Notre camarade François Cyr (1952-2012)

Par Mis en ligne le 05 mai 2012

Notre ami François est décédé aujourd’hui samedi 5 mai à l’hôpital Charles Lemoyne après une courte et ful­gu­rante mala­die. Il venait d’avoir 60 ans et jusqu’à la der­nière minute, il s’est activé entre ses mul­tiples enga­ge­ments pro­fes­sion­nels et poli­tiques. Beaucoup de monde vont le regret­ter.

François a com­mencé très jeune dans le mou­ve­ment étu­diant sur la Rive-Sud de Montréal, puis au cegep du Vieux-Montréal. Il s’est investi par la suite dans la gauche radi­cale des années 1970.

Dans les années 1980, il a com­plété une maî­trise en science poli­tique à l’UQAM sur le mou­ve­ment natio­nal aca­dien. Cette ques­tion natio­nale l’a tou­jours fas­ciné. Il était per­suadé que l’approche tra­di­tion­nelle de la gauche était insa­tis­fai­sante et qu’il fal­lait repen­ser la chose. Avec plu­sieurs cama­rades syn­di­caux et poli­tiques de l’époque, il a contri­bué au grand débat sur cette ques­tion ce qui a permis au mou­ve­ment de gauche de jouer un rôle dans le réfé­ren­dum de 1980 et dans la réani­ma­tion sub­sé­quente du mou­ve­ment de masse.

Jusque dans les années 1990, il a exercé la dif­fi­cile pro­fes­sion de chargé de cours, ce qui l’amené aux quatre coins du Québec. C’est à tra­vers d’innombrables ren­contres qu’il a tissé un impor­tant réseau de per­sonnes enga­gées, qui ont répondu à son ouver­ture et à sa géné­ro­sité. Il a éga­le­ment com­plété un diplôme en droit, d’où son impli­ca­tion dans la défense des chô­meurs, des syn­di­qué-es bafoué-es et de tous ceux et celles qui voyaient leurs droits violés, avec ses cama­rades de la rue Beaudry.

François était infa­ti­gable et aussi un orga­ni­sa­teur hors-pair. Il a conti­nué dans l’enseignement en par­ti­ci­pant au pre­mier plan dans la syn­di­ca­li­sa­tion des chargé-es de cours de l’Université de Montréal. Finalement embau­ché comme prof per­ma­nent au cegep d’Ahuntsic, il s’est éga­le­ment investi dans le ren­for­ce­ment d’un des syn­di­cats les plus mili­tants dans le monde de l’enseignement. De là, il s’est impli­qué dans la Fédération natio­nale des ensei­gnants et ensei­gnantes du Québec où il a élu à l’exécutif pen­dant plu­sieurs années jusqu’au début des années 2000. Comme on l’a vu récem­ment dans le contexte de la lutte étu­diante, la FNEEQ est deve­nue une fédé­ra­tion plus qu’active dans la CSN et même dans le syn­di­ca­lisme de manière géné­ral. Modeste, métho­dique, loyal, loin des ten­sions inter­per­son­nelles ou des fric­tions que l’on connaît un peu par­tout, François était fran­che­ment l’ami de (presque) tout le monde.

Entre-temps et au-delà de toutes ces batailles, François cher­chait à récon­ci­lier le combat social avec la construc­tion d’une pers­pec­tive poli­tique. Il a par­ti­cipé à la mise en place du Rassemblement pour l’alternative pro­gres­siste (1996), puis à l’unification de divers partis de gauche au sein de l’Union des forces pro­gres­sistes (2002). Un an avant, ce regrou­pe­ment de la gauche avait réussi une pre­mière percée élec­to­rale avec la cam­pagne de Paul Cliche dans Mercier (2001).

François était content de ses avan­cées, mais il pen­sait que cette conver­gence devait aller plus loin. C’est donc lui, dans une large mesure, qui a milité pour le rap­pro­che­ment avec Françoise David et ses cama­rades de D’abord Solidaires, ce qui a débou­ché comme tous et toutes le savent sur la créa­tion de Québec Solidaire (2006). Durant cette période cru­ciale, François a pré­sidé la com­mis­sion poli­tique et joué un rôle abso­lu­ment cen­tral dans la genèse et le déve­lop­pe­ment de QS. Également, il a contri­bué à l’élection d’Amir Khadir duquel il est resté, jusqu’à la fin, l’ami et le confi­dent. Enfin tou­jours dans le cadre de QS, François a été le can­di­dat du parti dans le compté de Marie-Victorin dans son « pate­lin d’origine ». Peu de temps avant sa mala­die, il avait d’ailleurs été endossé pour porter à nou­veau les cou­leurs de QS pour les élec­tions qui s’en viennent d’ici quelques temps.

François était aussi un homme de réflexions et d’idées. Il lisait pas­sion­né­ment. Il por­tait beau­coup d’attention à l’histoire. Il pen­sait que la gauche contem­po­raine devrait créer et inno­ver, mais sans réin­ven­ter la roue. C’est un peu ce point de départ qui l’a mené avec quelques amis et cama­rades à créer (2005) un nou­veau projet qui a pris le nom des Nouveaux Cahiers du socia­lisme (NCS). Tout au long de ces der­nières années, il a animé et pré­sidé les débats des NCS, y com­pris lors d’une réunion récente (en mars) où on dis­cu­tait, devi­nez quoi !, de la ques­tion natio­nale qué­bé­coise. On trouve plu­sieurs de ses textes sur le site des NCS et éga­le­ment sur le site de Presse-toi-à-gauche.

François Cyr laisse dans le deuil sa com­pagne Carole Potvin, sa fille Annie, son frère et ses deux sœurs, et en fin de compte un vaste clan fami­lial qui est resté tri­coté serré. Il laisse aussi un sou­ve­nir très vif parmi les cen­taines de mili­tants et de mili­tantes avec qui il a tra­vaillés direc­te­ment, sans comp­ter tous les autres qui l’ont connu dans le mou­ve­ment syn­di­cal, dans l’enseignement (ses étu­diant-es !), à QS et ailleurs.

Il y aura en juin un hom­mage à François dans un lieu et une date qui seront annon­cés pro­chai­ne­ment.

Pierre Beaudet, 5 mai

3 réponses à “Notre camarade François Cyr (1952-2012)”

  1. Audrey Bossan dit :

    Toutes mes condo­léances à sa famille et à ses ami(e)s.
    Mes amies et moi ,nous nous sou­vien­drons tou­jours de lui comme un très bon pro­fes­seur de poli­tiques.

  2. Myc Gareau dit :

    Familles, amiEs, col­lègues et étu­diants,

    Sincères condo­léances !
    Puissiez-vous trou­ver quelque récon­fort en sachant que nous sommes là.

    Merci François, pour qui tu étais, pour tout ce que tu as fait et accom­plit pour le déve­lop­pe­ment du savoir de nos enfants.

    Je te porte dans mon coeur !

    une grand-maman

  3. Johanne Préfontaine dit :

    Me Cyr,
    Comme j’aimerais que vous soyez pré­sent pour me lire encore une fois.
    Pour un der­nier hom­mage à un homme d’exception, merci Me Cyr
    de votre pré­sence, de votre écoute, de la com­pré­hen­sion de ce monde dans lequel
    nous vivons, de votre combat pour l’amélioré.
    Toujours je me sou­vien­drais de votre gen­ti­lesse, de votre déli­ca­tesse, de votre dis­po­ni­bi­lité
    et votre géné­ro­sité.
    Reposer en paix, mon ami
    Johanne Préfontaine