Reconstruire les infrastructures de la contestation

Par Mis en ligne le 02 décembre 2011

Dans ce long entre­tien, David McNally, auteur de Global Slump[1] (PM Press, 2010) revient sur les ori­gines de la pre­mière grande crise du capi­ta­lisme du XXIe siècle et sur ses consé­quences pour le déve­lop­pe­ment des résis­tances.

Les pre­miers signes de la crise éco­no­mique mon­diale que ton livre ana­lyse se sont clai­re­ment fait sentir il y a quatre ans, durant l’été 2007. En quoi est-il tou­jours per­ti­nent de tenter de cerner les causes et consé­quences de cette crise ?

Je crois qu’il est impor­tant d’analyser cette crise et de com­prendre ses racines pro­fondes car plu­sieurs élé­ments indiquent que ce n’est pas une réces­sion comme les autres. Il s’agit d’une crise sys­té­mique, en d’autre mot une période de pro­fonde insta­bi­lité dans le pro­ces­sus d’accumulation du capi­tal qui per­du­rera pen­dant plu­sieurs années, non­obs­tant les oscil­la­tions tantôt posi­tives, tantôt néga­tives de cer­tains indi­ca­teurs éco­no­miques. On a sou­vent ten­dance à oublier que ce fut aussi le cas lors de la Grande Dépression : il y eu une chute mar­quée de l’activité éco­no­mique de 1929 à 1933, suivie d’une reprise de quatre ans de 1933 à 1937, avant que l’économie ne chute à nou­veau. Mais nous sommes tous d’accord sur le fait que tous ces mou­ve­ments for­mèrent tout de même un ensemble, une période dis­tincte au cours de laquelle le capi­ta­lisme fut inca­pable de dépas­ser une série de contra­dic­tions. Depuis 2007, le capi­ta­lisme est entré dans un moment his­to­rique du même type.

Pour com­prendre cela, nous devons ana­ly­ser les causes pro­fondes de la crise. Car s’il est vrai que nous avons pu assis­ter à une très faible reprise fin 2009 et début 2010, elle s’est limi­tée à une récu­pé­ra­tion de la pro­fi­ta­bi­lité mais n’a eu des réper­cus­sions que très faibles sur l’embauche et les salaires. Si on replace cette crise dans la longue période néo-libé­rale qui a débuté à la fin de la réces­sion de 1982, il appa­raît que ce fut une période d’expansion qui a pro­duit un pro­fond pro­blème de sur­ac­cu­mu­la­tion que la réces­sion de 2008-2009 n’a pas réussi à régler. Et, comme pour la période des années 1970 et des années 1930, il faudra plus ou moins une décen­nie, pour que le capi­ta­lisme puisse résoudre le pro­blème. Bien sûr notre espoir est qu’il ne pourra le faire par lui-même et que des mou­ve­ments de résis­tance vont émer­ger pour faire émer­ger une alter­na­tive au capi­ta­lisme.

Les tur­bu­lences des der­niers mois, liées aux crises de la dette sou­ve­raine de la Grèce et d’autres pays euro­péens tels que l’Irlande, le Portugal, l’Espagne et l’Italie laissent craindre que la crise puisse en effet per­du­rer. S’agit-il d’une nou­velle étape de la même crise ?

Le sau­ve­tage des banques qui a débuté en 2008 et a mobi­lisé plu­sieurs mil­liers de mil­liards de dol­lars n’est pas ter­miné. Conjugué au effets d’une contrac­tion éco­no­mique ayant réduit les reve­nus des gou­ver­ne­ments, ce sau­ve­tage a contri­bué à une forte hausse de la dette publique. Il se pour­suit aujourd’hui via des « plans d’aide » aux États fai­sant face à une crise de la dette publique et qui s’accompagnent de coupes dans les caisses de retraite, dans l’éducation, les pro­grammes sociaux et l’emploi public affec­tant la vie de mil­lions d’individus. Fondamentalement, ces poli­tiques visent à trans­fé­rer des fonds publics vers les banques et la finance en géné­ral.

À la mi-2011, les banques alle­mandes avaient prêté l’équivalent d’environ 170 % de leur capi­tal aux gou­ver­ne­ments grecs, irlan­dais, por­tu­gais et espa­gnol. L’équivalent d’environ 100 % du capi­tal détenu par les banques fran­çaises était aussi exposé[2]. Ces chiffres aug­mentent consi­dé­ra­ble­ment si on prend en compte l’Italie. Parallèlement, les banques amé­ri­caines sont en pos­ses­sion de titres de la dette publique de ces cinq éco­no­mies euro­péennes à hau­teur de 700 mil­liards de dol­lars.

Alors qu’un défaut de paie­ment de la part de la Grèce semble inévi­table, un tel scé­na­rio va déclen­cher une série de crises et de nou­veaux défauts de paie­ment menant à la faillite de cer­taines banques. Des pertes de plu­sieurs mil­liards de dol­lars pour les banques appa­raissent aussi de plus en plus pro­bables. C’est la raison pour laquelle les actions de banques telles que BNP Paribas et la Société Générale ont chuté si for­te­ment au cours des der­niers mois. Et c’est aussi pour cela que de très grandes socié­tés, banques et autres fonds d’investissement ont retiré leurs avoirs des banques euro­péennes. Bref, nous sommes à l’aube d’une nou­velle crise finan­cière.

La Banque cen­trale euro­péenne, le FMI et les grandes puis­sances euro­péennes affirment vou­loir sauver de la faillite des pays tels que la Grèce, l’Irlande ou le Portugal. Mais la prio­rité demeure les inté­rêts privés des banques. Il faut suivre le chemin emprunté par l’argent octroyé par l’Europe et le FMI : lorsque les gou­ver­ne­ments endet­tés reçoivent des cen­taines de mil­liards en nou­veaux prêts, cet argent est immé­dia­te­ment trans­féré vers les coffres des banques pri­vées afin de rem­bour­ser des dettes contrac­tées par le passé. Les banques sont ainsi une fois de plus sau­vées par le peuple. Tout comme lors de la crise des ins­ti­tu­tions finan­cières de 2008-2009, les pro­fits des banques sont pri­va­ti­sés alors que leurs pertes sont assu­mées par les bud­gets publics. Il ne s’agit pas vrai­ment de libre-marché. Mais c’est une excel­lente affaire pour les ban­quiers !

Quels sont les obs­tacles à une « créa­tion des­truc­tive » qui pour­rait mener à une reprise éco­no­mique sou­te­nue ? Tu as men­tionné les années 1970. Un des fac­teurs déter­mi­nants ayant permis de sortir de cette crise a été le choc moné­taire de Volcker et la défaite poli­tique des travailleur·ses dans les pays du Nord. Est-ce qu’un tel « remède » pour­rait à nou­veau être asséné à cette classe et serait-il suf­fi­sant pour relan­cer le pro­ces­sus d’accumulation de façon sou­te­nue ?

Sans aucun doute, la classe des travailleur·ses subit à nou­veau un assaut d’une grande ampleur. Il suffit d’observer ce qui se passe aux États-Unis où l’organisation du mou­ve­ment ouvrier est la plus faible par rap­port aux autres pays du Nord : il y a eu des des­truc­tions mas­sives d’emploi, mais aussi une énorme aug­men­ta­tion de la pro­duc­ti­vité du tra­vail qui se tra­duit par une chute du coût uni­taire de pro­duc­tion d’environ 5 % en 2009, ce qui signi­fie qu’il en coûte envi­ron 5 % moins aux capi­ta­listes pour pro­duire un bien ou un ser­vice donné. C’est une dimi­nu­tion énorme. Plusieurs des méthodes néo-libé­rales – aug­men­ta­tion du rythme du tra­vail, pro­duc­tion « juste-à-temps [3] », etc. – que les capi­ta­listes ont uti­li­sées depuis 30 ans s’intensifient. Les travailleur·ses doivent faire face à cette recon­fi­gu­ra­tion des pro­ces­sus de tra­vail alors même que, dans la plu­part des pays du Nord , leur orga­ni­sa­tion col­lec­tive s’est consi­dé­ra­ble­ment affai­blie par rap­port à ce qu’elle était lors de la crise des années 1970. Évidemment, le capi­tal pro­fite de cette posi­tion de fai­blesse.

Mais on oublie sou­vent que le capi­ta­lisme ne peut se sortir d’une crise sim­ple­ment en inten­si­fiant l’exploitation du tra­vail. Cela peut res­tau­rer les pro­fits et mettre fin à la série de faillites d’entreprises liée à la crise. Mais pour se sortir d’une crise dont les germes se trouvent dans la longue période de crois­sance qui l’a pré­cé­dée, le capi­ta­lisme a besoin de détruire beau­coup de capi­tal sur­ac­cu­mulé – c’est-à-dire qu’il doit se dépar­tir de beau­coup d’usines, de mines, de tours à bureaux, de centre com­mer­ciaux, etc., qui ne peuvent plus être uti­lisé de manière pro­fi­table. C’était là un des pro­blèmes aux­quels vou­lait répondre le choc moné­taire de Volcker en 1979 : face à la hausse mas­sive des taux d’intérêts, les capi­ta­listes qui ne pou­vaient payer leurs dettes ont fait faillite et une restruc­tu­ra­tion du capi­tal a été ainsi impo­sée.

Au cours de la crise actuelle, nous n’avons eu pour l’instant qu’une restruc­tu­ra­tion de ce genre très réduite et limi­tée à cer­taines par­ties des États-Unis. Quelques usines auto­mo­biles ont fermé, mais, de façon géné­rale, très peu a été fait pour restruc­tu­rer le capi­tal. En Europe et au Japon il n’y a pra­ti­que­ment pas eu de des­truc­tion de capi­tal excé­den­taire. Il n’y en a pas eu davan­tage en Chine où, au contraire, des inves­tis­se­ments mas­sifs ont été réa­li­sés venant encore aggra­ver le pro­blème. Les grandes restruc­tu­ra­tions res­tent donc devant nous : en plus d’une aug­men­ta­tion de l’exploitation des travailleur·ses, de nom­breuses fer­me­tures d’usines seront néces­saire avant que le sys­tème puisse retrou­ver une crois­sance éco­no­mique pro­lon­gée et sou­te­nue.

Une simple sta­tis­tique permet d’illustrer le pro­blème. Le pro­gramme de relance éco­no­mique chi­nois a été, toutes pro­por­tions gar­dées, beau­coup plus impor­tant que celui de Bush et d’Obama aux États-unis. Parmi les mesures com­prises dans ce pro­gramme, cer­taines ont conduit à une aug­men­ta­tion des capa­ci­tés annuelles de pro­duc­tion d’acier de 15 mil­lions de tonnes. La Chine pos­sé­dait déjà une sur­ca­pa­cité de 150 mil­lions de tonnes, leurs capa­ci­tés excé­den­taires atteignent désor­mais 200 mil­lions de tonnes, soit autant que l’ensemble des capa­ci­tés de pro­duc­tion de l’Union Européenne.

Penchons-nous main­te­nant sur les causes de la crise. La Grande Dépression des années 1930 a été asso­ciée à la spé­cu­la­tion finan­cière, au crash finan­cier du « Lundi noir » d’octobre 1929, qui a marqué l’imagination col­lec­tive. Et la même chose semble se pro­duire avec la pré­sente crise éco­no­mique. Pourquoi penses-tu que les expli­ca­tions de la crise iden­ti­fiant la spé­cu­la­tion finan­cière comme cause pre­mière, voire unique, sont insa­tis­fai­santes ?

Il y a plu­sieurs rai­sons. Une pre­mière est sim­ple­ment empi­rique. Les his­to­riens de la Grande Dépression nous montrent que la pro­duc­tion indus­trielle a com­mencé à chuter en 1928, avant même l’effondrement bour­sier de 1929. Il y eu d’autres chocs finan­ciers, dans les années 1920, par exemple en 1927, qui n’enclenchèrent pas de grandes réces­sions, parce que la pro­fi­ta­bi­lité demeu­rait robuste à ce moment. De façon simi­laire, en ce qui concerne la crise actuelle, on peut noter que les taux de pro­fits ont pla­fonné dès 2006 aux États-Unis. Cela a fait en sorte que le sys­tème est devenu plus vul­né­rable à un choc finan­cier. Les indi­ca­teurs éco­no­miques nous montrent aussi que le ralen­tis­se­ment de l’activité éco­no­mique est inter­venu, dans le sec­teur manu­fac­tu­rier notam­ment, avant l’éclatement de la bulle immo­bi­lière.

Deuxièmement, l’éclatement de cette bulle immo­bi­lière a débuté dans les lieux où les effets de ce ralen­tis­se­ment de l’activité éco­no­mique se res­sen­taient déjà for­te­ment. Détroit en est un excellent exemple. Les pertes d’emplois dans cette ville ont eu pour consé­quence qu’un nombre crois­sant de débi­teurs de sub­primes n’étaient plus en mesure de s’acquitter de leur dette. Ainsi, la hausse du chô­mage, qui s’est amor­cée en 2007 a nourri l’augmentation des défauts de paie­ment. Les dif­fé­rents fac­teurs sont donc inter­con­nec­tés.

Enfin, sur un plan théo­rique, je trouve insa­tis­fai­sante la thèse selon laquelle la « déré­gu­la­tion » finan­cière est la cause de la crise car elle pré­sume que ce sont les poli­tiques per­met­tant cette déré­gu­la­tion qui sont l’élément déter­mi­nant dans l’évolution éco­no­mique au cours de la période néo-libé­rale. Au contraire, comme je l’explique dans Global Slump, la déré­gu­la­tion a suivi l’internationalisation de la finance, plutôt qu’elle ne l’a pré­cé­dée. Au moment où la déré­gu­la­tion s’est vrai­ment mise en branle, les cor­po­ra­tions mul­ti­na­tio­nales qui doivent s’adonner à des acti­vi­tés finan­cières dans divers mar­chés natio­naux et diverses juri­dic­tions et zones moné­taires, misaient déjà sur les avan­tages que leur pro­cu­raient la finance off-shore. À partir des années 1960, elles échan­geaient déjà sur le marché des euro­dol­lars (opé­ra­tions en dol­lars en Europe qui échappent tant à la régu­la­tion du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain qu’à celle des auto­ri­tés euro­péennes). Cela n’était pas le résul­tat d’une libé­ra­li­sa­tion des mar­chés finan­ciers. Cela décou­lait du rôle cen­tral du dollar amé­ri­cain dans l’économie mon­diale et du fait qu’il cir­cu­lait mas­si­ve­ment hors des fron­tières des États-Unis. Les firmes mul­ti­na­tio­nales ont alors cher­ché à obte­nir des finan­ce­ments à des taux plus inté­res­sant que ceux pra­ti­qués aux États-Unis ou au Royaume-Uni. Ce fut seule­ment lorsque les banques opé­rant dans le cadre régulé des juri­dic­tions natio­nales réa­li­sèrent leur désa­van­tage face à celles inter­ve­nant sur le marché des euro­dol­lars qu’elles com­men­cèrent à exiger des poli­tiques de déré­gu­la­tion. La plus grande partie de cette déré­gu­la­tion a réel­le­ment débuté à la toute fin des années 1970 et n’a pris son véri­table envol qu’au cours des années 1980. Ma posi­tion est donc que cette déré­gu­la­tion est une réac­tion à cette mon­dia­li­sa­tion du capi­tal manu­fac­tu­rier et finan­cier.

Tu cri­tiques les ana­lyses qui, comme celle déve­lop­pée par Robert Brenner[3], pré­sentent la crise actuelle comme l’aboutissement d’une chute du taux de profit menant à un ralen­tis­se­ment éco­no­mique remon­tant aux années 1970. En quoi ta propre com­pré­hen­sion de la période néo-libé­rale du capi­ta­lisme diverge-t-elle d’une telle lec­ture de l’évolution éco­no­mique des der­nières décen­nies ?

Oui. Ce n’est pas que je crois que l’évolution du taux de profit ne soit pas impor­tante – je crois au contraire que c’est un élé­ment essen­tiel. Mais il existe une série de pro­blèmes asso­ciés au type d’analyses pro­duites par Brenner et par d’autres. Le pre­mier est qu’on peut consta­ter, à partir de don­nées recueillies par Brenner lui-même, une remon­tée du taux de profit à partir de 1982. Il y a eu une chute aux alen­tour de 1987 et ensuite une nou­velle remonté jusqu’aux abords de la crise actuelle, en 2006. La raison pour laquelle Brenner et d’autres ana­lystes insistent sur la fai­blesse pro­blé­ma­tique du taux de profit au cours de cette période découle du fait qu’ils le com­parent à celui qui pré­va­lait au cours des années 1950 et au début des années 1960. De leur point de vue, si les taux actuels ne sont pas aussi élevés que ceux d’alors, c’est qu’il y a crise. Je crois quant à moi qu’il s’agit là d’un rai­son­ne­ment a-his­to­rique. La période d’après-guerre a été excep­tion­nelle et pré­cé­dée du plus grand épi­sode de des­truc­tion de capi­taux de l’histoire du sys­tème sous l’effet com­biné de la Grande Dépression et de la Deuxième Guerre mon­diale, qui ont été sui­vies d’une période d’expansion éco­no­mique spec­ta­cu­laire au cours de laquelle le capi­tal a dû être recons­truit à l’échelle mon­diale. Cette période d’expansion excep­tion­nelle ne peut servir de point de réfé­rence pour juger des la pro­fi­ta­bi­lité des der­nières décen­nies.

De plus, affir­mer qu’il y aurait eu une crise au cours des qua­rante der­nières années nous fait perdre de vue le dyna­misme du capi­ta­lisme au cours de cette période. Ceci ne cor­res­pond pas à notre expé­rience his­to­rique pour plu­sieurs rai­sons. D’abord, nous avons vécu, au cours de ces décen­nies, une révo­lu­tion tech­no­lo­gique, sur­tout arti­cu­lée à la micro­élec­tro­nique et à l’ordinateur digi­tal, qui a notam­ment pro­fon­dé­ment trans­formé les pro­ces­sus de pro­duc­tion, mais aussi la vie quo­ti­dienne qui est enva­hie pour toute une série d’appareil élec­tro­niques (télé­phones por­tables, iPads, ordi­na­teurs por­tables, etc.). Ensuite, l’analyse de Brenner passe sous silence le fait qu’une région entière du globe est deve­nue un nou­veau pôle d’accumulation : l’Asie de l’Est, et tout par­ti­cu­liè­re­ment la Chine. Jusqu’à l’ère néo-libé­rale, on peut dire que le Japon était une excep­tion dans cette région. Ce n’est plus le cas, la région dans son ensemble est deve­nue le pôle d’accumulation capi­ta­liste le plus dyna­mique du monde. En ne consi­dé­rant que les États-Unis, l’Allemagne et le Japon, Brenner tend à igno­rer l’essor de cette nou­velle zone d’accumulation.

Le capi­ta­lisme a été très dyna­mique au cours de la période 1982-2007, ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas connu de crises. Le sys­tème a tra­versé des crises – et il n’y a là rien de sur­pre­nant tant dyna­misme et insta­bi­lité du capi­ta­lisme vont de pair – mais il a aussi connu un pro­ces­sus de restruc­tu­ra­tion tech­no­lo­gique et géo­gra­phique en pro­fon­deur.

Tu men­tionnes dans ton livre que le capi­ta­lisme néo-libé­ral com­porte trois dimen­sions fon­da­men­tales : la créa­tion du nou­veau pôle d’accumulation que tu viens de men­tion­ner, la défaite poli­tique de la classe des travailleur·ses et l’intensification de son exploi­ta­tion, ainsi qu’un trans­fert massif de richesses des pays du Sud vers ceux du Nord. Ces trois fac­teurs réunis ont permis une reprise de la crois­sance qui, à son tour, a jeté les bases d’une nou­velle crise, dans laquelle nous sommes plon­gés depuis 2007. Comment expliques-tu cette imbri­ca­tion de la crois­sance et de la ten­dance à la résur­gence d’une crise la com­pro­met­tant ? En quoi Marx est-il utile pour com­prendre cette rela­tion ?

Partir de Marx est cru­cial pour répondre à cette ques­tion. Marx constate que la mar­chan­dise a un double carac­tère. Il s’agit tout à la fois d’une valeur d’usage, qui satis­fait un besoin humain, et d’une valeur, ou valeur d’échange, qui peut être échan­gée contre de l’argent. Le capi­ta­lisme implique donc ce phé­no­mène très contra­dic­toire sui­vant lequel on ne peut obte­nir les valeurs d’usages qui per­mettent le main­tien de la vie humaine que sous la forme de valeurs d’échanges. C’est-à-dire qu’on doit accé­der au marché pour se les pro­cu­rer. Il s’agit là du résul­tat des pro­ces­sus de dépos­ses­sion asso­ciés au capi­ta­lisme qui détachent les gens des moyens néces­saires pour pro­duire par eux-mêmes ces valeurs d’usage – notam­ment l’expropriation des pay­sans de leur terre avec les enclo­sures qui les pri­vèrent d’accès aux terres com­munes. Une fois mis en place, ce sys­tème contra­dic­toire fait en sorte que la force motrice du mode de pro­duc­tion devient la pro­fi­ta­bi­lité et l’accumulation d’argent. La com­pé­ti­tion pousse les capi­ta­listes à accu­mu­ler de façon sys­té­ma­tique, faute de quoi ils seront pous­sés à la faillite, sur­pas­sés par leurs concur­rents devenu plus per­for­mants car ils ont davan­tage investi. Tous les capi­ta­listes tentent donc de battre la com­pé­ti­tion en pui­sant dans leurs pro­fits afin de les réin­ves­tir et de les trans­for­mer en de nou­veaux moyens de pro­duc­tion, en se pro­cu­rant la tech­no­lo­gie la plus avan­cée afin de pro­duire les même biens et ser­vices un peu plus rapi­de­ment et à des coûts un peu moindre que leurs concur­rents. Mais, bien sûr, s’ils et elles font tout cela, et si tout ce qui les inté­resse n’est pas la valeur d’usage qui satis­fait des besoins humains, mais bien la pro­duc­tion pour le profit, on peut alors faci­le­ment com­prendre qu’après un long cycle d’accumulation les capi­ta­listes vont se retrou­ver dans une situa­tion où ils ont créé trop d’usines, de mines, de centres d’achat, de McDonalds, etc. dont les pro­duits ne peuvent plus être absor­bés par le marché. C’est une situa­tion clas­sique de sur­ac­cu­mu­la­tion.

L’autre aspect du pro­blème, est la pro­pen­sion à la méca­ni­sa­tion de la pro­duc­tion qui implique une forme de course à la tech­no­lo­gie la plus avan­cée. Celle-ci tend à rem­pla­cer des travailleur·ses par des machines. Je ne veux pas dire que ça implique néces­sai­re­ment une réduc­tion abso­lue de la main-d’œuvre – bien que ce soit pos­sible, comme le montre la vague de dés­in­dus­tria­li­sa­tion qui a frappé le Canada, les États-Unis ainsi que cer­tains pays euro­péens au cours des der­nières années. Mais, en tous cas, cette main-d’œuvre aura ten­dance à croître moins rapi­de­ment que ce que Marx appelle le capi­tal constant – la machi­ne­rie, l’équipement de pro­duc­tion, les édi­fices, etc.. Comme seul le tra­vail vivant pro­duit de nou­veaux pro­fits, iro­ni­que­ment, à tra­vers cette com­pé­ti­tion maniaque pour la saisie de parts de marché, les capi­ta­listes sapent ce qui sous-tend la pro­fi­ta­bi­lité. Ceci pro­duit donc une autre ten­dance qui pres­su­rise les pro­fits à la baisse.

En fait, l’analyse de Marx est beau­coup plus com­plexe que ne laisse croire le résumé que je viens d’en faire. Il iden­ti­fie avec raison toute une variété de contre-ten­dances qui contri­buent à ren­for­cer les taux de profit. Toutes ces ten­dances et contre-ten­dances agissent simul­ta­né­ment et sont inter-reliées, mais à cer­tains moments une ten­dance ou une autre devient domi­nante. Sur une longue période d’accumulation, il existe des périodes-char­nières aux cours des­quelles la ten­dance à la réduc­tion rela­tive du tra­vail vivant uti­lisé dans la pro­duc­tion tend à domi­ner, ce qui mène à une baisse de pro­fi­ta­bi­lité. En paral­lèle, la ten­dance à la sur­ac­cu­mu­la­tion pres­su­rise aussi les pro­fits, puisqu’elle force les capi­ta­listes à tenter d’augmenter leurs ventes fré­né­ti­que­ment. Ainsi, quelqu’un vou­lant ache­ter une auto­mo­bile en ce moment sera bom­bardé d’offres et autres rabais.

Ces deux ten­dances – à la sur­ac­cu­mu­la­tion et à la baisse rela­tive du tra­vail vivant uti­lisé dans la pro­duc­tion – sont donc des élé­ments imbri­qués des contra­dic­tions du capi­ta­lisme. L’analyse de Marx demeurent per­ti­nente dans la mesure où elle est la seule qui permet réel­le­ment de saisir le carac­tère contra­dic­toire inhé­rent de l’accumulation capi­ta­liste. Mais aussi parce qu’elle éclaire des évé­ne­ments tels que la der­nière crise davan­tage que toute autre théo­rie dis­po­nible.

Tu expliques dans ton livre que ces ten­dances débou­chant pério­di­que­ment sur des pro­blèmes de pro­fi­ta­bi­lité sont aussi à relier à une trans­for­ma­tion struc­tu­relle de la finance au cours des der­nières décen­nies. Peux-tu nous expli­quer plus en détail la nature de cette trans­for­ma­tion ainsi que ses consé­quences ? En quoi est-ce que ta posi­tion sur ce pro­blème diverge de la thèse de l’hégémonie du capi­tal finan­cier déve­lop­pée par Duménil et Lévy ?

Je suis d’accord avec l’idée qu’un pro­ces­sus de finan­cia­ri­sa­tion est advenu au cours de la période néo-libé­rale. Mais, je ne crois pas que la thèse de la « déré­gu­la­tion » soit très convain­cante.

Pour la plus grande partie de l’histoire du capi­ta­lisme, la mon­naie, et par­ti­cu­liè­re­ment la mon­naie mon­diale, la devise mon­dia­le­ment domi­nante, a été rat­ta­chée à une mar­chan­dise ou une autre. Le plus sou­vent, ce fut l’or. Ça n’a pas à être l’or, et Marx en était bien conscient. Mais à partir des années 1850, le capi­ta­lisme avait clai­re­ment opté pour l’étalon-or. Au cours du siècle qui a suivi, il pré­serva de dif­fé­rentes manières cet étalon-or. Après la Deuxième Guerre mon­diale, la devise domi­nante – le dollar amé­ri­cain – pou­vait être échan­gée pour de l’or : les banques cen­trale hors des États-Unis pou­vaient obte­nir de l’or en échange des dol­lars qu’elles déte­naient.

Tout ceci chan­gea en 1971 lorsque les États-Unis ne purent plus se per­mettre d’assurer la conver­sion de dol­lars en or, dans la mesure où leurs réserves d’or étaient insuf­fi­santes pour satis­faire les demandes de conver­sion dont le rythme s’accélérait. Nixon a alors mis fin à cette conver­ti­bi­lité, et a annoncé que le dollar ne serait plus rat­ta­ché à la valeur de l’or. Ceci eut plu­sieurs consé­quences, mais la plus impor­tante, selon moi, fut que les valeur des devises sont alors deve­nues beau­coup plus vola­tiles qu’auparavant. Le sys­tème de l’étalon-or de Bretton Woods assu­rait que les devise demeu­raient dans un rap­port très stable entre elles sur de longues périodes. Ceci signi­fiait qu’une per­sonne trans­fé­rant son capi­tal d’un pays à l’autre n’avait pas à se sou­cier du risque qu’une déva­lua­tion sou­daine puisse bru­ta­le­ment déva­lo­ri­ser son inves­tis­se­ment. Après 1971, il n’y avait plus de telles garan­ties. En consé­quence, on a assisté à un énorme pro­ces­sus d’ingénierie finan­cière ; les banques et d’autres ins­ti­tu­tions finan­cières se sont mises à déve­lop­per des ins­tru­ments visant à limi­ter les risques liés à cette vola­ti­lité. En clair, je peux main­te­nant ache­ter une forme de police d’assurance qui me pro­tège des varia­tions impor­tantes d’une devise ou d’une autre. Quelqu’un peut me garan­tir, par exemple, que je pour­rai rache­ter mes dol­lars en yen , ou en euros, etc. à un prix fixe, peu importe les fluc­tua­tions de la valeur de ces devises sur les mar­chés.

Ces ins­tru­ments finan­ciers sont appe­lés pro­duits déri­vés et il faut bien sûr payer pour les obte­nir. De façon géné­rale, il s’agit d’une police d’assurance peu coû­teuse. Mais cer­tains inves­tis­seurs ont rapi­de­ment décou­vert que ces ins­tru­ments conçus pour réduire le risque, qui sont en fait des paris sur le futur, pou­vaient être uti­li­sés pour spé­cu­ler. On peut ainsi faire des paris énormes sur le mou­ve­ment de devises, mais aussi sur l’or, le pétrole, les den­rées ali­men­taires, et sur n’importe quelle mar­chan­dise. Et pas seule­ment des mar­chan­dises : Enron à la fin des années 1990 s’est mis à faire des affaires en or grâce à des pro­duits déri­vés liés à la météo. En effet, la météo affecte la pro­duc­tion d’oranges en Floride ou la quan­tité d’hydro-électricité néces­saire pour ali­men­ter l’air cli­ma­tisé durant l’été en Californie, ce qui a aussi un impact sur le prix du pétrole…

Il est donc vrai que la créa­tion de ces ins­tru­ments finan­ciers a engen­dré beau­coup de spé­cu­la­tion, ce que l’on nomme sou­vent la « finan­cia­ri­sa­tion ». Et je suis d’accord avec l’idée selon laquelle le sec­teur finan­cier est devenu beau­coup plus vaste et qu’il concentre une plus grande part des pro­fits totaux. Mais je rejette l’idée que ce soit la consé­quence d’un « coup de force » fomenté par la finance, comme l’affirment notam­ment Duménil et Lévy. Je crois plutôt que la cause fon­da­men­tale de cette finan­cia­ri­sa­tion est la fin de la conver­ti­bi­lité du dollar en or et la vola­ti­lité des dif­fé­rentes devises natio­nales qui en a résulté et qui a mené au déve­lop­pe­ment de tous les déri­vés qui existent aujourd’hui. Je ne crois donc pas qu’on puisse dire que les capi­ta­listes finan­ciers aient imposé leur hégé­mo­nie. En fait, des firmes manu­fac­tu­rières majeures se sont elles aussi lan­cées dans cette orgie de spé­cu­la­tion. Ford, General Motors, General Electrics, Volkswagen, etc., inves­tissent toutes dans les pro­duits déri­vés. Le pro­blème ne réside pas tant dans le capi­tal finan­cier en lui-même qu’en des chan­ge­ments struc­tu­raux du capi­ta­lisme qui ont rendu cer­taines formes de pro­fits spé­cu­la­tifs plus faciles à réa­li­ser. Ce n’est bien entendu pas for­tuit qu’elle ait débuté dans le sec­teur finan­cier, au sein du marché des prêts hypo­thé­caires aux États-Unis. Très rapi­de­ment, les banques et autres ins­ti­tu­tions finan­cières qui ven­daient ces ins­tru­ments finan­ciers sophis­ti­qués ont décou­vert qu’on pou­vait faire la même chose avec des prêts hypo­thé­caires, ce qui a plu aux inves­tis­seurs qui per­ce­vaient alors l’investissement immo­bi­lier comme un inves­tis­se­ment sûr. Ceci, on le sait, a mené à la plus grande bulle immo­bi­lière de l’histoire, dont l’explosion a laissé de nom­breuses per­sonnes qui croyaient que cette bulle ne pou­vait pas explo­ser en pos­ses­sion d’actifs finan­ciers toxiques. Les grandes banques d’investissement ne furent pas toutes épar­gnées puisque cer­taines furent contraintes à la faillite.

Tu tentes d’explorer la rela­tion dia­lec­tique, la rela­tion interne, qui existe entre cette ten­dance à la finan­cia­ri­sa­tion, à l’essor de bulles spé­cu­la­tives, d’une part, et la ten­dance à la sur­ac­cu­mu­la­tion et à la baisse du taux de profit, d’autre part. Peux-tu nous parler de la façon dont tu per­çois cette rela­tion ?

Oui. Durant le boom éco­no­mique de 1982-2007, on a pu obser­ver une remon­tée pro­lon­gée du taux de profit sur les nou­veaux inves­tis­se­ments de capi­taux, paral­lè­le­ment à une pro­fonde restruc­tu­ra­tion de la pro­duc­tion avec le déve­lop­pe­ment et l’usage de nou­velles tech­no­lo­gies. Les États-Unis, par exemple , ont perdu 300 000 emploies dans l’industrie de l’acier, alors que cette indus­trie conti­nue de pro­duire des quan­ti­tés mas­sive d’acier. On obtient donc une pro­duc­tion de biens beau­coup plus élevée rela­ti­ve­ment à la main-d’œuvre uti­li­sée pour la réa­li­ser. On a ensuite un boom d’investissements asso­cié aux nou­velles tech­no­lo­gies dans les pays du Nord et un mou­ve­ment massif de capi­taux vers les régions à bas salaires des pays du Sud. La Chine fut le pays cen­tral dans ce mou­ve­ment, mais il faut aussi consi­dé­rer les maquilla­do­ras du Mexique, ainsi que les inves­tis­se­ment alle­mands, par exemple, en ancienne République démo­cra­tique alle­mande et dans l’ancien Bloc de l’Est, ou encore les zones franches émer­geant au Proche et Moyen-Orient, par exemple en Égypte. Il s’agit là d’une réor­ga­ni­sa­tion géo­gra­phique du capi­ta­lisme et du déve­lop­pe­ment de nou­veaux centres d’accumulation.

Mais un nou­veau cycle de sur­ac­cu­mu­la­tion peut faci­le­ment émer­ger de ces trans­for­ma­tions. Tout le monde se rue dans la même direc­tion : Volkswagen, Ford, General Motors, Toyota, Microsoft, Dell, Samsung, etc. se dirigent toutes vers la Chine pour construire de nou­velles usines. La plu­part du temps elles font cela sans fermer leurs ins­tal­la­tions dans leur pays d’origine. Tôt ou tard, on obtient donc une capa­cité de pro­duc­tion exces­sive. Il s’agit là de la pre­mière partie de l’histoire – une sur­ac­cu­mu­la­tion de capi­taux.

Mais bien sûr, en paral­lèle, on a aussi une des­truc­tion mas­sive d’emplois liée aux nou­velles tech­no­lo­gies et à l’informatisation de la pro­duc­tion. Ceci est à relier à la pro­duc­tion « juste-à-temps » et à la « lean pro­duc­tion [4] » dont l’objectif est de mini­mi­ser le tra­vail néces­saire pour la fabri­ca­tion d’un pro­duit. Une telle logique d’économie de tra­vail finit par conduire à une pres­sion à la baisse sur les pro­fits. Et les taux de pro­fits aux États-Unis ont en effet atteint un sommet en 2006, avant de chuter. Cela a plu­sieurs consé­quences. D’abord, les firmes les moins per­for­mantes et les moins pro­fi­tables sont fra­gi­li­sées. Deuxièmement, cela les encou­rage à contrac­ter des dettes afin de demeu­rer com­pé­ti­tives. Mais dès que les mar­chés finan­ciers et les mar­chés du crédit font face à une tem­pête, les banques, qui ont besoin de reve­nus pour se reca­pi­ta­li­ser, refusent de faire rouler les cré­dits qu’elles accordent habi­tuel­le­ment aux firmes. Les entre­prises les plus vul­né­rables sont alors dans l’incapacité de rem­bour­ser leurs dettes, entraî­nant des faillites en cas­cade. Ce ne sont pas sim­ple­ment les banques qui ont pro­vo­qué la crise actuelle. On doit garder à l’esprit que Chrysler et General Motors étaient en faillite à l’automne 2008 et que ceci était direc­te­ment lié à la dyna­mique que je viens de décrire.

Souvent, lorsque les gens lisent Marx, elles et ils voient d’un côté une ana­lyse de la sur­ac­cu­mu­la­tion et d’un autre côté une ana­lyse de la ten­dance à la baisse du taux de profit. Je consi­dère qu’il est impos­sible de sépa­rer ces élé­ments. Il s’agit de dif­fé­rentes dimen­sions d’un même pro­ces­sus – le pro­ces­sus par lequel la crois­sance éco­no­mique capi­ta­liste mine elle-même les condi­tions qui la sous-tendent. C’est ce qui fait la richesse de la théo­rie de Marx, elle permet de saisir des ten­dances dis­tinctes d’un même pro­ces­sus social global. Et je crois qu’il s’agit tou­jours de l’approche la plus fer­tile pour com­prendre ce qui s’est passé depuis 2006 et 2007.

Certains sug­gèrent que cette crise va affai­blir la classe et le mou­ve­ment des travailleur·ses, ainsi que la résis­tance sociale de façon géné­rale. Il existe bien sûr de nom­breux argu­ments pour sou­te­nir une telle posi­tion. Mais tu affirmes aussi dans ton livre que les crises sont des périodes au cours des­quelles la subor­di­na­tion du tra­vail au capi­tal doit être réor­ga­ni­sée et au cours des­quelles, consé­quem­ment, de nou­veaux espaces et de nou­velles formes de résis­tance peuvent émer­ger. Peux-tu déve­lop­per ce point ?

Laisse-moi d’abord abor­der le pro­blème de façon empi­rique et his­to­rique. Je crois que les don­nées his­to­riques montrent que les travailleur·ses se sont battu·es face aux consé­quences de la grande réces­sion qui a débuté en 2007, en fai­sant preuve d’une com­ba­ti­vité renou­ve­lée. On a par exemple assisté à la pre­mière occu­pa­tion d’usine depuis des décen­nies aux États-Unis, dans l’entreprise Republic Windows and Doors, en décembre 2008, alors que la crise s’intensifiait. Dans le sud de l’Ontario, où j’habite, cinq usines de fabri­ca­tions de pièces d’automobiles ont été occu­pées en réponse à des menaces de licen­cie­ment et de fer­me­ture. Il y a eu des occu­pa­tion simi­laires en Irlande, en Écosse, en Angleterre. En France, il y aussi eu des séques­tra­tions de patrons. On a assisté à une dizaine de grèves géné­rales en Grèce. Il y a eu d’énormes mobi­li­sa­tions de masse dans les rues fran­çaises.

Comme j’aime le rap­pe­ler aux gens des pays du Nord, la grève géné­rale ayant eu le plus de succès au cours des der­nières années a eu lieu en Guadeloupe et en Martinique au début de l’année 2009. Il s’agissait de sou­lè­ve­ments for­mi­dables contre un capi­ta­lisme raciste et néo-colo­nial qui ont permis a des coa­li­tions sociales menées par des syn­di­cats d’obtenir des aug­men­ta­tions de salaire de l’ordre de 200 euros par mois pour les travailleur·ses les plus pauvres, ainsi que toute une série d’autres avan­cées.

Plus récem­ment, on a pu assis­ter au ren­ver­se­ment de régimes par des mou­ve­ments sociaux. Ce fut par exemple le cas en Tunisie où, à un stade avancé de la révo­lu­tion, des élé­ments radi­caux ont pu prendre le contrôle de l’Union géné­rale tuni­sienne du tra­vail, non pas au niveau de la direc­tion natio­nale, mais à la base et au niveau local de l’organisation. Ils ont ainsi pu lancer des grèves géné­rales dans diverses villes. Les com­men­ta­teurs qui ont vrai­ment suivi de près le pro­ces­sus révo­lu­tion­naire en Tunisie ont pu com­prendre qu’il s’agissait là de l’élément-clé dans la chute de Ben Ali. De la même façon, je ne crois pas que ce soit une coïn­ci­dence que la chute de Moubarak en Égypte soit adve­nue au cours d’une semaine où a débuté une vague de grèves de masses. En fait, la révo­lu­tion égyp­tienne trouve ses racines dans une vagues de luttes ouvrières qui remonte à 2004. Au moment de la chute de Moubarak, des dizaines, et peut-être des cen­taines, des mil­liers de travailleur·ses n’étaient pas sim­ple­ment en grève, mais par­ti­ci­paient aussi à des sit-ins, à des blo­cages de routes, à des com­bats contre les escouades poli­cières anti-émeute, à des occu­pa­tions d’usines et d’hôpitaux, à un blo­cage du sys­tème d’autobus public du Caire, etc. Ce à quoi on a donc pu assis­ter repré­sente une renais­sance de luttes poli­tiques de classe dans dif­fé­rentes par­ties du monde.

Et il faudra aussi bien sûr sur­veiller de près et par­ti­ci­per aux cam­pe­ments qui ont émergé à tra­vers le monde à la suite du mou­ve­ment Occupy Wall Street.

Le pro­blème, cepen­dant, est que la plu­part de ces mou­ve­ments n’ont pas réussi a haus­ser leur résis­tance et leur com­ba­ti­vité au niveau néces­saire pour répondre aux attaques aux­quelles ils font face. On sait que le capi­ta­lisme est entré dans une phase d’austérité. On nous annonce une décen­nie ou plus de coupes dans les pro­grammes sociaux afin de payer pour le ren­floue­ment des banques. Dans ce contexte, la classe domi­nante a décidé qu’elle pou­vait faire face à des grèves géné­rales d’une jour­née sans bron­cher. Ça ne lui plaît pas, mais elle peut y sur­vivre. De telles mobi­li­sa­tions, en elle-même, ne la feront pas recu­ler. Il faut rap­pe­ler que la grève géné­ral en Guadeloupe a duré qua­rante et un jours, et plus de trente jours pour celle en Martinique. Pour être cou­ron­née de succès, ces luttes ont pris la forme de grèves géné­rales illi­mi­tés accom­pa­gnées d’actions insur­rec­tion­nelles dans les rues, incluant l’érection de bar­ri­cades, des occu­pa­tions d’usines, la mise sur pied de comi­tés de quar­tiers, etc. Bref, le déve­lop­pe­ment, si je puis m’exprimer ainsi, de formes embryon­naires de dua­lité du pou­voir, qui com­mencent à remettre en ques­tion le contrôle que le capi­tal exerce sur la vie quo­ti­dienne.

Les mou­ve­ments sociaux liés au monde du tra­vail font face à des défis majeurs. S’ils n’arrivent pas à déve­lop­per de nou­velles formes de résis­tance, ils se retrou­ve­ront dans une situa­tion désas­treuse. Les vieilles méthodes de luttes ne vont plus être suf­fi­santes. Comme je l’ai dit, les grèves géné­rales d’une jour­née ne vont plus suf­fire. Ils auront besoin de déve­lop­per des formes de résis­tance plus com­ba­tives, plus radi­cales et plus pro­lon­gées pour pou­voir blo­quer les pro­grammes d’austérité. Mais il y a des signes d’espoir, dont ceux que j’ai décrits. On peut aussi être encou­ragé par la lutte qui a eu lieu au Wisconsin. Il faut recon­naître le carac­tère excep­tion­nel d’un mou­ve­ment qui a ras­sem­blé des dizaines de mil­liers de per­sonnes en sou­tien à l’occupation d’un édi­fice par­le­men­taire orga­nisé par les syn­di­cats et visant à blo­quer un pro­ces­sus poli­tique et à pré­ser­ver des droits syn­di­caux. Il faut noter que lorsque que Michael Moore s’est rendu en face du Capitole à Madison, au Wisconsin, pour faire un dis­cours devant une foule de 70 000 per­sonnes, il a parlé de ces gens ras­sem­blés en les pré­sen­tant comme des travailleur·ses et a uti­lisé un dis­cours de classe. Ce à quoi cette foule à répondu par des applau­dis­se­ments appro­ba­tifs. Il faut aussi noter que ce mou­ve­ment fut marqué par une grève illé­gale de dizaines de mil­liers d’enseignant·es du sec­teur public. Tout cela repré­sente des déve­lop­pe­ments très impor­tants. Je suis bien d’accord pour dire que ça ne suffit pas. Mais ça nous montre qu’il existe des capa­ci­tés réelles de résis­tance.

Il faut aussi garder à l’esprit que les cinq pre­mières années de la Grande Dépression des années 1930 furent carac­té­ri­sées par une rela­tive pas­si­vité du mou­ve­ment ouvrier en Amérique du Nord, alors même qu’une offen­sive patro­nale majeure fai­sait rage et que le chô­mage attei­gnait des som­mets. Les syn­di­cats furent broyés, les grèves défaites et le mou­ve­ment dans son ensemble enre­gis­tra de forts reculs. Mais à la suite du tra­vail des quelques radi­caux qui lan­cèrent et menèrent quelques petites grèves vic­to­rieuses, la situa­tion com­mença à s’inverser au cours de la deuxième moitié de la décen­nie. En 1937 émer­gea le mou­ve­ment du « sit-in » au cours duquel des tra­vailleurs occu­pèrent leurs usines et obtinrent d’importants droits syn­di­caux.

Les moments de crise peuvent donc être des mou­ve­ments où le capi­tal se réin­vente pour déve­lop­per une nou­velle stra­té­gie d’accumulation, mais aussi au cours des­quels les formes et les stra­té­gies de luttes se réin­ventent. Il n’existe bien sûr aucune garan­tie. Une telle réin­ven­tion ne peut qu’être le résul­tat d’un dur tra­vail de militant·es de gauche s’organisant à la base des mou­ve­ments.

Comment les luttes contre les poli­tiques d’austérité dans un contexte de crise éco­no­mique pro­lon­gée pour­raient-elles servir à déve­lop­per des idées et éven­tuel­le­ment des mou­ve­ments qui pour­raient en venir à remettre en ques­tion l’organisation capi­ta­liste de l’économie et de la société ?

Je crois que ceci doit se faire a des niveaux mul­tiples. En partie, il faut agir au niveau idéo­lo­gique et poli­tique où on doit à nou­veau rendre cré­dible des idées telles que la pro­priété sociale des moyens de pro­duc­tion, du contrôle démo­cra­tique de la pro­duc­tion exercé par les travailleur·ses, du dépas­se­ment du marché comme ins­tru­ment d’organisation éco­no­mique, etc. Pour la gauche, ceci implique aussi de déve­lop­per un nou­veau voca­bu­laire et de nou­velles façons d’exprimer les idées anti-capi­ta­listes qui soient adap­tées au contexte poli­tique et cultu­rel au sein duquel nous sommes plon­gés. Nous sommes au début d’un tel pro­ces­sus. Nous ne devons pas sim­ple­ment assu­mer que les slo­gans du passé auront néces­sai­re­ment un écho au sein de mou­ve­ments sociaux offen­sifs qui pour­raient réémer­ger après trente ans de défaites. Prenons l’exemple des plans de sau­ve­tage des banques. La gauche doit arri­ver à déve­lop­per un dis­cours qui insiste sur le fait qu’on uti­lise des fonds publics afin de sauver des entre­prises pri­vées et que celles-ci devront donc deve­nir des ins­ti­tu­tions publiques qui ne fonc­tion­ne­ront plus sui­vant un modèle de maxi­mi­sa­tion des pro­fits mais qui réa­li­se­ront des inves­tis­se­ments répon­dant à l’intérêt public afin, par exemple, de construire les loge­ments sociaux dont nous avons besoin, de déve­lop­per des sources d’énergie renou­ve­lables et de recon­ver­tir les usines auto­mo­biles qui seront fer­mées afin qu’elles pro­duisent, par exemple, des pan­neaux solaires.

Il faut ensuite déve­lop­per des formes ins­ti­tu­tion­nelles à l’aide des­quelles la gauche pourra pro­pa­ger ces idées dans une partie plus large de la popu­la­tion. Lors d’une période de défaite, toute une série d’espaces sociaux à tra­vers les­quelles la gauche déve­lop­pait et dis­sé­mi­nait ses idées sont détruites. Il faut donc recons­truire ce que mon ami Alan Sears appelle des « infra­struc­tures de contes­ta­tion » : tous ces groupes et réseaux de base tels que les syn­di­cats locaux, les comi­tés de quar­tiers, etc. où les gens peuvent se ras­sem­bler et parler de poli­tique, échan­ger des idées et déve­lop­per des stra­té­gies.

Enfin, il faut déve­lop­per, paral­lè­le­ment à tout cela, une nou­velle culture de résis­tance. Il s’agit de faire de la poli­tique de la résis­tance un moment cultu­rel de la vie des gens. Ceci pren­dra une forme musi­cale et impli­quera le déve­lop­pe­ment de nou­velles formes d’art public. Toutes les grandes périodes de sou­lè­ve­ment de la gauche ont été accom­pa­gnées par de tels déve­lop­pe­ments de théâtres de rue, de pro­duc­tions ciné­ma­to­gra­phiques, de musiques, etc.

Il faut aussi réa­li­ser que lorsque des indi­vi­dus se joignent à de nou­veaux mou­ve­ments de masse, elles et ils ne cherchent pas néces­sai­re­ment à acqué­rir une carte de membre d’un groupe spé­ci­fique. Elles et ils pensent plutôt à se joindre à la lutte dans la rue, dans leurs lieux de tra­vail et dans leurs quar­tiers afin de faire partie de cette expé­rience, de ce pro­ces­sus exci­tant leur per­met­tant de reprendre le contrôle de leur vie. C’est ce qui est arrivé par exemple sur la place Tahrir au Caire. Les gens ont pu obser­ver un tout nouvel ensemble de rela­tions sociales. Les gens qui s’y sont ras­sem­blés ont pu déve­lop­per une conscience de leur propre pou­voir. Les gens déve­loppent ainsi leurs capa­ci­tés non pas parce qu’on leur dit qu’elles et ils ont ces capa­cité, mais parce qu’elles et ils les découvrent en en fai­sant l’expérience.

Pour déve­lop­per cette nou­velle gauche, il est néces­saire que des groupes d’activistes ayant une connais­sance des luttes pas­sées puisse la pro­pa­ger. Il ne s’agit pas d’affirmer que ces expé­riences pas­sées puissent four­nir toutes les réponses à nos ques­tions. Mais leur connais­sance nous permet d’imaginer des formes d’organisation de masse que la gauche n’a pas pu déve­lop­per depuis un long moment. La gauche doit donc réflé­chir aux moyens de s’émanciper des marges de la vie poli­tique afin de com­men­cer à jouer un rôle modeste dans des mobi­li­sa­tions de masse. Il faut d’autant plus être prêt à cela que la crise conduit à l’émergence de telles mobi­li­sa­tions un peu par­tout dans le monde.

Dans le contexte actuel de crise éco­no­mique pro­lon­gée, pour­quoi est-il utile et néces­saire, de penser et d’organiser notre résis­tance en terme de lutte de classes comme tu tentes de le faire dans ton livre et sur ton blog (http://​www​.davidmc​nally​.org [5]), en ana­ly­sant les mou­ve­ments sociaux qui ont émergé en Bolivie, à Oaxaca au Mexique, en Tunisie et en Égypte au cours des der­nières années ? En quoi le concept de classe est-il à relier à d’autres formes d’oppression dans la période actuelle ?

Une conclu­sion très impor­tante qui doit res­sor­tir de ce que j’ai dit pré­cé­dem­ment est que la gauche doit tou­jours remettre en ques­tion sa propre com­pré­hen­sion de ce que sont les classes. Trop sou­vent, la gauche pense à partir de concep­tions péri­mées tirées d’une période his­to­rique spé­ci­fique et nous agis­sons comme si ces construits his­to­riques par­ti­cu­liers pou­vaient être extraits de leur contexte his­to­rique et comme si ces enti­tés – la classes des travailleur·ses des années 1970, ou encore celle de 1937 ou de 1968 – exis­taient tou­jours aujourd’hui. Les classes sont des for­ma­tions sociales his­to­riques. J’aime tou­jours faire remar­quer que la classe des travailleur·ses d’aujourd’hui est plus glo­bale, plus multi-eth­nique, et plus genrée que jamais. Elle n’est pas formée en majo­rité de vieux hommes blancs. Les hommes blancs forme une très petite majo­rité de cette classe à l’échelle mon­diale. Au cours des vingt-cinq der­nières années, la classe ouvrière est-asia­tique est passé d’environ cent mil­lions à neuf cent mil­lions de per­sonnes. Les effec­tifs de cette classe ont au moins doublé à l’échelle mon­diale. On peut main­te­nant obser­ver de nou­velles classes des travailleur·ses mas­sives en Indonésie, en Malaisie, en Chine, en Bolivie, en Argentine, etc.

Face à cette évo­lu­tion, il m’apparaît inima­gi­nable qu’on puisse déve­lop­per une ana­lyse de classe qui ne soit pas à la fois anti-raciste et fémi­niste. Nous devons par exemple être conscient de l’oppression spé­ci­fique des travailleur·ses de cou­leur ici à Toronto, qui forment main­te­nant une majo­rité de la classe de cette ville. Il y a aussi des sec­teurs entiers de l’économie mon­diale où les femmes forment une majo­rité de la main-d’œuvre, et c’est par­fois le cas dans cer­taines partie des pays du Nord. En consé­quence, l’oppression de genre et son impact spé­ci­fique sur le marché du tra­vail, sur les salaires, la sécu­rité d’emploi, les congés de mater­nité, etc. doit faire partie de la façon dont nous com­pre­nons et construi­sons notre poli­tique de lutte des classes. C’est donc le pre­mier point à consi­dé­rer : la classe des travailleur·ses a changé et la façon dont nous la concep­tua­li­sons doit donc aussi chan­ger.

Il n’y a pas de doute que l’anti-racisme, l’anti-impérialisme et le fémi­nisme auraient tou­jours dû faire partie de l’engagement poli­tique de la gauche et cer­taines sec­tions de la gauche ont effec­ti­ve­ment tou­jours tenté d’intégrer ces élé­ments. Il me semble donc qu’il est impor­tant aujourd’hui de relire des auteur·es comme C.L.R. James sur les dimen­sions anti-colo­niales et anti-racistes de la lutte des classes. Il était de plu­sieurs façon en avance sur son temps sur toutes ces ques­tions. Il faut redé­cou­vrir toute ces grandes figures de la gauche qui avaient une lon­gueur d’avance et qui ont anti­cipé plu­sieurs phé­no­mènes qui se sont géné­ra­li­sés dans le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Reconnaître l’imbrication des rela­tions de classes et d’autres formes de rela­tions sociales et de rap­ports d’oppression ne signi­fie pas que les classes soient une réa­lité moins impor­tante dans la société contem­po­raine. Il s’agit sim­ple­ment de recon­naître qu’il n’existe pas de classe, com­prise comme une for­ma­tion sociale, qui ne soit pas racia­li­sée, qui ne soit pas genrée ou qui ne soit pas orga­ni­sée sur la base d’un sys­tème domi­nant de régu­la­tion sexuelle, etc. Il faut donc retour­ner à cette notion dia­lec­tique vou­lant que tout phé­no­mène est une unité de divers aspects, comme le dit Marx dans l’introduction des Grundrisse, et que la classes des travailleur·ses ne prend donc jamais une forme unique. Les travailleur·ses sont uni·es au-delà de leur diver­sité, mais cette diver­sité est aussi un élé­ment cru­cial à consi­dé­rer. Les expé­riences spé­ci­fiques d’oppression ne se résument pas aux contra­dic­tions de classe mais, heu­reu­se­ment, dans la mesure où nous par­ta­geons cette condi­tion de classe, nous avons un espace – le mou­ve­ments des travailleur·ses – au sein duquel nous pou­vons déve­lop­per une poli­tique par­ta­gée de résis­tance anti-raciste, fémi­niste et pro-queer. Ce que tou·tes les travailleur·ses ont en commun, c’est leur dépos­ses­sion et la mar­chan­di­sa­tion de leur force de tra­vail. C’est en lut­tant contre cette situa­tion qu’on découvre notre unité réelle.

Propos recueillis par Xavier Lafrance



[1] « Crise glo­bale », NdR.

[2] Voir les don­nées ras­sem­blées par Martin Wolf, « The Eurozone after Strauss-Kahn », The Financial Times, 17 mai 2011.

[3] Robert Brenner, The Economics of Global Turbulence, Verso Books, New York, 2006.

date :

02/12/2011 – 11:34

Xavier Lafrance [6] and David McNally [7]


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[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Juste-à-temps_(gestion)
[4] http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/Lean
[5] http://​www​.davidmc​nally​.org/
[6] http://​www​.contre​temps​.eu/​a​u​t​e​u​r​s​/​x​a​v​i​e​r​-​l​a​f​rance
[7] http://​www​.contre​temps​.eu/​a​u​t​e​u​r​s​/​d​a​v​i​d​-​m​c​nally

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