Conflit étudiant – La prochaine étape sera celle des urnes

Par , Mis en ligne le 15 juillet 2012

Photo : Annik MH De Carufel – Le Devoir

À la suite d’une mobi­li­sa­tion sans pré­cé­dent, la pro­chaine bataille étu­diante risque de se dérou­ler sur le ter­rain élec­to­ral. Pour éviter quatre autres années de noir­ceur, les mili­tants du mou­ve­ment étu­diant devront inves­tir les struc­tures des partis poli­tiques.

Il n’est pas ques­tion de faire ici un appel aux votes des jeunes. Trop de per­sonnes l’ont fait jusqu’à main­te­nant. Les étu­diants vote­ront en masse aux pro­chaines élec­tions, c’est presque une cer­ti­tude. Ce qui est néces­saire : répé­ter les exploits qui ont été faits dans la rue lors de la pro­chaine cam­pagne élec­to­rale. Il faut tra­duire sur le plan de l’organisation des partis les idées qui ont été por­tées par notre mou­ve­ment. Il faut passer du refus et de la néga­tion à la construc­tion d’un projet poli­tique. Il est néces­saire de faire du rejet du néo­li­bé­ra­lisme et du projet de construc­tion d’une société plus éga­li­taire et éco­lo­giste les vec­teurs de la pro­chaine cam­pagne élec­to­rale.

Pour ce faire, il est impé­ra­tif que les dif­fé­rentes per­sonnes impli­quées de près ou de loin dans le prin­temps qué­bé­cois inves­tissent mas­si­ve­ment les struc­tures des partis poli­tiques afin d’intégrer notre projet poussé à bout de bras lors de la grève. La mobi­li­sa­tion popu­laire ne doit jamais cesser, la rue res­tera tou­jours l’endroit où se dérou­lera la majeure partie de la lutte. Mais durant les cinq semaines que durera la pro­chaine cam­pagne, nous devons nous donner comme objec­tif une vic­toire élec­to­rale étu­diante. Il est impor­tant de men­tion­ner que ces élec­tions ne sont pas une fina­lité, mais bien une étape vers la soli­da­rité et une meilleure redis­tri­bu­tion de la richesse.

Faire rayonner les idées progressistes

Le conflit étu­diant a prouvé une chose. La jeu­nesse du Québec ne dort plus et les mou­ve­ments sociaux non plus. Nous avons investi mas­si­ve­ment la rue par la pro­tes­ta­tion et l’espace public média­tisé par notre mes­sage et nos idées. Il ne faut pas faire l’erreur de négli­ger le ter­rain élec­to­ral. Les mili­tants de la grève ne doivent pas igno­rer la cam­pagne élec­to­rale et conti­nuer la lutte comme si de rien n’était. La grève a connu son lot d’événements et nous avons su, à tra­vers ceux-ci, faire passer notre mes­sage. Il faut le prendre à bras-le-corps à l’intérieur des struc­tures pro­gres­sistes qui se mettent en place depuis plu­sieurs années. Reste qu’il est pri­mor­dial de le faire à titre de mili­tants. Les orga­ni­sa­tions étu­diantes locales et natio­nales se doivent d’être tota­le­ment indé­pen­dantes des partis poli­tiques : il s’agit de l’une des forces du mou­ve­ment étu­diant qué­bé­cois.

Avec Québec solidaire

Depuis 2007, Québec soli­daire s’efforce de bâtir un Québec dif­fé­rent et a fait preuve d’une sin­cère soli­da­rité avec le mou­ve­ment étu­diant. Amir Khadir a été le pre­mier député à porter le carré rouge. Il l’a fait par prin­cipe et convic­tion, et non pas par néces­sité de mar­quer son oppo­si­tion. Jamais Québec soli­daire n’a laissé tomber notre mou­ve­ment. Ce parti aspire, tout comme nous, à un arrêt des réformes néo­li­bé­rales et à l’instauration de mesures de jus­tice sociale comme la gra­tuité sco­laire.

Il ne faut pas rêver, il est en pra­tique impos­sible que Québec soli­daire prenne le pou­voir lors des pro­chaines élec­tions. Cependant, il est tout à fait réa­liste de penser faire élire des dépu­tés dans des cir­cons­crip­tions mont­réa­laises comme Hochelaga-Maisonneuve, Sainte-Marie -Saint-Jacques, Laurier-Dorion, Gouin et Rosemont.

Une cam­pagne élec­to­rale, ce n’est pas seule­ment la dif­fu­sion de publi­ci­tés. Il faut entrer en contact avec les élec­teurs, faire du porte-à-porte, des appels télé­pho­niques et orga­ni­ser des évé­ne­ments.

Si les orga­ni­sa­tions étu­diantes ont été en mesure de réa­li­ser les plus grosses mani­fes­ta­tions de l’histoire du Québec, des spec­tacles-béné­fices ainsi qu’une cam­pagne de finan­ce­ment monstre, il faut s’imaginer à quel point les étu­diantes et étu­diants seraient effi­caces lors d’une cam­pagne élec­to­rale.

Nous devons saisir cette occa­sion afin de pro­gres­si­ve­ment mettre en place à long terme les idées qui ont ali­menté notre grève au sein des ins­ti­tu­tions poli­tiques et conti­nuer à construire une société un peu plus à notre image.

Renaud Poirier St-Pierre, Ancien atta­ché de presse de la Coalition large de l’ASSÉ (CLASSE),
Gabrielle Brais Harvey, Ancienne coor­don­na­trice aux rela­tions et com­mu­ni­ca­tions de la FECQ 

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