Bilan partiel des activités du CAP/NCS au Forum social québécois

Rappelons que le Collectif d’analyse politique (CAP) a organisé au FSQ cinq ateliers durant la journée du samedi 10 octobre. Les thèmes étaient :

  • La crise des crises.
  • La crise au Québec.
  • Réformer ou abattre le capitalisme ?
  • La crise et la droite au Québec et au Canada.
  • Quel programme pour la gauche québécoise ?

L’ensemble du programme, coordonné par notre camarade Éric Martin, a été réalisé avec 20 personnes-ressources et environ 250 participant-es (les salles étaient presque toutes pleines). D’ailleurs, vous verrez publiées dans les prochaines semaines les résumés des principales interventions sur notre site Web.

D’ores et déjà, on peut dire que la «mission » a été accomplie par des échanges et des discussions riches et vives. En comparaison avec d’autres réseaux qui ont organisé des cycles de plusieurs ateliers, on peut dire que nôtre programme a été parmi ceux qui ont le plus réussi tant par la qualité des prestations que par la quantité des participant-es.

Certes, le fait que le numéro deux des Nouveaux cahiers du socialisme soit sorti en même temps ajoutait à la qualité des débats. Avec ses trois cent pages de contributions sur la crise en effet, les NCS-2 ont été un point de repère important. D’ailleurs, la revue a été le plus gros « vendeur » au kiosque des maisons d’édition sur le site du FSQ. Également à souligner, le lancement du numéro deux, réalisé conjointement avec la revue À Bâbords (au bar L’Absinthe le 9 octobre), a également été un grand succès, avec plus de 250 personnes.

Nos succès ne doivent pas cependant nous « enfler la tête », car notre projet, avec toutes ses limites, baigne dans le « milieu ambiant » actuel du mouvement populaire québécois, qui est au moins en partie morose. Le fait est que c’est la droite qui garde l’initiative au Québec, au Canada et même dans le monde (peut-être à l’exception de l’Amérique du Sud). Il y a là une « énigme » ou une contradiction qui nous confronte.

D’une part, le mouvement a des capacités inédites, sur le plan du réseautage, de ses capacités propositionnelles, de ses capacités de répliquer au capitalisme « réellement existant » qui tombe en miettes. Dans tout cela, l’idée de se mettre ensemble, y compris sur le plan politique avec Québec solidaire, devrait, « normalement » prendre son envol.

Mais d’autre part et c’est l’autre côté du miroir, cette convergence espérée n’est pas vigoureuse. « On » hésite, « on » tergiverse, « on » n’est pas certains et au bout de la ligne, « on » ne pense pas que cela vaille la peine de déboucher sur des stratégies communes. Le « on » en question inclut tout le monde, et pas seulement des « chefs » ou des « penseurs » qu’on jugerait peu à la hauteur. Il faudra explorer les raisons de cette hésitation qui reste un peu impalpable, mélange de peur, de gêne, de sentiment d’impuissance.

Certes, ce n’est pas la première fois qu’il y a une telle contradiction entre un mouvement anti systémique qui cherche à s’affirmer et des blocages et des défaillances internes et externes qui le confinent. Entre-temps cependant, la « vraie » vie n’attend pas, encore moins au niveau politique. Si les dominés ne réussissent pas à s’organiser, les dominants ne restent pas assis sur leurs mains. C’est un peu une course de vitesse qui se produit et dans cette période obscure, contradictoire, complexe et déchirée se glissent souvent, comme le disait Gramsci, des « syndromes morbides » qui expriment la violence d’un système capitaliste et impérialiste déclinant (la métaphore de l’«ours blessé », encore plus dangereux et assassin) tout en reflétant les fractures internes, si on peut dire, d’un « autre monde » aspirant, qui doit se dépasser, mais ne sait pas exactement comment ! Et puisqu’ambigu, le phénomène est d’autant plus difficile à confronter. Dans tous les cas, nous allons, avec bien d’autres, continuer d’essayer !

Dans les prochains mois, le CAP/NCS va produire le numéro trois (L’État, le pouvoir et le contre-pouvoir) qui approfondira, nous l’espérons, bien des thèmes soulevés au FSQ et ailleurs. D’autre part, nous allons réfléchir sur d’autres moyens de continuer le débat, sur nos propres bases ou avec d’autres projets d’affinité. Ce seront des rendez-vous à ne pas manquer !

Pierre Beaudet
pour le Collectif d’Analyse politique