Echec de Copenhague – impasse du capitalisme

Par Mis en ligne le 24 décembre 2009
Le fiasco du sommet de Copenhague était par­fai­te­ment pré­vi­sible. Dans un tract annon­çant une réunion publique sur le mar­xisme et l’écologie, fin novembre, nous écri­vions : « les gou­ver­ne­ments se rejettent déjà mutuel­le­ment la res­pon­sa­bi­lité de l’échec annoncé de ce sommet. » Dans les semaines qui l’ont pré­cédé, les grands médias ont saturé l’atmosphère d’optimisme et d’espoirs. Mais pour qui sait déchif­frer les for­mules de la diplo­ma­tie capi­ta­liste, il était évident que les diri­geants des grandes puis­sances ne croyaient pas eux-mêmes en un succès de ce sommet. Dès lors, son prin­ci­pal enjeu consis­tait à se reje­ter publi­que­ment la res­pon­sa­bi­lité de son échec. Même l’optimisme théâ­tral de Jean-Louis Borloo ser­vait cet objec­tif : « nous sommes opti­mistes, donc pas cou­pables ! »

La décla­ra­tion finale du sommet, concoc­tée en cou­lisse par les puis­sances impé­ria­listes, ne vaut même pas le papier sur lequel elle est écrite. Elle sera rangée dans le même tiroir pous­sié­reux que les dizaines de décla­ra­tions et « enga­ge­ments » de l’ONU sur la « lutte contre la pau­vreté dans le monde ». Même s’ils se maté­ria­lisent, les 30 mil­liards de dol­lars d’« aide » promis au pays les plus pauvres ne ser­vi­ront pas la lutte contre les émis­sions de gaz à effet de serre. Comme toutes les « aides » de ce type, ces mil­liards ali­men­te­ront les cir­cuits de la cor­rup­tion qui gan­grène les classes diri­geantes et les gou­ver­ne­ments des pays en ques­tion. Et ils ne seront pas accor­dés sans quelques contre­par­ties juteuses : ouver­ture de mar­chés, pri­va­ti­sa­tions, accords com­mer­ciaux, etc.

Bien sûr, Nicolas Sarkozy s’efforce de donner un sem­blant de sub­stance à la décla­ra­tion de Copenhague – pour s’en attri­buer tout le mérite. Nous y sommes habi­tués. A l’entendre, on a par­fois le sen­ti­ment que s’il n’avait pas été élu, en 2007, une 3ème guerre mon­diale aurait éra­di­qué toute vie humaine, à l’heure qu’il est. Le fait que Sarkozy se pré­sente tou­jours comme la pièce maî­tresse de l’échiquier mon­dial, celui grâce auquel « les choses avancent », trahit pré­ci­sé­ment une réa­lité inverse, à savoir la mar­gi­na­li­sa­tion crois­sante de l’impérialisme fran­çais face aux Etats-Unis, à l’Allemagne et à la Chine – entre autres. Bien aidé en cela par son orgueil hyper­tro­phié, Sarkozy s’efforce de cacher la misère der­rière d’incessants cris de gloire. De leur côté, Merkel et Obama ont du mal à dis­si­mu­ler leur irri­ta­tion face à l’agitation sonore du pré­sident fran­çais.

Après avoir sus­cité de faux espoirs, la cohorte bario­lée des « éco­lo­gistes » pro-capi­ta­listes se répand en com­plaintes et gémis­se­ments. Ils expliquent que le sommet n’a servi à rien. C’est faux. Par son échec même, qui était inévi­table, ce sommet aura d’importantes réper­cus­sions poli­tiques : il contri­buera à ouvrir les yeux de mil­lions de jeunes et de tra­vailleurs sur la nature du sys­tème capi­ta­liste, qui est à la fois un obs­tacle mons­trueux au pro­grès social – et, comme l’a dit Hugo Chavez à Copenhague, « une menace pour la survie de l’espèce humaine ». Ceux qui sortent vain­queurs de ce sommet, poli­ti­que­ment, ce sont les dizaines de mil­liers de mani­fes­tants qui, dans les rues de la capi­tale danoise, ont bravé la répres­sion poli­cière pour récla­mer « un chan­ge­ment de sys­tème ».

« Si le climat était une banque, ils l’auraient déjà sauvé » : ce slogan des mani­fes­tants résume assez bien la situa­tion. Face à la crise éco­no­mique, des cen­taines de mil­liards d’euros ont été versés dans les coffres de banques et de mul­ti­na­tio­nales, dont l’addition sera pré­sen­tée aux couches les plus pauvres de la popu­la­tion, sous la forme d’une poli­tique d’austérité dras­tique. L’objectif de cet endet­te­ment massif est de sauver le sys­tème repo­sant sur la course aux pro­fits. Or, dans ce domaine, le climat et l’environnement n’entrent pas en ligne de compte. « Sauver la pla­nète » ne rap­por­te­rait pas un euro aux diri­geants des mul­ti­na­tio­nales qui contrôlent l’essentiel de l’économie mon­diale. Dans leur lutte fré­né­tique pour des mar­chés et des pro­fits, les mul­ti­na­tio­nales n’hésitent pas à détruire l’environnement, pour les mêmes rai­sons qu’elles aggravent l’exploitation des sala­riés, ou encore fomentent des guerres et des coups d’Etats.

L’échec du sommet de Copenhague était d’autant plus inévi­table que la réces­sion mon­diale aggrave les ten­sions et contra­dic­tions entre les dif­fé­rentes classes capi­ta­listes natio­nales. Loin d’envisager d’unir leurs forces pour « sauver la pla­nète », elles cherchent toutes à expor­ter le far­deau de la crise. Ainsi, contrai­re­ment aux appa­rences, les émis­sions de CO2 n’étaient pas le véri­table sujet de conflit entre les Etats-Unis et la Chine, à Copenhague. En réa­lité, Obama ne visait pas les émis­sions de CO2 chi­noises, mais les mar­chan­dises chi­noises à bas prix qui inondent le marché mon­dial – au détri­ment, sou­vent, de mar­chan­dises amé­ri­caines. Le CO2, ici, n’est qu’une arme diplo­ma­tique dans la guerre éco­no­mique et com­mer­ciale à laquelle se livrent les grandes puis­sances.

Il ne manque pas de res­sources humaines, tech­no­lo­giques et scien­ti­fiques pour s’attaquer sérieu­se­ment aux pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux. Cependant, les lois fon­da­men­tales du sys­tème capi­ta­liste sont incom­pa­tibles avec l’utilisation de ces res­sources pour le bien de tous. Les méca­nismes de la concur­rence et de l’anarchie capi­ta­listes sont en contra­dic­tion com­plète avec la néces­sité d’une ges­tion ration­nelle et démo­cra­tique des richesses natu­relles et tech­no­lo­giques. Or, sans une telle pla­ni­fi­ca­tion, il ne sera pas pos­sible d’en finir avec la pol­lu­tion des mers, des sols et de l’air – comme avec l’ensemble des menaces éco­lo­giques. Mais on ne peut pla­ni­fier ce qu’on ne contrôle pas, et on ne contrôle pas ce qu’on ne pos­sède pas. En fin de compte, l’« urgence éco­lo­gique » se ramène à l’impérieuse néces­sité d’exproprier les banques, les grandes mul­ti­na­tio­nales, et de les placer sous le contrôle démo­cra­tique des tra­vailleurs eux-mêmes. Libérée de la cami­sole de force de la course aux pro­fits, une société socia­liste pourra enga­ger les inves­tis­se­ments colos­saux qu’exige le déve­lop­pe­ment d’énergies propres et renou­ve­lables, ou encore la dépol­lu­tion des mers, de l’air et des sols. Des ruines du sommet de Copenhague s’élèvent les mots célèbres de Rosa Luxembourg, repris à la tri­bune par Hugo Chavez : « socia­lisme ou bar­ba­rie ! »

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