Bilan partiel des activités du CAP/NCS au Forum social québécois

Comme tout le monde le sait, le FSQ a eu lieu du 8 au 12 octobre dernier. Environ 3 500 ont participé aux délibérations et en gros, à peu près tout ce que le Québec « militant » comprend était au rendez-vous. Fait remarqué et remarquable, il y avait dans cette deuxième édition du FSQ une très forte participation internationale, facilitée, si on peut dire, par le fait que le comité international du Forum social mondial était réuni à Montréal juste avant le FSQ. On a donc vu dans notre Forum des tas de militants et de chercheurs-militants d’Europe, des États-Unis, du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Asie et surtout, d’Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Chili, Uruguay, Venezuela, Mexique, etc.). Bien que la participation « citoyenne » ait été moins impressionnante qu’en 2007, l’évènement reste marquant dans l’évolution du mouvement populaire québécois, avec toutes ses forces, et toutes ses faiblesses !
Par Mis en ligne le 15 octobre 2009

Rappelons que le Collectif d’analyse poli­ti­que (CAP) a orga­nisé au FSQ cinq ate­liers durant la jour­née du samedi 10 octo­bre. Les thèmes étaient :

  • La crise des crises.
  • La crise au Québec.
  • Réformer ou abat­tre le capi­ta­lisme ?
  • La crise et la droite au Québec et au Canada.
  • Quel pro­gramme pour la gauche qué­bé­coise ?

L’ensemble du pro­gramme, coor­donné par notre cama­rade Éric Martin, a été réa­lisé avec 20 per­son­nes-res­sour­ces et envi­ron 250 par­ti­ci­pant-es (les salles étaient pres­que toutes plei­nes). D’ailleurs, vous verrez publiées dans les pro­chai­nes semai­nes les résu­més des prin­ci­pa­les inter­ven­tions sur notre site Web.

D’ores et déjà, on peut dire que la « mis­sion » a été accom­plie par des échan­ges et des dis­cus­sions riches et vives. En com­pa­rai­son avec d’autres réseaux qui ont orga­nisé des cycles de plu­sieurs ate­liers, on peut dire que nôtre pro­gramme a été parmi ceux qui ont le plus réussi tant par la qua­lité des pres­ta­tions que par la quan­tité des par­ti­ci­pant-es.

Certes, le fait que le numéro deux des Nouveaux cahiers du socia­lisme soit sorti en même temps ajou­tait à la qua­lité des débats. Avec ses trois cent pages de contri­bu­tions sur la crise en effet, les NCS-2 ont été un point de repère impor­tant. D’ailleurs, la revue a été le plus gros « ven­deur » au kios­que des mai­sons d’édition sur le site du FSQ. Également à sou­li­gner, le lan­ce­ment du numéro deux, réa­lisé conjoin­te­ment avec la revue À Bâbords (au bar L’Absinthe le 9 octo­bre), a éga­le­ment été un grand succès, avec plus de 250 per­son­nes.

Nos succès ne doi­vent pas cepen­dant nous « enfler la tête », car notre projet, avec toutes ses limi­tes, baigne dans le « milieu ambiant » actuel du mou­ve­ment popu­laire qué­bé­cois, qui est au moins en partie morose. Le fait est que c’est la droite qui garde l’initiative au Québec, au Canada et même dans le monde (peut-être à l’exception de l’Amérique du Sud). Il y a là une « énigme » ou une contra­dic­tion qui nous confronte.

D’une part, le mou­ve­ment a des capa­ci­tés inédi­tes, sur le plan du réseau­tage, de ses capa­ci­tés pro­po­si­tion­nel­les, de ses capa­ci­tés de répli­quer au capi­ta­lisme « réel­le­ment exis­tant » qui tombe en miet­tes. Dans tout cela, l’idée de se mettre ensem­ble, y com­pris sur le plan poli­ti­que avec Québec soli­daire, devrait, « nor­ma­le­ment » pren­dre son envol.

Mais d’autre part et c’est l’autre côté du miroir, cette conver­gence espé­rée n’est pas vigou­reuse. « On » hésite, « on » ter­gi­verse, « on » n’est pas cer­tains et au bout de la ligne, « on » ne pense pas que cela vaille la peine de débou­cher sur des stra­té­gies com­mu­nes. Le « on » en ques­tion inclut tout le monde, et pas seule­ment des « chefs » ou des « pen­seurs » qu’on juge­rait peu à la hau­teur. Il faudra explo­rer les rai­sons de cette hési­ta­tion qui reste un peu impal­pa­ble, mélange de peur, de gêne, de sen­ti­ment d’impuissance.

Certes, ce n’est pas la pre­mière fois qu’il y a une telle contra­dic­tion entre un mou­ve­ment anti sys­té­mi­que qui cher­che à s’affirmer et des blo­ca­ges et des défaillan­ces inter­nes et exter­nes qui le confi­nent. Entre-temps cepen­dant, la « vraie » vie n’attend pas, encore moins au niveau poli­ti­que. Si les domi­nés ne réus­sis­sent pas à s’organiser, les domi­nants ne res­tent pas assis sur leurs mains. C’est un peu une course de vitesse qui se pro­duit et dans cette période obs­cure, contra­dic­toire, com­plexe et déchi­rée se glis­sent sou­vent, comme le disait Gramsci, des « syn­dro­mes mor­bi­des » qui expri­ment la vio­lence d’un sys­tème capi­ta­liste et impé­ria­liste décli­nant (la méta­phore de l’«ours blessé », encore plus dan­ge­reux et assas­sin) tout en reflé­tant les frac­tu­res inter­nes, si on peut dire, d’un « autre monde » aspi­rant, qui doit se dépas­ser, mais ne sait pas exac­te­ment com­ment ! Et puisqu’ambigu, le phé­no­mène est d’autant plus dif­fi­cile à confron­ter. Dans tous les cas, nous allons, avec bien d’autres, conti­nuer d’essayer !

Dans les pro­chains mois, le CAP/NCS va pro­duire le numéro trois (L’État, le pou­voir et le contre-pou­voir) qui appro­fon­dira, nous l’espérons, bien des thèmes sou­le­vés au FSQ et ailleurs. D’autre part, nous allons réflé­chir sur d’autres moyens de conti­nuer le débat, sur nos pro­pres bases ou avec d’autres pro­jets d’affinité. Ce seront des rendez-vous à ne pas man­quer !

Pierre Beaudet
pour le Collectif d’Analyse poli­ti­que

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