50 économistes lancent la pétition : « Spéculation et crise : ça suffit ! »

Mis en ligne le 29 mars 2008

La thèse de la « folie » vaut à peu près ce que vaut celle de « l’immoralité », c’est-à-dire rien. On peine à croire d’ailleurs que la cécité intel­lec­tuelle ou l’entêtement idéo­lo­gique puissent aller jusqu’à une telle nul­lité de pensée, spé­cia­le­ment au moment où les des­truc­tions finan­cières se pro­duisent là, sous nos yeux, révé­lant leurs causes les plus évi­dentes. Le plus éton­nant dans cette affaire ne tient presque plus aux évé­ne­ments eux-mêmes – pour­tant ô com­bien spec­ta­cu­laires ! – mais à l’acharnement de la croyance libé­rale et à la force du déni.

Par Frederic LORDON

PETITION

La finance déré­gle­men­tée détruit les socié­tés. Silencieusement, au quo­ti­dien, quand les action­naires pres­surent les entre­prises, c’est-à-dire les sala­riés, pour en extraire davan­tage de ren­ta­bi­lité, au Nord comme au Sud. A grand spec­tacle et avec fracas dans les crises aiguës où se révèlent bru­ta­le­ment les invrai­sem­blables excès de la cupi­dité spé­cu­la­tive et leur contre­coup sur l’activité et l’emploi. Chômage, pré­ca­ri­sa­tion, accrois­se­ment des inéga­li­tés : les sala­riés et les plus pauvres sont voués à faire les frais soit de la spé­cu­la­tion, soit des nui­sances du krach qui s’ensuit.

Depuis deux décen­nies, le cours de la finance mon­diale n’est qu’une longue suite de crises : 1987, krach bour­sier ; 1990, crise immo­bi­lière aux Etats-Unis, en Europe et au Japon ; 1994, krach obli­ga­taire amé­ri­cain ; 1997 et 1998, crise finan­cière inter­na­tio­nale ; 2000-2002, krach inter­net ; 2007-2008 enfin, crise immo­bi­lière et peut-être crise finan­cière glo­bale.

Pourquoi une telle répé­ti­tion ? Parce que toutes les entraves à la cir­cu­la­tion des capi­taux et à l’« inno­va­tion » finan­cière ont été abo­lies. Quant aux banques cen­trales qui ont laissé enfler la bulle, elles n’ont plus d’autre choix que de se pré­ci­pi­ter au secours des banques et des fonds spé­cu­la­tifs en mal de liqui­di­tés.

Nous n’attendrons pas la pro­chaine crise sans rien faire et ne sup­por­te­rons pas plus long­temps les extra­va­gantes inéga­li­tés que la finance de marché fait pros­pé­rer. Parce que l’instabilité est intrin­sèque à la déré­gle­men­ta­tion finan­cière, com­ment les déri­soires appels à la « trans­pa­rence » et à la « mora­li­sa­tion » pour­raient-ils y chan­ger quoi que ce soit – et empê­cher que les mêmes causes, de nou­veau, pro­duisent les mêmes effets ? Y mettre un terme sup­pose d’intervenir au coeur du « jeu », c’est-à-dire d’en trans­for­mer radi­ca­le­ment les struc­tures. Or, au sein de l’Union euro­péenne, toute trans­for­ma­tion se heurte à l’invraisemblable pro­tec­tion que les trai­tés ont cru bon d’accorder au capi­tal finan­cier.

C’est pour­quoi nous, citoyens euro­péens, deman­dons :

  • l’abrogation de l’article 56 du Traité de Lisbonne, qui, inter­di­sant toute res­tric­tion à ses mou­ve­ments, offre au capi­tal finan­cier les condi­tions de son emprise écra­sante sur la société. Et nous deman­dons éga­le­ment
  • la res­tric­tion de la « liberté d’établissement » (art. 48) qui laisse l’opportunité au capi­tal de se rendre là où les condi­tions lui sont le plus favo­rables, et per­met­trait ici aux ins­ti­tu­tions finan­cières de trou­ver asile à la City de Londres ou ailleurs.

Si par « liberté » il faut entendre celle des puis­sances domi­nantes, aujourd’hui incar­nées dans la finance, d’asservir le reste de la société, disons immé­dia­te­ment que nous n’en vou­lons pas. Nous pré­fé­rons celle des peuples à vivre hors de la ser­vi­tude de la ren­ta­bi­lité finan­cière.

POUR SIGNER : www​.stop​-finance​.org


Entretien avec Frédéric Lordon

« Les gens com­prennent très bien que l’harmonie du marché a quelques sérieux ratés quand la Société géné­rale voit s’évaporer 7 mil­liards d’euros d’un coup. »

L’économiste et phi­lo­sophe Frédéric Lordon appelle à mettre en cause les trai­tés euro­péens qui sanc­tua­risent la liberté de mou­ve­ments des capi­taux.

De nom­breux com­men­ta­teurs et édi­to­ria­listes mettent la crise finan­cière sur le compte d’une « folie » qui se serait empa­rée des mar­chés. Que pensez-vous de ces inter­pré­ta­tions ?

Frédéric Lordon. La thèse de la « folie » vaut à peu près ce que vaut celle de « l’immoralité », c’est-à-dire rien. On peine à croire d’ailleurs que la cécité intel­lec­tuelle ou l’entêtement idéo­lo­gique puissent aller jusqu’à une telle nul­lité de pensée, spé­cia­le­ment au moment où les des­truc­tions finan­cières se pro­duisent là, sous nos yeux, révé­lant leurs causes les plus évi­dentes. Le plus éton­nant dans cette affaire ne tient presque plus aux évé­ne­ments eux-mêmes – pour­tant ô com­bien spec­ta­cu­laires ! – mais à l’acharnement de la croyance libé­rale et à la force du déni.

Si même des catas­trophes de cette magni­tude ne par­viennent pas à des­siller l’escouade des « experts » et des pré­cep­teurs de ser­vice, on se demande quel degré de convul­sion il faudra atteindre pour obte­nir d’eux le pre­mier doute… Il faut bien se mettre à leur place cepen­dant : la « folie » et « l’immoralité », c’est tout ce qui leur reste avant d’en arri­ver à l’indicible mise en ques­tion, celle des struc­tures. Car tel est bien, mal­heu­reu­se­ment pour eux, l’enseignement à vif de la crise : jusque dans l’effondrement, la libé­ra­li­sa­tion finan­cière demeure par­fai­te­ment conforme à son concept. Ce à quoi nous assis­tons est le déploie­ment néces­saire d’une méca­nique ins­crite au coeur des struc­tures libé­ra­li­sées de la finance. UBS a perdu 18 mil­liards de dol­lars, Merril Lynch, 19 et Citigroup, 21, sans opé­ra­tions frau­du­leuses ni Jérôme Kerviel local. Bref, elles ont perdu en jouant, stric­te­ment, le jeu de la finance tel qu’il est confi­guré actuel­le­ment. C’est bien cette confi­gu­ra­tion qui est intrin­sè­que­ment l’origine du pro­blème.

Comment peut-on ima­gi­ner un seul ins­tant que des opé­ra­teurs finan­ciers pour­raient renon­cer à pour­suivre d’extraordinaires oppor­tu­ni­tés de profit dans un uni­vers qui les démul­ti­plie et leur donne des pro­por­tions sans com­mune mesure avec les gains de l’économie réelle ? Par quel miracle de vertu la Société géné­rale qui, en 2006, tire 23 % de ren­ta­bi­lité des capi­taux propres de sa banque de détail pour­rait-elle s’abstenir de saisir les 48 % ( !) que lui offre sa banque d’investissement ? Laissez l’économe d’une congré­ga­tion béné­dic­tine libre d’aller placer les excé­dents de la char­treuse sur les mar­chés et il finira avec des CDO de sub­primes…

La crise pré­sente n’a donc rien d’exceptionnel ?

Entre « trader fou » et hypo­thèse de « l’accès de folie », tout est fait pour donner à l’événement actuel un statut d’aberration excep­tion­nelle, un éga­re­ment incom­pré­hen­sible sur fond de par­fait bon sens. Mais la « folie » est le régime per­ma­nent et néces­saire de la finance libé­ra­li­sée.

Dans quels méca­nismes s’enracine ce fonc­tion­ne­ment de la finance ?

La finance de marché a la pro­priété de faire voir, par une sorte d’expérimentation en vraie gran­deur, les résul­tats catas­tro­phiques d’une situa­tion où tous les agents sont simul­ta­né­ment lais­sés libres de pour­suivre fré­né­ti­que­ment leurs inté­rêts de pro­fi­ta­bi­lité maxi­mum et placés sous de féroces contraintes de concur­rence et d’évaluation – mesure du mérite indi­vi­duel par l’argent, saine concur­rence, éva­lua­tion per­ma­nente : un rêve sar­ko­zyste…

Dans le champ de la finance, la concur­rence est sau­vage. C’est le domaine qui a porté le plus loin l’obsession de l’évaluation com­pa­rée des per­for­mances de tous : annuaires pro­fes­sion­nels de toutes sortes mul­ti­plient les clas­se­ments et les hit-parades pour tous les métiers et tous les types d’actifs. Avec des effets de grande ampleur puisque des man­dats de ges­tion, c’est-à-dire des masses finan­cières consi­dé­rables, vont être dépla­cés vers les vedettes du moment.

Du fait même de cette concur­rence infer­nale, dont les tables sont remises à jour sur une base tri­mes­trielle, les agents vivent dans un état d’hystérie per­ma­nente. Tout ce qui en réa­lité, ou en ima­gi­na­tion, offre une pers­pec­tive de ren­ta­bi­lité accrue, et sur­tout de ren­ta­bi­lité dif­fé­ren­tielle, sera pour­suivi avec achar­ne­ment. Cette pres­sion concur­ren­tielle s’articulant à la pleine libé­ra­tion de la pul­sion cupide, les efforts déses­pé­rés de tous pour dépas­ser tous entraînent une accu­mu­la­tion col­lec­tive de risques dont nul n’a le souci puisque chacun n’est pré­oc­cupé que de ses inté­rêts indi­vi­duels. Seule une pensée indi­gente – ou com­plice – peut s’obstiner de voir là un pro­blème de mora­lité alors qu’il n’est ques­tion que de struc­tures.

Comment com­prendre la répé­ti­tion de ces crises finan­cières depuis vingt ans ?

J’hésite entre deux stra­té­gies : dénon­cer l’indigence concep­tuelle du couple « moderne » -« archaïque » – sans lequel l’éditorialiste libé­ral réfor­ma­teur de base n’est plus capable de construire une seule phrase -, ou bien le retour­ner contre ses uti­li­sa­teurs. Car seule une for­mi­dable inver­sion rhé­to­rique peut donner la régres­sion libé­rale pour un « pro­grès ».

Sitôt ins­tal­lée, la déré­gle­men­ta­tion des mar­chés de capi­taux nous a fait faire un bond en arrière de soixante ans puisque le krach de 1987 a non seule­ment égalé en impor­tance celui de 1929 mais a consti­tué le pre­mier évé­ne­ment du genre sur­venu depuis lors. Quant à la panique ban­caire de la Northern Rock, il faut car­ré­ment remon­ter à 1866 pour en retrou­ver l’équivalent. On juge du « pro­grès » et de la « moder­nité »… Or la croyance libé­rale n’en démord pas.

On reste sidéré du bilan déri­soire de la réunion euro­péenne tenue à Londres le 29 jan­vier. « Tout en pré­fé­rant des solu­tions de marché, si les acteurs de marché s’avèrent inaptes à trai­ter ces pro­blèmes, nous sommes prêts à consi­dé­rer des solu­tions de rem­pla­ce­ment régle­men­taires », déclare sans rire le com­mu­ni­qué offi­ciel. Mais cette inap­ti­tude est avérée depuis vingt ans ! La preuve en est cette infer­nale récur­rence de la crise des mar­chés puisque, depuis 1987, nous n’avons pas la paix plus de quatre ans d’affilée.

Quoique tou­chant des com­par­ti­ments dif­fé­rents, et avec sans doute des effets éco­no­miques dif­fé­rents, la simi­li­tude for­melle des crises de 2007 et 2001 est frap­pante. Même délire spé­cu­la­tif, mais aussi même carence des agences de nota­tion, même pro­li­fé­ra­tion des struc­tures hors bilans échap­pant aux contrôles comp­tables régu­liers, et jusqu’au paral­lé­lisme des « enti­tés spé­ciales » – entre les SPV (Special Purpose Vehicle) qui ont coulé Enron en 2000 et les SIV (Special Investment Vehicle) gavés de sub­primes de 2007, l’identité est presque par­faite.

Et, bien sûr, les mêmes recom­man­da­tions de « réin­té­gra­tion des hors-bilans », les mêmes solen­nelles pro­messes de trans­pa­rence et de mora­lité. Recommandations jamais sui­vies, pro­messes jamais tenues, paroles envo­lées sitôt com­men­cée la bulle d’après.

Vous avez for­mulé, il y a quelque temps, des pro­po­si­tions pour, dites-vous, « affa­mer la finance »…

Il faut bien avoir conscience qu’une fois la for­ma­tion d’une bulle lancée, il est trop tard. D’abord elle est vouée à crever. Et lorsqu’elle le fera, elle armera ins­tan­ta­né­ment la prise d’otages qui contrain­dra le ban­quier cen­tral à venir au secours des ins­ti­tu­tions finan­cières en détresse.

C’est là toute la per­ver­sité de la crise finan­cière qui, au-delà d’un cer­tain stade de gra­vité, crée une situa­tion dite de risque sys­té­mique. La den­sité des enga­ge­ments croi­sés entre les banques est en effet telle qu’un défaut indi­vi­duel peut être pro­pagé de manière fou­droyante, au risque de pro­vo­quer un col­lap­sus géné­ral. Devant l’énormité des consé­quences pos­sibles, le ban­quier cen­tral, quelle que soit sa volonté de sanc­tion­ner les impru­dents, n’a pas d’autre choix que d’intervenir pour leur sauver la mise. Pour sortir de cette situa­tion, il n’y a pas d’autre moyen que… d’éviter qu’elle ne se forme !

Pour asphyxier la bulle ab initio, il faut la priver (d’une partie) de son oxy­gène : le crédit. À ceci près qu’élever les taux d’intérêt risque de tuer l’économie réelle en même temps que la spé­cu­la­tion. D’où l’idée de taux d’intérêt dédou­blés, l’un à des­ti­na­tion des seuls agents de l’économie pro­duc­tive, et qui pourra être main­tenu aussi bas qu’on veut, pen­dant que l’autre, à des­ti­na­tion des seuls agents de la finance, pourra être relevé aussi haut que néces­saire.

Vous pro­po­sez aussi d’instaurer un pla­fon­ne­ment de la rému­né­ra­tion des action­naires.

J’ai donné à cette pro­po­si­tion le nom de SLAM – Shareholder Limited Authorized Margin. Il s’agit de pla­fon­ner par un écrê­te­ment fiscal la rému­né­ra­tion des action­naires pour désar­mer les inci­ta­tions du capi­tal action­na­rial à inten­si­fier indé­fi­ni­ment l’exploitation des sala­riés. Nous ne sommes plus là dans la pro­blé­ma­tique de la crise de crédit, mais dans celle, plus per­ma­nente, de l’emprise de la finance action­na­riale sur l’économie. En faire men­tion ici vaut donc sur­tout pour dire que, contrai­re­ment aux usuelles fins de non-rece­voir du genre « il n’y a pas d’alternative » et « de toute façon vous n’avez rien à pro­po­ser », des idées pour arrai­son­ner la finance, il com­mence à y en avoir.

Comment impo­ser de tels outils de régu­la­tion ?

Toutes les pro­po­si­tions « tech­niques » sont nulles et non ave­nues tant qu’elles res­tent sans force poli­tique. Or, pour sinistre qu’elle soit à bien des égards, la conjonc­ture pré­sente a au moins l’avantage d’offrir une oppor­tu­nité sans pareille au ras­sem­ble­ment de cette force et à l’installation de la ques­tion finan­cière dans le débat poli­tique. Car c’est au coeur de la crise, et au spec­tacle de ses for­mi­dables des­truc­tions de valeur, que les esprits sont frap­pés.

Les gens com­prennent très bien que l’harmonie du marché a quelques sérieux ratés quand la Société géné­rale voit s’évaporer 7 mil­liards d’euros d’un coup. Il y a là une confi­gu­ra­tion poli­tique extra­or­di­naire dont il faut impé­ra­ti­ve­ment tirer parti. C’est peut-être le seul béné­fice de ces crises que d’offrir des inva­li­da­tions en actes et, il faut le dire, à grand spec­tacle, des thèses libé­rales de par­faite auto­ré­gu­la­tion des mar­chés. Ne pas l’exploiter serait une faute poli­tique qui nous condam­ne­rait à attendre pas­si­ve­ment la pro­chaine secousse – puisque des causes inchan­gées pro­dui­ront à coup sûr des effets sem­blables.

Or, il est temps de dire que cette suc­ces­sion métro­no­mique des séismes finan­ciers – sans doute jusqu’ici rat­tra­pés, mais jusqu’à quand, et à quel prix en termes de crois­sance et d’emploi ? – nous n’en vou­lons plus. « Ne plus vou­loir », c’est donc viser les causes, c’est-à-dire les struc­tures, et affir­mer que leur trans­for­ma­tion pro­fonde doit être un enjeu majeur de notre débat poli­tique.

Quelle forme donner concrè­te­ment à ce « ne plus vou­loir » ?

J’ai hau­te­ment conscience de mes risibles com­pé­tences en matière d’action poli­tique. Mais l’idée de regar­der bras bal­lants le manège repar­tir pour un tour exac­te­ment à l’identique me rend malade, c’est pour­quoi je ne peux pas m’empêcher de lancer au moins une idée et même, pour­quoi pas, de la pour­suivre.

S’il s’agit de refaire l’agenda du débat public et d’y faire figu­rer en haut de liste la ques­tion finan­cière, ne faut-il pas jouer dans l’opinion un coup « cata­ly­tique » pour faire pré­ci­pi­ter les mul­tiples réac­tions indi­vi­duelles en une idée col­lec­tive claire et dis­tincte – et en un pro­gramme d’action poli­tique ? Je ne vois guère de meilleur moyen pour cela que la péti­tion. Il fau­drait qu’elle soit portée par une plu­ra­lité de médias. Mais, sur­tout, cette péti­tion devrait impé­ra­ti­ve­ment être euro­péenne, et relayée par des titres amis en Allemagne, en Italie, en Espagne et ailleurs. Car c’est bien l’Europe le niveau per­ti­nent où poser de nou­veau la ques­tion de la libé­ra­li­sa­tion finan­cière.

Et cela d’autant plus que, honte suprême pour tous les faux-culs qui chantent les louanges de l’Europe « bou­clier contre la mon­dia­li­sa­tion », ce sont les trai­tés euro­péens qui sanc­tua­risent la liberté de mou­ve­ment des capi­taux et s’opposent à toute modi­fi­ca­tion signi­fi­ca­tive des struc­tures de la finance. Cette obs­cé­nité démo­cra­tique – je rap­pelle que la liberté de mou­ve­ment des capi­taux s’était trou­vée ins­crite dans la charte des droits fon­da­men­taux du traité consti­tu­tion­nel de 2005… -, qui nous prive de la pos­si­bi­lité de remettre la finance à la place que, poli­ti­que­ment, nous vou­lons lui assi­gner, donne du même coup son objec­tif évident à cette péti­tion : l’article III-56 du traité euro­péen conso­lidé.

« Toutes les res­tric­tions aux mou­ve­ments de capi­taux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont inter­dites » : voilà ce dont nous ne vou­lons plus. Mettre à bas cet article III-56 est le préa­lable à toute recons­truc­tion des struc­tures de la finance, c’est-à-dire à tout projet poli­tique de sortie de la confi­gu­ra­tion pré­sente du capi­ta­lisme. Si la pré­sente crise nous en donne l’opportunité et la force, alors elle n’aura pas eu lieu pour rien.

Entretien réa­lisé par Rosa Moussaoui paru dans l’Humanité du 21 mars 2008


Source : Le grand soir

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