Obama, la déception, et ce qui va s’en suivre.

Par Mis en ligne le 06 décembre 2009

Quels sont les pers­pec­tives pour les USA ? Paul Krugman, qui conti­nue de juger que la relance amé­ri­caine a été insuf­fi­sante, s’attend à plu­sieurs années de stag­na­tion, avec un chô­mage élevé per­sis­tant, et une notion de la pros­pé­rité qui devra être « revue à la baisse ». Dans cette situa­tion sociale dif­fi­cile, avec une admi­nis­tra­tion qui n’a pas su s’imposer face à Wall Street et aux ban­quiers, il pré­voit que ce sont les Républicains qui devraient béné­fi­cier du mécon­ten­te­ment popu­laire lors des élec­tions de mi-mandat. Obama pour­rait-il se res­sai­sir d’ici là ? « Le temps est passé où l’on pou­vait faire confiance à l’administration pour qu’elle entre­prenne ce qui est néces­saire – tout porte à croire qu’elle ne le fera pas de sa propre ini­tia­tive, » conclut-il, sans dis­si­mu­ler sa déception.

Que va-t-il se passer au plan éco­no­mique et poli­tique au cours des pro­chaines années ? Personne ne le sait, bien sûr. Mais j’ai mon opi­nion. Voilà ce que je pense être la tra­jec­toire la plus pro­bable des évé­ne­ments. Elle est assez sombre – mais pas au sens habituel.

Commençons par le court terme éco­no­mique. Nous sommes main­te­nant au len­de­main d’une crise finan­cière gigan­tesque, et elles sont habi­tuel­le­ment sui­vies par une période pro­lon­gée de ralen­tis­se­ment éco­no­mique. Les choses ne seront pas dif­fé­rentes cette fois. Au début l’année, une poli­tique éco­no­mique plus auda­cieuse aurait pu pro­vo­quer un ren­ver­se­ment de ten­dance, mais nous n’avons eu droit qu’à des demi-mesures. En consé­quence, le chô­mage devrait rester proche de son niveau actuel durant un an ou plus.

Politiquement, il est dif­fi­cile d’entreprendre quelque chose sur ce front. Avec ces demi-mesures éco­no­miques l’administration Obama s’est prise dans un piège : une grande partie de l’establishment poli­tique consi­dère désor­mais que l’efficacité du plan de relance a été démen­tie par les faits, de sorte qu’il est très dif­fi­cile de reprendre cette poli­tique et de l’amplifier jusqu’au niveau qui aurait du être atteint dès l’origine. En outre, main­te­nant que l’apocalypse a été conte­nue, les anti-défi­cits sont reve­nus à leurs fon­da­men­taux et cri­tiquent toute poli­tique géné­ra­trice de dépenses.

Le résul­tat, cela sera un chô­mage élevé jusqu’aux élec­tions de 2010, et en consé­quence des pertes élec­to­rales pour les Démocrates. Ces revers seront d’autant plus impor­tants du fait qu’Obama, en adop­tant une poli­tique constam­ment favo­rable aux ban­quiers sans même faire un geste face à la colère popu­laire contre les plans de sau­ve­tage, a aban­donné cette éner­gie popu­laire à la droite, tout en démo­ra­li­sant le mou­ve­ment qui l’a porté au pouvoir.

Malgré cela, les élec­tions de mi-mandat ne don­ne­ront pro­ba­ble­ment pas aux répu­bli­cains la majo­rité à la Chambre. Mais les pertes seront suf­fi­sam­ment impor­tantes pour qu’Obama ne dis­pose pas d’une majo­rité sur laquelle comp­ter pour adop­ter des mesures impor­tantes d’ici la fin de son pre­mier mandat. (Je sup­pose qu’il va être réélu, pour cause d’horribles can­di­dats Républicains). Dans le mesure où les Républicains sont farou­che­ment oppo­sés à quoique ce soit qui pour­rait selon moi contri­buer à sortir l’économie de l’ornière, cela va se tra­duire par une stag­na­tion plus longue.

Par ailleurs, la notion de pros­pé­rité sera revue à la baisse. Tous les gens bien pen­sants vous diront que 8 ou 9 pour cent de chô­mage – peut-être même 10 pour cent – sont la « nou­velle norme », et que seuls des irres­pon­sables vou­draient tenter de faire quelque chose en la matière.

Je m’attends donc à plu­sieurs années de situa­tion ter­rible sur le marché du tra­vail, avec dans le même temps une para­ly­sie politique.

J’espère me trom­per sur tout ceci. Mais j’ai le sen­ti­ment que pour avoir un espoir quel­conque de sortir de ce piège, Obama et com­pa­gnie doivent prendre des risques. Ils doivent pro­po­ser de nou­velles mesures qui pour­raient ne pas être votées par le par­le­ment, et être prêts à affron­ter l’immobilisme des Républicains si ces ini­tia­tives étaient blo­quées. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, pour autant que je le sache, et la stra­té­gie de l’administration consiste à dire que seules quelques cor­rec­tions mineures de tra­jec­toire sont néces­saires, et à attendre que les emplois com­mencent à renaître.

Peut-être seront-ils chan­ceux. Mais l’espoir n’est pas un plan.

Que pou­vons-nous y faire ? Les pro­gres­sistes doivent main­te­nir la pres­sion. Le temps est passé où l’on pou­vait faire confiance à l’administration pour qu’elle entre­prenne ce qui est néces­saire – tout porte à croire qu’elle ne le fera pas de sa propre ini­tia­tive. Mais peut-être, peut-être seule­ment, est-il pos­sible que le Président soit amené à per­ce­voir le danger qu’il coure en vou­lant la jouer la sécurité.

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