Menaces contre les oppo­sants au projet

Depuis l’intronisation de Trump, l’encerclement des oppo­sants au projet s’est beau­coup durci. Soixante-seize per­sonnes qui cher­chaient à éta­blir un autre cam­pe­ment près de celui qui avait été détruit ont été arrê­tées. Trois des prin­ci­paux orga­ni­sa­teurs sont recher­chés par le FBI pour « ter­ro­risme ». Les conseillers de Trump sont en train de pré­pa­rer un plan visant à pri­va­ti­ser les réserves indiennes qui repré­sentent 2 % de la masse conti­nen­tale des États-Unis, mais qui forment jusqu’à un cin­quième des réserves de pétrole, de gaz natu­rel et de char­bon du pays. Le plan ren­ver­se­rait plus d’un siècle de poli­tique fédé­rale en trans­for­mant en pro­priété privée des terres sou­ve­raines autoch­tones, régle­men­tées et déte­nues en fidu­cie par le gou­ver­ne­ment fédé­ral. Il accé­lé­re­rait éga­le­ment beau­coup la mise en place de plates-formes et de pipe­lines.

Se battre sur deux fronts

La lutte de Standing Rock a donné un élan à plu­sieurs mou­ve­ments de résis­tance. C’est le cas de la com­mu­nauté Unist’ot’en au nord de la Colombie-Britannique, qui refuse que son ter­ri­toire soit trans­formé en un « cor­ri­dor de l’énergie ». Au Minnesota, l’entreprise Enbridge a été forcée de sus­pendre un projet de pipe­line. Dans chacun de ces cas, les nations autoch­tones sont le pro­ta­go­niste prin­ci­pal de la lutte. Revenant sur Standing Rock, la clé de la vic­toire a été l’unité des diverses tribus et nations qui sont venues de par­tout sur le conti­nent. Dans la pro­chaine période, il faudra s’opposer aux pipe­lines, et en même temps, faire face à une attaque fron­tale contre les droits et la sou­ve­rai­neté des Autochtones. Standing Rock a prouvé que le mou­ve­ment autoch­tone peut s’opposer à l’industrie extrac­tive et gagner.

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Julian Brave NoiseCat[1]

  1. Journaliste et cher­cheur, NoiseCat est membre de la nation Tsq’escen en Colombie-Britannique. Le texte a été abrégé et tra­duit à partir de deux textes de l’auteur publiés par le maga­zine Jacobin, « A his­tory and future of resis­tance – indi­ge­nous struggle against dis­pos­ses­sion and the Dakota Access », le 15 octobre 2016, et « Standing Rock and the struggle ahead », le 14 février 2017.>

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