Extractivisme et néoextractivisme : les deux faces d’une même malédiction

Mis en ligne le 10 décembre 2014

Depuis 2013, Développement, ins­ti­tu­tions et mon­dia­li­sa­tion ( DIAL) a régu­liè­re­ment publié des textes autour de la pro­blé­ma­tique de l’extractivisme, pri­vi­lé­giant soit la des­crip­tion d’un conflit et de luttes dans un cas précis d’extractivisme [1], soit des pers­pec­tives plus géné­rales [2]. Le texte que nous publions ici pro­pose une syn­thèse assez englo­bante et une ana­lyse des dyna­miques glo­bales de l’extractivisme, en sug­gé­rant dans un der­nier temps des portes de sortie pour amor­cer la construc­tion de socié­tés pos­tex­trac­ti­vistes. Alberto Acosta est un éco­no­miste équa­to­rien, pro­fes­seur et cher­cheur à la Faculté latino-amé­ri­caine de sciences sociales — siège aca­dé­mique de l’Équateur (FLACSO-Équateur). Ancien ministre de l’Énergie et des Mines, il a aussi été pré­sident et membre de l’Assemblée consti­tuante [3]. Le texte tra­duit ici est un cha­pitre de l’ouvrage col­lec­tif Más allá del desar­rollo, publié sous la direc­tion de Miriam Lang et Dunia Mokrani Chávez (Quito, Abya Yala / Fundación Rosa Luxemburg, 2011). Du fait de la lon­gueur du cha­pitre, nous avons réa­lisé deux coupes [4]. Le texte est cepen­dant dis­po­nible en inté­gra­lité, en espa­gnol, sur le site DIAL — AlterInfos [5].

« Pourrais-tu me dire quel chemin je dois suivre pour sortir d’ici?, demanda Alice. Tout dépend de l’endroit où tu vou­dras aller, répon­dit le chat. Cela m’est presque égal, dit Alice. Alors le chemin que tu sui­vras importe peu, dit le chat. »

Lewis Carroll, Les Aventures d’Alice au pays des mer­veilles.

Dans le piège de la malé­dic­tion de l’abondance

Bien que cela paraisse peu cré­dible à pre­mière vue, les obser­va­tions récentes et beau­coup d’expériences cumu­lées per­mettent d’affirmer que la pau­vreté dans de nom­breux pays est liée à la pré­sence de richesses natu­relles abon­dantes [6]. Les pays riches en res­sources natu­relles, dont l’économie s’appuie prin­ci­pa­le­ment sur leur extrac­tion et leur exploi­ta­tion, éprouvent de grandes dif­fi­cul­tés à se déve­lop­per. Surtout, ceux qui pos­sèdent en abon­dance une ou plu­sieurs matières pre­mières semblent condam­nés au sous-déve­lop­pe­ment. Cette situa­tion s’avère encore plus com­plexe pour les éco­no­mies qui dépendent du pétrole et de mine­rais pour se finan­cer.

Ces pays seraient pris au piège d’une logique per­verse dési­gnée dans la lit­té­ra­ture spé­cia­li­sée par l’expression « para­doxe de l’abondance » ou « malé­dic­tion des res­sources natu­relles ». À cet égard, cer­tains ont presque fait de cette malé­dic­tion un fata­lisme tro­pi­cal : la Banque inter­amé­ri­caine de déve­lop­pe­ment (BID) [7], dans plu­sieurs de ses rap­ports annuels et études tech­niques, défend l’idée d’un « déter­mi­nisme géo­gra­phique du déve­lop­pe­ment : les pays les plus riches en res­sources natu­relles et les plus proches de l’équateur [de la ligne équa­to­riale] sont condam­nés à être plus en retard et plus pauvres que les autres. […] Il existe un fata­lisme tro­pi­cal, qui fait que les pays de la zone équa­to­riale paraissent voués à la pau­vreté. […] Selon la BID, plus un pays est riche en res­sources natu­relles, plus il mettra de temps à se déve­lop­per et plus les inéga­li­tés internes seront mar­quées » (Gudynas, 2009b).

Face à ce déter­mi­nisme géo­gra­phique et éco­lo­gique, il n’y aurait d’autre solu­tion que la rési­gna­tion. Cependant, la BID sug­gère une issue. Cette issue, comme l’a résumé le même Gudynas dans son ana­lyse des pro­po­si­tions de la BID, « c’est le marché, et c’est inten­si­fier encore davan­tage les réformes » néo­li­bé­rales.

Dans cette optique, le remède aux pro­blèmes et conflits induits par l’extractivisme rési­de­rait dans une bonne « gou­ver­nance » de la ges­tion des richesses natu­relles. Sont invo­qués à cette fin les poli­tiques éco­no­miques d’inspiration ortho­doxe et conser­va­trice, une plus grande par­ti­ci­pa­tion de la société civile en tant qu’observatrice des opé­ra­tions d’extraction, une expan­sion de l’investissement social dans les zones tou­chées par l’extractivisme pour limi­ter les mou­ve­ments sociaux, paral­lè­le­ment à une plus grande trans­pa­rence des reve­nus engran­gés par les entre­prises d’extraction, les pou­voirs locaux et le gou­ver­ne­ment cen­tral. Les dom­mages envi­ron­ne­men­taux sont perçus comme étant un coût inévi­table du déve­lop­pe­ment. Nul doute qu’il s’agit là d’approximations peu rigou­reuses, dénuées d’analyse his­to­rique et cou­pées des pro­blèmes de fond. À n’en pas douter, l’audace, conju­guée à une forte dose d’ignorance et une amné­sie bien pro­gram­mée dans les socié­tés, va de pair avec l’arrogance.

Il faut le dire dès le début : cette double malé­dic­tion, des res­sources natu­relles et idéo­lo­gique, peut être sur­mon­tée, elle n’est pas iné­luc­table.

Qu’entend-on par extrac­ti­visme ?

L’extractivisme et un mode d’accumulation qui a com­mencé à se forger voilà 500 ans [8]. La conquête et la colo­ni­sa­tion de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Asie ont marqué le début de la struc­tu­ra­tion de l’économie mon­diale ␣ du sys­tème capi­ta­liste. Ce mode d’accumulation extrac­ti­viste est condi­tionné depuis lors par la demande des centres métro­po­li­tains du capi­ta­lisme nais­sant. Des régions se sont spé­cia­li­sées dans l’extraction et la pro­duc­tion de matières pre­mières, c’est-à-dire de biens pri­maires, tandis que d’autres jouent le rôle de pro­duc­trices de biens manu­fac­tu­rés. Les pre­mières exportent la nature, les secondes l’importent.

Pour donner une défi­ni­tion com­pré­hen­sible, nous uti­li­se­rons le terme « extrac­ti­visme » pour dési­gner les acti­vi­tés qui pré­lèvent de grosses quan­ti­tés de res­sources natu­relles qui ne sont pas trans­for­mées (ou le sont d’une manière limi­tée), sur­tout pour l’exportation. L’extractivisme ne se limite pas aux mine­rais ou au pétrole. Il existe éga­le­ment un extrac­ti­visme agri­cole, fores­tier, et même de la pêche [9].

Aujourd’hui, la ques­tion des res­sources natu­relles « renou­ve­lables » doit être ana­ly­sée à la lumière des évo­lu­tions et ten­dances récentes. Les quan­ti­tés extraites sont tel­le­ment énormes que beau­coup de res­sources « renou­ve­lables », comme la forêt ou le sous-sol, deviennent non renou­ve­lables : elles dis­pa­raissent parce que le niveau d’extraction dépasse lar­ge­ment leur taux de renou­vel­le­ment natu­rel. Par consé­quent, aux rythmes d’extraction actuels, les pro­blèmes qui se posent avec les res­sources natu­relles non renou­ve­lables pour­raient tou­cher de la même manière toutes les res­sources, renou­ve­lables ou non.

Pratiquement par­lant, l’extractivisme a été un méca­nisme de pillage et d’appropriation de type colo­nial et néo­co­lo­nial. Cet extrac­ti­visme, qui a pris dif­fé­rents visages au fil du temps, s’est forgé dans l’exploitation des matières pre­mières indis­pen­sables au déve­lop­pe­ment indus­triel et au bien-être des pays du Nord. Et cela, en fai­sant fi de la via­bi­lité des acti­vi­tés extrac­ti­vistes, ainsi que de l’épuisement des res­sources. S’y ajoute le fait que la plus grande partie de la pro­duc­tion des entre­prises extrac­ti­vistes n’est pas des­ti­née à la consom­ma­tion du marché inté­rieur, mais essen­tiel­le­ment à l’exportation. Malgré son impor­tance, cette acti­vité se révèle d’un profit très limité pour le pays. De même, une grande partie des biens, des four­ni­tures et des ser­vices spé­cia­li­sés per­met­tant aux entre­prises extrac­ti­vistes de fonc­tion­ner ne pro­viennent que rare­ment d’entreprises natio­nales. Dans les pays extrac­ti­vistes, il ne semble pas non plus que l’on s’intéresse beau­coup à l’usage qui est fait des recettes engran­gées.

L’extractivisme a été une constante de la vie éco­no­mique, sociale et poli­tique de nom­breux pays du Sud. Ainsi, à des degrés divers, tous les pays de l’Amérique latine connaissent ces pra­tiques. Cette dépen­dance des métro­poles, à tra­vers l’extraction et l’exportation de matières pre­mières, n’a qua­si­ment pas évolué jusqu’à nos jours. Certains pays ont sim­ple­ment changé quelques élé­ments de l’extractivisme tra­di­tion­nel du fait d’une plus grande inter­ven­tion de l’État dans ces acti­vi­tés. Par consé­quent, au-delà de quelques dif­fé­ren­cia­tions plus ou moins impor­tantes, le mode d’accumulation extrac­ti­viste semble être au cœur du projet pro­duc­tif des gou­ver­ne­ments néo­li­bé­raux comme des gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes [10].

Quelques patho­lo­gies de l’extractivisme

Le point de départ de cette ques­tion réside [11], en grande partie, dans la forme sous laquelle ces res­sources sont extraites et exploi­tées, ainsi que dans la manière dont leurs fruits sont dis­tri­bués. Certes, il existe d’autres élé­ments que l’on ne pourra cor­ri­ger. Par exemple, cer­taines acti­vi­tés, comme l’industrie minière des métaux à grande échelle, dépré­da­trice par essence, ne pour­ront jamais être « durable ». En outre, un pro­ces­sus est durable dès lors qu’il peut se main­te­nir dans le temps, sans aide exté­rieure et sans épui­se­ment des res­sources exis­tantes [12]. Soutenir l’inverse, même au nom d’une foi aveugle dans les pro­grès tech­no­lo­giques, c’est tenir un dis­cours biaisé [13].

L’histoire de la région nous enseigne que ce pro­ces­sus extrac­ti­viste a conduit à une géné­ra­li­sa­tion de la pau­vreté et débou­ché sur des crises éco­no­miques récur­rentes, tout en confor­tant des men­ta­li­tés de « ren­tiers ». Autant de fac­teurs qui accen­tuent la fai­blesse et l’insuffisance des ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques, ali­mentent la cor­rup­tion, déstruc­turent les socié­tés et les col­lec­ti­vi­tés locales, et dété­riorent l’environnement. Les choses se com­pliquent avec le déve­lop­pe­ment de pra­tiques clien­té­listes et patri­mo­nia­listes, qui contri­buent à frei­ner la construc­tion de la citoyen­neté.

[…]

S’y ajoute le fait, assez évident (et mal­heu­reu­se­ment néces­saire, non seule­ment pour des rai­sons tech­no­lo­giques) que, à la dif­fé­rence des autres branches de l’économie, les acti­vi­tés minières et pétro­lières génèrent peu de tra­vail direct et indi­rect (tra­vail, tou­te­fois, bien rému­néré). Ce sont des acti­vi­tés à forte inten­sité de capi­tal et d’importations. Elles requièrent l’embauche de per­son­nel de direc­tion et de gens hau­te­ment qua­li­fiés (sou­vent étran­gers). Elles uti­lisent presque exclu­si­ve­ment des four­ni­tures et de la tech­no­lo­gie exté­rieures. Ces pra­tiques ont pour consé­quence que le « taux de ren­ta­bi­lité interne » (qui équi­vaut à la valeur ajou­tée qui demeure dans le pays) de l’activité expor­ta­trice de biens pri­maires se révèle déri­soire.

Dans ces éco­no­mies pétro­lières et minières d’enclave, la struc­ture et la dyna­mique poli­tiques se carac­té­risent par des pra­tiques « ren­tières » ; la vora­cité et l’autoritarisme avec les­quels se prennent les déci­sions poussent la dépense publique à des niveaux dis­pro­por­tion­nés et entraînent une dis­tri­bu­tion fis­cale dis­cré­tion­naire, comme on le verra plus loin.

Du fait de cette situa­tion et des carac­té­ris­tiques tech­no­lo­giques des acti­vi­tés pétro­lières et minières, la pro­duc­tion directe d’emplois est tout sauf mas­sive. Cela pour­rait éga­le­ment expli­quer la contra­dic­tion que vivent les pays riches en matières pre­mières où, en pra­tique, la masse de la popu­la­tion s’est appau­vrie.

En outre, les com­mu­nau­tés sur le ter­ri­toire ou à proxi­mité des­quelles ces acti­vi­tés extrac­ti­vistes se pro­duisent ont pâti et pâtissent encore des effets de diverses dif­fi­cul­tés socio-envi­ron­ne­men­tales induites par cette forme d’exploitation. La misère de grandes masses de popu­la­tion sem­ble­rait donc consub­stan­tielle de la pré­sence d’immenses quan­ti­tés de res­sources natu­relles (à forte rente dif­fé­ren­tielle). Ce mode d’accumulation ne recourt pas au marché inté­rieur et n’en a même pas besoin puisqu’il fonc­tionne avec des salaires décrois­sants. Il n’y a pas de pres­sion sociale suf­fi­sante pour qu’obliger à réin­ves­tir dans une amé­lio­ra­tion de la pro­duc­ti­vité. La poli­tique de rente déter­mine l’activité pro­duc­tive et, bien sûr, le reste des rela­tions sociales. Corollaire de ce qui pré­cède, ces acti­vi­tés extrac­tives, pétro­lières ou minières, encou­ragent les rela­tions sociales clien­té­listes, qui servent l’intérêt des entre­prises trans­na­tio­nales elles-mêmes, mais empêchent l’élaboration de plans appro­priés de déve­lop­pe­ment natio­nal et local.

Ce type d’économies extrac­ti­vistes occa­sionne une dégra­da­tion grave et irré­ver­sible du milieu natu­rel. Un examen des acti­vi­tés minières ou pétro­lières autour de la pla­nète met en évi­dence une infi­nité de dom­mages et de dégâts irré­ver­sibles dans la nature. De même, on ne compte plus les tra­gé­dies humaines, ni les cas de des­truc­tion des atouts cultu­rels de nom­breux peuples. Au cha­pitre éco­no­mique, la situa­tion n’est pas meilleure. Les pays dont les expor­ta­tions dépendent fon­da­men­ta­le­ment de res­sources minières ou pétro­lières accusent un retard éco­no­mique, et les pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux s’y déve­loppent au même rythme que les acti­vi­tés extrac­ti­vistes.

Concentrons-nous un ins­tant sur l’industrie minière. Aujourd’hui, l’exploitation indus­trielle du sous-sol implique l’extraction mas­sive, en un temps très court, de la plus grande quan­tité pos­sible de mine­rais qui se sont formés par des pro­ces­sus de très longue durée à des échelles tec­to­niques.

Actuellement, les sites à forte concen­tra­tion de mine­rai sont en train de s’épuiser. Cependant, les cours élevés du marché mon­dial font que l’exploitation minière est ren­table même dans les gise­ments pauvres en mine­rai. Pour que ces gise­ments pro­duisent, il est néces­saire d’appliquer des tech­niques indus­trielles à grande échelle, qui uti­lisent beau­coup de pro­duits chi­miques par­fois extrê­me­ment toxiques (cya­nure, acide sul­fu­rique, etc.), consomment énor­mé­ment d’eau et engendrent de grandes quan­ti­tés de déchets.

Ce gigan­tisme s’accompagne d’incidences envi­ron­ne­men­tales déme­su­rées. Les effets nocifs appa­raissent non seule­ment pen­dant la phase d’exploration et d’exploitation, lorsque de gigan­tesques trous sont creu­sés dans la Terre Mère ou que l’on emploie des pro­duits chi­miques toxiques pour trai­ter les mine­rais extraits, mais aussi pen­dant le dépla­ce­ment du maté­riau extrait, qui touche d’énormes por­tions de ter­ri­toire.

Les déchets miniers, en s’accumulant sur de longues années, peuvent se répandre et pol­luer l’environnement, notam­ment avec des métaux lourds ou des écou­le­ments acides de roches. Ce der­nier phé­no­mène, qui peut durer des dizaines et des dizaines d’années, sur­vient lorsque les eaux de pluie, ou même l’air, entrent en contact avec les roches dépla­cées du sous-sol vers la sur­face et accu­mu­lées dans les ter­rils, dans le cra­tère ou dans les mon­ceaux de déchets de la mine.

Généralement, le risque est élevé d’une oxy­da­tion de miné­raux sul­fu­rés par la pluie ou par l’air humide, qui finit par pro­vo­quer une aci­di­fi­ca­tion inha­bi­tuelle des eaux cou­rant sur ces roches. En Équateur, de nom­breux gise­ments miniers seraient par­ti­cu­liè­re­ment expo­sés à ce phé­no­mène parce qu’ils contiennent des roches sul­fu­reuses, connues pour engen­drer des écou­le­ments acides.

Cette forme de pol­lu­tion est par­ti­cu­liè­re­ment dévas­ta­trice pour l’eau. Souvent, l’eau devient impropre à la consom­ma­tion humaine et à l’agriculture. La pol­lu­tion des sources a en outre toutes sortes de consé­quences pour la santé publique, notam­ment des mala­dies dégé­né­ra­tives ou cuta­nées. Sans parler des graves réper­cus­sions sociales qui vont de pair avec cette méga-acti­vité extrac­ti­viste.

Bien que les dif­fé­rentes acti­vi­tés extrac­tives soient connues pour leur long passé de dépré­da­tion à tra­vers le monde, on enre­gistre actuel­le­ment, alors que l’épuisement des richesses natu­relles est notoire, en par­ti­cu­lier dans les pays indus­tria­li­sés, une pres­sion crois­sante dans les pays sous-déve­lop­pés pour qu’ils se dépar­tissent de leurs gise­ments de mine­rais ou de pétrole. Dans les socié­tés dites déve­lop­pées, l’essor même des mou­ve­ments de défense de l’environnement génère une pres­sion sur les pays appau­vris pous­sés à ouvrir leur ter­ri­toire pour satis­faire la demande de mine­rais de l’économie mon­diale.

Il convient de rap­pe­ler qu’habituellement les entre­prises trans­na­tio­nales et les gou­ver­ne­ments com­plices évoquent exclu­si­ve­ment les « énormes » réserves minières et pétro­lières exis­tantes, conver­ties en valeurs moné­taires. Avec ces chiffres, en géné­ral très exa­gé­rés, on cherche à influen­cer l’opinion publique en faveur des acti­vi­tés minières. Or il s’agit d’une vision incom­plète des choses. Il fau­drait ajou­ter les coûts cachés, envi­ron­ne­men­taux et sociaux, en inté­grant, par exemple, la valeur éco­no­mique de la pol­lu­tion. Ce sont des pertes éco­no­miques qui ne trans­pa­raissent nor­ma­le­ment pas dans les pro­jets et qui sont trans­fé­rées à la société ; que l’on se rap­pelle la catas­trophe sociale et éco­lo­gique sur­ve­nue dans le nord-est de l’Amazonie équa­to­rienne, qui se solda par un procès contre la société Chevron-Texaco [14]. Devraient éga­le­ment figu­rer sur la liste des coûts les dénom­mées « sub­ven­tions per­verses » consen­ties sous la forme d’énergie à des prix boni­fiés, d’eau à titre gra­tuit ou à prix réduit, voire d’infrastructures de trans­port (Gudynas, 2011). A-t-on publié ces chiffres ? Non. Probablement parce que la prise en charge de ces coûts dimi­nue­rait nota­ble­ment la ren­ta­bi­lité des entre­prises et met­trait en évi­dence les maigres béné­fices reti­rés par l’État.

Ces acti­vi­tés extrac­ti­vistes engendrent, à leur tour, de graves ten­sions sociales dans les régions où sont extraites ces res­sources natu­relles parce que très rares sont les per­sonnes de la région qui peuvent nor­ma­le­ment inté­grer les équipes des entre­prises minières et pétro­lières. Les réper­cus­sions éco­no­miques et sociales pro­voquent la divi­sion de com­mu­nau­tés, des conflits entre elles et à l’intérieur des familles, de la vio­lence domes­tique, des atteintes aux droits col­lec­tifs et humains, une aggra­va­tion de la délin­quance et de la vio­lence, le trafic de terres, etc.

Dans les éco­no­mies expor­ta­trices de biens pri­maires de la région, durant les décen­nies d’un mode d’accumulation extrac­ti­viste, on a atteint des niveaux élevés de sous-emploi, de chô­mage et de pau­vreté, et des degrés d’inégalité sans pré­cé­dent dans la répar­ti­tion des reve­nus et des actifs.

Résultat, les pos­si­bi­li­tés d’élargir le marché inté­rieur s’évanouissent parce qu’on ne pro­duit pas d’emplois ni de reve­nus suf­fi­sants (il n’y a pas, et il n’y aura pas de « ruis­sel­le­ment » [15]. En revanche, les pres­sions se pour­suivent pour orien­ter l’économie tou­jours plus vers l’extérieur « parce qu’il n’y a per­sonne à qui vendre sur le marché inté­rieur », comme l’affirment à l’envi les tenants de ce modèle.

Cette « obses­sion expor­ta­trice » freine la créa­ti­vité et n’encourage pas les entre­pre­neurs du pays. De même, au sein du gou­ver­ne­ment, et dans de larges sec­teurs de la société, se retrouve cette « men­ta­lité pro-expor­ta­ta­trice » qua­si­ment patho­lo­gique, fondée sur le fameux slogan « expor­ter ou mourir », ce qui conduit à négli­ger les énormes capa­ci­tés et pos­si­bi­li­tés qui existent dans le pays.

Le néoex­trac­ti­visme, ver­sion contem­po­raine de l’extractivisme

Depuis leurs ori­gines, les répu­bliques expor­ta­trices de biens pri­maires de l’Amérique latine ne sont pas par­ve­nues à éta­blir un schème de déve­lop­pe­ment qui leur per­mette de sur­mon­ter les obs­tacles de la pau­vreté et de l’autoritarisme. Voilà le grand para­doxe : il y a des pays très riches en res­sources natu­relles, et qui peuvent même enre­gis­trer d’importantes ren­trées d’argent, mais qui n’ont pas réussi à jeter les bases de leur déve­lop­pe­ment et qui res­tent pauvres. Et ils sont pauvres parce que riches en res­sources natu­relles, dans la mesure où ils ont misé en prio­rité sur l’extraction de ces richesses natu­relles pour le marché mon­dial, écar­tant d’autres formes de créa­tion de valeurs ajou­tées qui reposent davan­tage sur l’effort humain que sur l’exploitation impla­cable de la Nature.

Ces der­nières années, conscients de cer­taines des patho­lo­gies sus­men­tion­nées, divers pays de la région dotés d’un gou­ver­ne­ment pro­gres­siste ont engagé quelques chan­ge­ments impor­tants concer­nant cer­tains élé­ments du mode d’accumulation extrac­ti­viste. Cependant, au-delà des dis­cours et des plans offi­ciels, rien ne prouve clai­re­ment qu’ils ont vrai­ment l’intention de dépas­ser ce mode d’accumulation. En fai­sant cet effort, ils espèrent pou­voir répondre à de nom­breuses reven­di­ca­tions sociales long­temps remises au len­de­main et, bien sûr, assu­rer leur main­tien au pou­voir en recou­rant à des pra­tiques clien­té­listes, voire auto­ri­taires.

Dans la ges­tion des gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes en Amérique du Sud, « les sec­teurs extrac­ti­vistes demeurent impor­tants en tant que pilier majeur des styles de déve­lop­pe­ment », remarque Eduardo Gudynas (2009a et 2010). Selon son ana­lyse, si le pro­gres­sisme sud-amé­ri­cain « pro­duit un extrac­ti­visme d’un nou­veau type, tant par cer­taines de ses com­po­santes que par la conju­gai­son d’attributs anciens et nou­veaux », la struc­ture d’accumulation en place n’a pas fon­da­men­ta­le­ment changé. De ce fait, le néoex­trac­ti­visme favo­rise « une inser­tion inter­na­tio­nale subor­don­née au ser­vice de la mon­dia­li­sa­tion » du capi­ta­lisme trans­na­tio­nal. « La frag­men­ta­tion ter­ri­to­riale, avec des zones iso­lées et des enclaves d’extraction asso­ciées aux mar­chés mon­diaux » non seule­ment se pour­suit, mais pro­gresse. Continuent et « dans quelques cas s’aggravent les impacts sociaux et envi­ron­ne­men­taux des sec­teurs extrac­tifs ». Pour conti­nuer avec Gudynas, « au-delà de la ques­tion de la pro­priété des res­sources, sont repro­duits les règles et modes de fonc­tion­ne­ment des pro­ces­sus de pro­duc­tion axés sur la com­pé­ti­ti­vité, l’efficience, la maxi­mi­sa­tion de la rente et l’externalisation des impacts ». Il convient de sou­li­gner, entre autres, « une plus grande pré­sence et un rôle plus actif de l’État, sous la forme d’actions tant directes qu’indirectes ».

Avec cette pos­ture natio­na­liste, l’État essaie prin­ci­pa­le­ment d’avoir un plus grand accès aux res­sources natu­relles et aux béné­fices pro­duits par leur extrac­tion, et d’exercer un meilleur contrôle. Cette pos­ture conduit à cri­ti­quer la main­mise des trans­na­tio­nales sur les res­sources natu­relles et non l’extraction en soi. Sont même accep­tées quelques atteintes envi­ron­ne­men­tales et sociales graves en échange de béné­fices pour la col­lec­ti­vité natio­nale. À cette fin, « l’État capte (ou s’efforce de capter) une plus grande pro­por­tion de l’excédent pro­duit par les sec­teurs extrac­tifs ». De plus, « une partie de ces res­sources finance des pro­grammes sociaux impor­tants et mas­sifs, ce qui assure de nou­velles sources de légi­ti­ma­tion sociale ». Et, de cette façon, l’extractivisme appa­raît indis­pen­sable pour com­battre la pau­vreté et sou­te­nir le déve­lop­pe­ment.

Il ne fait aucun doute que « le néoex­trac­ti­visme par­ti­cipe d’une ver­sion contem­po­raine du déve­lop­pe­men­tisme propre à l’Amérique du Sud, où se péren­nise le mythe du pro­grès et du déve­lop­pe­ment dans le cadre d’une nou­velle hybri­da­tion cultu­relle et poli­tique », conclut Gudynas (2009a et 2010).

Il est impor­tant que l’État exerce un plus grand contrôle sur ces acti­vi­tés, mais cela ne suffit pas. Le contrôle réel des expor­ta­tions natio­nales se trouve aux mains des pays domi­nants, même si l’on n’enregistre pas tou­jours d’investissements étran­gers impor­tants dans les acti­vi­tés extrac­ti­vistes. D’une manière per­verse, beau­coup d’entreprises d’État dans les éco­no­mies expor­ta­trices de biens pri­maires (assu­ré­ment avec l’assentiment des gou­ver­ne­ments res­pec­tifs) semblent pro­gram­mées pour réagir exclu­si­ve­ment à des impul­sions exté­rieures et agissent chez elles en sui­vant des logiques sem­blables à celles des trans­na­tio­nales : la dépré­da­tion de l’environnement et l’irrespect sociale ne sont pas absentes de leurs pra­tiques. En résumé, la logique subor­don­née de leur pro­duc­tion, moti­vée par la demande exté­rieure, carac­té­rise l’évolution de ces éco­no­mies expor­ta­trices de biens pri­maires. Le néoex­trac­ti­visme, en fin de compte, conserve et repro­duit des élé­ments clés de l’extractivisme d’origine colo­niale.

Grâce au pétrole et à l’exploitation minière, c’est-à-dire grâce aux énormes recettes pro­duites par les expor­ta­tions de ces res­sources, les diri­geants pro­gres­sistes se font sou­vent le relais de la volonté col­lec­tive et s’emploient à accé­lé­rer le bond vers la moder­nité tant dési­rée. Comme l’affirme Fernando Coronil (2002), dans les éco­no­mies de ce type appa­raît un « État magi­cien », capable de déployer la « culture du miracle » [16]. C’est exac­te­ment ce que l’on observe au Venezuela, en Équateur ou en Bolivie depuis quelques années.

Dans ces pays, l’État a der­niè­re­ment retrouvé des forces. Après l’État mini­mum du néo­li­bé­ra­lisme, on essaie, à raison, de réta­blir et d’amplifier la pré­sence et l’action de l’État. Mais, pour le moment, ces pays ne mani­festent pas une volonté sérieuse d’engager des trans­for­ma­tions struc­tu­relles pro­fondes. La struc­ture et les prin­ci­pales carac­té­ris­tiques de la pro­duc­tion et des expor­ta­tions res­tent inchan­gées. Dans ces condi­tions, les sec­teurs patro­naux puis­sants, qui ont subi l’assaut des « dis­cours révo­lu­tion­naires », n’ont pas cessé d’engranger des gains impor­tants en pro­fi­tant de cet extrac­ti­visme renou­velé.

Du moins jusqu’à aujourd’hui, dans ces pays dotés d’un gou­ver­ne­ment pro­gres­siste qui a ins­tru­men­ta­lisé des sché­mas néoex­trac­ti­vistes, les sec­teurs tra­di­tion­nel­le­ment mar­gi­na­li­sés de la popu­la­tion ont connu une amé­lio­ra­tion rela­tive grâce à une meilleure répar­ti­tion des reve­nus crois­sants tirés du pétrole et des mines. En revanche, il n’y a pas eu de redis­tri­bu­tion radi­cale des reve­nus et des actifs. Cette situa­tion s’explique par la rela­tive faci­lité avec laquelle il est pos­sible d’obtenir des bien­faits de la nature géné­reuse, sans entrer dans de com­plexes pro­ces­sus sociaux et poli­tiques de redis­tri­bu­tion.

Comme autre­fois, le béné­fice de cette orien­ta­tion éco­no­mique va majo­ri­tai­re­ment aux pays riches, impor­ta­teurs de Nature, qui tirent grand profit de sa trans­for­ma­tion et com­mer­cia­li­sa­tion sous forme de pro­duits finis. Les pays expor­ta­teurs de biens pri­maires, quant à eux, reçoivent une part minime de la rente minière ou pétro­lière, et sont ceux qui sup­portent la charge des pas­sifs éco­lo­giques et sociaux.

C’est loin d’être négli­geable du fait du manque d’institutions appro­priées pour faire face aux coûts envi­ron­ne­men­tal, social et poli­tique qu’entraînent les affron­te­ments autour de ces acti­vi­tés extrac­ti­vistes, notam­ment le coût éco­no­mique lié à l’emploi de la force publique pour répri­mer des troubles éven­tuels. En plus de cela, il faut aussi prendre en consi­dé­ra­tion l’effet de cette insta­bi­lité sociale presque pro­gram­mée sur d’autres acti­vi­tés pro­duc­tives dans les zones d’influence extrac­ti­viste, par exemple lorsque les acti­vi­tés minières pro­voquent l’expulsion des pay­sans de la région.

Les effets de ces conflits et de cette vio­lence touchent éga­le­ment les gou­ver­ne­ments sec­to­riels. Ceux-ci peuvent être atti­rés par les chants des sirènes des entre­prises qui se consacrent à l’extractivisme de masse et des gou­ver­ne­ments com­plices, qui peuvent leur offrir quelques avan­tages finan­ciers. Néanmoins, en fin de compte, les socié­tés devront sup­por­ter les coûts de ces rela­tions com­plexes et conflic­tuelles entre les popu­la­tions, les entre­prises et l’État. Les plans de déve­lop­pe­ment locaux seront mena­cés à cause de la supré­ma­tie de l’extractivisme minier ou pétro­lier sur toute autre acti­vité. Tout se ter­mi­nera par la mise en pièces des plans éla­bo­rés dans un esprit par­ti­ci­pa­tif et en connais­sance de cause par les popu­la­tions locales. Et les pas­sifs envi­ron­ne­men­taux consti­tue­ront l’héritage le plus dou­lou­reux et le plus coû­teux des acti­vi­tés extrac­ti­vistes, car ils ne sont géné­ra­le­ment pas mis à la charge des entre­prises exploi­tantes.

Il est clair que si l’on comp­ta­bi­lise les coûts éco­no­miques impu­tables aux inci­dences de l’extraction de pétrole ou de mine­rais sur le plan social, envi­ron­ne­men­tal et de la pro­duc­tion, beau­coup de béné­fices éco­no­miques de ces acti­vi­tés dis­pa­raissent [17]. Mais, comme cela a déjà été indi­qué, les divers gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes ne tiennent pas de comptes aussi com­plets parce qu’ils comptent aveu­glé­ment sur les pro­fits que leur rap­portent les expor­ta­tions de biens pri­maires.

En résumé, une grande partie des patho­lo­gies les plus impor­tantes et les plus graves de l’extractivisme tra­di­tion­nel se retrouvent dans le néoex­trac­ti­visme.

[…]

Du déve­lop­pe­men­tisme sénile au pos­tex­trac­ti­visme

Quelqu’un de mau­vaise foi ou par igno­rance pour­rait avoir une idée sau­gre­nue : si l’économie expor­ta­trice de biens pri­maires pro­duit et péren­nise le sous-déve­lop­pe­ment, la solu­tion consis­te­rait à cesser d’exploiter les res­sources natu­relles. C’est évi­dem­ment une trom­pe­rie. La malé­dic­tion des res­sources natu­relles n’est pas une fata­lité, mais un choix. Tout l’enjeu est de trou­ver une stra­té­gie qui per­mette d’assurer le bien-vivre en met­tant à profit les res­sources natu­relles non renou­ve­lables, en en fai­sant une « béné­dic­tion » (Stiglitz, 2006).

Il s’agit donc de choi­sir une autre voie, qui nous éloigne de la malé­dic­tion des res­sources natu­relles et de la malé­dic­tion des visions ortho­doxes qui nous main­tiennent dans la subor­di­na­tion au pou­voir trans­na­tio­nal. Pour cette raison, l’une des tâches les plus com­plexes est d’élaborer et d’appliquer une stra­té­gie qui nous mène vers une éco­no­mie pos­tex­trac­ti­viste.

Cette nou­velle éco­no­mie n’apparaîtra pas du jour au len­de­main. Et il est dif­fi­cile d’imaginer que l’on puisse fermer bru­ta­le­ment les champs pétro­liers ou miniers en cours d’exploitation. Mais cette tran­si­tion ne devien­dra jamais une réa­lité si l’on conti­nue d’étendre les acti­vi­tés extrac­ti­vistes et si rien n’est trouvé pour les réduire peu à peu selon un pro­ces­sus cor­rec­te­ment pla­ni­fié. Cette tran­si­tion n’est certes pas facile dans un monde capi­ta­liste impen­sable sans l’extraction de res­sources comme le pétrole, les mine­rais ou la forêt. Accomplir cette tran­si­tion, telle est la tâche du moment, qui fait appel à toutes les forces de la pensée cri­tique, ainsi qu’à l’inventivité et la créa­ti­vité des socié­tés et des orga­ni­sa­tions sociales. Les efforts déployés pour passer au pos­tex­trac­ti­visme dans les pays du Sud devraient aller de pair avec une décrois­sance éco­no­mique [18] ou, du moins, avec une stag­na­tion de la crois­sance dans le Nord, sujet de pré­oc­cu­pa­tion crois­sante dans beau­coup de pays indus­tria­li­sés.

La voie que l’on retien­dra pour sortir d’une éco­no­mie extrac­ti­viste, qu’il faudra faire coha­bi­ter pen­dant un temps avec quelques acti­vi­tés de ce type, devra tenir compte d’un point cru­cial : la décrois­sance pla­ni­fiée de l’extractivisme. Cette option favo­rise le déve­lop­pe­ment d’activités durables dans les domaines de l’industrie manu­fac­tu­rière, de l’agriculture, du tou­risme et, sur­tout, de la connais­sance… En bref, la Nature ne doit pas être dété­rio­rée davan­tage. La réus­site d’une stra­té­gie de ce type pour mener à bien une tran­si­tion sociale, éco­no­mique, cultu­relle, éco­lo­gique, dépen­dra de sa cohé­rence et, avant tout, du sou­tien social qu’elle rece­vra.

Il s’agit d’abandonner les éco­no­mies extrac­ti­vistes dépen­dantes et non viables, expor­ta­trices de biens pri­maires, trop tour­nées vers le marché exté­rieur, dés­in­dus­tria­li­sées, très mar­quées par l’exclusion et la pau­vreté, à forte concen­tra­tion de reve­nus et de richesses, dépré­da­trices et pol­luantes. Ce que l’on veut, c’est bâtir des éco­no­mies durables, c’est-à-dire diver­si­fiées dans leurs mar­chés et leurs pro­duits, indus­tria­li­sées et ter­tia­ri­sées, capables de créer des emplois de qua­lité, équi­tables, res­pec­tueuses des cultures et de la Nature. Sur ce point, il convient d’œuvrer à une réap­pro­pria­tion des cos­mo­vi­sions indiennes selon les­quelles les êtres humains non seule­ment vivent en har­mo­nie avec la nature, mais en sont partie inté­grante.

Pour enclen­cher cette tran­si­tion, qui sera néces­sai­re­ment plu­rielle, on aura impé­ra­ti­ve­ment besoin d’institutions d’État nou­velles et fortes et d’une nou­velle forme d’organisation de l’économie, ainsi que d’une orien­ta­tion stra­té­gique pour la par­ti­ci­pa­tion au marché mon­dial. Il faudra par consé­quent des struc­tures et des orga­nismes de régle­men­ta­tion, et des méca­nismes dûment éta­blis qui per­mettent de pro­cé­der à ces tran­si­tions [19].

Ce que l’on vise, donc, c’est l’établissement d’un nou­veau profil de spé­cia­li­sa­tion pro­duc­tive pour assu­rer une plus grande auto­no­mie des pays, sur la base d’un vaste consen­sus des dif­fé­rentes par­ties. À cette fin, il faudra conso­li­der le marché inté­rieur et l’appareil pro­duc­tif des pays, ainsi qu’inventer des stra­té­gies de tran­si­tion pro­duc­tive qui per­mettent de réduire l’importance éco­no­mique de l’activité extrac­tive.

Des retrou­vailles avec la Nature font aussi partie des points prio­ri­taires à l’ordre du jour, ce qui requiert de dépas­ser les sché­mas et pra­tiques cen­trées [20] sur l’exploitation et l’appropriation de la nature. Ayons pré­sent à l’esprit le fait que l’humanité entière est obli­gée de pré­ser­ver l’intégrité des pro­ces­sus natu­rels qui garan­tissent les flux d’énergie et de matière dans la bio­sphère. Cela implique qu’il faut main­te­nir la bio­di­ver­sité de la pla­nète. Pour accom­plir cette trans­for­ma­tion civi­li­sa­trice, la démar­chan­di­sa­tion de la nature s’avère indis­pen­sable. Les objec­tifs éco­no­miques doivent être subor­don­nés aux lois du fonc­tion­ne­ment des sys­tèmes natu­rels, sans que l’on perde de vue le res­pect de la dignité humaine et l’amélioration de la qua­lité de vie des per­sonnes et de la com­mu­nauté.

Cela oblige à main­te­nir, sans les détruire, les ter­ri­toires qui pos­sèdent à de nom­breux égards une grande valeur éco­lo­gique et sociale et sur les­quels se trouve concen­tré le plus gros de la diver­sité : l’Initiative Yasuní-ITT en Équateur en est un exemple de portée glo­bale [21]. Cela conduit éga­le­ment à faire du concept de dura­bi­lité forte (le capi­tal éco­no­mique ne peut rem­pla­cer inté­gra­le­ment le « capi­tal natu­rel ») un nou­veau para­digme des modes d’organisation de la société. Et cela implique aussi de rem­pla­cer la comp­ta­bi­lité macroé­co­no­mique tra­di­tion­nelle par de nou­veaux indi­ca­teurs et indices de dura­bi­lité.

De la même manière, la néces­sité s’impose d’une ample et véri­table par­ti­ci­pa­tion de la société pour affron­ter le défi de l’extractivisme à grande échelle. Cela sup­pose, impé­ra­ti­ve­ment, une redis­tri­bu­tion pro­fonde et radi­cale des reve­nus et des actifs exis­tants dans l’économie. Il faut mettre fin aux inéga­li­tés [22] parce qu’elles sont le ferment d’autoritarismes en tous genres dans tous les domaines de la vie humaine.

Il s’agit au fond de com­men­cer par ne pas conti­nuer d’étendre et d’approfondir un modèle éco­no­mique extrac­ti­viste, c’est-à-dire expor­ta­teur de biens pri­maires. Donner la prio­rité à ce mode d’accumulation centré sur l’exportation de biens pri­maires, qui pri­vi­lé­gie la rente de la Nature et non l’effort humain, qui détruit sys­té­ma­ti­que­ment l’environnement et porte gra­ve­ment atteinte aux struc­tures sociales et com­mu­nau­taires, qui pré­fère le marché exté­rieur et néglige le marché inté­rieur, qui favo­rise la concen­tra­tion de la richesse et relègue l’équité, cette voie n’a été suivie pour le déve­lop­pe­ment d’aucun pays. Et elle ne peut donc pas l’être non plus pour mettre en œuvre une solu­tion post­dé­ve­lop­pe­men­tiste, comme l’est le bien-vivre ou sumak kawsay [23].

Le bien-vivre, au moins concep­tuel­le­ment, se pré­sente comme une vision qui dépasse les modes de déve­lop­pe­ment « alter­na­tifs » et se veut un sub­sti­tut au déve­lop­pe­ment, en résumé une option radi­ca­le­ment dis­tincte de toutes les idées du déve­lop­pe­ment. Il dis­sout même la notion de pro­grès dans sa ver­sion pro­duc­ti­viste. Le bien-vivre ren­voie de manière syn­thé­tique à l’opportunité de construire une autre société fondée sur la coha­bi­ta­tion de l’être humain dans la diver­sité et l’harmonie avec la Nature, sur la base de la recon­nais­sance des diverses valeurs cultu­relles exis­tant dans chaque pays et dans le monde.

L’axe cen­tral de cette pro­po­si­tion, qui se prête à des pro­jec­tions y com­pris mon­diales, est de faire un grand pas révo­lu­tion­naire qui nous amène à passer de visons anthro­po­cen­triques à des visions socio­bio­cen­triques, avec les consé­quences poli­tiques, éco­no­miques et sociales que cela entraîne.

Une chose est sûre : ce n’est pas en emprun­tant la voie du « déve­lop­pe­men­tisme sénile » (Martínez Alier, 2008), c’est-à-dire en pour­sui­vant et, pire, en inten­si­fiant l’extractivisme, que l’on trou­vera une issue à ce dilemme com­plexe de socié­tés riches en res­sources natu­relles, mais en même temps appau­vri. 

Alberto Acosta mer­credi 9 juillet 2014, mis en ligne par Dial

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Alberto Acosta

Post-scrip­tum : * Paru sous le titre « Extractivisme et néoex­trac­ti­visme : les deux faces d’une même malé­dic­tion ». Dial, revue men­suelle en ligne. Juillet 2014 :

http://​www​.alte​rin​fos​.org/​s​p​i​p.php?…

* Dial — Diffusion de l’information sur l’Amérique latine — D 3292. Traduction de Gilles Renaud pour Dial.

Source (espa­gnol) : Alberto Acosta, « Extractivismo y neoex­trac­ti­vismo : dos caras de la misma mal­di­ción », in Groupe per­ma­nent de tra­vail sur les alter­na­tives au déve­lop­pe­ment, Más allá del desar­rollo, sous la direc­tion de Miriam Lang et Dunia Mokrani Chávez, Quito, Abya Yala / Fundación Rosa Luxemburg, 2011, p. 83-118 (p. 83-88, 95-104, 113-118) http://​rosa​lux​-europa​.info/​u​s​e​rfile….

* Traduction et publi­ca­tion auto­ri­sée par l’auteur. Une ver­sion en anglais du livre est aussi dis­po­nible en ligne http://​www​.tni​.org/​b​r​i​e​f​i​n​g​/​b​e​yond-…. En cas de repro­duc­tion, men­tion­ner au moins l’auteur, le tra­duc­teur, la source fran­çaise (Dial — www​.dial​-infos​.org) et l’adresse inter­net de l’article.

Notes

[1] Voir par exemple DIAL 3282 — « GUATEMALA — Les auto­ri­tés q’eqchi » de Tezulutlán pré­sentent leur oppo­si­tion à la cen­trale hydro­élec­trique devant les Nations unies », 3281 — « GUATEMALA — Conférence de presse du Conseil des vil­lages de Tezulutlán “Manuel Tot”, 24 jan­vier 2014 », 3246 — « PÉROU — Recul dans l’application de la consul­ta­tion préa­lable » et 3245 — « BOLIVIE — Les peuples ori­gi­naires passent au second plan ». [2] Voir notam­ment DIAL 3258 — « Amérique du Sud — Progressisme et gauche marron », 3257 — « BRÉSIL — Le plus grand extrac­ti­viste du conti­nent » (dis­po­nible sur ESSF — article 32486) et 3256 — « HONDURAS — Déclaration du dio­cèse de La Ceiba sur l’extractivisme ». [3] DIAL avait déjà publié un entre­tien avec l’auteur en 2009 (DIAL 3075 — « ÉQUATEUR — Le projet ITT : entre trans­for­ma­tion du modèle éco­no­mique et construc­tion d’une autre société. Entretien avec Alberto Acosta »). Voir aussi, sur AlterInfos, « ÉQUATEUR — “révo­lu­tion citoyenne”, modèle extrac­ti­viste et gauches cri­ti­tiques. Entretien avec Alberto Acosta, can­di­dat de l’Unité plu­ri­na­tio­nale des gauches à l’élection pré­si­den­tielle ». [4] e cha­pitre va de la page 83 à la page 118 du livre, ont été cou­pées les pages 89 à 94 et 105 à 112. [5] http://​www​.alte​rin​fos​.org/​s​p​i​p.php?… [6] Dans ce texte, l’auteur reprend et syn­thé­tise plu­sieurs de ses tra­vaux anté­rieurs. [7] Divers théo­ri­ciens ont éla­boré, en se pla­çant de dif­fé­rents points de vue, ce « fata­lisme tro­pi­cal ». Citons, entre autres, Michael Gavin, Michel L. Ross, Jeffrey Sachs, Ricardo Hausmann, Roberto Rigobon et Ivar Kolstad. [8] Malgré sa longue his­toire comme mode d’accumulation, le terme « extrac­ti­vismo » ne figure pas dans le dic­tion­naire de l’Académie royale de la langue espa­gnole. [9] Il est faux de penser que l’extractivisme existe uni­que­ment lorsqu’on extrait des mine­rais ou des hydro­car­bures. Les exemples ne manquent pas de pra­tiques éga­le­ment extrac­ti­vistes dans les domaines de l’exploitation du bois ou de la mono­cul­ture. Ainsi, concer­nant le cas du café, on pourra se repor­ter à Oeindrila Dube et Juan Fernando Vargas (2006). [10] Raúl Zibechi voit dans l’extractivisme de ces gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes une deuxième phase du néo­li­bé­ra­lisme (2011). [11] Voir la contri­bu­tion impor­tante de Schuldt (2005). On pourra éga­le­ment se repor­ter à Schuldt et Acosta (2006), ainsi qu’à Acosta (2009). [12] Le déve­lop­pe­ment durable est le pro­ces­sus qui permet de satis­faire les besoins actuels sans com­pro­mettre les pos­si­bi­li­tés pour les géné­ra­tions futures. Pour assu­rer le bien-vivre, il faut même aller plus loin que le déve­lop­pe­ment durable et recon­naître dans la nature un sujet qui détient des droits. [13] Un moyen utile des­tiné à démon­ter les mythes de la méga-indus­trie minière trans­na­tio­nale est celui conçu en Argentine par le Collectif des lan­ceurs d’alerte ␣ Colectivo Voces de Alerta (2011). [14] Voir DIAL 3187 « ÉQUATEUR — Chevron conti­nue à perdre ses batailles judi­ciaires » ␣ note DIAL [15] « La théo­rie du ruis­sel­le­ment (en anglais : “tri­ckle down eco­no­mics”) est une théo­rie éco­no­mique d’inspiration libé­rale selon laquelle, sauf des­truc­tion ou thé­sau­ri­sa­tion (accu­mu­la­tion de mon­naie), les reve­nus des indi­vi­dus les plus riches sont in fine réin­jec­tés dans l’économie, soit par le biais de leur consom­ma­tion, soit par celui de l’investissement (notam­ment via l’épargne), contri­buant ainsi, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment, à l’activité éco­no­mique géné­rale et à l’emploi dans le reste de la société. Cette théo­rie est notam­ment avan­cée pour défendre l’idée que les réduc­tions d’impôt y com­pris pour les hauts reve­nus ont un effet béné­fique pour l’économie glo­bale. L’image uti­li­sée est celle des cours d’eau qui ne s’accumulent pas au sommet d’une mon­tagne, mais ruis­sellent vers la base.) » ␣ Page Wikipedia sur la « théo­rie du ruis­sel­le­ment » ␣ note DIAL [16] L’auteur s’est inté­ressé à la situa­tion du Venezuela du gou­ver­ne­ment du géné­ral Juan Vicente Gómez jusqu’à la période pré­cé­dant le gou­ver­ne­ment du colo­nel Hugo Chávez Frías. [17] Sur les pas­sifs de l’industrie pétro­lière voir, par exemple, l’apport de Fander Falconí (2004). [18] Même dans les pays du Sud, il y a des pen­seurs qui abordent ces ques­tions dans le but de décons­truire l’économie. Voir Leff (2008). [19] Depuis quelques années, le débat s’intensifie sur les manières d’engager ces tran­si­tions. Plusieurs auteurs ont émis diverses idées et sug­ges­tions à cet égard, notam­ment Eduardo Gudynas, Joan Martínez Alier, Enrique Leff et Roberto Guimarães. Voir par exemple l’ouvrage col­lec­tif coor­donné par Alejandra Alayza et Eduardo Gudynas au Pérou (2011). De même, on trou­vera dans le rap­port rédigé sur le sujet par OXFAM (2009) des sug­ges­tions de méthodes pour mettre en œuvre ces tran­si­tions. L’auteur de ces lignes s’est éga­le­ment livré à quelques réflexions sur la construc­tion d’une éco­no­mie post­pé­tro­lière (Acosta 2000 ou 2009). À signa­ler diverses pro­po­si­tions, publiées en 2000 par dif­fé­rents auteurs, pour bâtir un « Équateur post­pé­tro­lier ». [20] Comme sou­vent, nous fai­sons ici l’accord selon la règle de proxi­mité, plutôt que selon celle de la pré­va­lence du mas­cu­lin sur le fémi­nin… note DIAL. [21] Voir Martínez et Acosta (2010). Cette ini­tia­tive s’inscrit dans le pro­lon­ge­ment de la pro­po­si­tion de mora­toire dans le sud de l’Amazonie équa­to­rienne, for­mu­lée en 2000 par plu­sieurs auteurs dans l’ouvrage El Ecuador Post Petrolero. [22] Spécialement les inéga­li­tés d’ordre éco­no­mique, social, inter­gé­né­ra­tion­nel, sexuel, eth­nique, cultu­rel, régio­nal. [23] Dans une biblio­gra­phie sur le sujet qui ne cesse de s’enrichir, nous pou­vons sug­gé­rer Acosta et Martínez (2009), et Acosta (2010). Un autre texte qui permet d’aborder cette ques­tion dans un contexte plus large est celui de Tortosa (2011).

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