Éléments de bilan sur le Forum social mondial de Tunis

Par Mis en ligne le 10 avril 2015

Environ 45 000 per­sonnes venant de 4 000 asso­cia­tions et de 120 pays ont par­ti­cipé à ce FSM qui se réunis­sait les 24-25-26-27 et 28 mars der­niers dans la capi­tale tuni­sienne, ber­ceau du « prin­temps arabe ». L’évènement s’est déroulé dans un climat par­ti­cu­lier à la suite d’attaques meur­trières contre des tou­ristes dans la semaine pré­cé­dant le FSM. Trois ans après le prin­temps arabe, la Tunisie se retrouve dans un moment dif­fi­cile. L’effervescence après le ren­ver­se­ment de la dic­ta­ture de Ben Ali s’est estom­pée quelque peu.

D’abord, la situa­tion sociale et éco­no­mique ne s’est pas amé­lio­rée, la struc­ture des leviers éco­no­miques n’a pas changé. Le pro­blème le plus criant est le chô­mage des jeunes dans un pays où le niveau de sco­la­rité est élevé. Le 1 % reste bien en selle agis­sant comme inter­mé­diaire pour les impé­ria­lismes, ce qui confine le pays en des­ti­na­tion tou­ris­tique (le « Cuba » de la Méditerranée) et en pour­voyeur de main-d’œuvre à bon marché pour l’économie euro­péenne. Un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion unit des isla­mistes dits « modé­rés » et Nidaa Tounès, un parti qui est un « reloo­kage » de la dic­ta­ture. Reste enfin le phé­no­mène du dji­ha­disme qui se mani­feste par les jeunes Tunisiens qui rejoignent les orga­ni­sa­tions de combat et qui dis­posent de relais en Tunisie même parmi les milieux sala­fistes.

Dans l’œil du cyclone

Pour autant, le mou­ve­ment popu­laire n’a pas dit son der­nier mot. L’espace des liber­tés ayant été élargi à la suite du prin­temps arabe, il y a plus d’opportunités. L’Union géné­rale des tra­vailleurs tuni­siens (UGTT), avec ses 600 000 membres, a des capa­ci­tés impor­tantes, de même que les orga­ni­sa­tions de défense des droits, de femmes et d’étudiants. Sur le plan poli­tique, le « Front popu­laire » regroupe les prin­ci­paux partis de gauche (envi­ron 10 % des votes).

Mais le pro­blème de la Tunisie est lié au contexte régio­nal. Les révo­lu­tions du prin­temps arabe ont échoué en Égypte et en Libye où sévit une grave guerre civile (comme en Irak et en Syrie), de même que dans la région sahé­lienne au sud. D’autre part, l’Union euro­péenne et les États-Unis vou­draient que la Tunisie devienne une pla­te­forme de leur « guerre contre le ter­ro­risme ». À l’occasion des atten­tats, les élites tuni­siennes avec leurs par­te­naires impé­ria­listes pro­fitent de l’émotion pour « com­battre le ter­ro­risme ». Ce qui pour­rait être le pré­texte pour le retour des légis­la­tions liber­ti­cides ainsi que de nou­veaux assauts contre le monde du tra­vail.

Les défis

En 2013 lors de la pre­mière édi­tion du FSM en Tunisie, l’atmosphère était fes­tive. Aujourd’hui dans le contexte des tur­bu­lences, on a vu au forum la déter­mi­na­tion et l’intelligence des mou­ve­ments popu­laires qui refusent d’embarquer dans la « lutte contre le ter­ro­risme ». L’emphase au Forum était sur la lutte pour la démo­cra­ti­sa­tion qui conti­nue, sachant que le prin­temps arabe en est encore à ses débuts. En fin de compte, le Forum a été un fes­ti­val des masses en lutte, comme cela est la tra­di­tion. Le point faible si on peut dire se situe dans la dif­fi­culté de défi­nir des alter­na­tives claires. La gauche en Tunisie et dans le monde arabe, reste divi­sée entre une « vieille gauche » enli­sée dans des sché­mas dépas­sés (le natio­na­lisme arabe notam­ment) et les nou­veaux mou­ve­ments où on retrouve des jeunes qui sont encore en train de se défi­nir avec beau­coup d’imagination, mais peu d’expérience. Il faudra du temps…

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