Antimilitarisme et anti-impérialisme aujourd’hui

Par Mis en ligne le 27 février 2015

Toujours votre société vio­lente et chao­tique, même quand elle veut la paix, même quand elle est en l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre comme la nuée dor­mante porte l’orage.

Jean Jaurès le 7 mars 1985

Le Haut com­mis­sa­riat aux réfu­giés de l’ONU vient de l’annoncer : avec 51 mil­lions en 2013, le nombre de réfu­giés et per­sonnes dépla­cées (IDP) est, pour la pre­mière fois, plus élevé que dans l’immédiat après la Seconde Guerre mon­diale. Le XXIe siècle n’est pas cet espace paci­fié dont rêvaient cer­tains après la guerre froide, mais un monde de crises, de frayeurs, de mili­ta­ri­sa­tion et de guerres qui s’étendent en méta­stases.

Qu’est-ce qui menace la paix aujourd’hui ? Les menaces glo­bales de guerre n’ont pas dis­paru sur fond de crise éco­lo­gique, de course aux res­sources et matières pre­mières et de nou­velles riva­li­tés pla­né­taires. L’ingérence impé­riale se maquille en « guerres justes », mais la paix ne serait-elle mena­cée que par l’interventionnisme unique des Occidentaux ? Ou par le chaos engen­dré par la glo­ba­li­sa­tion dans un monde beau­coup plus mul­ti­po­laire ? Par la dés­in­té­gra­tion sociale, poli­tique, idéo­lo­gique, cause de « nou­velles guerres » face aux­quelles les forces de paix et pro­gres­sistes semblent para­ly­sées… Quels sont les rap­ports entre lutte pour la paix et luttes pour les droits poli­tiques, éco­no­miques, sociaux, envi­ron­ne­men­taux ? Les mou­ve­ments sociaux peuvent-ils contri­buer à la paci­fi­ca­tion du monde et à la sécu­rité des humains ?

Sarajevo, 100 ans plus tard

C’est donc avec ces ques­tions que près de 2 500 per­sonnes (d’Europe sur­tout, mais aussi des Amériques, du Moyen-Orient et du reste du monde) ont par­ti­cipé à Sarajevo (Bosnie Herzégovine) du 6 au 9 juin 2014 au Peace Event, une ren­contre inter­na­tio­nale orga­ni­sée sur le modèle des forums sociaux, avec plé­nières, camp de jeunes, près de 180 ate­liers et acti­vi­tés diverses[1]. Des débats ont été orga­ni­sés autour de cinq thèmes : mili­ta­ri­sa­tions et alter­na­tives, jus­tice sociale paix et sécu­rité, culture de paix et non-vio­lence, images de l’ennemi, récon­ci­lia­tion et ques­tions du passé, ques­tions de genre et femmes pour la paix. Plusieurs réunions inter­na­tio­nales avaient lieu paral­lè­le­ment : confé­rence sur les femmes en guerre 1914-2014, sémi­naire sur la sécu­rité humaine dans les Balkans, réunion de col­lec­ti­vi­tés locales pour la paix, etc. La situa­tion dans cer­tains points chauds du monde était abor­dée : Syrie, Palestine, Ukraine…

Nous étions à Sarajevo un siècle après l’attentat qui a enclen­ché la Première Guerre mon­diale. Loin des « com­mé­mo­ra­tions » abs­traites com­man­di­tées par l’Union euro­péenne et quelques-uns de ses États membres, il s’agissait pour les par­ti­ci­pants au Peace Event d’affronter les réa­li­tés. Comprendre les conflits d’hier et leurs consé­quences (notam­ment le cas de cette ancienne Yougoslavie, théâtre des der­nières guerres euro­péennes) et les conflits d’aujourd’hui. Échanger infor­ma­tions et ana­lyses sur les menaces glo­bales et locales, les succès et les échecs des mou­ve­ments sociaux et des actions non vio­lentes, les moyens de pré­ser­ver la paix et de défendre sécu­rité humaine.

Mais d’abord de quelles guerres parle-t-on ?

Guerres glo­bales et nou­velles guerres « de dis­lo­ca­tion »

Jusqu’au début des années 1990, la lutte pour la paix consis­tait, à l’échelle mon­diale, à résis­ter à la menace de guerre est-ouest et sa course aux arme­ments, et com­battre les guerres faites aux peuples domi­nés. Entre 1945 et 1989, quelles que soient les causes de conflits en cours à l’intérieur d’un pays ou d’une région, la ten­dance était à la « pola­ri­sa­tion » de ces conflits selon les axes est-ouest (camp « socia­liste » contre « impé­ria­liste ») et nord-sud (la lutte « nord-sud » du peuple viet­na­mien contre la domi­na­tion colo­niale deve­nait aussi une bataille « est-ouest »). Après conquête des indé­pen­dances au Sud, l’effondrement du « camp socia­liste », la domi­na­tion de l’idéologie néo­li­bé­rale, la situa­tion a changé. Si les États-Unis sont sortis de la guerre froide comme seule hyper­puis­sance, l’hégémonie amé­ri­caine est loin d’être totale, sur­tout après le fiasco des expé­di­tions mili­taires en Irak et en Afghanistan.

Les conflits d’aujourd’hui ne sont pas « pola­ri­sés » comme par le passé. Les guerres en Yougoslavie ou dans le Caucase au cours des années 1990, les guerres endé­miques en Afrique cen­trale, les conflits internes au monde arabe, etc. ont tous des causes endo­gènes, et les bel­li­gé­rants ne se trouvent pas auto­ma­ti­que­ment « enrô­lés » dans des riva­li­tés glo­bales binaires. Ce ne sont pas sim­ple­ment des champs de bataille entre les troupes sup­po­sées de « l’Empire » et com­bat­tants sup­po­sés contes­ter son hégé­mo­nie. Ceci ne signi­fie pas qu’un cer­tain « empire diffus » ne soit pour rien dans le déve­lop­pe­ment des vio­lences si l’on parle de l’emprise du néo­li­bé­ra­lisme sur le monde. La glo­ba­li­sa­tion néo­li­bé­rale, pro­vo­quant la délé­gi­ti­ma­tion des États, la régres­sion sociale, l’accroissement des inéga­li­tés et la consti­tu­tion de nou­velles castes pré­da­trices, contri­bue à l’insécurité glo­bale et à l’éclatement de conflits vio­lents, de guerres « de dis­lo­ca­tion » (cf. ci-des­sous). Bien entendu, les grandes puis­sances anciennes et émer­gentes, et pas seule­ment les États-Unis, res­tent des acteurs qui défendent leurs inté­rêts maté­riels ou poli­tiques, inter­viennent par­fois, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment, dans cer­tains conflits régio­naux et locaux.

Le nou­veau type de guerre qui fait rage aujourd’hui doit être com­pris en termes de « dis­lo­ca­tion glo­bale », pour reprendre l’analyse de Mary Kaldor d’il y quelques années[2]. Des guerres qui se déroulent plus au sein des États qu’entre États, qui semblent s’articuler autour de figures « tra­di­tion­nelles » eth­niques ou confes­sion­nelles, mais qui sont en fait le fruit de la crise contem­po­raine des struc­tures poli­tiques et éco­no­miques natio­nales dans le contexte de la glo­ba­li­sa­tion, dans les­quelles une partie des bel­li­gé­rants (ou tous) s’apparente plus à des milices qu’à des armées natio­nales qui elles-mêmes ont sou­vent recours à des socié­tés armées pri­vées. Tous les méca­nismes de décom­po­si­tion ne conduisent pas à des conflits armés, mais c’est le cas quand les condi­tions sont réunies par exemple des failles his­to­riques non réglées et sur­tout quand un ou plu­sieurs des pro­ta­go­nistes d’une crise passent à la guerre ouverte. Les bel­li­gé­rants se battent au nom « d’identités » qui se conso­lident dans le conflit lui-même, même si elles peuvent avoir des racines anciennes par­fois pro­fondes. Chrétiens contre musul­mans, chi’ites contre sun­nites, rus­so­phones contre ukrai­no­phones, Serbes contre Croates, des anta­go­nismes qui se déve­loppent pen­dant les crises et qui n’en sont pas les causes prin­ci­pales. Les civils ne sont pas des vic­times col­la­té­rales, mais consti­tuent le champ de bataille lui-même, et l’exclusion, voire la « puri­fi­ca­tion eth­nique », ne sont pas des « bavures », mais les buts de la guerre.

La lutte pour le désar­me­ment

Le conflit est-ouest était lourd d’une troi­sième guerre mon­diale nucléaire, la menace « exter­mi­niste »[3]. Cette pers­pec­tive est (pro­vi­soi­re­ment) écar­tée, ce qui a permis une décrois­sance des hal­lu­ci­nants arse­naux, mais nous sommes encore loin du désar­me­ment et la menace de poten­tiels conflits nucléaire demeure. Au forum de Sarajevo, on a donc rap­pelé com­bien la lutte pour le désar­me­ment nucléaire demeure impé­rieuse, en par­ti­cu­lier la lutte pour la dénu­cléa­ri­sa­tion régio­nale (à com­men­cer par le Moyen-Orient). Les cam­pagnes pour le désar­me­ment concernent aussi les autres armes, notam­ment celles inter­dites par les conven­tions de l’ONU : armes chi­miques, mines anti­per­son­nelles, armes à sous-muni­tions et cer­taines qui ne sont pas encore inter­dites (pro­jec­tiles durcis à l’uranium appau­vri). Combattre la course aux arme­ments, c’est aussi résis­ter à l’amplification des moyens de la guerre « intel­li­gente », la guerre élec­tro­nique, les drones et armes de « guerre vir­tuelle ».

La ques­tion du droit inter­na­tio­nal

En appa­rence, loin des champs de bataille se déroule le combat du droit. Certains contestent la « naï­veté » qu’il y aurait de s’en récla­mer dans les domaines de la guerre ou règne le cynisme et le rap­port de force. Les ins­tru­ments de la jus­tice inter­na­tio­nale (dont la Cour pénale inter­na­tio­nale), ne sont-ils pas ins­tru­men­ta­li­sés par les puis­sants ? « Justice des vain­queurs », deux poids deux mesures, selon que vous soyez puis­sants ou misé­rables ? Certes, mais comme tout combat pour la jus­tice, les limites actuelles de cer­taines ins­tances n’empêchent pas qu’il faille lutter pour l’incrimination des meur­triers et la qua­li­fi­ca­tion des crimes, pour la répa­ra­tion due aux vic­times. D’ailleurs, les puis­sances les plus mili­ta­ristes, à com­men­cer par les États-Unis, mais aussi la Chine ou la Russie, cherchent à se sous­traire à toute dénon­cia­tion, à pro­té­ger leurs alliés de toute condam­na­tion (cf. les veto [mot latin] amé­ri­cains au Conseil de sécu­rité pro­tec­teurs d’Israël ou russes pro­tec­teurs de Bachar Al-Assad). Ainsi, Israéliens et Américains ont tout fait pour empê­cher la Palestine en tant qu’État d’avoir recours aux ins­tru­ments du droit inter­na­tio­nal (Conventions de Genève, statut de Rome de la CPI sur les crimes de guerre, d’agressions, contre l’humanité et géno­cides, etc.).

Le « ter­ro­risme » est aujourd’hui pré­senté comme un ennemi global et mena­çant à l’encontre de qui on jus­ti­fie les expé­di­tions mili­taires (War on Terror) et les légis­la­tions liber­ti­cides (comme le Patriot Act aux États-Unis). Dénoncer les pra­tiques ter­ro­ristes (les actions ciblant des non-bel­li­gé­rants et ayant pour objet de ter­ro­ri­ser un groupe ou une popu­la­tion), c’est dénon­cer tous les ter­ro­rismes, d’abord celui des États, qu’ils uti­lisent les drones pour des assas­si­nats poli­tiques (États-Unis et Israël) ou des armes beau­coup plus rus­tiques, des barils d’explosifs jetés à l’aveugle des héli­co­ptères de Bachar Al-Assad contre les quar­tiers rebelles aux dyna­mi­tages des mai­sons de sus­pects par les forces d’occupation israé­liennes et cela, tout autant que les actions anti-civiles des com­bat­tants non éta­tiques, natio­na­listes ou dji­ha­distes (tor­tures, viols et mas­sacres) mis en scène aujourd’hui par les forces plus ou moins régu­lières sur presque tous les théâtres d’opérations. Nommer ces crimes de guerre pour ce qu’ils sont, com­battre pour l’application du droit, fait partie de la lutte contre les guerres et pour la paix.

C’est dans ce contexte qu’à Sarajevo, il y a eu plu­sieurs échanges sur les expé­riences de « jus­tice tran­si­tion­nelle » post-conflit, comme moyen (ou pas) de passer du conflit ou de l’oppression à la paci­fi­ca­tion (trans­for­ma­tive jus­tice)…

Le sou­tien aux fac­teurs de paix et aux forces de résis­tance

Les opé­ra­tions mili­taires des puis­sances auto­dé­si­gnées (« com­mu­nauté inter­na­tio­nale ») se pré­sentent aujourd’hui comme « huma­ni­taires », pour la « défense de la démo­cra­tie » ou la « pro­tec­tion de mino­ri­tés », en appli­ca­tion de la « res­pon­sa­bi­lité de pro­té­ger[4]». Bien entendu, on ne « pro­tège » pas tout le monde de la même manière, et les bons sen­ti­ments cachent mal les inté­rêts géo­po­li­tiques.

Il faut com­battre les expé­di­tions impé­riales, et de ce point de vue, la mobi­li­sa­tion mon­diale de 2003 contre la guerre amé­ri­caine en Irak reste une réfé­rence. Faut-il pour autant condam­ner toute pro­tec­tion inter­na­tio­nale ? Les opé­ra­tions sous man­dats de l’ONU ou d’instances régio­nales se sont mul­ti­pliées ces der­nières années, par­fois sans grands moyens et sou­vent avec des résul­tats miti­gés, car si elles ont pu par­fois contri­buer à l’arrêt de com­bats, elles n’ont pas sou­vent débou­ché sur des solu­tions justes et durables. Les « pro­ces­sus » de paix ont été blo­qués ou se sont limi­tés à une « sta­bi­li­sa­tion » satis­fai­sante pour la « com­mu­nauté inter­na­tio­nale », sans garan­tir la sécu­rité humaine des per­sonnes et en lais­sant une mul­ti­tude de « conflits gelés » qui peuvent se réchauf­fer à tout moment.

Une paix juste et durable ne se construit pas sans mobi­li­sa­tion des socié­tés elles-mêmes et sans défaite poli­tique des fac­tions qui ont pro­vo­qué la guerre. Dans les « conflits de dis­lo­ca­tion » à l’intérieur d’un État ou d’une région, il existe presque tou­jours des mou­ve­ments sociaux et poli­tiques, qui, sur place, s’opposent à la dis­lo­ca­tion, avant que les armes ne parlent et même pen­dant les phases de guerre elles-mêmes. Autant faut-il dénon­cer et com­battre les fau­teurs de guerre, autoch­tones et ceux qui les encou­ragent de l’extérieur, autant ces mou­ve­ments doivent béné­fi­cier de sou­tiens maté­riels et moraux, et de la soli­da­rité des mou­ve­ments de paix à l’extérieur. Qui, et com­ment, sou­te­nir ? Quoi, et com­ment, dénon­cer ? Sujet de débats au Peace Event Sarajevo avec des acteurs de ter­rain, les expé­riences d’hier (ex-Yougoslaves)[5], et celles d’aujourd’hui (Moyen-Orient, Sud-Caucase, Ukraine…).

Comment se mobi­li­ser aujourd’hui ?

Les dis­cours sur la « récon­ci­lia­tion », les pro­grammes finan­cés par diverses agences inter­na­tio­nales pour la « paix » et la « démo­cra­tie », les bureau­cra­ties « non gou­ver­ne­men­tales » qui en vivent, contri­buent-ils au recul du mili­ta­risme et à la construc­tion de la paix et de la jus­tice ? Ou, au contraire, au main­tien des domi­na­tions en place, aux impasses dans la réso­lu­tion des conflits, à la réap­pa­ri­tion régu­lière des crises vio­lentes ? Les « socié­tés civiles » résistent-elles au mili­ta­risme ? Comment faire en sorte que les mou­ve­ments censés contri­buer à la construc­tion de la paix s’enracinent dans les mou­ve­ments des socié­tés et pro­duisent des effets ? Quelques semaines avant le Peace Event, un énorme mou­ve­ment social avait balayé une majeure partie de la Bosnie, contes­tant la mau­vaise gou­ver­nance et l’incurie née de la com­bi­nai­son du néo­li­bé­ra­lisme et de la situa­tion de pou­voir « d’après-guerre » et de tutelle euro­péenne dans laquelle se trouve le pays depuis vingt ans… Une mobi­li­sa­tion créant une grande pré­oc­cu­pa­tion des ins­tances « d’aide » inter­na­tio­nale et de pro­mo­tion de la paix !

Ces mobi­li­sa­tions popu­laires sont aussi en elles-mêmes, forces de paix, forces de résis­tance sociale contes­tant les régimes – pas seule­ment les gou­ver­ne­ments, mais aussi les oli­gar­chies, les méca­nismes de cor­rup­tion néo-libé­rale, d’inégalités, s’affirmant sou­vent expli­ci­te­ment comme mou­ve­ments non vio­lents, non mili­ta­ri­sés (le mot d’ordre Sulamya ! des mou­ve­ments de 2011 à Bahreïn, au Yémen, en Égypte ou en Syrie). Selon les contextes, des Amériques au monde arabe ou à la Bosnie et la Turquie, ils ont fait – et font tou­jours – l’objet de répres­sion plus ou moins bru­tale – quand ce n’est pas leur anéan­tis­se­ment par la guerre, et de ten­ta­tives plus ou moins réus­sies de dévoie­ment, de la part de natio­na­listes, d’intégristes radi­caux et autres sec­taires, mais aussi des néo-libé­raux apôtres de l’inégalité. Ceci ne doit pas nous faire oublier que dans le monde entier, le combat pour la paix, c’est aussi la lutte contre les idéo­lo­gies de sépa­ra­tion, d’exclusion, de régres­sion, qui ali­mentent les méca­nismes de la dis­lo­ca­tion

Poursuivre débats et coopé­ra­tions

Le Peace Event de Sarajevo a été l’un des pre­miers forums inter­na­tio­naux « thé­ma­tiques » sur les ques­tions de paix et de sécu­rité humaine de la période. Bien sûr, il y a régu­liè­re­ment des ren­contres des mou­ve­ments de paix et/​ou réseaux non vio­lents, où mili­tants et experts échangent leurs expé­riences et construisent des mobi­li­sa­tions. Bien sûr, il y a eu des ren­contres sur les ques­tions de mili­ta­ri­sa­tion et de guerres dans des Forums sociaux mon­diaux… Cette fois-ci, à Sarajevo – malgré d’évidentes limites notam­ment en termes de par­ti­ci­pa­tion mon­diale – on abor­dait ces ques­tions sous leurs dif­fé­rentes facettes, avec des mili­tants très divers des orga­ni­sa­tions « de paix », mais aussi de défense des droits civiques, éco­no­miques et cultu­rels, des par­ti­ci­pants aux mou­ve­ments sociaux, etc. En exa­mi­nant ensemble les moyens de résis­ter à la mili­ta­ri­sa­tion et à la vio­lence, de faire face aux guerres locales, de sou­te­nir ceux qui luttent sur le ter­rain pour la sécu­rité humaine des per­sonnes, bref de construire la paix… En atten­dant un autre pro­chain Forum pour pro­lon­ger les débats et déve­lop­per les coopé­ra­tions.

Une ardente néces­sité quand le canon tonne à Gaza, Alep, Mossoul, Bangui ou Donetsk…

* Président du CEDETIM (Centre d’études et d’initiatives de soli­da­rité inter­na­tio­nale – Paris) et membre du comité orga­ni­sa­teur du Peace Forum de Sarajevo 2014

[1] Le site inter­net du Peace Event : http://​www​.pea​cee​vent​sa​ra​je​vo2014​.eu/​h​o​m​e​.html

[2] Mary Kaldor, New and Old War, Organized Violence in a Global Era, Polity Press, Cambridge, 1998.

[3] Voir Edward P. Thompson (1924-1983), Exterminism and cold war, Verso, Londres, 1982

[4] Suite au géno­cide du Rwanda, l’ONU a mis en avant la notion, d’abord comme devoir de chaque État de pro­té­ger la popu­la­tion du géno­cide, des crimes de guerre, du net­toyage eth­nique et des crimes contre l’humanité. Puis comme enga­ge­ment inter­na­tio­nal avec la réso­lu­tion 1674, sur la pro­tec­tion des civils, adop­tée en 2006 par le Conseil de Sécurité…dont on se demande bien pour­quoi elle n’est pas appli­quée en 2014 pour pro­té­ger les Palestiniens par exemple…

[5] Si l’on prend le cas de la Bosnie, de tels mou­ve­ments n’ont cessé d’exister. Une expo­si­tion Zeljeli smo samo mir (Nous ne vou­lions que la paix), pen­dant le Peace Event évo­quait les grandes mani­fes­ta­tions pour la paix à Sarajevo en 1991-92. Ces mou­ve­ments ont duré pen­dant et après la guerre et ont béné­fi­cié d’un cer­tain mou­ve­ment de soli­da­rité exté­rieure, mais la logique de « sta­bi­li­sa­tion » des accords de Dayton qui ont mis fin aux com­bats les ont mar­gi­na­li­sés au profit des « pro­fi­teurs de la guerre », ce qui explique pour­quoi aujourd’hui encore le pays est en crise.

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