Des comtés à conquérir ? Des victoires pour Québec solidaire et les Québécois

Par Mis en ligne le 30 janvier 2012

Débattre avec le PQ sur la place publique, ou en conci­lia­bules plus dis­crets, ne remet nul­le­ment en cause mes convic­tions de gauche. Qu’y a-t-il de si outra­geant à négo­cier avec une ins­ti­tu­tion d’un sys­tème poli­tique que nous aspi­rons à chan­ger pour obte­nir une oppor­tu­nité de dif­fu­ser nos orien­ta­tions de l’intérieur même de cette ins­ti­tu­tion de pou­voir. Est-ce capi­tu­ler devant le néo­li­bé­ra­lisme ou plutôt affir­mer haut et fort nos atouts pour nous gagner l’appui de l’opinion publique ? Toutes les réus­sites d’Amir ne sont-elles pas le résul­tats de sa pré­sence dyna­mique à l’Assemblée natio­nale ?

Et n’allez pas me dire que nous aide­rions ainsi à l’élection de péquistes alors que dans les faits « nous pla­ce­rions nos pions», comme on dit, pour le mettre devant leurs contra­dic­tions en Chambres. Ces contra­dic­tions appa­rues au grand jour n’ont-elles pas été le fruit de l’honnêteté avec laquelle Amir a pris la parole pour expo­ser tout autre­ment le projet indé­pen­dan­tiste. Que le PQ doive nous recon­naître une contri­bu­tion dans la lutte du Québec pour son éman­ci­pa­tion n’est en rien une conces­sion mal­adroite de notre part. C’est tout au contraire c’est un recul pour les néo­li­bé­raux incon­di­tion­nels qui se retrouvent main­te­nant mal à l’aise en son sein et rejoignent la CAQ.

Il y a plus : nous avons une occa­sion, en étant pré­sents plus faci­le­ment en Chambre, de raf­fi­ner nos dis­cours auprès des autres dépu­tés pour conqué­rir encore quelques droits nou­veaux pour les sala­riés. Ce n’est pas rien. Rejeter du revers de la main ces oppor­tu­ni­tés fait partie d’une tra­di­tion gau­chiste qui n’a jamais eu de per­ti­nence pour faire évo­luer les choses depuis son appa­ri­tion au début du XXe siècle. Les négo­cia­tions, même avec les Libéraux sur des pro­jets de loi en confor­mité avec leurs objec­tifs, ne sont nul­le­ment des atteintes à l’intégrité de Québec soli­daire : Amir et Madame David ont dis­cuté avec le ministre des Finances lui-même pour lui expo­ser nos solu­tions à la crise des finances publiques. Cela n’est tou­jours pas une conces­sion. C’est une affir­ma­tion publique et trans­pa­rente de ce que les membres de Québec soli­daire attendent de leurs lea­ders poli­tiques.

Connaissez-vous l’histoire de la nais­sance du réseau des gar­de­ries dont le Québec a raison de s’enorgeuillir ? Associés les uns avec les autres des parents de quar­tiers popu­laires de Montréal ont fini par louer des locaux aux com­mis­sions sco­laires (d’où leur impor­tance, contes­tée par la Coalition Avenir Québec, parce que les citoyens peuvent y influen­cer le pou­voir en leur faveur) pour y éta­blir « leurs ser­vices de garde ». Au bout de quelque temps, ils ont refusé de payer le loyer confiants dans la jus­tesse de leur cause. Peu à peu, « un réseau uni­ver­sel de gar­de­ries, financé par l’État, contrôlé par les parents » s’est ins­tallé comme reven­di­ca­tion poli­tique qui a fina­le­ment été reprise par la PQ. Aussi « néo­li­bé­ral » eût-il été à cette époque, le PQ n’en a pas moins accepté l’importance pour le sou­tien des femmes au tra­vail. Négocier à ce moment là avec un parti de pou­voir était-il une capi­tu­la­tion devant une ins­ti­tu­tion poli­tique déjà carac­té­ri­sée par son ambi­va­lence face au capi­ta­lisme ? C’était tout au contraire une expé­rience dont on pou­vait tirer des leçons pour la société en pro­grès constant à laquelle la gauche a aspiré durant toute son his­toire et dans tous les pays.

Un parti de gauche de masse, encore à ses bal­bu­tie­ments, peut-il négo­cier ? Peut-il, sans renier son pro­gramme, en par­ta­ger quelques reven­di­ca­tions avec le PQ ? À mon avis, oui. Et même, il peut le faire compte tenu de l’urgence pour l’avancement de l’indépendance authen­tique du peuple qué­bé­cois. Québec soli­daire a tout à perdre dans l’attitude sec­taire que veulent lui impo­ser quelques membres au nom d’une ligne mono­li­thique et sans avenir. Quelle peur peut nous para­ly­ser ainsi ? Je pense qu’elle a sa source dans un renon­ce­ment à apprendre des nou­velles expé­riences qui s’annoncent pour Québec soli­daire.

Les valeurs de la gauche, et le pro­gramme qu’elle se donne pour moder­ni­ser le climat poli­tique au Québec, ont tout inté­rêt à être dif­fu­sés lar­ge­ment. À vrai dire c’est l’objectif prin­ci­pal des mili­tants de gauche que d’ancrer leurs idéaux au sein d’une popu­la­tion avide d’innovations poli­tiques et sociales. C’est un grand atout pour nous que les expé­rience de l’unité de la gauche et des succès qu’elle a connus jusqu’à date. Quelle confiance nous manque pour que nous renon­cions à les par­ta­ger sur la place publique avec un PQ ouvert à négo­cier ? Les gar­de­ries seraient encore de petites ini­tia­tives de quar­tiers si per­sonne n’avait mani­festé dans le bureau de Lise Payette pour en faire un enjeu poli­tique. Et que Madame Payette s’y soit mon­trée ouverte ne dis­cré­ditent pas les mani­fes­tantes venues pour faire valoir leur enga­ge­ment envers leurs enfants. Québec soli­daire peut cer­tai­ne­ment s’affirmer avec fierté au côté du PQ comme repré­sen­tant des forces popu­laires du Québec. Il n’y a aucu­ne­ment à avoir honte de cela, « le calcul valant le tra­vail», comme on dit.

Dans ce contexte, si per­sonne n’agit dans un sens ou dans l’autre, pour favo­ri­ser l’unité des forces sou­ve­rai­nistes, nous man­que­rons le bateau sans tenter, en toute confiance dans nos reven­di­ca­tions, de gagner du ter­rain sur les atti­tudes droi­tières prêtes à céder une partie de leur pou­voir aux couches popu­laires. Comme à l’époque de l’établissement du réseau des gar­de­ries où les parents ont main­te­nant leur mot à dire dans leur ges­tion. Collaboration avec le pou­voir honni ? Non ! Victoire des forces popu­laires, de toute évi­dence.

Les débats entre sou­ve­rai­nistes au Québec, au nom d’idéaux de gauche, me semblent plus pro­met­teurs que le sup­port que l’on a donné mal­adroi­te­ment à un NPD fédé­ra­liste qui s’attaque main­te­nant à un sym­bole de la cause du Québec à Ottawa, Gille Duceppe. Indépendamment de nos diver­gences avec lui, il repré­sente un Québec à l’offensive pour ses droits. On se trompe lour­de­ment en le lais­sant pris pour cible par un allier de la gauche cana­dienne incon­sis­tante sur la ques­tion natio­nale au Québec. Pour le NPD, la ques­tion natio­nale est celle du Canada par rap­port aux États-Unis. Le Québec, ils veulent le garder au sein du Canada et s’en venter auprès du ROC pour les pro­chaines élec­tions.

Ce débat public, ou même la confron­ta­tion avec la droite néo­li­bé­rale, fût-elle péquiste, ne doit pas nous effrayer. C’est ce qui a fait le succès d’Amir. Et il avoue lui-même avoir parlé, sans renon­cer à ses valeurs, avec tout le monde à l’Assemblée natio­nale … y com­pris avec les membres de l’ADQ ! Même le Devoir, un jour­nal libé­ral, nous ouvre ses pages afin que nous nous expli­quions. Devrions-nous craindre de faire aug­men­ter le tirage d’un jour­nal de ce type en dif­fu­sant notre point de vue plus lar­ge­ment grâce à son ouver­ture ? C’est ce média qui a à vivre cette contra­dic­tion, pas nous.

Plus notre dis­cours por­tera loin, y com­pris au sein des forces de droite, plus il démon­trera sa per­ti­nence aux yeux de la popu­la­tion à l’écoute des appa­reils de la droite et y cher­chant à la fois quelque chose qui cor­res­ponde à ses inté­rêts.

Finalement, les argu­men­taires des droites trouvent sou­vent dans la popu­la­tion des répliques ori­gi­nales. Vous vous sou­ve­nez du dis­cours adé­quiste sur les « BS » ? Il fal­lait selon eux les faire tra­vailler ou les couper. C’était radi­cal et sans appel. En dis­cu­tant avec ceux qui avaient encaissé le coup, je me suis rendu compte que plu­sieurs sala­riés en tiraient les conclu­sions sui­vantes : « Si on débus­quaient les frau­deurs, on en aurait plus pour ceux qui en ont vrai­ment besoin ». Une opi­nion qui prend à rebrousse-poil les idées adé­quistes sur la per­ti­nence des pro­grammes sociaux. Nous pou­vons penser que les argu­men­taires les plus réac­tion­naires au PQ trou­ve­rons réponse dans une popu­la­tion consciente de ses inté­rêts sans que Québec soli­daire n’ait en aucune façon à per­ver­tir la portée de son dis­cours pro­gres­siste pour la rejoindre.

À mon avis, il faut mani­fes­ter une confiance inébran­lable dans la sagesse des forces popu­laires. Elles feront la dis­tinc­tion entre le dis­cours de droite et les moyens que nous pre­nons pour les atteindre si nous savons per­fec­tion­ner tout le temps nos capa­ci­tés de nous adres­ser à elles. Il y aura tou­jours de nom­breux appren­tis­sages à faire à partir des audaces que nous pren­drons à nous confron­ter à la droite quel que soit le ter­rain où elle mani­feste ses ambi­tions. Même élec­to­raux.

Guy Roy (col­lec­tif PCQ de Québec soli­daire)

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