Un marathon, pas un sprint

Par Mis en ligne le 12 décembre 2014

Avec le rap­port de la Commission Robillard, tout devient clair. Ce pro­gramme est du copier-coller des pitoyables « tra­vaux de l’Institut éco­no­mique de Montréal et des trois « mous­que­taires de l’apocalypse », les ministres Leitão, Coiteux et Daoust. Mais atten­tion, Couillard va dire, « on n’ira pas aussi loin ». Cela per­met­tra aux mer­ce­naires de ser­vice d’applaudir sa « modé­ra­tion ».

En réa­lité, cela com­mence à bras­ser dans les cou­lisses, notam­ment dans le monde muni­ci­pal. Il ne faut pas oublier qu’entre les élus muni­ci­paux et le PLQ, c’est la grande com­pli­cité, pour ne pas dire, la chaise musi­cale. Par ailleurs, une grande partie du monde muni­ci­pal est cho­quée par les mesures bull­do­zer alors que, dans un grand nombre de villes, il n’y a pas vrai­ment de gouffre finan­cier. En fin de compte, la réin­gé­nie­rie de Couillard est bien plus qu’une série de mesures pour couper les dépenses. Les pou­voirs « inter­mé­diaires » (muni­ci­pa­li­tés, com­mis­sions sco­laires, uni­ver­si­tés, ins­tances régio­nales), doivent être réduits à rien. Le « modèle qué­bé­cois », qui impli­quait un cer­tain équi­libre entre les pou­voirs et éga­le­ment des com­pro­mis entre le 1% et le 99%, c’est cela qui est dans la mire. Cette grogne des élites muni­ci­pales pour­rait, à la longue, fra­gi­li­ser la redou­table machine du PLQ. Ce qui veut dire pour nous : lutter et résis­ter.

La semaine passée, le tra­vail dans les mou­ve­ments a été fait selon des méthodes éprou­vées. On s’informe, on s’éduque, on se mobi­lise. On a vu aussi le monde com­mu­nau­taire se mettre en branle avec leurs 240 minutes de grève. Pendant ce temps, les écolos sont sur le sen­tier de guerre. Par ailleurs, l’annonce des « frais modu­lés » dans les CPE n’est pas convain­cante. Tout compte fait, on ira cher­cher près de $200 mil­lions dans les poches de ceux qui font partie du 99 % en niant le prin­cipe d’une fis­ca­lité juste et équi­table. Pour le PLQ et le 1 %, les CPE, il faut les détruire, quitte à y aller à petit feu.

Entretemps, il est pro­bable que le gou­ver­ne­ment impose avant Noël des baillons sur ses pro­jets de loi, notam­ment la « réor­ga­ni­sa­tion » du sec­teur de la santé et de la fonc­tion publique, des cou­pures dans les régimes de retraite. Mais atten­tion : une loi, c’est un acte poli­tique, et non un décret de Dieu. On va être patients, on va accu­mu­ler des forces et à la longue, on va défaire ce gou­ver­ne­ment. Et c’est ainsi que se pré­pare déjà à relan­cer la mobi­li­sa­tion dès la ren­trée de 2015. En réa­lité, le gros bon sens popu­laire nous dit que nous sommes dans un mara­thon et pas dans un sprint. Il faut être stra­té­giques et garder ses forces.

Les manifs natio­nales de samedi pro­chain seront impor­tantes pour mar­quer cette déter­mi­na­tion, sachant que la bataille se fera essen­tiel­le­ment dans la rue. À cet effet, les bar­rières orga­ni­sa­tion­nelles sont en train de tomber, entre les cen­trales syn­di­cales d’une part et entre celles-ci et les autres com­po­santes du mou­ve­ment social, y com­pris les étu­diant-es, qui res­tent tel­le­ment impor­tants dans l’équation mili­tante. Même si le lea­der­ship actuel de la bataille revient aux cen­trales syn­di­cales, il est impé­ra­tif de faire conver­ger tout le monde.

Avant, il y a eu le 26 novembre une jour­née d’action du sec­teur muni­ci­pal qui fait aussi partie du pro­ces­sus. Pour autant, nos cama­rades dans ce sec­teur inter­viennent sur­tout pour défendre leurs membres, ce qui n’a rien d’étonnant, car après tout, c’est cela la job d’un syn­di­cat. Néanmoins, la ques­tion des retraites ne concerne pas seule­ment les fonc­tion­naires muni­ci­paux, les pom­piers et les poli­ciers. Non seule­ment tout le monde syn­di­qué est visé, mais aussi toute la popu­la­tion qui aura à payer les pots cassés. Ce serait une bonne idée de réper­cu­ter davan­tage ce mes­sage. La stra­té­gie de l’État est jus­te­ment de pré­sen­ter ces tra­vailleurs et ces tra­vailleuses comme d’horribles pri­vi­lé­giés. C’est ce qu’il disait en 2012 et pour­tant, il a perdu. Pourquoi ? Les étu­diant-es se sont expli­qué. On est sorti des campus, on a fait de grandes virées dans plu­sieurs régions. On a fait la bataille des idées. On a tra­vaillé sur les médias sociaux. On a évité, jusqu’à un cer­tain point, des « débor­de­ments », des « coups de gueule » spec­ta­cu­laires qui sont sou­vent uti­li­sés contre le mou­ve­ment.

Certes, ces « coups de gueule » sont sou­vent des réponses nor­males de citoyen-nes qui en ont marre. Mais vous connais­sez l’expression, « la colère n’est pas bonne conseillère ». Rien ne peut être un sub­sti­tut à la par­ti­ci­pa­tion consciente et orga­ni­sée de la plus grande masse, sur­tout pas des confron­ta­tions qui expriment le déses­poir plutôt qu’une stra­té­gie bien pensée. Une fois cela dit, on sou­haite toute la chance aux cama­rades qui orga­nisent la jour­née de per­tur­ba­tion mer­credi. Et on se donne rendez-vous samedi pro­chain.

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