De nouveaux défis pour les féministes

Par Mis en ligne le 14 octobre 2011

Depuis 1989[1], nous sommes entré·es dans une période de réor­ga­ni­sa­tion vio­lente du capi­ta­lisme mon­dial, aux mul­tiples rebon­dis­se­ments sous forme de crises et de guerres sans fin. Face à la bru­ta­lité de la der­nière grande crise du capi­ta­lisme, les mobi­li­sa­tions sociales ont retrouvé une nou­velle vigueur au plan inter­na­tio­nal mais sans réus­sir à blo­quer, notam­ment en Europe, l’offensive des classes diri­geantes contre tous les acquis sociaux obte­nus par les luttes après la seconde guerre mon­diale ; sans par­ve­nir non plus à impo­ser une autre poli­tique cen­trée sur la satis­fac­tion des besoins sociaux et non la recherche effré­née du profit[2].

Dans cette période tour­men­tée, le sou­lè­ve­ment des peuples dans le monde arabe depuis décembre 2010, pour la jus­tice sociale, contre la répres­sion, la cor­rup­tion et pour les droits démo­cra­tiques a sus­cité un immense espoir, même si à l’heure où nous écri­vons, nous ne pou­vons pas encore en mesu­rer toutes les consé­quences… D’ores et déjà, les pré­ju­gés racistes concer­nant ces peuples pré­ten­du­ment « soumis », inca­pables de se révol­ter pour la dignité et la liberté viennent d’être démen­tis de manière magis­trale. Ce ne sont pas seule­ment les dic­ta­teurs de la région qui ont été saisis d’effroi mais bien l’ensemble des gou­ver­ne­ments et tout par­ti­cu­liè­re­ment ceux des anciennes puis­sances colo­niales comme la France qui ont vu leurs alliés quit­ter le pou­voir, l’un après l’autre. L’intervention armée contre Khadafi peut faire illu­sion, peut-être, mais ne change rien à la volonté des grandes puis­sances de pré­ser­ver leurs inté­rêts dans la région.

Contre le racisme

Espoir pour nous, récu­pé­ra­tion raciste pour d’autres qui tra­vaillent au corps l’opinion publique sur le thème de l’« inva­sion » de l’Europe par des « hordes » d’immigrés ! Tout cela venant s’ajouter à l’instrumentalisation par la droite et l’extrême droite de la « défense » de la laï­cité et de l’égalité entre hommes et femmes pré­ten­du­ment mena­cées par l’islam en France. Ne sous-esti­mons pas les ravages que peut occa­sion­ner ce genre de dis­cours dans une -popu­la­tion dont une pro­por­tion de plus en plus large fait direc­te­ment les frais du néo­li­bé­ra­lisme et de la crise capi­ta­liste : chô­mage, pré­ca­rité, peur, sont un ter­reau fer­tile pour la montée du racisme.

En 2006, j’avais tenté de mon­trer com­ment les chan­ge­ments poli­tiques depuis le début des années 1980 avaient abouti en France à une recon­fi­gu­ra­tion des cou­rants idéo­lo­giques qui peuvent influen­cer le fémi­nisme, depuis 2002 notam­ment (Trat 2006). Le tableau était déjà com­plexe et pré­oc­cu­pant, il s’est encore com­pli­qué depuis et est tou­jours très inquié­tant.

D’un côté, une partie du cou­rant « répu­bli­cain et laïque », Riposte laïque, a dérivé pure­ment et sim­ple­ment vers l’extrême droite en fai­sant une alliance avec le Bloc iden­ti­taire dont les réfé­rences fas­cistes ne font aucun doute. Ils sont les coor­ga­ni­sa­teurs des « apéros sau­cis­son-pinard[3] » ou des Assises sur l’islamisation de l’Europe en décembre 2010 et n’ont d’autres buts que de stig­ma­ti­ser l’islam et les musulman·es[4]. Une fémi­niste « his­to­rique » comme Anne Zelinsky s’est prêtée à ce jeu odieux, en inter­ve­nant dans ces fameuses assises.

Contre la racia­li­sa­tion de la poli­tique

À l’autre bout de l’échiquier poli­tique, un cou­rant de la gauche radi­cale, pour dénon­cer un racisme struc­tu­rel propre à une ancienne puis­sance colo­niale comme la France[5]pri­vi­lé­gie une seule grille de lec­ture pour ana­ly­ser l’ensemble des inéga­li­tés et conflits sociaux, celle du « post­co­lo­nia­lisme » ; ce qui les conduit à écrire « la race existe[6] ». Ainsi on pour­rait qua­si­ment tout expli­quer, notam­ment la misère des popu­la­tions immi­grées ou de leurs descendant·es par le racisme cultivé par le colo­nia­lisme puis le « post­co­lo­nia­lisme ». Or s’il est indé­niable que le racisme, tel qu’il existe en France aujourd’hui, puise en grande partie ses racines dans ce type de domi­na­tion (mais pas seule­ment[7]), encore faut-il prendre en consi­dé­ra­tion les effets rava­geurs du capi­ta­lisme mon­dia­lisé sur l’ensemble des classes popu­laires dont font partie les jeunes identifié·es comme « Noirs » ou « Arabes ». Or, rai­son­ner presque exclu­si­ve­ment en termes de « race », c’est homo­gé­néi­ser les « Occidentaux » d’un côté et les colonisé·es de l’autre, sans prendre en consi­dé­ra­tion les dif­fé­ren­cia­tions de classe au même titre que les dis­cri­mi­na­tions racistes ou l’oppression de genre. À l’heure où l’extrême droite et la droite tentent par tous les moyens de faire croire que les pro­blèmes éco­no­miques et sociaux pour­raient être réglés en s’attaquant aux immigré·es et à leurs enfants (fran­çais ou non), voire à tous les étran­gers, à l’heure de la montée du racisme et de la xéno­pho­bie, c’est une erreur poli­tique majeure et gra­vis­sime que d’utiliser le même voca­bu­laire que celui des racistes, même si c’est pour dénon­cer les pro­ces­sus de racia­li­sa­tion à l’œuvre dans la société.

De ce point de vue, l’usage de plus en plus bana­lisé par de jeunes uni­ver­si­taires de la notion de fémi­nisme blanc ou occi­den­tal, sans guille­mets, est extrê­me­ment dan­ge­reux. Les dernier·es en date à le faire sont les coordinateur·rices du livre Féminisme au plu­riel (Syllepse 2010). Dans « Féminismes : contro­verses et pers­pec­tives », article d’introduction, on trouve la phrase sui­vante : « Au fil des articles, un cer­tain fémi­nisme [lequel exac­te­ment, on ne le sait pas !] est sous le feu de la cri­tique, comme étant l’outil des femmes blanches, hété­ro­sexuelles, de classes moyennes et intel­lec­tuelles. »Phrase très géné­rale qui confond allè­gre­ment les res­pon­sables des poli­tiques euro­péennes qui tendent effec­ti­ve­ment à trans­for­mer l’Europe en une for­te­resse « blanche et chré­tienne » et leurs opposant·es qui les contestent régu­liè­re­ment comme lors de la cam­pagne uni­taire contre le Traité consti­tu­tion­nel euro­péen en 2005. Un tel ver­dict aurait néces­sité une ana­lyse appro­fon­die, ou pour le moins une expli­ca­tion des termes uti­li­sés. Ce n’est mal­heu­reu­se­ment pas le cas. Ainsi loin d’ouvrir un débat que les coordinateur·trices semblent appe­ler de leurs vœux, les auteur·es le closent avant même de l’avoir réel­le­ment com­mencé.

Cet usage incon­si­déré du terme « blanc » pré­tend se nour­rir de plu­sieurs réfé­rences, en par­ti­cu­lier des tra­vaux d’Elsa Dorlin (2008) ou de Jules Falquet (2006) qui ont contri­bué à faire connaître en France les textes du Black Feminism tel qu’il s’est déve­loppé aux États-Unis entre 1968 et 1980. Ce cou­rant du fémi­nisme qui enten­dait s’inscrire dans la conti­nuité des luttes des femmes noires contre l’esclavage et pour le droit de vote des femmes dès le début du 19e siècle est né au croi­se­ment de la radi­ca­li­sa­tion poli­tique du mou­ve­ment noir après 1968 et de l’émergence du mou­ve­ment fémi­niste. Un des groupes, le Combahee River Collective[8] (un groupe de fémi­nistes les­biennes de Boston), explique sa nais­sance dans une décla­ra­tion rédi­gée en 1977, par la néces­sité de se démar­quer du « racisme et de l’élitisme » du mou­ve­ment fémi­niste domi­nant et du sexisme lar­ge­ment pré­sent chez les mili­tants (noirs ou blancs) de la gauche radi­cale. Ce sont « leurs expé­riences et leurs dés­illu­sions » qui les ont pous­sées à s’organiser et à déve­lop­per une poli­tique « anti­ra­ciste, à la dif­fé­rence de celle des femmes blanches » et anti­sexiste « à la dif­fé­rence de celle des hommes Noirs et Blancs ». Elles invitent les femmes « blanches » à faire un retour cri­tique sur l’histoire des luttes du 19e siècle mar­quée par la tra­hi­son d’une partie des fémi­nistes blanches qui ont pré­féré reje­ter les femmes noires de leurs rangs (en les stig­ma­ti­sant) pour gagner le sou­tien des femmes blanches du Sud, de la bonne société, racistes et ségré­ga­tion­nistes[9]. En raison du contexte poli­tico-cultu­rel des États-Unis dans les années 1970, ces mili­tantes insis­taient sur le fait qu’elle ne pou­vaient pas pri­vi­lé­gier la lutte contre le sexisme, qu’il leur fal­lait en même temps lutter contre le racisme, en lien avec les mou­ve­ments poli­tiques noirs. Elles ne pou­vaient pas non plus adhé­rer à un prin­cipe de « soro­rité » qui masque les dif­fé­rences de classe entre les femmes « noires », caté­go­rie la plus exploi­tée et la majo­rité des fémi­nistes issues des « classes moyennes » ; enfin elles étaient les­biennes et vou­laient lutter contre les normes hété­ro­sexuelles qui régissent la société. Pour elles, tous « ces sys­tèmes d’oppression sont imbri­qués » et pas seule­ment jux­ta­po­sés. C’est pour­quoi elles pen­saient qu’un fémi­nisme noir était indis­pen­sable : « La syn­thèse de ces oppres­sions crée les condi­tions dans les­quelles nous vivons. En tant que femmes Noires[10], nous voyons le fémi­nisme Noir comme le mou­ve­ment poli­tique logique pour com­battre les oppres­sions mul­tiples et simul­ta­nées qu’affrontent les femmes de cou­leur. » Faire entendre leurs voix tel était leur objec­tif, non pas en oppo­si­tion sys­té­ma­tique avec le fémi­nisme « domi­nant » mais en alliance conflic­tuelle avec lui et les autres mou­ve­ments sociaux.

Un cou­rant mino­ri­taire du fémi­nisme en France pré­tend pla­quer cette ana­lyse des mili­tantes du Black Feminism sur le mou­ve­ment fémi­niste de l’Hexagone ; pour Houria Bouteldja[11] (2006), le pro­blème prin­ci­pal du fémi­nisme « fran­çais[12] » serait tou­jours le racisme qui le tra­ver­se­rait, – consciem­ment ou non[13] ; il serait ainsi com­plice de la poli­tique « post­co­lo­niale » de la France[14]. Pour preuve « sa » posi­tion concer­nant la ques­tion du voile depuis 2003. Claire Bataille est lar­ge­ment reve­nue dans un cha­pitre pré­cé­dent sur cette ques­tion, mais il faut néan­moins rap­pe­ler à nou­veau qu’il n’y a pas eu en 2004 « une » posi­tion concer­nant le voile ou la loi sur le voile. Il y en avait au moins trois (Trat 2004a). Qu’il ait fallu dénon­cer le ral­lie­ment de Ni putes ni sou­mises à la poli­tique de Jacques Chirac, puis à celle de Nicolas Sarkozy : nous ne pou­vons qu’être d’accord ; qu’il faille aujourd’hui condam­ner Anne Zélinsky et certain·es militant·es pré­ten­du­ment de gauche pour leur com­pli­cité avec l’extrême droite, aucune hési­ta­tion ; qu’on soit en désac­cord avec Élisabeth Badinter et d’autres femmes pri­vi­lé­giées pour qui la lutte fémi­niste n’est plus à l’ordre du jour sauf dans les quar­tiers popu­laires des « démo­cra­ties occi­den­tales » ou dans des pays sous lois musul­manes, pas l’ombre d’un doute, nous l’avons même écrit (Trat 2006). Mais tout cela ne jus­ti­fie en rien la divi­sion sim­pliste et dan­ge­reuse entre « blanc·hes » et « indi­gènes » pour expli­quer cer­taines diver­gences qui tra­versent le mou­ve­ment social sur de nom­breuses ques­tions, notam­ment sur celle du fémi­nisme. C’est oublier éga­le­ment quelques dif­fé­rences (et leurs grandes consé­quences) avec les États-Unis, ce qui est regret­table, pour qui pré­tend modi­fier le rap­port des forces au profit des plus exploité·es et des plus opprimé·es.

Ce n’est pas la même chose de vivre dans un pays où l’esclavage et la ségré­ga­tion étaient ins­crits dans la loi et ont struc­turé une large partie du ter­ri­toire comme aux États-Unis et ce jusque dans les années 1960 et un pays où tous les citoyen·nes né·es en France sont censé·es être égaux et égales devant la loi. Certes, le tra­vail forcé et la répres­sion dans les colo­nies fran­çaises n’avaient rien à envier à l’esclavage mais la majo­rité des anciennes colo­nies a conquis son indé­pen­dance il y a cin­quante ans et le néo­co­lo­nia­lisme aujourd’hui met en jeu des méca­nismes com­plexes avec la com­pli­cité des classes diri­geantes natio­nales… En France, il y a tou­jours un gouffre entre l’égalité for­melle, la loi, les dis­cours et l’égalité réelle. La ques­tion est donc : com­ment lutter pour éra­di­quer les inéga­li­tés struc­tu­relles de genre, de « race » et de classe liées entre elles par un sys­tème éco­no­mique et social global qui reprend à son profit des inéga­li­tés qui, pour cer­taines, relèvent d’autres for­ma­tions sociales ? La réponse néces­site d’articuler les luttes sur ces dif­fé­rents fronts dans la pers­pec­tive de les faire conver­ger sur une contes­ta­tion glo­bale d’un sys­tème qui n’a de cesse de divi­ser les opprimé·es et les exploité·es. Cela passe par des pro­ces­sus d’auto-organisation spé­ci­fiques, mais aussi par la par­ti­ci­pa­tion dans des asso­cia­tions, syn­di­cats, partis où tous ceux et toutes celles qui veulent chan­ger la société puissent se retrou­ver indé­pen­dam­ment de leurs ori­gines res­pec­tives. C’est cette orien­ta­tion que nous avons défen­due obs­ti­né­ment dans le mou­ve­ment fémi­niste et que nous conti­nuons à défendre. Nous y revien­drons.

Cela sup­pose de tra­vailler à une alter­na­tive poli­tique com­mune en ban­nis­sant de nos pra­tiques res­pec­tives les insultes qui aggravent les divi­sions et ne per­mettent en rien de dépas­ser les diver­gences inévi­tables entre les dif­fé­rentes com­po­santes du mou­ve­ment social qui luttent contre la droite et l’extrême droite[15]. Dans ces condi­tions, trai­ter de « blancs » et de « racistes » les militant·es qui refusent d’assimiler le port du voile à un signe d’émancipation en soi est inac­cep­table. De même que la dénon­cia­tion de ceux et celles qui, par exemple, refusent de confondre le sys­tème des cultes recon­nus qui pré­va­lait sous Napoléon 1er et Napoléon III avec la laï­cité qui garan­tit la sépa­ra­tion de l’État et des reli­gions et le res­pect de la liberté de conscience.

Ce qui est à l’ordre du jour, au-delà des diver­gences, c’est la construc­tion d’un front commun le plus large pos­sible avec toux ceux et toutes celles qui, dans les mul­tiples réseaux anti­ra­cistes, luttent pied à pied contre les expul­sions de sans-papiers et pour le déman­tè­le­ment de la légis­la­tion sécu­ri­taire et raciste ins­tau­rée en France et en Europe depuis de trop longues années[16] [• La bal­lade des sans droits].

Autre dif­fé­rence que devraient prendre en consi­dé­ra­tion cer­taines jeunes fémi­nistes aveu­glées par une rage qui se trompe d’adversaire : contrai­re­ment aux États-Unis, en France le mou­ve­ment fémi­niste s’est posé, dès le début des années 1970, la ques­tion du lien entre la lutte fémi­niste et la lutte des classes (Trat 2007) et celle de la soli­da­rité avec les femmes étran­gères ou sans-papiers (Lesselier 2007). Nous avons régu­liè­re­ment écrit dans les Cahiers et ailleurs que « les femmes sont toutes oppri­mées mais de manière dif­fé­rente ». De ce point de vue, nous n’avons jamais cru à une « soro­rité » spon­ta­née entre toutes les femmes, quelles que soient leurs appar­te­nances sociales, qui les oppo­se­rait au bloc des hommes assi­mi­lés dans leur ensemble à de simples exploi­teurs au même titre que les patrons. Ce qui nous a d’ailleurs long­temps séparé de la théo­rie de Christine Delphy pour qui le patriar­cat était l’« ennemi prin­ci­pal » et qui refu­sait de s’inscrire dans une pers­pec­tive de lutte contre les oppres­sions croi­sées. C’est en ce sens d’ailleurs que nous n’avons jamais uti­lisé la notion de « classe sociale des femmes » pour éviter d’homogénéiser abu­si­ve­ment le groupe des femmes ; la soli­da­rité entre femmes ne peut naître que des luttes com­munes sur des reven­di­ca­tions qui prennent en compte la situa­tion des femmes les plus exploi­tées et oppri­mées. Christine Delphy, quant à elle, a refusé pen­dant très long­temps toute alliance avec des asso­cia­tions, partis ou orga­ni­sa­tions mixtes.

En écri­vant cela, nous ne pré­ten­dons ni gommer les retours cri­tiques indis­pen­sables sur le déve­lop­pe­ment du fémi­nisme en France, ni l’expérience spé­ci­fique que peuvent faire du racisme et du sexisme, des jeunes femmes dont les parents ou grands-parents ont été contraint·es d’émigrer. Et nous com­pre­nons par­fai­te­ment que parmi elles, cer­taines sou­haitent créer leurs propres struc­tures, mais dans quelle logique ? Cultiver les divi­sions entre militant·es poli­tiques et asso­cia­tifs mobilisé·es contre la droite et l’extrême droite ? Ou réunir ces militant·es dans une pers­pec­tive anti­ca­pi­ta­liste, anti-raciste, fémi­niste, inter­na­tio­na­liste et huma­niste à voca­tion uni­ver­selle ? Relisons Franz Fanon notam­ment son livre Peau noire et masques blancs publié en 1952 ; en effet, tout en y reven­di­quant son statut de « Nègre » pour dénon­cer l’oppression colo­niale, il concluait par ces mots : « Moi l’homme de cou­leur, je ne veux qu’une chose. Que jamais l’instrument ne domine l’homme. Que cesse à jamais l’asservissement de l’homme par l’homme. […] Le Nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc. Tous deux ont à s’écarter des voix inhu­maines qui furent celles de leurs ancêtres res­pec­tifs afin que naisse une authen­tique com­mu­ni­ca­tion. […] Ma liberté ne m’est-elle donc pas donnée pour édi­fier le monde du toi ? »

« C’est mon choix » ou les ambi­guï­tés d’un slogan

Le mou­ve­ment fémi­niste des années 1970 avait popu­la­risé le mot d’ordre « Notre corps nous appar­tient » pour reven­di­quer le droit des femmes à dis­po­ser de leur corps et obte­nir le droit à l’avortement et à la contra­cep­tion libres et gra­tuits et garan­tir leurs liber­tés face aux normes des Églises, de l’État et des conjoints sou­cieux de pré­ser­ver le contrôle des hommes sur le corps et la sexua­lité des femmes. À l’époque, ce mot d’ordre était hau­te­ment sub­ver­sif. Aujourd’hui ce slogan a été repris par des cou­rants très dis­pa­rates, voire pour cer­tains réac­tion­naires, dans un contexte idéo­lo­gique très dif­fé­rent. Plusieurs évo­lu­tions des socié­tés capi­ta­listes contem­po­raines peuvent expli­quer les nou­veaux usages de ce mot d’ordre.

D’abord les effets de la lutte des mou­ve­ments fémi­nistes, gays et les­biens, contre les normes morales impo­sées par les reli­gions et notam­ment par la reli­gion catho­lique concer­nant la sexua­lité et la famille tra­di­tion­nelle. Ces luttes menées sou­vent au nom du droit à la dif­fé­rence et à l’égalité avec les hété­ros s’est tra­duite à la fois par un cer­tain recul des tabous sur ces ques­tions, et le déve­lop­pe­ment d’une soli­da­rité spon­ta­née des jeunes vis à vis de toute per­sonne qui défend son « droit à la dif­fé­rence » et ce, indé­pen­dam­ment de tout juge­ment poli­tique[17]. Au nom du res­pect de la « vie privée », il est inter­dit non pas d’interdire mais de dis­cu­ter du sens poli­tique de choix « indi­vi­duels ». Par exemple celui de porter un fou­lard isla­mique. Ce qui peut paraître assez para­doxal dans une société où l’on peut être témoin invo­lon­taire de dis­cus­sions intimes de per­sonnes qui hurlent dans leur télé­phone por­table ou exposent sans aucune gêne les moindres détails de leur vie sexuelle dans des émis­sions de télé­réa­lité ou sur inter­net.

Deuxièmement, l’extension de la logique mar­chande et indi­vi­dua­liste à toutes les sphères de la société. La pro­mo­tion des « gagnant·es » (qui ont « su » gagner de l’argent) capables, sur la base de leur seule volonté, de réa­li­ser leur propre « bon­heur », quitte à bous­cu­ler toutes les règles morales jugées archaïques face à la « moder­nité », a donné une légi­ti­mité à l’idée du « libre choix ». Libre choix pour les couples hété­ros ou homos de faire appel à « des mères por­teuses » pour com­bler leurs désirs d’enfants. « J’ai de l’argent et je fais ce que je veux », telle est la nou­velle ligne de conduite. Pour ceux et celles qui vendent des « ser­vices sexuels » ou leur « ventre », peut-on parler ici de libre choix ? Libre choix de « se » pros­ti­tuer ou non[18], comme si la misère dans les pays de l’ancien empire sovié­tique ou les trans­ferts de popu­la­tion du Sud vers le Nord dans le cadre du capi­ta­lisme mon­dia­lisé, ou la recherche de moyens de survie et de recon­nais­sance par de jeunes transsexuel·les, homos, etc. n’expliquaient pas lar­ge­ment le déve­lop­pe­ment de la pros­ti­tu­tion.

On peut consta­ter une troi­sième trans­for­ma­tion : l’évolution du rap­port des jeunes à l’engagement poli­tique. Comme le décla­rait Olivier Besancenot à Philippe Corcuff (2004) : « Dans le rap­port à l’engagement, la place de la per­sonne – je dirais de l’espace indi­vi­duel, de la sphère privée – est une ques­tion qui me semble réglée […]. Aujourd’hui, nous ne sacri­fions pas à un enga­ge­ment quel­conque l’ensemble de notre vie per­son­nelle, ou même pro­fes­sion­nelle. » Évolution plutôt sym­pa­thique face au modèle du « mili­tant pro­fes­sion­nel » dis­po­nible 24 heures sur 24.

Toutes ces trans­for­ma­tions de nature dif­fé­rente convergent néan­moins vers une évo­lu­tion géné­rale dont on peut se deman­der si cela n’a pas comme consé­quence de « dépo­li­ti­ser » des com­por­te­ments consi­dé­rés comme rele­vant « de choix pure­ment per­son­nels » qui ont pour­tant un sens, voire plu­sieurs signi­fi­ca­tions, dans le champ poli­tique. Comment ne pas voir en effet que cer­tains choix indi­vi­duels n’engagent pas que leurs auteurs ? Ils façonnent le regard social sur tous les membres d’un groupe et contri­buent, même invo­lon­tai­re­ment à la construc­tion d’une norme. Reprenons la reven­di­ca­tion par exemple du « choix de se pros­ti­tuer » ; si ce der­nier devait être reconnu par un statut pour les per­sonnes pros­ti­tuées, cela léga­li­se­rait le « métier » de proxé­nète et accré­di­te­rait l’idée déjà lar­ge­ment par­ta­gée que les hommes ont des besoins sexuels « irré­pres­sibles » et que le corps de toutes les femmes est à leur « libre » dis­po­si­tion [• « La pros­ti­tu­tion, une immense ser­vi­tude », « Non, votre fémi­nisme n’est pas nou­veau ! »].

On peut se deman­der au final si le slogan « le privé est poli­tique[19] », lancé par les fémi­nistes des années 1970, peut encore être repris ou tout sim­ple­ment com­pris par toute une partie des jeunes militant·es.

Aller vers un fémi­nisme à voca­tion uni­ver­selle

« Vers » un fémi­nisme uni­ver­sel car l’universel n’est pas donné une fois pour toutes mais est le résul­tat de la conjonc­tion de com­bats sec­to­riels en vue de l’égalité, au fil du temps. Non pas un temps linéaire qui irait pas à pas vers le « pro­grès » mais un temps chao­tique au cours duquel les mobi­li­sa­tions des opprimé·es, avec leurs flux et leurs reflux, per­mettent d’ouvrir ou non de nou­velles pers­pec­tives pour l’avenir de l’humanité. Nous avons le sen­ti­ment d’être aujourd’hui à un moment char­nière : allons-nous être submergé·es par la logique infer­nale de la recherche du profit avec son cor­tège de misère, d’inégalités mul­tiples, avec en sup­plé­ment l’horreur nucléaire, l’étouffement des liber­tés par des régimes poli­ciers, la montée du racisme, etc. ou par­vien­drons-nous à faire conver­ger la lutte des peuples du monde pour un chan­ge­ment radi­cal de société fondé sur l’égalité entre tous et toutes, la com­bi­nai­son de droits col­lec­tifs et indi­vi­duels, et la satis­fac­tion des besoins sociaux fon­da­men­taux ? Dans ce contexte, le mou­ve­ment fémi­niste est plus que jamais d’actualité, à condi­tion de se situer dans cette pers­pec­tive uni­ver­sa­li­sante.

En France, contrai­re­ment à ce que pour­raient penser certain·es, le mou­ve­ment fémi­niste et/​ou en faveur des droits des femmes est très vivant. Il existe de nom­breuses asso­cia­tions et col­lec­tifs fémi­nistes actifs sur dif­fé­rents ter­rains, coor­don­nées ou non par le Collectif natio­nal pour les droits des femmes, dans de nom­breuses villes en région, comme c’est le cas éga­le­ment à Paris et en ban­lieue. Et contrai­re­ment à ce que peuvent croire des obser­va­teurs super­fi­ciels, les femmes n’ont pas tout obtenu, loin de là, que ce soit en Europe ou dans le reste du monde. Il suffit pour s’en convaincre de consul­ter le bul­le­tin dif­fusé en France par la Marche mon­diale des femmes.

Les femmes ne sont pas à éga­lité avec les hommes et conti­nuent de subir les consé­quences de la domi­na­tion mas­cu­line : main­tien notam­ment de la divi­sion sociale et sexuée des tâches dans toutes les sphères de la société, divi­sion fort utile au capi­ta­lisme dans une période de « crise » éco­no­mique. Les femmes sont tou­jours cen­sées repro­duire la force de tra­vail par le tra­vail domes­tique ou les soins médico-sociaux qu’elles dis­pensent dans la famille, dans dif­fé­rents ser­vices publics ou dans le privé, en étant sous-payées : dans les sec­teurs du net­toyage, des soins aux jeunes enfants ou aux per­sonnes dépen­dantes, de l’enseignement, de la santé, etc. Elles sont aussi très nom­breuses à tra­vailler dans le com­merce, comme cais­sières, très sou­vent à temps par­tiel. Loin d’avoir régressé cette forme d’emploi conti­nue d’être très fémi­ni­sée et s’est déve­lop­pée dans toute l’Europe[20] [• « Le temps de tra­vail, le temps de vivre, le temps… »].

Le seul domaine où les hommes et les femmes ont été ces der­niers mois à éga­lité, c’est dans les sta­tis­tiques offi­cielles du chô­mage en France, la crise éco­no­mique de 2008-2009 s’étant tra­duite dans un pre­mier temps par des licen­cie­ments mas­sifs dans le sec­teur indus­triel et moins dans le ter­tiaire mais ras­su­rons-nous l’ordre des choses reprend son cours car le chô­mage des femmes semble être reparti à la hausse[21] !

Par ailleurs les dif­fé­ren­cia­tions entre femmes se sont elles-mêmes accen­tuées entre deux pôles : une mino­rité de femmes, les plus diplô­mées et/​ou les mieux dotées sur le plan du patri­moine et la majo­rité des femmes. Les pre­mières ont sou­vent un tra­vail qui les inté­resse, un bon salaire ou des moyens suf­fi­sants pour se faire aider dans les tâches domes­tiques par d’autres femmes sou­vent étran­gères ou d’origine étran­gère, avec ou sans papiers ; les autres ont vu leurs condi­tions de tra­vail se dété­rio­rer, sont très sou­vent à temps par­tiel et consti­tuent la majo­rité des smi­cards ou des tra­vailleurs pauvres[22].

Comme on le constate l’auto-organisation des femmes est encore et tou­jours d’actualité pour défendre les femmes les plus pré­caires et/​ou vic­times du racisme, pour obte­nir de nou­veaux droits, amor­cer une trans­for­ma­tion radi­cale de la société dans laquelle femmes et hommes seraient réel­le­ment à éga­lité. Nous avons plus que jamais besoin de la force col­lec­tive des femmes.

D’abord pour aider les fémi­nistes du monde entier à gagner de nou­veaux droits comme en Tunisie, en Égypte et ailleurs. Il ne s’agit pas de porter la bonne parole de fémi­nistes « occi­den­tales » pour faire la leçon aux femmes du « tiers-monde ». Personne ne peut, ni ne cherche à prendre la parole à la place des fémi­nistes de tel ou tel pays. Il s’agit sim­ple­ment d’être soli­daires car les fémi­nistes du monde entier savent bien que les reculs ou les avan­cées des unes ont des réper­cus­sions sur les luttes des autres[23] [• « Un fémi­nisme inter­na­tio­na­liste »].

Nous savons par­fai­te­ment que les femmes ont par­ti­cipé mas­si­ve­ment aux mani­fes­ta­tions de rue au prix par­fois de leur vie mais l’histoire nous a aussi appris, que lorsque les mobi­li­sa­tions retombent, les droits des femmes peuvent faci­le­ment dis­pa­raître des prio­ri­tés ou quand la contre-révo­lu­tion re-prend des forces, les femmes sont sou­vent les pre­mières vic­times de la répres­sion et des « retours à l’ordre » qui s’en suivent.

En France, il faut conso­li­der le rap­port des forces pour éviter les retours en arrière (comme sur le droit à l’IVG avec la restruc­tu­ra­tion des hôpi­taux ou les droits à la retraite), pour faire appli­quer des lois en faveur de l’égalité (comme celles sur l’égalité sala­riale) et défendre le droit à l’emploi des femmes, pour obte­nir des moyens pour orga­ni­ser la pré­ven­tion des vio­lences contre les femmes, déve­lop­per des centres d’hébergement et aider les femmes qui en sont vic­times dans leurs démarches mul­tiples.

Il faut aussi faire avan­cer la mixité dans toutes les acti­vi­tés, qu’elles soient fami­liales, pro­fes­sion­nelles ou poli­tiques et défendre les ser­vices publics dans tous les domaines : accueil des jeunes enfants, loge­ment social, trans­ports publics, etc., indis­pen­sables pour amé­lio­rer les condi­tions de vie des quar­tiers popu­laires et des femmes tout par­ti­cu­liè­re­ment. Sur tous ces ter­rains, des mobi­li­sa­tions uni­taires ont déjà eu lieu et des réseaux asso­cia­tifs uni­taires se sont construits aux­quels par­ti­cipent en géné­ral le CNDF et d’autres forces fémi­nistes. Ce qui a permis de rem­por­ter quelques vic­toires[24] et sur­tout de faire un tra­vail en pro­fon­deur aussi bien sur le plan reven­di­ca­tif que sur le plan des mobi­li­sa­tions[25], comme celles pour la défense des ser­vices publics et plus pré­ci­sé­ment aujourd’hui pour la défense de la santé publique pour tous et toutes, et la sécu­rité sociale uni­ver­selle et soli­daire.

Mais cela ne suffit pas. Le mou­ve­ment fémi­niste peut et doit s’élargir, parmi les jeunes femmes et celles des quar­tiers popu­laires notam­ment. De nou­veaux réseaux ou asso­cia­tions se sont créés et qui ont le mérite essen­tiel de repo­ser sur des équipes de jeunes femmes qui manient l’humour comme aux pre­miers temps de la deuxième vague fémi­niste[26]. Il faut saluer éga­le­ment l’association Les Quarante ans du fémi­nisme qui a permis de sen­si­bi­li­ser au tra­vers de mul­tiples débats, col­loques et expo­si­tions une partie de la jeune géné­ra­tion.

Néanmoins, face à la droite et l’extrême droite qui res­tent à l’offensive et cherchent par tous les moyens à divi­ser les mou­ve­ments sociaux, il faut au contraire ren­for­cer l’unité du mou­ve­ment. Cela passe pro­ba­ble­ment par des débats de fonds sur plu­sieurs ques­tions : d’abord sur les meilleurs moyens d’articuler la lutte contre l’oppression de genre, de classe et contre le racisme et ceci, non pas de manière abs­traite mais sur la base de cam­pagnes com­munes comme celles pour l’« éga­lité des salaires entre les femmes et hommes main­te­nant ! » lancée, depuis peu, par le CNDF, Femmes Égalité, Femmes soli­daires, la Maison des femmes de Montreuil, Attac, le NPA, le PCF, le Parti de gauche ou pour la régu­la­ri­sa­tion des tra­vailleuses sans papiers[27], etc.

Une pra­tique uni­taire est tou­jours néces­saire. Elle passe très sou­vent par des col­lec­tifs qui, à leurs débuts du moins, prennent la forme de car­tels d’organisations et d’associations diverses à leur sommet, comme le CNDF, Attac, etc. Mais toutes ces struc­tures ont besoin, pour atti­rer à elles de jeunes militant·es, de s’appuyer sur des col­lec­tifs de base qui dépassent les car­tels et dans les­quels les individu·es peuvent trou­ver toute leur place. Cela implique éga­le­ment de construire le mou­ve­ment fémi­niste comme un véri­table mou­ve­ment démo­cra­tique qui se réunisse en congrès pour élire des porte-parole et faire le point col­lec­ti­ve­ment sur les orien­ta­tions. C’est une des condi­tions pour déve­lop­per le mou­ve­ment fémi­niste.

Dans les quar­tiers popu­laires, il existe de mul­tiples asso­cia­tions d’entraide ou de défense plus expli­cite des droits des femmes. C’est aussi avec elles que l’on peut enra­ci­ner un mou­ve­ment fémi­niste dans ces quar­tiers.

Nous aurons sans doute à débattre éga­le­ment de la néces­sité et de la pos­si­bi­lité de faire émer­ger un « mou­ve­ment auto­nome » des femmes qui soit indé­pen­dant de l’État, des reli­gions, des partis mais pas de la lutte des classes ni de la lutte contre le racisme, en lien avec le mou­ve­ment asso­cia­tif mobi­lisé sur les ques­tions de genre et de sexua­li­tés. Toutes ces ques­tions avaient déjà été sou­le­vées lors de la ren­contre « Alternatives fémi­nistes » orga­ni­sées à l’initiative du CNDF en décembre 2005. Il faut les reprendre.

Nous avons sans doute entre nous des diver­gences mais ce n’est pas un obs­tacle en soi, à condi­tion d’être conscientes que nous sommes toutes dans le même bateau, le bateau du fémi­nisme face à des adver­saires de poids vis-à-vis des­quels il faut nous uni­fier.

Article extrait du livre Cahiers du fémi­nisme, dans le tour­billon du fémi­nisme et de la lutte des classes (1977-1998), paru aux édi­tions Syllepse en mai 2011.

Pour en savoir plus

Antoine Artous, Philippe Corcuff suivi d’un entre­tien avec Olivier Besancenot, Nouveaux défis pour la gauche radi­cale, Latresne, Le Bord de l’eau, 2004.

Houria Bouteldja, « Féminisme et anti­ra­cisme », propos recueillis par Chiara Bonfiglioli, Contretemps, dos­sier : post-colo­nia­lisme et immi­gra­tion, n° 16, Paris, Textuel, jan­vier 2006.

Pauline Debenest, Vincent Gay, Gabriel Girard (coord.), Féminisme au plu­riel, Paris, Syllepse, 2010.

Franz Fanon, Peau noire et masques blancs, Paris, Le Seuil, 1971.

Elsa Dorlin, Black Feminism. Anthologie du fémi­nisme afri­cain-amé­ri­cain (1975-2000), Paris, L’Harmattan, 2008.

Jules Falquet, Émmanuelle Lada, Aude Rabaud, (Ré)articulation des rap­ports sociaux de sexe, classe et « race », Paris, Publications Université Paris Diderot-Paris 7, 2006.

Claudie Lesselier, « Pour une his­toire des mou­ve­ments de femmes de l’immigration en France », Femmes, genre, fémi­nisme, Paris, Syllepse, 2007.

Marche mon­diale des femmes, Troisième marche mon­diale des femmes, 2010, Paris-Istambul-Bukavu, 2011, www​.mmf​-france​.fr [3].

Josette Trat, « Laïcité et droits des femmes », Critique Communiste, dos­sier : « La loi sur le voile en débat », n° 172, prin­temps 2004a.

Josette Trat, « À la recherche de l’ennemi prin­ci­pal », Critique com­mu­niste, n° 174, 2004b.

Josette Trat, Diane Lamoureux, Roland Pfefferkorn (dir.), L’autonomie des femmes en ques­tion, Paris, L’Harmattan, 2006.

Josette Trat, « L’histoire oubliée du cou­rant “fémi­niste luttes de classe” », in col­lec­tif Femmes, genre, fémi­nisme, Paris, Syllepse, col. Les Cahiers de Critique com­mu­niste, 2007.

Fiametta Venner & Caroline Fourest, « Derrière le sau­cis­son, le bloc iden­ti­taire », ProChoix n° 52, juin 2011.

Christine Verschurr (dir.), Genre, post­co­lo­nia­lisme et diver­sité des mou­ve­ments de femmes, « Cahiers genre et déve­lop­pe­ment », n° 7, Paris, L’Harmattan, 2010.



[1] Date de la fin de l’empire sovié­tique qui marque la pré­ten­tion des puis­sances occi­den­tales à ins­tau­rer un « nouvel ordre mon­dial ».

[2] L’adoption en toute dis­cré­tion, ven­dredi 25 mars, par les chefs d’État et de gou­ver­ne­ment d’un pacte de sta­bi­lité de l’euro est une véri­table décla­ra­tion de guerre contre les classes popu­laires ; ce pacte impose en effet « la modé­ra­tion sala­riale, la hausse de l’âge du départ à la retraite, la pré­ca­ri­sa­tion des sala­riés »L’Humanité, 28 mars 2011.

[3] Celui du 18 juin 2010 en par­ti­cu­lier dans le 18e arron­dis­se­ment de Paris.

[4] Sur l’évolution de ces cou­rants, lire Fiametta Venner et Caroline Fourest (2010).

[5] Ce cou­rant est porté notam­ment par le PIR (Parti des indi­gènes de la République). En jan­vier 2005 était rendu public l’« Appel des indi­gènes de la République » qui a servi ensuite à créer le Mouvement des indi­gènes de la République puis, cinq ans plus tard, les 27 et 28 février 2010, le PIR.

[6] Cf. le com­mu­ni­qué du PIR du 2 sep­tembre 2010. Nous savons bien qu’il s’agit pour le PIR et d’autres d’une race non pas bio­lo­gique mais « sociale » ; cepen­dant le fait d’emprunter ce mot au voca­bu­laire de l’extrême droite est lourd de confu­sions graves.

[7] Les immi­grés polo­nais ou ita­liens, pour­tant catho­liques ou de culture catho­lique, ont eux aussi subi des vio­lences racistes très graves. Ils n’étaient pour­tant pas des « colo­ni­sés ». De même, aujourd’hui l’antisémitisme ou le rejet des Rroms s’alimentent à d’autres sources !

[8] Nous repre­nons à notre compte la note accom­pa­gnant la publi­ca­tion en fran­çais de la « Déclaration du Combahee River Collective », dans le numéro des Cahiers du CEDREF de décembre 2006, dont la direc­trice de publi­ca­tion est Jules Falquet : « Son nom vient de l’action de gué­rilla ima­gi­née et menée par Harriet Tubman le 2 juin 1863, dans la région de Port Royal en Caroline du Sud. Cette action a libéré plus de 750 esclaves et consti­tue la seule cam­pagne mili­taire dans l’histoire amé­ri­caine à avoir été orga­ni­sée et diri­gée par une femme. »

[9] Alors qu’aux débuts du fémi­nisme, la lutte pour l’abolition de l’esclavage et le droit de vote des femmes, avait fini par fusion­ner, femmes « blanches » et femmes « noires » unies. Je m’inspire pour ces lignes des tra­vaux d’Elsa Dorlin et Jules Falquet déjà cités.

[10] Nous met­tons une ici une majus­cule à femmes Noires ou fémi­nisme Noir pour nous confor­mer au choix de Jules Falquet qui a voulu res­pec­ter l’usage de la majus­cule opéré par ces mili­tantes pour la rédac­tion de leur mani­feste ori­gi­nal.

[11] Houria Bouteldja est aujourd’hui une des porte-parole du PIR.

[12] En ce qui nous concerne, nous ne nous sommes jamais défi­nies comme des fémi­nistes « fran­çaises » ; nous avons tou­jours pris soin de parler du fémi­nisme en France pour per­mettre ainsi la prise en consi­dé­ra­tion de la diver­sité des natio­na­li­tés et des ori­gines des mili­tantes au sein de ce mou­ve­ment.

[13] Racisme qui n’épargnerait d’ailleurs aucune com­po­sante de la gauche et de l’extrême gauche selon le PIR.

[14] Dérive cau­tion­née inté­gra­le­ment par Christine Delphy, autre fémi­niste « his­to­rique », cf. l’analyse cri­tique de Josette Trat (2004b).

[15] Dans un « Rebonds » de Libération du 21 mars 2003 inti­tulé « Quand la raison s’affole », Daniel Bensaïd, Samuel Joshua et Roseline Vachetta, res­pon­sables connus de la LCR, trou­vaient « regret­table que l’ethnicisme para­site le débat pour­tant salu­taire contre le colo­nia­lisme ». Ils et elles concluaient leur tri­bune par une mise en garde tou­jours d’actualité : « Le débat sur les effets actuels de l’héritage colo­nial est néces­saire à condi­tion de ne pas com­men­cer par semer une divi­sion pas­sion­nelle parmi ceux et celles qui sou­tiennent les mêmes causes ».

[16] Cf. l’appel pour une mani­fes­ta­tion uni­taire anti­ra­ciste en mai 2011, lancé notam­ment par Oliver Lecour-Grandmaison. Pour consul­ter et signer cet appel :http://​www​.reseau​-terra​.info/​w​o​r​d​p​r​e​s​s​/​?​p=641 [4].

[17] Cette contes­ta­tion a eu son pro­lon­ge­ment dans le mou­ve­ment queer parti des États-Unis qui a pu encou­ra­ger une partie de ses adeptes à croire à la toute puis­sance des indi­vi­dus qui pour­raient ainsi se sous­traire aux rap­ports sociaux de sexe (de genre) de par leur seule volonté. queer : de l’anglais « étrange ». Mouvement né en réac­tion au néo­con­ser­va­tisme poli­tique et moral des années Reagan et Bush aux États-Unis qui pré­co­nise la « décons­truc­tion » théo­rique et pra­tique des « normes » de genre (sexe social) impo­sées par la morale domi­nante aux indi­vi­dus, aux dépens de l’épanouissement per­son­nel. Une des ins­pi­ra­trices la plus sub­tile de ce cou­rant, la phi­lo­sophe Judith Butler n’a jamais renié, quant à elle, son enga­ge­ment fémi­niste et la néces­sité de luttes col­lec­tives sur ce ter­rain.

[18] Cf. la tri­bune de Marcela Iacub, Catherine Millet et Catherine Robbe-Grillet « Ni cou­pables ni vic­times : libres de se pros­ti­tuer », dans Le Monde du 8 jan­vier 2003 [• « La pros­ti­tu­tion, une immense ser­vi­tude », « Non, votre fémi­nisme n’est pas nou­veau ! »].

[19] Pour dénon­cer notam­ment les vio­lences conju­gales et l’assignation des femmes au tra­vail domes­tique. Il n’était pas ques­tion ici de mettre en cause le droit à l’intimité des individu·es mais de sug­gé­rer que ce qui était consi­déré comme « privé » résul­tait lar­ge­ment de choix opérés par les poli­tiques publiques en matière d’organisation éco­no­mique et sociale et pou­vait donner lieu à ce titre à des débats poli­tiques col­lec­tifs.

[20] Selon l’Observatoire des inéga­li­tés, 32 % des tra­vailleuses euro­péennes étaient à temps par­tiel en 2009 contre seule­ment 8,3 % des hommes. Au total, 18,8 % de la popu­la­tion active de l’Union euro­péenne tra­vaille à temps par­tiel alors qu’en 1997, c’était le cas de 15,9 %.

[21] Pour l’année 2010, si l’on tient compte du chô­mage et du sous-emploi « le nombre d’hommes ins­crits à Pôle emploi a aug­menté moins vite que celui des femmes. Cette moindre pro­gres­sion est pro­ba­ble­ment à mettre en rap­port avec le ralen­tis­se­ment des des­truc­tions d’emplois dans l’industrie », Le Monde​.fr, 26 jan­vier 2011.

[22] Collectif natio­nal pour les droits des femmes, De la pré­ca­rité à la pau­vreté. À quel hori­zon l’égalité pro­fes­sion­nelle et sala­riale entre les femmes et les hommes ?,bro­chure publiée après le forum-débat du 16 février 2008 à l’Hôtel de Ville de Paris.

[23] La mani­fes­ta­tion uni­taire du 5 mars 2011 à Paris qui a ras­sem­blé plu­sieurs mil­liers de per­sonnes pour sou­te­nir le combat des femmes pour l’égalité en Tunisie, en Égypte et ailleurs, a été de ce point de vue un vrai succès.

[24] Promesse de réou­ver­ture du centre de CIVG de l’hôpital Tenon grâce à l’action uni­taire et pro­lon­gée du Collectif pour les droits des femmes du 20e arron­dis­se­ment de Paris et réou­ver­ture du ser­vice de radio­thé­ra­pie de l’hôpital de Guéret grâce encore à la mobi­li­sa­tion uni­taire et déter­mi­née des élu·es, des syn­di­cats de per­son­nels, du col­lec­tif de défense et de déve­lop­pe­ment des ser­vices publics et de la popu­la­tion.

[25] Parmi ces réseaux impor­tants, signa­lons celui inti­tulé « Pas de bébé à la consigne » qui re-groupe des professionnel·les des crèches et des parents, pour la défense de modes d’accueil col­lec­tifs de qua­lité et contre le décret sur les jar­dins d’éveil. Son site : http://​www​.pas​de​be​bea​la​con​signe​.com [5].

[26] Dans le désordre et de manière non exhaus­tive : La Barbe (http://​www​.labar​be​la​barbe​.org [6]), Osez le fémi­nisme (http://​www​.osez​le​fe​mi​nisme​.fr [7]), Les Poupées en pan­ta­lons (http://​les​pou​pee​sen​pan​ta​lon​.blog​spot​.com [8]), etc.

[27] Cf. entre­tien d’Ana Azaria, pré­si­dente de Femmes Égalité (Debenest et al. 2010).

date :

14/10/2011 – 12:55

Josette Trat [9]


URL source : http://www.contretemps.eu/lectures/nouveaux-d%C3%A9fis-f%C3%A9ministes

Liens :
[1] http://​www​.contre​temps​.eu/​l​e​c​tures
[2] http://www.contretemps.eu/lectures/nouveaux-d%C3%A9fis-f%C3%A9ministes
[3] http://​www​.mmf​-france​.fr
[4] http://​www​.reseau​-terra​.info/​w​o​r​d​p​r​e​s​s​/​?​p=641
[5] http://​www​.pas​de​be​bea​la​con​signe​.com
[6] http://​www​.labar​be​la​barbe​.org
[7] http://​www​.osez​le​fe​mi​nisme​.fr
[8] http://​les​pou​pee​sen​pan​ta​lon​.blog​spot​.com
[9] http://​www​.contre​temps​.eu/​a​u​t​e​u​r​s​/​j​o​s​e​t​t​e​-trat

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