Charest, ça suffit !

Manifeste pour un printemps érable

Mis en ligne le 14 avril 2012

2011 fut l’année de l’indignation et de la révolte. Le prin­temps arabe a fait vaciller des auto­cra­ties, emporté des dic­ta­teurs, désta­bi­lisé des régimes et poussé de nom­breux autres à concé­der des réformes. Les images de ces peuples arabes détrô­nant leurs oli­gar­chies ont fait le tour du monde et donné l’exemple.

S’inspirant des occu­pa­tions spon­ta­nées des places publiques dans le monde arabe, les pre­miersIndignés sont appa­rus en Espagne, alors que le pays s’était vu imposé de pro­fondes mesures d’austérité. Les Espagnols met­taient en évi­dence les limites réelles de la démo­cra­tie dans ce pays for­te­ment touché par la crise éco­no­mique, subis­sant les dik­tats des mar­chés finan­ciers et où 46% des jeunes sont au chô­mage. L’initiative fait des émules et le mou­ve­ment s’est répandu en Europe et au-delà.

Le mou­ve­ment s’est pro­longé en Amérique du Nord, à partir de New York, autour de l’initiativeOccupy Wall Street. Le mou­ve­ment entend s’attaquer au 1% des per­sonnes les plus riches (grandes banques et des entre­prises mul­ti­na­tio­nales) qui dictent les lois d’une éco­no­mie mon­diale injuste qui hypo­thèque notre avenir à tous. Le mou­ve­ment s’est ensuite pro­pagé à plus de 100 villes amé­ri­caines, mais aussi au Canada (Vancouver, Toronto, Ottawa, Montréal).

Révoltés arabes, indi­gnés euro­péens ou occu­pants amé­ri­cains, tous se sont ras­sem­blés der­rière le même mes­sage d’espoir : Un autre monde est pos­sible !

Ce vent de contes­ta­tion mon­dial contre des élites éco­no­miques et poli­tiques décon­nec­tées des pré­oc­cu­pa­tions légi­times de peuples pré­ca­ri­sés à qui on demande de tou­jours payer plus, de tou­jours tra­vailler plus, et de ne sur­tout rien deman­der en retour, souffle aujourd’hui sur le Québec. Le cou­ra­geux combat des étudiant(e)s pour le droit à l’éducation consti­tue aujourd’hui le fer de lance d’un pro­fond mou­ve­ment d’indignation et de mobi­li­sa­tion popu­laire qui remue le Québec depuis plu­sieurs années. La mani­fes­ta­tion monstre du 22 mars a lancé le prin­temps érable !

Inscrivons-nous dans ce cou­rant mon­dial de révolte et pre­nons en exemple les Islandais(e)s qui, en jan­vier 2009, ont poussé à la démis­sion le gou­ver­ne­ment néo­li­bé­ral de Geir Haarde qui avait par­ti­cipé à la genèse de la crise éco­no­mique et sociale dans les­quelles a plongé ce pays en 2008.

C’est au tour du Québec de mettre à bas sa clique cor­rom­pue !

Charest, ça suffit ! exi­geons la démis­sion du gou­ver­ne­ment !

Si la jeu­nesse est l’avenir d’une société, l’éducation est sa force pour construire une société juste, durable et soli­daire. Pourtant, dans un monde aux prises avec une crise éco­no­mique et éco­lo­gique causée par des poli­tiques à courte vue dic­tées par une oli­gar­chie finan­cière qui ne se pré­oc­cupe que de son profit à court terme, le Québec ne conçoit sa jeu­nesse que comme une simple res­source exploi­table. La recherche du profit à tout prix, la cor­rup­tion et la col­lu­sion avec le monde des affaires est devenu la marque de com­merce du gou­ver­ne­ment Charest. Cela fait des années que cela dure. Les PPP, le mont-Orford, le Suroît, les gaz de schistes, Malartic, le plan Nord, le finan­ce­ment occulte du parti libé­ral, le scan­dale de la construc­tion, la cor­rup­tion dans la nomi­na­tion des juges… autant d’affaires et de pro­jets témoi­gnant d’un usage éhonté du pou­voir, d’une avi­dité du profit tiré de l’exploitation de nos res­sources col­lec­tives par des inté­rêts privés. Nous voilà reve­nus à l’ère Duplessis.

Si la terre ne dit mot lorsqu’on l’éventre pour en tirer les mine­rais tant convoi­tés par les mar­chés mon­diaux, la jeu­nesse étu­diante elle, sait s’indigner et faire entendre sa voix. Ce n’est pas aux jeunes étu­diants de payer la dette du Québec. Plutôt que de dis­tri­buer des mil­lions à des entre­prises mul­ti­na­tio­nales qui délo­ca­li­se­ront leurs acti­vi­tés dès qu’elle flai­re­ront de meilleurs pro­fits ailleurs, le gou­ver­ne­ment qué­bé­cois devrait inves­tir dans sa jeu­nesse, seule garante de notre avenir commun. Un débat de société est plus que jamais néces­saire, et le mutisme du gou­ver­ne­ment ne l’encourage pas. Dans quelle société vou­lons-nous vivre ? Comment sou­hai­tons-nous par­ta­ger les savoirs et les res­sources au Québec ? Quelle avenir sou­hai­tons-nous pour nos enfants et quelle société allons-nous leur léguer en héri­tage ?

L’obstination bornée du gou­ver­ne­ment à ne pas vou­loir entendre sa jeu­nesse a fait naître au Québec une pro­fonde aspi­ra­tion au chan­ge­ment. La grève étu­diante est deve­nue le cata­ly­seur d’un mou­ve­ment social plus global, nour­rit d’indignation envers nos élites poli­tiques arro­gantes qui ont, après près de 10 années pas­sées au pou­voir, visi­ble­ment perdu tout sens de l’intérêt géné­ral. Nous sommes mûrs pour un prin­temps qué­bé­cois ! Nous avons besoin d’une nou­velle Révolution tran­quille afin de construire un projet de société nova­teur et porté vers l’avenir.

Ainsi, nous reven­di­quons :

Le droit à l’éducation pour tous, sans dis­cri­mi­na­tion liée à l’argent.

Le droit à un envi­ron­ne­ment sain et à la pré­ser­va­tion de nos res­sources natu­relles, pour pro­té­ger notre eau, nos rivières, nos forêts, nos régions, et ne pas céder à l’appétit vorace des com­pa­gnies minières, pétro­lières et gazières.

Les droits des peuples autoch­tones sur leurs terres ances­trales, et nous sommes soli­daires des femmes Innues de la Côte-Nord en marche vers Montréal.

Le droit de jouir d’un État res­pon­sable et démo­cra­tique au ser­vice de sa popu­la­tion et non des inté­rêts finan­ciers, soit un État qui livre des ser­vices publics de qua­lité, qui refuse les pri­va­ti­sa­tions, et qui légi­fère contre la hausse illé­gi­time des tarifs de toutes sortes.

Le droit au paci­fisme et à la soli­da­rité inter­na­tio­nale en affi­chant clai­re­ment la dis­si­dence du Québec par rap­port aux poli­tiques mili­ta­ristes et com­mer­ciales du gou­ver­ne­ment conser­va­teur fédé­ral.

Le droit à une éco­no­mie locale, durable, soli­daire et sociale qui mette l’humain au centre de ses pré­oc­cu­pa­tions, qui per­mette un vrai déve­lop­pe­ment du Québec et qui mette fin aux les délo­ca­li­sa­tions abu­sives et rava­geuses.

À l’instar des slo­gans enten­dus dans les rues arabes, il est tant de dire au gou­ver­ne­mentCharest envoye à maison ! et de construire ensemble le Québec de demain. Nous sommes tous col­lec­ti­ve­ment res­pon­sables de notre avenir. Il est temps de se lever et d’agir ensemble. C’est un geste à la fois que nous chan­ge­rons le monde, et nous pou­vons com­men­cer de plu­sieurs manières :

Affichons nos cou­leurs et por­tons fiè­re­ment le carré rouge sur la poi­trine, dans nos fenêtres, à nos bal­cons !

Mobilisons-nous lors des grandes mani­fes­ta­tions à venir, notam­ment celle du 14 avril pour un prin­temps qué­bé­cois et celle du 22 avril pour le Jour de la Terre

Partageons ce mani­feste autour de nous, dis­cu­tons-le, sus­ci­tons un véri­table débat de société

Reprenons sans cesse ce slogan : Charest ça suffit ! nous vou­lons la démis­sion du gou­ver­ne­ment Charest !

FAISONS ENTENDRE NOTRE VOIX,

IL EST TEMPS DE CONSTRUIRE LE QUÉBEC DONT NOUS RÊVONS

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