Vent de panique sur l’économie mondiale

Mis en ligne le 04 avril 2008

La crise financière américaine a dépassé les frontières des Etats-Unis. Elle risque désormais de casser la croissance.

Par Christian Chavagneux, Guillaume Duval

Une crise locale touchant les crédits immobiliers aux Américains les plus pauvres est en train de se transformer en séisme économico-financier planétaire. La raison ? Le début de panique qui a saisi les grandes banques internationales dans un climat conjoncturel déjà tendu par le sévère coup de frein de l’économie américaine et la poussée des prix pétroliers et alimentaires. Le tout fait craindre le retour de la stagflation des années 70. La possibilité de plus en plus souvent évoquée par les économistes d’une récession longue et sévère aux Etats-Unis déprime les banques qui ne veulent plus jouer le rôle que l’on attend d’elles : mesurer correctement les risques et prêter à bon escient pour financer la croissance. Tout crédit et tout placement deviennent suspects à leurs yeux : les prêts immobiliers aux plus pauvres, mais aussi les prêts immobiliers en général, les prêts aux autres banques dont elles mesurent mal les problèmes, les prêts aux collectivités locales, les prêts aux autres acteurs financiers, etc.

Ainsi, comme dans Les animaux malades de la peste de La Fontaine, tous ne meurent pas, mais tous sont touchés par cette crise de confiance. Les banques au premier chef, dont la somme des pertes annoncées du fait de la crise des subprime atteignait déjà environ 130 milliards de dollars en janvier dernier, et pourraient atteindre au final 220 à 450 milliards de dollars. Mais aussi les fonds spéculatifs, auxquels les banques ne prêtent plus de quoi jouer sur les marchés, mais leur réclament à l’inverse des débuts de remboursements que certains ne peuvent assurer compte tenu de la chute du prix des crédits immobiliers sur lesquels ils avaient parié. C’est ainsi que le fonds Carlyle Capital Corporation, qui avait emprunté 32 fois la valeur de son capital, a fait faillite à la mi-mars. Les banques d’affaires également, telle Bear Stearns, rachetée pour une poignée de dollars par JP Morgan. L’ensemble nourrit une instabilité des Bourses et une fragilité du dollar qui ajoutent au sentiment général de panique.

Il n’y a aucune raison que les nuages noirs de la finance américaine s’arrêtent aux frontières de l’Europe. Même si la croissance de la zone euro et celle de la France résistent, le mélange de récession américaine, de forte hausse de l’euro et de panique financière finira par nous toucher. A moins que les autorités monétaires et les gouvernements ne trouvent la parade à la crise par un mélange de subtiles interventions monétaires et de relance budgétaire. Ce qui est loin d’être assuré, mais représente l’enjeu crucial des semaines et des mois qui viennent.


Source : Alternatives économiques


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