Éléments de bilan sur le Forum social mondial de Tunis

 

Environ 45 000 personnes venant de 4 000 associations et de 120 pays ont participé à ce FSM qui se réunissait les 24-25-26-27 et 28 mars derniers dans la capitale tunisienne, berceau du « printemps arabe ». L’évènement s’est déroulé dans un climat particulier à la suite d’attaques meurtrières contre des touristes dans la semaine précédant le FSM. Trois ans après le printemps arabe, la Tunisie se retrouve dans un moment difficile. L’effervescence après le renversement de la dictature de Ben Ali s’est estompée quelque peu.

D’abord, la situation sociale et économique ne s’est pas améliorée, la structure des leviers économiques n’a pas changé. Le problème le plus criant est le chômage des jeunes dans un pays où le niveau de scolarité est élevé. Le 1 % reste bien en selle agissant comme intermédiaire pour les impérialismes, ce qui confine le pays en destination touristique (le « Cuba » de la Méditerranée) et en pourvoyeur de main-d’œuvre à bon marché pour l’économie européenne. Un gouvernement de coalition unit des islamistes dits « modérés » et Nidaa Tounès, un parti qui est un « relookage » de la dictature. Reste enfin le phénomène du djihadisme qui se manifeste par les jeunes Tunisiens qui rejoignent les organisations de combat et qui disposent de relais en Tunisie même parmi les milieux salafistes.

Dans l’œil du cyclone

Pour autant, le mouvement populaire n’a pas dit son dernier mot. L’espace des libertés ayant été élargi à la suite du printemps arabe, il y a plus d’opportunités. L’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), avec ses 600 000 membres, a des capacités importantes, de même que les organisations de défense des droits, de femmes et d’étudiants. Sur le plan politique, le « Front populaire » regroupe les principaux partis de gauche (environ 10 % des votes).

Mais le problème de la Tunisie est lié au contexte régional. Les révolutions du printemps arabe ont échoué en Égypte et en Libye où sévit une grave guerre civile (comme en Irak et en Syrie), de même que dans la région sahélienne au sud. D’autre part, l’Union européenne et les États-Unis voudraient que la Tunisie devienne une plateforme de leur « guerre contre le terrorisme ». À l’occasion des attentats, les élites tunisiennes avec leurs partenaires impérialistes profitent de l’émotion pour « combattre le terrorisme ». Ce qui pourrait être le prétexte pour le retour des législations liberticides ainsi que de nouveaux assauts contre le monde du travail.

Les défis

En 2013 lors de la première édition du FSM en Tunisie, l’atmosphère était festive. Aujourd’hui dans le contexte des turbulences, on a vu au forum la détermination et l’intelligence des mouvements populaires qui refusent d’embarquer dans la « lutte contre le terrorisme ». L’emphase au Forum était sur la lutte pour la démocratisation qui continue, sachant que le printemps arabe en est encore à ses débuts. En fin de compte, le Forum a été un festival des masses en lutte, comme cela est la tradition. Le point faible si on peut dire se situe dans la difficulté de définir des alternatives claires. La gauche en Tunisie et dans le monde arabe, reste divisée entre une « vieille gauche » enlisée dans des schémas dépassés (le nationalisme arabe notamment) et les nouveaux mouvements où on retrouve des jeunes qui sont encore en train de se définir avec beaucoup d’imagination, mais peu d’expérience. Il faudra du temps…