Mai 2012, mai 1972

Un printemps resplendissant

Par Mis en ligne le 22 mars 2012

C’était le prin­temps de 1972. Il y avait plu­sieurs mil­liers de per­sonnes dans la rue. Des gré­vistes occu­paient des postes de radio à Saint-Jérôme, Joliette, Sept-Îles. Le mou­ve­ment syn­di­cal de l’époque par­lait de « chan­ger de régime ». Dans les uni­ver­si­tés se met­taient en place des coa­li­tions inédites entre étu­diant-es, profs, employé-es de sou­tien. Le Front de libé­ra­tion des femmes secouait la cage du patriar­cat. Le Québec vibrait, le Québec chan­geait. Les domi­nants étaient désem­pa­rés. La manière forte ne fonc­tion­nait plus beau­coup : en octobre 1970, ils avaient mis 500 per­sonnes en prison, mais au lieu de faire peur, cela avait gal­va­nisé le monde mili­tant ! La coop­ta­tion habi­tuelle, petits bon­bons, petits cadeaux, petites pro­messes, ne réus­sis­sait pas non plus. Un sen­ti­ment, une rumeur, une ambiance se sen­taient par­tout : il faut que ça change, et oui, ça va changer.

La grève géné­rale de 1972 (dont l’histoire reste à racon­ter) est alors un moment dans un long cycle de mobi­li­sa­tions où se crée peu à peu ce qu’on pour­rait appe­ler une nou­velle « iden­tité » de com­mu­nau­tés diver­si­fiées et unies par la lutte. Cette iden­tité exprime une confiance, un espoir réel et aussi des capa­ci­tés inno­va­trices tant dans les formes de luttes que dans les conte­nus. Au bout de la ligne se pro­filent divers bou­le­ver­se­ments, y com­pris cette vic­toire inat­ten­due du PQ en 1976. Plus tard, l’histoire ne s’arrête pas là, elle conti­nue encore aujourd’hui.

40 ans plus tard

Zap-zap quelques décen­nies plus tard. Le Québec est encore (et tou­jours) en ébul­li­tion. Des domi­nants sont délé­gi­ti­mées. La voyou­cra­tie, le pillage éhonté des res­sources, la dis­lo­ca­tion des acquis de la révo­lu­tion tran­quille sont à l’ordre du jour. Une droite agres­sive, appuyée par des empires média­tiques sans foi ni loi, essaie d’intimider. Mais petit pro­blème, les gens n’acceptent pas. Ils ne croient plus les men­songes. Ils ont de moins en moins peur.

La grève étu­diante actuelle, qui suc­cède à des résis­tances presque conti­nues depuis 2003 (contre la pri­va­ti­sa­tion, contre les gaz de schistes, contre la guerre) exprime ce ras-le-bol géné­ra­lisé. Mais c’est plus en pro­fon­deur. L’autre jour à la mani­fes­ta­tion des « parents », on notait l’atmosphère presque fes­tive, confiante, construc­tive : « on est 99% et on a raison et même si les pou­voirs ne nous écoutent pas, on est assis sur une force tran­quille, montante ».

Dans l’air mais aussi de manière expli­cite, l’idée étant que le capi­ta­lisme actuel (le néo­li­bé­ra­lisme) est inca­pable de faire face aux défis et de pro­té­ger les gens. Quelque chose d’« autre », encore mal défini, encore vague, appa­raît. Comme cette idée abso­lu­ment fon­da­men­tale que l’éducation, la santé, le loge­ment ne sont pas des « mar­chan­dises », ne doivent pas être sou­mises à la « main invi­sible » du « marché », c’est-à-dire du capitalisme.

Aujourd’hui, plus qu’il y a 40 ans, les classes popu­laires et moyennes sont mieux orga­ni­sées, mieux infor­mées, mieux équi­pées. Certes, cette montée se pro­duit sur un chemin par­semé d’embuches, de peur, d’insécurité. Les domi­nants sont prêts à tout, à entendre les Éric Duhaime, Mario Renaud et autres roquets de ser­vice. Rien n’est donné d’avance.

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